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AccueilDroit européen62025CN0778
Jurisprudence CJUE62025CN0778

Affaire C-778/25, Tipico: Demande de décision préjudicielle présentée par le Landgericht Erfurt (Allemagne) le 2 décembre 2025 – RR/Tipico Co. Ltd.

CELEX62025CN0778
TypeJurisprudence CJUE
Datemardi 2 décembre 2025

Résumé IA

Cette demande préjudicielle allemande concerne l'interprétation de la directive sur les services de paiement (DSP2) et son interaction avec le droit national régissant les jeux d'argent en ligne. La Cour est saisie pour clarifier si un opérateur de paris sportifs peut, sur la base de cette directive, exiger d'une banque qu'elle traite des transactions de paiement vers ses clients, malgré une interdiction nationale de ces jeux.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/2001

13.4.2026

Demande de décision préjudicielle présentée par le Landgericht Erfurt (Allemagne) le 2 décembre 2025 – RR/Tipico Co. Ltd.

(Affaire C-778/25, Tipico)

(C/2026/2001)

Langue de procédure: l’allemand

Juridiction de renvoi

Landgericht Erfurt (Allemagne)

Parties à la procédure au principal

Partie requérante: RR

Parties défenderesse: Tipico Co. Ltd.

Questions préjudicielles

1.

L’article 56 TFUE doit-il être interprété en ce sens qu’il s’oppose, de manière générale, à l’application d’une réglementation et à la jurisprudence d’un État membre qui subordonnent, de manière générale, l’organisation de paris sportifs à une autorisation administrative et qui, en particulier, attachent à une violation de cette obligation d’autorisation la conséquence juridique consistant en la nullité des contrats de droit privé ayant pour objet des paris sur des événements sportifs, sachant

a)

qu’en vertu du droit national, cette autorisation ne peut être obtenue que dans le cadre d’une procédure de concession unique,

b)

mais que cette autorisation a été interdite par une juridiction administrative en raison de vices procéduraux, au motif que la procédure ne respectait pas les principes d’égalité de traitement, d’interdiction de discrimination fondée sur la nationalité et/ou de transparence; et/ou

c)

que les dispositions ayant institué le monopole d’État sur l’organisation et l’intermédiation des paris sportifs, jugées contraires au droit de l’Union par les juridictions nationales, ont, de fait, continué à s’appliquer pendant cette période, et

d)

que l’opérateur économique auquel les règles sont appliquées est titulaire d’une licence d’organisation de paris sportifs délivrée par un autre État membre de l’Union européenne (en l’occurrence: Malte)?

2.

Une réponse à la première question par l’affirmative impliquerait-elle également que la liberté de prestation de services d’un opérateur de jeux de hasard établi dans un autre État membre de l’Union européenne exclut qu’un contrat de droit privé, conclu sur Internet, ayant pour objet des paris sportifs proposés sans l’autorisation requise à cet effet par le droit national, soit considéré comme nul et qu’il soit ainsi possible de demander le remboursement des mises?

3.

Découle-t-il d’une réglementation telle que celle décrite dans la première question que la liberté de prestation de services d’un opérateur de jeux de hasard établi dans un autre État membre de l’Union européenne s’oppose à ce qu’une obligation de réparation soit fondée sur la violation d’un régime d’autorisation préalable tel que celui décrit dans la première question, lorsque cette interdiction a pour but de protéger le consommateur (le joueur)?

4.

Cela a-t-il une incidence sur la justification de la restriction à la libre prestation des services prévue à l’article 56 TFUE et à la lumière du principe de sécurité juridique consacré par le droit de l’Union, si, au lieu d’une restriction (régime d’autorisation préalable et interdiction des jeux de hasard sur Internet) contraire au droit de l’Union, est infligée une «sanction» de droit civil consistant en la nullité du contrat transfrontalier de prestation de services, parce que, pendant la période litigieuse, n’ont pas été respectées des exigences légales qui figurent dans des règles s’adressant à l’autorité publique (par exemple, l’article 4, paragraphe 5, du GlüStV 2012, traité d’État sur les jeux de hasard en Allemagne), qui sont applicables à l’organisateur [de jeux de hasard] telles qu’elles seront définies seulement dans l’autorisation qui doit encore être accordée par cette autorité, et qui, comme l’exigence relative à la mise maximale alors en vigueur (article 4, paragraphe 5, point 2, du GlüStV 2012), doivent être précisées quant à leur contenu et leur portée dans l’autorisation?

5.

