| CELEX | 62025TJ0155 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 15 juillet 2026 |
ARRÊT DU TRIBUNAL (troisième chambre)
15 juillet 2026 (*)
« Fonction publique – Personnel de la BEI – Procédure disciplinaire – Sanction disciplinaire – Blâme – Délégation de pouvoirs – Absence de publication – Incompétence de l’auteur de l’acte »
Dans l’affaire T‑155/25,
IB, représenté par Me L. Levi, avocate,
partie requérante,
contre
Banque européenne d’investissement (BEI), représentée par Mme A. García Sánchez, en qualité d’agente, assistée de Mes T. Bontinck et S. Napolitano, avocats,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (troisième chambre),
composé de Mme K. Kowalik‑Bańczyk, présidente, MM. R. da Silva Passos (rapporteur) et H. Cassagnabère, juges,
greffière : Mme H. Eriksson, administratrice,
vu la phase écrite de la procédure,
à la suite de l’audience du 26 février 2026,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 270 TFUE et sur l’article 50 bis du statut de la Cour de justice de l’Union européenne, le requérant, IB, demande, d’une part, l’annulation de la décision de la Banque européenne d’investissement (BEI) du 27 novembre 2024 lui infligeant la sanction disciplinaire de blâme (ci-après la « décision attaquée ») et, d’autre part, la réparation du préjudice moral qu’il aurait subi.
Antécédents du litige
2 Le requérant est entré au service de la BEI le 16 juin 1994 en tant qu’agent et a été admis à la retraite le 1er février 2023.
3 Au cours de la période allant du 20 février 2020 au 1er janvier 2021, le requérant n’a pas fait suite aux différentes invitations de sa cheffe de division à discuter de son rôle et de ses objectifs. Dans le cadre de sa correspondance à ce sujet avec son directeur, le requérant aurait eu des propos perçus par son supérieur hiérarchique comme étant menaçants.
4 En outre, entre le 1er avril 2020 et le 21 janvier 2021, le requérant n’était pas présent sur son lieu de travail. Durant cette période, il a enregistré des journées de télétravail dans le système interne de la BEI. Après plusieurs échanges avec le requérant, considérant qu’il était en réalité absent et n’avait pas produit de certificat médical pour justifier son absence, la BEI a supprimé ces enregistrements.
5 Le 15 octobre 2021, le directeur du département « Stratégie et gouvernance des ressources humaines » a adressé un rapport à la directrice générale des ressources humaines constatant, s’agissant du requérant, une absence injustifiée entre le 1er avril 2020 et le 21 janvier 2021 ainsi que des faits d’insubordination et de comportement inapproprié entre février 2020 et janvier 2021 (ci-après les « faits reprochés »).
6 Le 7 décembre 2021, dans le cadre de la procédure prédisciplinaire et en réponse au rapport visé au point 5 ci-dessus, le conseil du requérant a soumis des observations écrites sur les faits reprochés.
7 Par courrier du 27 avril 2022, la directrice générale des ressources humaines a informé le requérant qu’une procédure disciplinaire impliquant la commission disciplinaire avait été ouverte à son encontre pour les faits reprochés (ci-après la « procédure disciplinaire impliquant la commission disciplinaire »).
8 Par courrier du 15 octobre 2024, après plusieurs reports de l’audition disciplinaire et plusieurs refus opposés par le requérant de se soumettre à un contrôle médical, la BEI, par le biais de la directrice générale des ressources humaines, a informé ce dernier que la procédure disciplinaire impliquant la commission disciplinaire avait été clôturée et qu’une procédure disciplinaire n’impliquant pas cette commission (ci-après la « procédure disciplinaire n’impliquant pas la commission disciplinaire ») avait été ouverte en vue de lui infliger un blâme (ci-après la « décision d’ouverture de la procédure disciplinaire n’impliquant pas la commission disciplinaire »).
9 Par courrier du 27 octobre 2024, le conseil du requérant a formulé des observations sur la décision d’ouverture d’une procédure disciplinaire n’impliquant pas la commission disciplinaire.
