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AccueilDroit européen62025CN0869
Jurisprudence CJUE62025CN0869

Affaire C-869/25 P: Pourvoi formé le 26 décembre 2025 par UPL Europe Ltd et Indofil Industries (Netherlands) BV contre l’arrêt du Tribunal (cinquième chambre) rendu le 29 octobre 2025 dans l’affaire T-742/20 RENV, UPL Europe Ltd, Indofil Industries (Netherlands)/Commission

CELEX62025CN0869
TypeJurisprudence CJUE
Datevendredi 26 décembre 2025

Résumé IA

La Cour de justice est saisie d'un pourvoi contre l'arrêt du Tribunal ayant rejeté le recours en annulation de deux sociétés contre le règlement d'exécution (UE) 2020/1643 de la Commission, qui a renouvelé l'approbation de la substance active « mancozèbe » sous conditions restrictives. Ce pourvoi porte sur l'interprétation du règlement (CE) n° 1107/2009 concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, notamment les critères de renouvellement et les obligations de la Commission en matière d'évaluation des risques. L'issue de cette affaire pourrait préciser les limites du pouvoir d'appréciation de la Commission lors du renouvellement des substances actives et les droits procéduraux des demandeurs.

Texte intégral

European flag

Journal officiel
de l'Union européenne

FR

Série C


C/2026/786

16.2.2026

Pourvoi formé le 26 décembre 2025 par UPL Europe Ltd et Indofil Industries (Netherlands) BV contre l’arrêt du Tribunal (cinquième chambre) rendu le 29 octobre 2025 dans l’affaire T-742/20 RENV, UPL Europe Ltd, Indofil Industries (Netherlands)/Commission

(Affaire C-869/25 P)

(C/2026/786)

Langue de procédure: l’anglais

Parties

Parties requérantes: UPL Europe Ltd, Indofil Industries (Netherlands) BV (représentants: C. Mereu, avocat, P. Parvati Martín Paredes, advocaat)

Autre partie à la procédure: Commission européenne

Conclusions

Les requérantes concluent à ce qu’il plaise à la Cour:

—

annuler le règlement attaqué;

—

annuler le règlement d’exécution (UE) 2020/2087 (1), de la Commission, du 14 décembre 2020, portant sur le non-renouvellement de l’approbation de la substance active «mancozèbe», conformément au règlement (CE) no 1107/2009 du Parlement européen et du Conseil concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques, et modifiant l’annexe du règlement d’exécution (UE) no 540/2011 de la Commission ou, à titre subsidiaire;

—

renvoyer l’affaire devant le Tribunal pour réexamen des deuxième et troisième préoccupations spécifiques et de la validité procédurale du réexamen par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA);

—

accorder aux requérantes le remboursement des dépens qu’elles ont exposés dans le cadre du présent pourvoi ainsi que de la procédure des deux instances contre la Commission.

Moyens et principaux arguments

À l’appui de leur pourvoi, les requérantes invoquent trois moyens.

Premier moyen: Mauvaise application de l’arrêt de la Cour – Incohérence dans la motivation – Erreur manifeste d’appréciation concernant l’évaluation de la perturbation endocrinienne

1.

L’argument de la requérante relatif à la perturbation endocrinienne n’est pas un moyen nouveau, mais une ampliation légitime du quatrième moyen

—

Le Tribunal a commis une erreur de droit en rejetant, en tant que moyen nouveau, l’argument de la requérante concernant l’influence injustifiée du métabolite d’éthylène-thiourée (ci-après l’«ETU»), alors qu’il s’agissait d’une ampliation du quatrième moyen.

—

Tant l’avis du comité d’évaluation des risques (ci-après le «CER») de l’Agence européenne des produits chimiques (ci-après l’«ECHA») que l’évaluation de la perturbation endocrinienne par l’EFSA se fondaient largement sur les données de toxicité de l’ETU plutôt que sur le mancozèbe lui-même. La Cour avait déjà identifié cette question de l’«influence injustifiée» et avait enjoint au Tribunal de l’examiner.

