| CELEX | 62025TJ0184 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 17 juin 2026 |
ARRÊT DU TRIBUNAL (deuxième chambre, siégeant avec cinq juges)
17 juin 2026 (*)
« Renvoi préjudiciel – Fiscalité – Système commun de TVA – Exonérations – Article 135, paragraphe 1, sous b) à d), de la directive 2006/112/CE – Gestion de crédits effectuée par celui qui les a octroyés – Prise en charge d’engagements, de cautionnements et d’autres sûretés et garanties – Opérations, y compris la négociation, concernant les dépôts de fonds, comptes courants, paiements, virements, créances, chèques et autres effets de commerce, à l’exception du recouvrement de créances – Cession de crédits – Services de gestion facturés par le cédant au cessionnaire »
Dans l’affaire T‑184/25,
ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par le Korkein hallinto-oikeus (Cour administrative suprême, Finlande), par décision du 28 février 2025, parvenue à la Cour le 28 février 2025, dans la procédure engagée par
Veronsaajien oikeudenvalvontayksikkö
contre
A Oy,
LE TRIBUNAL (deuxième chambre, siégeant avec cinq juges),
composé de Mme N. Półtorak, présidente, M. G. Hesse, Mme G. Steinfatt (rapporteure), MM. D. Petrlík et I. Dimitrakopoulos, juges,
avocate générale : Mme M. Brkan,
greffier : M. V. Di Bucci,
vu la transmission par la Cour de la demande préjudicielle au Tribunal le 18 mars 2025, en application de l’article 50 ter, troisième alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne,
vu la matière visée à l’article 50 ter, premier alinéa, sous a), du statut de la Cour de justice de l’Union européenne et l’absence de question indépendante d’interprétation au sens de l’article 50 ter, deuxième alinéa, dudit statut,
vu la phase écrite de la procédure,
considérant les observations présentées :
– pour A, par M. L. Ahopelto, agissant pour le compte de A,
– pour le gouvernement finlandais, par Mme A. Laine, en qualité d’agente,
– pour la Commission européenne, par Mmes P. Carlin et I. Söderlund, en qualité d’agentes,
ayant entendu l’avocate générale en ses conclusions à l’audience du 25 février 2026,
rend le présent
Arrêt
1 La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 135, paragraphe 1, sous b) à d), de la directive 2006/112/CE du Conseil, du 28 novembre 2006, relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée (JO 2006, L 347, p. 1, ci-après la « directive TVA »).
2 Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant le Veronsaajien oikeudenvalvontayksikkö (service de défense des droits des destinataires de recettes fiscales, Finlande) à la société A Oy au sujet d’une demande de rescrit fiscal portant sur le traitement, en matière de TVA, de crédits vendus à une société tierce ainsi que de services de gestion de crédits et des garanties se rapportant aux crédits vendus.
Cadre juridique
Droit de l’Union
3 L’article 2 de la directive TVA dispose que :
« 1. Sont soumises à la TVA les opérations suivantes :
[…]
c) les prestations de services, effectuées à titre onéreux sur le territoire d’un État membre par un assujetti agissant en tant que tel ;
[…] »
4 L’article 9, paragraphe 1, de la directive TVA prévoit :
« Est considéré comme “assujetti” quiconque exerce, d’une façon indépendante et quel qu’en soit le lieu, une activité économique, quels que soient les buts ou les résultats de cette activité.
Est considérée comme “activité économique” toute activité de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées. Est en particulier considérée comme activité économique, l’exploitation d’un bien corporel ou incorporel en vue d’en tirer des recettes ayant un caractère de permanence. »
5 Aux termes de l’article 24, paragraphe 1, de la directive TVA :
« Est considérée comme “prestation de services” toute opération qui ne constitue pas une livraison de biens. »
6 L’article 135, paragraphe 1, de la directive TVA est libellé comme suit :
« 1. Les États membres exonèrent les opérations suivantes :
[…]
b) l’octroi et la négociation de crédits ainsi que la gestion de crédits effectuée par celui qui les a octroyés ;
c) la négociation et la prise en charge d’engagements, de cautionnements et d’autres sûretés et garanties ainsi que la gestion de garanties de crédits effectuée par celui qui a octroyé les crédits ;
d) les opérations, y compris la négociation, concernant les dépôts de fonds, comptes courants, paiements, virements, créances, chèques et autres effets de commerce, à l’exception du recouvrement de créances ;
[…] »
Droit finlandais
7 En Finlande, la TVA est régie par l’arvonlisäverolaki (1501/1993) [loi relative à la taxe sur la valeur ajoutée (1501/1993)], du 30 décembre 1993, entrée en vigueur le 1er juin 1994, telle que modifiée (ci-après la « loi relative à la TVA »).
