| CELEX | 62025TJ0040_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 1 juillet 2026 |
Affaire T‑40/25
DecoTrend GmbH
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle
Arrêt du Tribunal (première chambre) du 1 juillet 2026
« Dessin ou modèle de l’Union européenne – Procédure de nullité – Dessin ou modèle de l’Union européenne enregistré représentant un abat-jour – Dessins ou modèles antérieurs figurant dans des fascicules de brevet suisse et des États-Unis – Motif de nullité – Caractère individuel – Éléments des fascicules de brevet comportant les dessins ou modèles antérieurs à prendre en compte lors de l’appréciation de l’impression globale – Article 6 et article 25, paragraphe 1, sous b), du règlement (CE) no 6/2002 »
1. Dessins ou modèles de l’Union européenne – Motifs de nullité – Absence de caractère individuel – Dessin ou modèle ne produisant pas sur l’utilisateur averti une impression globale différente de celle produite par le dessin ou modèle antérieur – Appréciation globale de l’ensemble des éléments présentés par le dessin ou modèle antérieur
[Règlement du Conseil nº 6/2002, art. 6, § 1, et 25, § 1, b)]
(voir points 28, 32)
2. Dessins ou modèles de l’Union européenne – Renonciation et nullité – Demande en nullité fondée sur l’existence d’un dessin ou modèle antérieur – Charge de la preuve – Exigences liées à la reproduction du dessin ou modèle antérieur
[Règlement du Conseil nº 6/2002, art. 52, § 2 ; règlement de la Commission nº 2245/2002, art. 28, § 1, b), i et vi)]
(voir points 31, 34, 35, 36)
3. Dessins ou modèles de l’Union européenne – Renonciation et nullité – Demande en nullité fondée sur l’existence d’un dessin ou modèle antérieur – Examen de la demande – Appréciation du caractère individuel – Éléments à prendre en considération – Fascicules de brevet – Limites – Obligation d’identifier de manière précise, parmi les illustrations figurant dans le fascicule, les dessins ou modèles antérieurs invoqués à l’appui de la demande de nullité
[Règlement du Conseil nº 6/2002, art. 6, § 1, et 25, § 1, b)]
(voir points 33, 37-47)
Résumé
Saisi d’un recours en annulation, qu’il rejette, le Tribunal clarifie quels éléments d’un fascicule de brevet, dont des éléments ont été invoqués à l’appui d’une demande de nullité, peuvent être pris en compte afin de remettre en cause le caractère individuel d’un dessin ou modèle contesté au sens de l’article 6, paragraphe 1, sous b), du règlement no 6/2002 (1).
En 2022, B.K.Licht GmbH & Co. KG, l’intervenante, a introduit auprès de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) une demande de nullité d’un dessin ou modèle de l’Union européenne représentant un abat-jour (2) sur le fondement d’illustrations contenues dans des fascicules de brevet suisse et des États Unis (ci-après les « fascicules de brevet »). La division d’annulation a rejeté cette demande.
La chambre de recours de l’EUIPO a toutefois annulé la décision de la division d’annulation au motif que celle-ci avait, dans le cadre de sa comparaison de l’impression globale produite par les dessins ou modèles en conflit, pris en considération des éléments présents dans les fascicules de brevet autres que les illustrations invoquées par l’intervenante dans sa demande de nullité. Cette comparaison aurait dû être effectuée sur le fondement exclusif des dessins ou modèles antérieurs représentés dans ces illustrations. La chambre de recours a alors renvoyé l’affaire devant la division d’annulation pour poursuivre la procédure de nullité.
C’est dans ce contexte que le Tribunal a été saisi d’une demande d’annulation de la décision de la chambre de recours.
Appréciation du Tribunal
Tout d’abord, le Tribunal rappelle que, lorsqu’un demandeur en nullité entend fonder sa demande sur l’absence de nouveauté ou, comme en l’espèce, sur l’absence de caractère individuel d’un dessin ou modèle de l’Union européenne, il lui incombe de fournir l’identification et la reproduction des dessins ou modèles antérieurs susceptibles de faire obstacle à ces deux conditions, ainsi que la preuve de l’existence de ces dessins ou modèles.
À cet égard, il précise que, au sens de l’article 3, point 1, du règlement nº 6/2002, qui définit la notion de « dessin ou modèle », l’apparence constitue l’élément déterminant d’un dessin ou modèle. Il est donc essentiel que les instances de l’EUIPO disposent d’une image du dessin ou modèle antérieur invoqué à l’appui d’une demande de nullité, afin de saisir l’apparence du produit dans lequel ce dessin ou modèle s’incorpore ou s’applique et, par conséquent, de procéder à l’appréciation du caractère nouveau et individuel du dessin ou modèle contesté.