—

Le Tribunal a constaté de manière incohérente une erreur manifeste dans la première préoccupation spécifique (toxicité pour la reproduction) en raison du fait qu’il s’est fondé sur l’avis erroné du CER, tout en acceptant la deuxième préoccupation spécifique (la perturbation endocrinienne) en dépit du fait que l’EFSA a appliqué la même méthode, fondée sur l’ETU. L’EFSA a conclu que «des effets indésirables comparables à ceux observés pour l’ETU peuvent être attendus après une exposition au mancozèbe» sans évaluer adéquatement si le mancozèbe et l’ETU ont effectivement les mêmes effets.

—

L’argument de la requérante constituait une véritable ampliation des arguments existants, étroitement liés au quatrième moyen.

—

En déclarant ces arguments irrecevables, le Tribunal a empêché un contrôle juridictionnel approprié, ce qui constitue une erreur de procédure et une violation du droit à une protection juridictionnelle effective.

2.

L’argument de la requérante relatif à la perturbation endocrinienne est exposé au point 141 et à l’annexe A28 de la requête, dans le cadre du quatrième moyen

—

Au point 141 de la requête principale, les requérantes se réfèrent à l’évaluation de la perturbation endocrinienne faite par l’EFSA dans ses conclusions, qui constituent le fondement de la décision attaquée. L’argumentation de la requérante figure à l’annexe A28 de sa requête au principal, qui est explicitement mentionnée au point 141 de leur requête – et donc intégrée à celle-ci par voie de référence. Il est important de noter que cette annexe fait référence de manière spécifique et détaillée au fait que l’EFSA s’est indûment fondée sur l’ETU en ce qui concerne les conclusions relatives à la perturbation endocrinienne qui, à l’instar de l’avis du CER, accordent une influence injustifiée au métabolite ETU.

—

L’annexe A28 explique en détail pourquoi tant les évaluations de l’EMR que les conclusions de l’EFSA accordent un poids disproportionné à l’ETU au lieu d’évaluer correctement les propriétés du mancozèbe en tant que substance active. La section du projet de rapport d’évaluation de renouvellement («RAR») consacrée à la perturbation endocrinienne et les conclusions de l’EFSA se concentrent sur l’inhibition et la réversibilité de la peroxydase de la thyroïde par l’ETU, tout en reconnaissant que le mancozèbe n’a aucune interaction directe avec les récepteurs thyroïdiens ou la voie d’activation de la thyréostimuline. Les requérantes ont également expliqué que la teneur en ETU du mancozèbe est de 0,09 %, ce qui est inférieur aux limites de concentration génériques donnant lieu à préoccupation.

3.

Le Tribunal n’a pas apprécié si la deuxième préoccupation spécifique relative à la perturbation endocrinienne dépendait hiérarchiquement de l’avis du CER.

—

Au cours de l’audience qui s’est tenue le 1er juillet 2025, une discussion a eu lieu sur la question de savoir si la deuxième préoccupation spécifique concernant la perturbation endocrinienne était liée de manière hiérarchique à l’avis du CER, c’est-à-dire si elle était secondaire par rapport à celui-ci, de sorte que l’erreur de droit constatée dans la première préoccupation spécifique entraînerait également l’annulation de la seconde préoccupation spécifique. L’arrêt du Tribunal n’aborde pas ce point crucial.

4.

Erreur de droit – Parallèle avec l’avis du CER: la Cour a jugé, aux points 177 à 179, que le fait de se fonder indûment sur l’ETU dans l’avis du CER constituait une erreur manifeste d’appréciation. Le Tribunal n’a pas transposé ce raisonnement à l’évaluation de la perturbation endocrinienne.

—

La Cour a jugé, aux points 177 à 179, que le fait de se fonder indûment sur l’ETU dans l’avis du CER constituait une erreur manifeste d’appréciation. Le Tribunal aurait dû transposer ce raisonnement à l’évaluation de la perturbation endocrinienne, qui était également fondée sur les résultats des tests relatifs à l’ETU plutôt que sur les données relatives au mancozèbe.

—

Le Tribunal n’a pas examiné si l’ETU avait été considérée, à tort, comme déterminante plutôt que simplement pertinente au titre de l’article 3, point 32), du règlement (CE) no 1107/2009.

5.

Seuil de concentration: La teneur en ETU du mancozèbe est ≤ 0,09 %, soit inférieure au seuil de 0,3 % requis pour la classification. Pourtant, le Tribunal a accepté la classification de la Commission sans examiner ce seuil quantitatif.