8 L’article 1er, premier alinéa, point 1, de la loi relative à la TVA prévoit que la TVA est prélevée au profit de l’État pour toute vente de biens et de services effectuée en Finlande dans le cadre d’une activité commerciale.
9 Aux termes de l’article 18, deuxième alinéa, de la loi relative à la TVA, on entend par « vente d’un service » la fourniture ou tout autre transfert d’un service à titre onéreux.
10 Il découle de l’article 41 de la loi relative à la TVA que la TVA n’est pas due sur la vente d’un service financier.
11 L’article 42, premier alinéa, points 2 et 3, de la loi relative à la TVA dispose que l’octroi de crédits et les autres dispositifs de financement ainsi que la gestion d’un crédit par le prêteur sont considérés comme des services financiers.
Litige au principal et questions préjudicielles
12 A est l’établissement principal de la banque X et le représentant du groupement TVA en Finlande du groupe Y. Le groupe Y vend principalement des services financiers et d’assurance exonérés de TVA.
13 B est une filiale entièrement détenue par A, mais elles ne font pas partie du même groupement TVA.
14 Une grande partie des crédits immobiliers octroyés par A est vendue à B au prix du marché après le tirage du crédit. La contrepartie consiste en le montant du crédit non remboursé par l’emprunteur et les intérêts du crédit non remboursés ayant couru au titre du contrat à la date du transfert. Les crédits sont, pour l’essentiel, vendus à B dès la date de leur octroi, lorsqu’il n’existe pas encore d’intérêts courus. Dans ce cas, le prix correspond directement à la valeur nominale du crédit. Si le crédit est tiré par tranches, il peut être vendu après le tirage de la première tranche. B n’octroie pas elle-même les crédits immobiliers, mais elle les achète à A.
15 Tous les droits et obligations relatifs aux crédits en cause sont transférés avec ceux-ci à B à compter de la date du transfert, qui ne requiert d’ailleurs aucune intervention de la part de l’emprunteur.
16 B n’assure pas elle-même la prospection de la clientèle, le service à la clientèle ou la gestion de crédits achetés. Bien que les crédits soient transférés à B, c’est A qui reste chargée de leur gestion. A traite, pendant toute la durée du crédit, toutes les questions se posant entre les emprunteurs et B.
17 La gestion des crédits vendus par A à B et des garanties s’y rapportant consiste à assurer la gestion des services aux clients titulaires de ces crédits ainsi que le suivi et le dépôt des crédits transférés, tels que la facturation des traites, des intérêts et des commissions, les différentes modifications des crédits et, le cas échéant, les services de recouvrement. A prend des décisions telles que le renouvellement d’un crédit ou la prolongation de la période de crédit. Le contenu des services de gestion de crédits vendus par A à B est le même que celui que proposerait A dans l’hypothèse où elle conserverait ces crédits.
18 B a été financée dans une large mesure au moyen d’obligations garanties ainsi que de crédits et de garanties qui lui ont été octroyés par A. Cette dernière assure également l’ensemble des tâches se rapportant à l’émission d’une obligation et vend ces services à B. La majeure partie des crédits vendus à B servent de garantie à une obligation au moins à un moment donné de leur durée.
19 Les services de gestion des crédits et des garanties vendus par A à B sont rémunérés en fonction des coûts réels encourus chaque mois pour ceux-ci. La contrepartie est constituée par les coûts réels ainsi que par la marge bénéficiaire convenue pour ceux-ci. A facture ses services à B en fonction des coûts réels encourus, majorés d’une marge bénéficiaire.
20 A a saisi la keskusverolautakunta (commission fiscale centrale, Finlande) d’une demande de rescrit fiscal portant sur le traitement en matière de TVA de crédits qu’elle a vendus à B ainsi que de services de gestion de crédits et des garanties se rapportant aux crédits vendus.