10 Le 27 novembre 2024, la BEI a adopté la décision attaquée infligeant un blâme au requérant pour les faits reprochés.
Conclusions des parties
11 Le requérant conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée ;
– condamner la BEI à lui verser une indemnité de 50 000 euros au titre du préjudice moral qu’il aurait subi ;
– condamner la BEI aux dépens.
12 La BEI conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner le requérant aux dépens.
En droit
Sur les conclusions en annulation
13 À l’appui de ses conclusions en annulation, le requérant soulève cinq moyens, tirés, le premier, de la violation des articles 38 et 40 du règlement du personnel de la BEI (ci-après le « règlement du personnel ») ainsi que des points 1.1.3, 1.2, 2 et 3.6.1 de l’annexe XI des dispositions administratives applicables au personnel de la BEI (ci-après les « dispositions administratives »), le deuxième, de la violation du principe de la présomption d’innocence et de l’article 48 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, le troisième, de l’incompétence de l’auteur de l’acte et de la violation des points 1.1.3 et 1.2 de l’annexe XI des dispositions administratives, le quatrième, d’une erreur manifeste d’appréciation et, le cinquième, de la violation du principe de légalité des peines et de l’article 49 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.
14 En l’espèce, le Tribunal estime opportun d’examiner, tout d’abord, le troisième moyen.
15 Au soutien de son troisième moyen, le requérant considère que la directrice générale des ressources humaines n’avait pas la compétence pour initier la procédure disciplinaire. En particulier, une telle compétence, dévolue au président de la BEI, n’aurait pas pu lui être déléguée, tout d’abord, parce que la possibilité de déléguer cette compétence ne serait pas prévue par l’annexe XI des dispositions administratives et, ensuite, parce qu’elle méconnaîtrait l’organisation à deux niveaux prévue par cette annexe. En outre, aucune décision par laquelle le président de la BEI aurait délégué à la directrice générale des ressources humaines sa compétence pour initier la procédure disciplinaire n’aurait été publiée, de sorte qu’une telle décision de délégation ne lui serait pas opposable et méconnaîtrait le principe de bonne administration. Le requérant soutient également que la directrice générale des ressources humaines, faute d’une décision lui déléguant un tel pouvoir, ne pouvait pas lui infliger une sanction disciplinaire.
16 La BEI conteste cette argumentation en faisant valoir, tout d’abord, que le requérant se réfère exclusivement à la procédure disciplinaire impliquant la commission disciplinaire. Il ne contesterait donc pas la compétence de la directrice générale des ressources humaines pour adopter, sur la base d’une délégation du président de la BEI, la décision attaquée et n’aurait, en conséquence, pas d’intérêt à invoquer le présent moyen.
17 Selon la BEI, quoi qu’il en soit, depuis le 28 août 2019, le président de la BEI a bel et bien délégué à la directrice générale des ressources humaines ses pouvoirs en matière de procédure disciplinaire, conformément à l’article 23, paragraphe 3, du règlement intérieur de la BEI, et ce par plusieurs décisions successives.
18 Par ailleurs, la BEI relève que, conformément au point 1.1.3 de l’annexe XI des dispositions administratives, le requérant a pu présenter utilement et effectivement son point de vue avant l’ouverture de la procédure disciplinaire. Partant, selon elle, rien n’empêchait la directrice générale des ressources humaines, d’une part, de recommander l’ouverture d’une procédure disciplinaire et, d’autre part, d’ouvrir une telle procédure.
19 À cet égard, d’emblée, il importe de relever que, pour autant que l’argumentation du requérant dans le cadre du présent moyen concerne la seule procédure disciplinaire impliquant la commission disciplinaire, une telle argumentation est inopérante, cette procédure n’ayant abouti à aucune sanction disciplinaire.
20 En revanche, contrairement à ce que prétend la BEI, l’argumentation du requérant dans le cadre du présent moyen concerne également la procédure disciplinaire n’impliquant pas la commission disciplinaire, laquelle a abouti à la décision attaquée, et il convient donc de l’examiner.