—

En vertu du règlement délégué (UE) no 2023/707 de la Commission (2), qui établit des limites de concentration génériques pour la classification des substances dangereuses, l’ETU n’aurait pas dû contribuer à la classification du mancozèbe, étant donné que sa concentration (≤ 0,09 %) est bien inférieure à la limite de concentration générique de 0,3 % applicable aux fins de la classification.

—

Le Tribunal n’a pas examiné si la Commission était en droit de ne pas tenir compte du seuil quantitatif établi ou si une justification particulière était nécessaire pour s’en écarter.

—

En acceptant l’approche de la Commission sans examiner le respect de ces seuils, le Tribunal n’a pas suivi le raisonnement de la Cour exigeant une appréciation sur le fond des arguments relatifs à l’ETU. Le Tribunal a ainsi commis à la fois une erreur de droit en n’appliquant pas le cadre réglementaire pertinent et une erreur manifeste d’appréciation en acceptant une méthode de classification qui s’écarte des principes établis sans justification adéquate.

Deuxième moyen: Application incorrecte de l’arrêt de la Cour – Incohérence de la motivation – Erreur manifeste d’appréciation en ce qui concerne l’évaluation non alimentaire

—

Le Tribunal a conclu à tort que la requête ne faisait aucune référence à la troisième préoccupation. Le point 141 intègre explicitement l’annexe A28, qui critique directement l’évaluation combinée des risques par l’EFSA, pour le mancozèbe et l’ETU, comme étant incompatible avec les orientations de l’Union.

—

L’approche de l’EFSA traite l’ETU et le mancozèbe comme équivalents pour le calcul des risques, gonflant ainsi artificiellement les estimations d’exposition en additionnant la substance mère à un métabolite présent à seulement 0,09 %, soit un tiers en dessous du seuil réglementaire. Cela fait apparaître le même défaut de substitution de l’ETU que celui condamné par la Cour. Le Tribunal a également affirmé à tort que la troisième préoccupation avait été examinée aux paragraphes 103 à 106 de l’arrêt initial, qui ne traitaient que de questions de procédure et non des arguments de fond liés à l’ETU, dont la Cour a explicitement déclaré qu’ils n’avaient pas été évalués.

Troisième moyen: Application incorrecte de l’arrêt de la Cour – Incohérence de la motivation concernant l’évaluation de l’EFSA conformément au règlement (CE) no 844/2012 (3) et au principe d’excellence scientifique

—

Le Tribunal a rejeté à tort les griefs relatifs au fait que l’EFSA s’était appuyée sur des preuves obsolètes en qualifiant ce fait d’«irrégularités de la procédure» plutôt que de le considérer comme une preuve substantielle d’une erreur manifeste. Le Tribunal va ainsi à l’encontre de la jurisprudence de la Cour selon laquelle les décisions doivent refléter les connaissances scientifiques les plus récentes.

—

Le projet de rapport d’évaluation du renouvellement de septembre 2020 a identifié des conditions d’utilisation sûres avec des éléments de preuve plus récents que les conclusions de l’EFSA de juin 2019, répondant ainsi directement à la préoccupation liée à l’exposition non alimentaire. La Commission a refusé de mandater l’EFSA pour procéder à un examen par les pairs de cette évaluation actualisée. En écartant cela comme étant d’ordre procédural sans examiner son incidence sur le fond – à savoir que la décision s’appuyait sur des preuves obsolètes datant de juin 2019 tout en ignorant des preuves en sens contraire datant de septembre 2020 –, le Tribunal a violé l’exigence relative aux connaissances les plus récentes et a refusé aux requérantes le droit à un recours juridictionnel effectif consacré aux articles 41 et 47 de la Charte.


(1) JO 2020, L 423, p. 50.

(2) Règlement délégué (UE) 2023/707 de la Commission, du 19 décembre 2022, modifiant le règlement (CE) no 1272/2008 en ce qui concerne les classes de danger et les critères de classification, d’étiquetage et d’emballage des substances et des mélanges (JO 2023, L 93, p. 7).

(3) Règlement d’exécution (UE) no 844/2012 de la Commission, du 18 septembre 2012, établissant les dispositions nécessaires à la mise en œuvre de la procédure de renouvellement des substances actives, conformément au règlement no 1107/2009 du Parlement européen et du Conseil concernant la mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques (JO 2012, L 252, p. 26).


ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/786/oj

ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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