Dès lors, l’appréciation de ce caractère doit s’effectuer par rapport à un ou plusieurs dessins ou modèles antérieurs précis, individualisés, déterminés et identifiés parmi l’ensemble des dessins ou modèles déjà divulgués au public.
Ensuite, s’agissant des brevets, le Tribunal relève qu’un brevet peut être obtenu pour toute invention, à condition qu’elle soit nouvelle, qu’elle implique une activité inventive et qu’elle soit susceptible d’application industrielle. Toutefois, au regard de la convention sur la délivrance de brevets européens (3), les créations esthétiques ne sont pas considérées comme des inventions.
Ainsi, un brevet protège une invention, et non l’apparence d’un produit, et les illustrations figurant dans un fascicule de brevet ne sont présentées qu’à titre d’exemple et peuvent représenter différentes apparences, voire des produits différents susceptibles de concrétiser l’invention protégée. Il incombe donc au demandeur en nullité qui se réfère à un fascicule de brevet d’identifier de manière précise, parmi les illustrations figurant dans celui-ci, les dessins ou modèles antérieurs qu’il invoque à l’appui de sa demande.
À la lumière de ce qui précède, le Tribunal considère qu’il découle de manière univoque de l’article 6, paragraphe 1, sous b), du règlement no 6/2002, qu’un brevet ou un fascicule de brevet, divulgué antérieurement au public, ne saurait être invoqué en tant que tel, pour contester le caractère individuel d’un dessin ou modèle de l’Union européenne enregistré. Parmi toutes les illustrations figurant dans un fascicule de brevet, seules celles identifiées de manière précise par le demandeur en nullité comme étant les dessins ou modèles antérieurs qu’il entend invoquer à l’appui de sa demande, peuvent être prises en compte à cet égard.
Enfin, en l’espèce, le Tribunal constate que l’intervenante a indiqué que seules deux illustrations comprises dans les fascicules de brevet constituaient les dessins ou modèles antérieurs et, par conséquent, seule l’impression globale de ces illustrations correspondait à celle produite par le dessin ou modèle contesté. Ainsi, l’intervenante a bien identifié de manière précise les dessins ou modèles antérieurs qu’elle invoquait à l’appui de sa demande en nullité. Il convient donc de rejeter l’argument de la requérante selon lequel l’intervenante aurait invoqué l’ensemble des fascicules de brevet, y compris les autres illustrations et la description de l’invention.
Partant, le Tribunal juge que la chambre de recours a considéré à bon droit que l’appréciation du caractère individuel du dessin ou modèle contesté devait se faire par rapport aux seuls dessins ou modèles antérieurs représentés dans les deux illustrations figurant dans les fascicules de brevet invoquées par l’intervenante dans sa demande en nullité. Les autres éléments compris dans ces fascicules comportant les dessins ou modèles antérieurs, à savoir la présentation écrite de l’invention et les autres illustrations qui y figuraient, ne pouvaient pas être pris en compte.
Les autres moyens soulevés par la requérante s’étant également révélés non fondés, le Tribunal rejette le recours dans son intégralité.
1 Règlement (CE) no 6/2002 du Conseil, du 12 décembre 2001, sur les dessins ou modèles communautaires (JO 2002, L 3, p. 1), dans sa version antérieure à l’entrée en vigueur du règlement (UE) 2024/2822 du Parlement européen et du Conseil, du 23 octobre 2024 (JO L, 2024/2822).
2 Relevant des classes 26-04 et 26-05 au sens de l’arrangement de Locarno, du 8 octobre 1968, instituant une classification internationale pour les dessins et modèles industriels, tel que modifié.
3 Article 52, paragraphe 2, sous b), de la convention sur la délivrance de brevets européens, signée à Munich (Allemagne) le 5 octobre 1973, et article 27, paragraphe 1, de l’accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (JO 1994, L 336, p. 214), constituant l’annexe 1 C de l’accord instituant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), signé à Marrakech (Maroc) le 15 avril 1994 et approuvé par la décision 94/800/CE du Conseil, du 22 décembre 1994, relative à la conclusion au nom de la Communauté européenne, pour ce qui concerne les matières relevant de ses compétences, des accords des négociations multilatérales du cycle de l’Uruguay (1986-1994) (JO 1994, L 336, p. 1).
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