21 Le point 1.1.3 de l’annexe XI des dispositions administratives est ainsi libellé :
« Après avoir entendu le membre du personnel concerné, le directeur général [des ressources humaines] peut :
a) décider qu’il ne sera pas engagé de procédure disciplinaire à l’encontre du membre du personnel, auquel cas ce dernier en est informé par écrit ; s’il y a lieu, le directeur général [des ressources humaines] peut adresser un avertissement au membre du personnel ;
b) recommander au président de la [BEI] d’engager une procédure disciplinaire à l’encontre du membre du personnel concerné. »
22 Selon le point 1.2 de l’annexe XI des dispositions administratives :
« Sur recommandation du directeur général [des ressources humaines], le président de la [BEI] peut décider d’engager une procédure disciplinaire à l’encontre du membre du personnel concerné. »
23 Si le président de la BEI décide d’engager une procédure disciplinaire à l’encontre du membre du personnel concerné, il peut opter pour une procédure disciplinaire n’impliquant pas la commission disciplinaire prévue à l’article 38 du règlement du personnel (titre 2 de l’annexe XI des dispositions administratives) ou pour une procédure disciplinaire impliquant cette commission (titre 3 de ladite annexe).
24 En ce qui concerne plus particulièrement le déroulement de la procédure disciplinaire n’impliquant pas la commission disciplinaire, les règles applicables sont précisées sous le titre 2 de l’annexe XI des dispositions administratives. Il découle d’une lecture combinée des points 2.1 et 2.2 de cette annexe que le président de la BEI peut décider, après l’avoir entendu, d’adresser un blâme par écrit au membre du personnel concerné, sans impliquer la commission disciplinaire.
25 S’agissant de la jurisprudence relative à la délégation de compétence au sein d’une institution, transposable par analogie aux litiges entre la BEI et ses agents, il en ressort que les décisions portant détermination de la répartition des pouvoirs dévolus à l’autorité investie du pouvoir de nomination constituent des règles d’organisation interne de l’institution (voir arrêt du 7 février 2007, Caló/Commission, T‑118/04 et T‑134/04, EU:T:2007:37, point 67 et jurisprudence citée).
26 Il y a également lieu de rappeler que, selon une jurisprudence constante, la délégation de pouvoirs ne se présume pas et que, même habilitée à déléguer ses pouvoirs, l’autorité délégante doit prendre une décision explicite les transférant et la délégation ne peut porter que sur des pouvoirs d’exécution, exactement définis (voir, en ce sens et par analogie, arrêts du 13 juin 1958, Meroni/Haute Autorité, 9/56, EU:C:1958:7, p. 42 à 44, et du 26 mai 2005, Tralli/BCE, C‑301/02 P, EU:C:2005:306, point 43).
27 Il convient encore de rappeler que les règles de bonne administration en matière de gestion du personnel requièrent notamment que la répartition des compétences au sein des institutions soit clairement définie et publiée. La même obligation pèse sur les organes de la BEI, lesquels ne se trouvent nullement dans une situation distincte de celle que connaissent les organes de direction des autres organismes et institutions de l’Union européenne dans leurs relations avec leurs agents (voir arrêt du 11 octobre 2023, QT/BEI, T‑529/22, EU:T:2023:618, point 30 et jurisprudence citée).
28 En outre, le respect du principe de sécurité juridique, qui exige qu’un acte émanant des pouvoirs publics ne soit pas opposable aux justiciables avant que n’existe pour ceux-ci la possibilité d’en prendre connaissance, commande, alors même qu’aucune disposition écrite ne le prévoit expressément, que les décisions relatives à l’exercice des pouvoirs dévolus par le statut à l’autorité investie du pouvoir de nomination fassent l’objet d’une mesure de publicité adéquate selon les modalités et les formes qu’il appartient à l’administration de déterminer (voir arrêt du 30 novembre 2009, Wenig/Commission, F‑80/08, EU:F:2009:160, point 90 et jurisprudence citée). Cette jurisprudence est également transposable par analogie aux litiges entre la BEI et ses agents.