21 Selon le rescrit fiscal rendu par la commission fiscale centrale à l’égard de A, les ventes de crédits de A à B sont des services financiers exonérés de TVA au sens de l’article 41 et de l’article 42, premier alinéa, point 2, de la loi relative à la TVA. Les services de recouvrement vendus par A à B sont des services soumis à la TVA au sens de l’article 1er, premier alinéa, point 1, de cette loi. Quant aux services de gestion de crédits et de garanties qui se rapportent aux crédits vendus à B, il s’agirait d’une gestion de crédits effectuée par le prêteur, de sorte qu’ils constituent des services financiers exonérés de TVA au sens de l’article 41 et de l’article 42, premier alinéa, point 3, de la loi relative à la TVA.
22 Le service de défense des droits des destinataires de recettes fiscales a formé un recours devant le Korkein hallinto-oikeus (Cour administrative suprême, Finlande), qui est la juridiction de renvoi, visant à l’annulation de ce rescrit dans la mesure où, selon ce dernier, les services de gestion vendus par A à B ne sont pas soumis à la TVA.
23 La juridiction de renvoi a des doutes quant à la question de savoir si les services de gestion de crédits et de garanties fournis par A s’agissant de crédits qu’elle a octroyés puis vendus à une autre société peuvent être considérés comme une gestion de crédits effectuée par celui qui les a octroyés, exonérée de TVA au titre de l’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive TVA. Si tel n’est pas le cas, la juridiction de renvoi se pose la question de savoir si les services fournis par A doivent être exonérés de TVA en tant que prise en charge d’engagements, de cautionnements ou d’autres sûretés et garanties au sens de l’article 135, paragraphe 1, sous c), de la directive TVA, lorsque les services de gestion qu’elle fournit portent sur des crédits qui servent de garantie à une obligation émise par un autre établissement financier. Si tel n’est pas non plus le cas, elle se pose la question de savoir si les services fournis par A doivent être exonérés de TVA à titre de services financiers visés à l’article 135, paragraphe 1, sous d), de cette directive.
24 Dans ces conditions, le Korkein hallinto-oikeus (Cour administrative suprême) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :
« 1) Lorsqu’une société exerçant une activité de financement vend à un autre établissement financier des crédits qu’elle a octroyés à la clientèle et continue à les gérer elle-même à titre onéreux après les avoir vendus, l’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive TVA, qui porte sur l’exonération de la gestion de crédits effectuée par celui qui les a octroyés, doit-il être interprété en ce sens qu’il s’applique également à l’hypothèse dans laquelle la première société continue à gérer les crédits qu’elle a elle-même octroyés et qu’elle a vendus à cet autre établissement financier ?
2) Si la première question appelle une réponse négative et que la gestion de crédits effectuée par la première société se rapporte à des crédits qui servent de garantie à une obligation émise par un autre établissement financier, l’article 135, paragraphe 1, sous c), de la directive TVA, qui porte sur l’exonération de la prise en charge d’engagements, de cautionnements ou d’autres sûretés et garanties, doit-il être interprété en ce sens qu’il s’applique également à l’hypothèse dans laquelle la première société gère des crédits qui servent de garantie à une obligation émise par un autre établissement financier ?
3) Si la deuxième question appelle une réponse négative, l’article 135, paragraphe 1, sous d), de la directive TVA, qui porte sur l’exonération des opérations concernant des créances, doit-il être interprété en ce sens qu’il s’applique également à l’hypothèse dans laquelle la première société gère des créances transférées à un autre établissement financier ? »
Sur les questions préjudicielles
Sur la première question
25 Par sa première question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive TVA doit être interprété en ce sens que l’exonération qu’il prévoit pour la gestion de crédits s’applique à des services de gestion de crédits fournis par la personne qui a accordé lesdits crédits, les a ensuite cédés et continue à les gérer à titre onéreux pour le cessionnaire.
26 En vertu de l’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive TVA, les États membres exonèrent les opérations concernant « l’octroi et la négociation de crédits ainsi que la gestion de crédits effectuée par celui qui les a octroyés ».
27 Il ressort d’une jurisprudence constante que les dispositions du droit de l’Union européenne doivent être interprétées et appliquées de manière uniforme à la lumière des versions établies dans toutes les langues de l’Union. En cas de disparité entre les diverses versions linguistiques d’un texte de l’Union, la disposition en cause doit être interprétée en fonction de l’économie générale et de la finalité de la réglementation dont elle constitue un élément [voir arrêts du 26 septembre 2013, Commission/France, C‑296/11, non publié, EU:C:2013:612, point 49 et jurisprudence citée, et du 8 octobre 2020, United Biscuits (Pensions Trustees) et United Biscuits Pension Investments, C‑235/19, EU:C:2020:801, point 46 et jurisprudence citée].