Du point de vue de la proportionnalité, est-il compatible avec l’interdiction de l’abus de droit prévue par le droit de l’Union et les exigences de justification des restrictions à la libre prestation de services de reconnaître au destinataire de services transfrontaliers (en l’occurrence: de paris sportifs), après que celui-ci a recouru à ces services, un droit fondé sur un enrichissement sans cause, à savoir le droit de demander le remboursement de la rémunération (la mise) de la prestation de services transfrontalière (en l’occurrence: le pari sportif en tant que loisir et jeu de hasard), afin d’obtenir,

—

au lieu du for du consommateur visé aux articles 17 et 18 du règlement no 1215/2012 (1), une sanction de droit civil, consistant en la nullité du contrat (article 134 du BGB, code civil allemand) pour violation d’une interdiction nationale,

—

remplaçant, en tant que «sanction» de droit civil, des sanctions administratives et pénales contraires au droit de l’Union,

—

qui frapperait uniquement le prestataire d’un service titulaire d’une licence dans l’État membre dans lequel il est établi (en l’espèce: Malte) et soumis aux dispositions de cet État membre visant à protéger le destinataire de services,

—

bien que l’interdiction pénale sous-jacente des jeux de hasard illicites s’applique aux deux parties contractantes et que ces dernières l’aient toutes deux enfreinte,

—

sachant que ledit destinataire aurait alors le choix, en fonction de l’issue du pari, soit d’exiger l’annulation, s’il perd, soit d’invoquer la validité des contrats de paris, s’il gagne?

6.

Du point de vue de la proportionnalité, est-il compatible avec les exigences de justification des restrictions à la libre prestation de services d’appliquer la «sanction» de droit civil consistant en la nullité du contrat lorsque ce n’est pas la violation d’une règle de protection des joueurs (telle la règle interdisant de proposer un lien vers d’autres jeux de hasard) qui est invoquée qui a causé la perte à rembourser, et/ou d’étendre cette sanction à l’ensemble de l’offre, même si l’infraction ne concerne que des paris individuels?

7.

La libre prestation de services doit-elle être interprétée en ce sens que [le non-respect] de l’exigence imposant la détention d’une concession ne peut pas être opposé à un opérateur économique, tout au moins lorsqu’il est dû à une limitation légale (20 précisément) du nombre de concessions susceptibles d’être accordées (article 10a, paragraphe 3, du GlüStV 2012) pour lutter contre le marché noir existant sans contribuer à l’expansion du marché des paris,

en sachant toutefois que

—

l’État membre n’a pas fourni à l’opérateur économique, devant les juridictions saisies par ce dernier, les raisons expliquant la limitation du nombre de concessions à 20 ni déterminé de manière compréhensible les éléments justifiant précisément cette limitation,

et que

—

cet opérateur économique a participé à la procédure d’attribution de concession, a rempli toutes les conditions requises et en a apporté la preuve, mais n’a pas obtenu de concession?

Dans ce cas-là, ne doit-on pas considérer que, dans une telle configuration également, l’absence de concession n’est pas opposable en droit civil dans le cadre de l’appréciation de la validité de relations contractuelles telles que les prises de paris?

8.

La libre prestation de services, éventuellement en liaison avec le principe de protection juridictionnelle effective, doit-elle être interprétée en ce sens qu’un régime d’autorisation préalable limitant son exercice n’est en tout cas pas opposable s’il n’est pas garanti que la durée de la mise en œuvre, par voie judiciaire, de l’octroi d’une autorisation conforme aux exigences du droit de l’Union n’est pas supérieure à la durée d’autorisation fixée qui peut et est censée être ainsi obtenue?

Ne doit-elle pas, en tout état de cause, être interprétée en ce sens lorsque l’État membre lui-même, en recourant à la protection juridictionnelle, prolonge [la procédure] de telle sorte que l’objectif de protection visé ne peut plus être atteint à temps?

À titre subsidiaire aux questions 7 et 8:

Ne doit-elle pas, en tout état de cause, être interprétée en ce sens lorsque les juridictions des États membres considèrent que l’autorité concédante n’est pas fondée, pour des raisons d’ordre constitutionnel, à prendre des décisions d’octroi de concession et l’en empêchent, faisant ainsi obstacle à l’attribution de concessions, comme l’a fait le Hessischer Verwaltungsgerichtshof (tribunal administratif supérieur du Land de Hesse, ordonnance du 16 octobre 2015 8 B 1028/15, p. 11 et s.)?

9.

Cela a-t-il une incidence

a)

pour les questions 1 à 3, si le monopole (contraire au droit de l’Union) présumé dans la question 1, sous c) (arrêt Ince – C 336/14, point 95, point 3 du dispositif) n’existe plus,

b)

pour les questions 1 à 3, si, dans le cas où un monopole contraire au droit de l’Union perdure dans les faits, la non attribution des concessions repose sur d’autres vices juridiques non liés au droit de l’Union dans l’organisation de la procédure, tels qu’ils ont été évoqués par le Hessischer Verwaltungsgerichtshof (tribunal administratif supérieur du Land de Hesse),

c)

pour la question 2, si le monopole (contraire au droit de l’Union) qui perdure dans les faits (arrêt Ince – C 336/14, point 95, point 3 du dispositif) n’offre pas, ou du moins, n’a pas le droit d’offrir [des paris sportifs] sur Internet, par le biais duquel les paris visés dans la question 2 sont pris?


(1) Règlement (UE) no 1215/2012 du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2012 concernant la compétence judiciaire, la reconnaissance et l’exécution des décisions en matière civile et commerciale (refonte) (JO 2012, L 351, p. 1).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/2001/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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