29 En l’espèce, il est constant que la décision d’ouverture de la procédure disciplinaire n’impliquant pas la commission disciplinaire et celle infligeant le blâme, à savoir la décision attaquée, n’ont pas été adoptées par le président de la BEI, mais par la directrice générale des ressources humaines.
30 En premier lieu, selon la BEI, les décisions visées au point 29 ci-dessus ont été prises par la directrice générale des ressources humaines sur le fondement d’une décision de délégation de pouvoirs du 16 mars 2023 (ci-après la « décision de délégation du 16 mars 2023 »). En effet, par cette décision, la compétence du président de la BEI pour l’adoption des « actes relatifs à la procédure disciplinaire n’impliquant pas la commission disciplinaire, y compris son ouverture et l’adoption de mesures disciplinaires finales (au titre des articles 38 et 40 du règlement du personnel et de l’annexe XI des dispositions administratives) » a été transférée à la directrice générale des ressources humaines.
31 Dans ces conditions, il convient de rechercher si la décision de délégation du 16 mars 2023 était opposable au requérant au moment de l’adoption de la décision d’ouverture de la procédure disciplinaire n’impliquant pas la commission disciplinaire et de celle de la décision attaquée.
32 À cet égard, ainsi que l’a confirmé la BEI lors de l’audience, la décision de délégation du 16 mars 2023 n’a fait l’objet d’une publication que sur l’intranet de la BEI, et ce en avril 2024. Le requérant ayant été admis à la retraite le 1er février 2023 et n’ayant plus accès, à partir de cette date, à l’intranet de la BEI, il y a lieu de constater qu’il n’a pas pu prendre connaissance du contenu de cette décision par ce portail.
33 En outre, les arguments avancés par la BEI dans sa réponse à la mesure d’organisation de la procédure adoptée par le Tribunal et à l’audience visant à démontrer que la décision de délégation du 16 mars 2023 était néanmoins accessible au requérant, et lui était donc opposable, ne sauraient prospérer.
34 En effet, premièrement, selon la BEI lors de l’audience, si le requérant avait eu un doute quant à la compétence de la directrice générale des ressources humaines pour ouvrir la procédure disciplinaire n’impliquant pas la commission disciplinaire et infliger un blâme au terme de celle-ci, il aurait dû faire preuve de diligence et se renseigner auprès de l’administration sur l’existence d’une décision de délégation de tels pouvoirs. Il en irait d’autant plus ainsi que, tant dans la décision d’ouverture de la procédure disciplinaire n’impliquant pas la commission disciplinaire que dans la décision attaquée, il serait indiqué que celles-ci étaient prises sur la base d’une délégation faite au profit de la directrice générale des ressources humaines, conformément au cadre réglementaire de la BEI. Toutefois, sur ce point, il suffit de constater que, quand bien même le requérant aurait pu avoir accès à la décision de délégation du 16 mars 2023 à la suite d’une demande introduite en ce sens auprès de l’administration, cet accès interviendrait, de toute façon, a posteriori et ne saurait dès lors pas constituer une publicité adéquate de ladite décision à son égard (voir, par analogie, arrêts du 11 octobre 2023, QT/BEI, T‑529/22, EU:T:2023:618, point 27, et du 30 novembre 2009, Wenig/Commission, F‑80/08, EU:F:2009:160, point 95).
35 Deuxièmement, la circonstance, relevée par la BEI dans sa réponse à la mesure d’organisation de la procédure, que l’avocate du requérant avait eu connaissance de la décision de délégation du 16 mars 2023 dans le cadre d’une autre affaire ne saurait, non plus, pallier le défaut de publicité adéquate de cette décision à l’égard du requérant lui-même. En effet, il ressort de la jurisprudence citée aux points 27 et 28 ci-dessus que la répartition des compétences au sein des institutions doit être clairement définie et publiée, de sorte que les justiciables eux-mêmes aient la possibilité d’en prendre connaissance. La prise de connaissance d’une décision de délégation par un représentant juridique, telle qu’invoquée par la BEI, dans une affaire ne concernant par ailleurs pas le requérant, ne remplit pas cette exigence.