28 S’agissant du libellé de la condition « par celui qui les a octroyés » figurant à l’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive TVA, celui-ci n’apporte pas de réponse claire à la question de savoir quelles sont les personnes qui doivent bénéficier de l’exonération relative à la gestion de crédits.
29 En effet, ainsi que Mme l’avocate générale l’a relevé, en substance, au point 18 de ses conclusions, certaines versions linguistiques de l’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive TVA, telles que les versions grecque (« pou tis chorígise »), française (« qui les a octroyés ») et néerlandaise (« die deze heeft verleend »), utilisent un verbe conjugué au passé pour décrire l’octroi de crédits. Ainsi, ces versions peuvent indiquer que la personne qui bénéficie de l’exonération prévue dans cette disposition est celle qui a versé le montant du crédit à l’emprunteur, dans le passé et au début de la relation contractuelle. En revanche, certaines autres versions linguistiques de ladite disposition, telles que les versions anglaise (« the person granting it »), croate (« koja ga odobrava »), roumaine (« care le acordă ») et slovène (« ki kredit odobri »), recourent à l’équivalent du verbe « octroyer » au participe présent ou à l’indicatif présent. Elles peuvent donc être comprises comme renvoyant à la qualité de la personne en tant que prêteur, à savoir la personne à laquelle les crédits ont été cédés par une autre personne. En outre, les termes utilisés dans les versions allemande (« Kreditgeber ») et finnoise (« luotonantaja ») peuvent revêtir, dans ces langues, les deux significations susmentionnées.
30 Selon une jurisprudence constante, il y a lieu, pour l’interprétation d’une disposition du droit de l’Union, de tenir compte non seulement des termes de celle-ci, mais également de son contexte et des objectifs poursuivis par la réglementation dont elle fait partie (voir arrêt du 10 septembre 2014, Ben Alaya, C‑491/13, EU:C:2014:2187, point 22 et jurisprudence citée).
31 En ce qui concerne le contexte relatif à la condition « par celui qui les a octroyés » et les objectifs poursuivis par la réglementation dont cette condition fait partie, il y a lieu de relever que les termes employés pour désigner les exonérations visées à l’article 135, paragraphe 1, de la directive TVA doivent faire l’objet d’une interprétation stricte – étant donné qu’elles constituent des dérogations au principe général selon lequel la TVA est perçue sur chaque prestation de services effectuée à titre onéreux par un assujetti – pour autant que cette interprétation ne prive pas ces exonérations de leurs effets, qu’elle soit conforme aux objectifs poursuivis par lesdites exonérations et qu’elle respecte les exigences du principe de neutralité fiscale (voir arrêt du 17 décembre 2020, Franck, C‑801/19, EU:C:2020:1049, points 31 et 32 et jurisprudence citée).
32 En outre, il convient de relever que l’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive TVA exonère, dans une seule et même disposition, d’une part, « l’octroi et la négociation de crédits » et, d’autre part, « la gestion de crédits effectuée par celui qui les a octroyés ». Cette articulation indique que l’exonération prévue par cette disposition concerne la gestion de crédits liée à l’octroi de ces crédits. Ainsi que Mme l’avocate générale l’a relevé au point 35 de ses conclusions, elle vise à garantir que l’ensemble des prestations fournies dans le cadre de la relation de crédit soit exonéré de TVA. Ce contexte et la restriction du champ d’application de cette exonération aux services effectués « par celui qui les a octroyés » indiquent qu’il s’agit de la relation entre l’octroyeur de crédit et l’emprunteur et que celle-ci ne couvre pas les prestations effectuées en dehors de cette relation. Ainsi, l’interprétation stricte de la dérogation prévue à l’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive TVA s’oppose à l’application de cette exonération à toute situation où ce lien a disparu.
33 Or, en l’occurrence, dès lors que le prêteur initial a cédé ses créances au profit d’un tiers cessionnaire, la gestion de ces crédits ne s’inscrit plus dans le rapport juridique initial qui ouvrait droit au bénéfice de l’exonération, bien que cette gestion soit matériellement exécutée par le prêteur initial lui-même. Une telle activité constitue, par conséquent, une prestation de services effectuée à titre onéreux directement au profit du tiers cessionnaire.
34 Il convient également, ainsi que Mme l’avocate générale l’a relevé en substance aux points 34 et 35 de ses conclusions, de tenir compte de la circonstance que, en restreignant le champ d’application personnel de l’exonération relative à la gestion de crédits, le législateur de l’Union n’a pas entendu favoriser fiscalement l’externalisation de cette gestion à un tiers. Il en résulte que ladite exonération doit être comprise comme couvrant la gestion de crédits effectuée dans le cadre de la relation de crédit existant entre le prêteur initial et l’emprunteur.
35 Cette interprétation est confirmée par les objectifs poursuivis par l’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive TVA. Ceux-ci n’exigent pas que l’exonération prévue par cette disposition s’applique à la gestion de crédits lorsque cette gestion est effectuée par la personne qui a accordé des crédits, mais les a ensuite cédés à une autre personne.
36 En effet, il ressort de la jurisprudence de la Cour que la finalité de l’exonération des opérations financières figurant à l’article 13, B, sous d), de la sixième directive 77/388/CEE du Conseil, du 17 mai 1977, en matière d’harmonisation des législations des États membres relatives aux taxes sur le chiffre d’affaires – Système commun de taxe sur la valeur ajoutée : assiette uniforme (JO 1977, L 145, p. 1) et à l’article 135, paragraphe 1, sous b) à g), de la directive TVA consiste à pallier les difficultés liées à la détermination de la base d’imposition ainsi que du montant de la TVA déductible et à éviter une augmentation du coût du crédit à la consommation (arrêts du 19 avril 2007, Velvet & Steel Immobilien, C‑455/05, EU:C:2007:232, point 24, et du 10 mars 2011, Skandinaviska Enskilda Banken, C‑540/09, EU:C:2011:137, point 21 ; voir également, en ce sens, arrêt du 25 juillet 2018, DPAS, C‑5/17, EU:C:2018:592, point 46).
37 Étant donné que les exonérations prévues par l’article 135, paragraphe 1, sous b) à g), de la directive TVA reprennent, sans en modifier la substance, les exonérations qui étaient auparavant prévues à l’article 13, B, sous d), points 1 à 6, de la sixième directive 77/388, la jurisprudence relative à ces dernières dispositions reste pertinente pour interpréter les dispositions équivalentes de la directive TVA (arrêt du 26 mai 2016, Bookit, C‑607/14, EU:C:2016:355, point 32).
38 En ce qui concerne le premier objectif, à savoir pallier les difficultés liées à la détermination de la base d’imposition ainsi que du montant de la TVA déductible, c’est à juste titre que la Commission européenne fait valoir qu’il n’est pas en cause dans une situation telle que celle en cause au principal, dans laquelle la gestion de crédits est effectuée par la personne qui a accordé ces crédits, mais les a ensuite cédés à une autre personne.
39 En effet, les difficultés liées à la détermination de la base d’imposition et du montant de la TVA déductible apparaissent généralement dans la relation entre le prêteur initial et l’emprunteur, dans laquelle il peut être difficile de distinguer la contrepartie de l’octroi du crédit, qui est exonérée, de celle des opérations de gestion s’y rattachant. Or, dans une situation telle que celle en cause au principal, dans laquelle la gestion des crédits fait l’objet d’une prestation distincte facturée par A à B sur la base des coûts réels et d’une marge bénéficiaire convenue, de telles difficultés sont absentes. Cette circonstance corrobore l’interprétation selon laquelle l’exonération prévue à l’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive TVA ne s’étend pas aux services de gestion ainsi externalisés.
40 L’interprétation de l’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive TVA à la lumière du second objectif, à savoir éviter une augmentation du coût du crédit à la consommation, corrobore ces considérations.
41 Premièrement, dans une situation telle que celle en cause dans l’affaire au principal, dans laquelle la société ayant cédé les crédits fournit ses services de gestion à la société qui les a acquis et non aux emprunteurs, ces services ne sont pas facturés directement à ces derniers. La TVA qui y est afférente ne peut donc pas être payée directement par les emprunteurs, qui ne sont pas les preneurs desdits services.
42 Deuxièmement, même s’il n’est pas possible d’exclure toute incidence indirecte de la TVA sur les services de gestion de crédits fournis par le cédant au cessionnaire sur les coûts de financement pour les emprunteurs, cela n’implique pas pour autant un report automatique du montant correspondant à la TVA sur les emprunteurs. Le risque de répercussion de ces coûts sur l’emprunteur dépend notamment des conditions spécifiques du crédit, de la stratégie marketing et financière des sociétés concernées ou de la situation concurrentielle sur le marché.