36 Troisièmement, dans l’arrêt du 12 mars 2020, QB/BCE (T‑215/18, non publié, EU:T:2020:92, point 148), invoqué par la BEI lors de l’audience, le Tribunal a certes admis que la publication d’une décision de délégation de pouvoirs sur l’intranet de la BCE était suffisante. Cependant, à la différence de la présente affaire, la question de l’opposabilité de la décision de délégation de pouvoirs en cause se posait à l’égard des membres du personnel, et non, comme en l’espèce, à l’égard d’un ancien membre du personnel.
37 Partant, contrairement à ce que requiert la jurisprudence rappelée au point 28 ci-dessus, la décision de délégation du 16 mars 2023 n’a pas fait l’objet d’une publicité adéquate à l’égard du requérant, de sorte que celle-ci ne lui est pas opposable.
38 En second lieu, dans la duplique et dans sa réponse à une question du Tribunal posée lors de l’audience, il semble que la BEI estime, à titre subsidiaire, que, dans l’hypothèse où la décision de délégation du 16 mars 2023 ne serait pas opposable au requérant, il conviendrait de se référer à la décision de délégation de pouvoirs du 28 août 2019, dont le contenu serait prétendument similaire. À cet égard, il suffit de relever que cette décision n’a fait l’objet d’aucune publicité, ainsi que l’a reconnu la BEI lors de l’audience. Cette décision n’est donc pas non plus, pour les raisons déjà exposées ci-dessus, opposable au requérant.
39 Il résulte de ce qui précède que, à défaut de publicité adéquate à l’égard du requérant de la décision de délégation du 16 mars 2023 ainsi que, en tout état de cause, de celle du 28 août 2019, ces décisions de délégation ne sont pas opposables au requérant. Partant, la décision attaquée ayant été adoptée sur le fondement d’une délégation de pouvoirs par le président de la BEI à la directrice générale des ressources humaines non opposable au requérant, elle doit être considérée comme ayant été adoptée sans base légale valide justifiant la compétence de ladite directrice générale.
40 Quant aux conséquences à tirer de la conclusion qui précède, il ressort de la jurisprudence, transposable par analogie aux litiges entre la BEI et ses agents, qu’une décision prise par une autorité incompétente en raison du non-respect des règles de répartition des pouvoirs qui lui sont dévolus ne peut être annulée que si le non-respect desdites règles porte atteinte à l’une des garanties accordées aux fonctionnaires par le statut des fonctionnaires de l’Union européenne ou aux règles d’une bonne administration en matière de gestion du personnel (voir, en ce sens, arrêts du 30 mai 1973, Drescig/Commission, 49/72, EU:C:1973:58, point 13 ; du 7 février 2007, Caló/Commission, T‑118/04 et T‑134/04, EU:T:2007:37, point 68, et du 17 novembre 2017, Teeäär/BCE, T‑555/16, non publié, EU:T:2017:817, point 52).
41 Il ressort également de la jurisprudence rappelée au point 27 ci-dessus que les règles de bonne administration en matière de gestion du personnel requièrent notamment que la répartition des compétences au sein de la BEI soit clairement définie et publiée. En effet, la publication des décisions de répartition des compétences constitue une composante essentielle des règles de bonne administration en matière de gestion du personnel en ce qu’elle est une condition sine qua non de leur opposabilité et est nécessaire pour garantir la sécurité juridique (voir point 28 ci-dessus).
42 Il s’ensuit que la décision attaquée, étant entachée d’un vice d’incompétence qui a porté atteinte aux règles de bonne administration en matière de gestion du personnel, doit être annulée dans son intégralité pour ce motif.
43 Au vu de ce qui précède, il y a lieu d’accueillir le troisième moyen et, par conséquent, d’annuler la décision attaquée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner les autres arguments et moyens invoqués par le requérant.
Sur les conclusions en indemnité
44 À l’appui des conclusions indemnitaires, le requérant demande la réparation du préjudice moral que le comportement illégal de la BEI lui aurait causé et réclame, à ce titre, la somme de 50 000 euros, fixée ex aequo et bono.
45 Plus précisément, le requérant considère que la BEI, qui connaissait pourtant son état de santé, a agi avec acharnement en initiant une procédure disciplinaire à son encontre – d’abord avec commission disciplinaire, puis sans ladite commission – pour des faits marginaux et non établis. Elle aurait, par ce comportement, porté préjudice à sa santé. Au stade de la réplique, le requérant indique appuyer sa demande en réparation sur l’ensemble des illégalités fondant ses conclusions en annulation et demande également réparation pour le sentiment d’injustice et de tourments occasionné par la présente procédure.
46 La BEI conclut au rejet des conclusions indemnitaires.
47 À cet égard, selon une jurisprudence constante, l’annulation d’un acte entaché d’illégalité peut constituer en elle-même la réparation adéquate et, en principe, suffisante de tout préjudice moral que cet acte peut avoir causé à moins que la partie requérante ne démontre avoir subi un préjudice moral insusceptible d’être intégralement réparé par cette annulation (voir, en ce sens, ordonnance du 3 septembre 2019, FV/Conseil, C‑188/19 P, non publiée, EU:C:2019:690, point 26, et arrêt du 28 avril 2021, Correia/CESE, T‑843/19, EU:T:2021:221, point 86).
48 En outre, le sentiment d’injustice et les tourments qu’occasionne le fait, pour une personne, de devoir mener une procédure précontentieuse, puis contentieuse, afin de voir ses droits reconnus sont susceptibles de constituer un préjudice qui peut être déduit du seul fait que l’administration a commis des illégalités. Ce préjudice est réparable lorsqu’il n’est pas compensé par la satisfaction résultant de l’annulation de l’acte en cause (arrêt du 28 mai 2020, Cerafogli/BCE, T‑483/16 RENV, non publié, EU:T:2020:225, point 448).
49 En l’espèce, le requérant attribue l’aggravation de son état de santé au comportement prétendument fautif adopté par la BEI lors de la procédure disciplinaire, à la décision attaquée ainsi qu’à la présente procédure. Toutefois, même à supposer que les arguments présentés pour la première fois dans la réplique soient recevables, le requérant ne démontre pas que ce préjudice ne serait pas susceptible d’être intégralement réparé par l’annulation de la décision attaquée.
50 Dans ces conditions et eu égard aux circonstances de l’espèce, le Tribunal estime que l’annulation de la décision attaquée doit être considérée comme constituant en elle-même une réparation adéquate et suffisante du préjudice moral allégué.
51 Il résulte de ce qui précède que les conclusions en indemnité doivent être rejetées.
Sur les dépens
52 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
53 En l’espèce, la BEI ayant succombé en l’essentiel de ses conclusions, il y a lieu de la condamner à supporter ses propres dépens ainsi que ceux du requérant, conformément aux conclusions de celui-ci.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (troisième chambre)
déclare et arrête :
1) La décision de la Banque européenne d’investissement (BEI) du 27 novembre 2024 infligeant à IB la sanction disciplinaire de blâme est annulée.
2) Le recours est rejeté pour le surplus.
3) La BEI est condamnée aux dépens.
| Kowalik-Bańczyk | da Silva Passos | Cassagnabère |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 15 juillet 2026.
Signatures
* Langue de procédure : le français.
Ordonnance du président du Tribunal du 4 août 2026.#Christoph Klein contre Commission européenne.#Référé – Clause de sauvegarde – Dispositif médical – Demande de sursis à exécution – Demande de mesures provisoires – Défaut d’urgence.#Affaire T-267/26 R.
04/08/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 3 août 2026.#Broadcom Inc. et VMware International Unlimited Company contre Commission européenne.#Référé – Concurrence – Article 18, paragraphe 3, du règlement (CE) no 1/2003 – Demande de renseignements – Demande de sursis à exécution et de mesures provisoires – Non-lieu à statuer partiel – Défaut de fumus boni juris – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-280/26 R.
03/08/2026
Jurisprudence CJUE — 62026TO0017
22/07/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 22 juillet 2026.#Marek Lovás contre Parquet européen.#Référé – Rejet du recours principal – Non-lieu à statuer.#Affaire T-272/26 R.
22/07/2026