43 En tout état de cause, toute externalisation de la gestion de crédits peut avoir pour conséquence une augmentation des coûts, que les services de gestion soient soumis à la TVA ou non.
44 Par ailleurs, il ressort d’une jurisprudence constante que la directive TVA doit être interprétée conformément au principe de neutralité fiscale inhérent au système commun de TVA, selon lequel des opérateurs économiques qui effectuent les mêmes opérations ne doivent pas être traités différemment en matière de perception de la TVA. Toute action des États membres concernant le prélèvement de la TVA doit respecter ce principe (voir arrêts du 17 décembre 2015, WebMindLicenses, C‑419/14, EU:C:2015:832, point 41 et jurisprudence citée, et du 7 avril 2016, Degano Trasporti, C‑546/14, EU:C:2016:206, point 21 et jurisprudence citée).
45 Comme l’a souligné Mme l’avocate générale au point 36 de ses conclusions, il ne devrait pas y avoir de différence de traitement au regard de la TVA entre les services de gestion de crédits vendus à un cessionnaire de crédits selon que le fournisseur de ces services est le cédant qui a initialement accordé le crédit ou une autre personne. Or, dans ce dernier cas, il est évident que les services de gestion sont soumis à la TVA.
46 Compte tenu de l’ensemble des considérations qui précèdent, il y a lieu de répondre à la première question que l’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive TVA doit être interprété en ce sens que l’exonération qu’il prévoit pour la gestion de crédits ne s’applique pas à des services de gestion de crédits fournis par la personne qui a accordé lesdits crédits, les a ensuite cédés et continue à les gérer à titre onéreux pour le cessionnaire.
Sur la deuxième question
47 Par sa deuxième question, posée dans l’hypothèse où une réponse négative serait apportée à la première question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 135, paragraphe 1, sous c), de la directive TVA doit être interprété en ce sens que les services de gestion fournis par celui qui a octroyé le crédit doivent être exonérés de TVA en tant qu’ils constituent la prise en charge d’engagements, de cautionnements ou d’autres sûretés et garanties au sens de cette disposition lorsque ces services portent sur des crédits qui servent de garantie à une obligation émise par un autre établissement financier.
48 Aux termes de l’article 135, paragraphe 1, sous c), de la directive TVA, les États membres exonèrent les opérations concernant « la négociation et la prise en charge d’engagements, de cautionnements et d’autres sûretés et garanties ainsi que la gestion de garanties de crédits effectuée par celui qui a octroyé les crédits ».
49 Il ressort de la demande de décision préjudicielle que celle-ci vise principalement le premier volet de cette disposition, à savoir la question de savoir si les services en cause peuvent être qualifiés de prise en charge d’engagements, de cautionnements ou d’autres sûretés et garanties au sens de l’article 135, paragraphe 1, sous c), de la directive TVA.
50 À cet égard, il y a lieu de constater que les services consistant en une gestion de crédits effectuée au profit de leur acquéreur, tels que ceux en cause en l’espèce, ne sauraient, en tant que tels, être qualifiés de prise en charge d’engagements, de cautionnements ou d’autres sûretés et garanties au sens de l’article 135, paragraphe 1, sous c), de la directive TVA. En effet, une telle prise en charge ne saurait être assimilée à la gestion de crédits constituant une garantie, d’autant plus que la seule activité de gestion mentionnée dans cette disposition comme bénéficiant d’une exonération fiscale concerne la gestion de garanties de crédits effectuée par celui qui a octroyé les crédits.
51 Par ailleurs, la gestion de crédits est explicitement visée par l’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive TVA. Comme l’a souligné Mme l’avocate générale au point 44 de ses conclusions, une application de l’article 135, paragraphe 1, sous c), de la directive TVA à la gestion de crédits priverait d’effet utile la restriction du champ d’application de l’exonération de TVA pour la gestion de crédits, dont l’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive TVA prévoit qu’elle ne s’applique qu’à celui qui a octroyé les crédits.
52 Il s’ensuit qu’il convient de répondre à la deuxième question que l’article 135, paragraphe 1, sous c), de la directive TVA doit être interprété en ce sens que l’exonération qu’il prévoit pour la prise en charge d’engagements, de cautionnements ou d’autres sûretés et garanties ne s’applique pas à des services de gestion de crédits fournis par la personne qui a accordé ces crédits et portant sur des crédits servant de garantie à une obligation émise par un autre établissement financier, auquel lesdits crédits ont été cédés.
Sur la troisième question
53 Par sa troisième question, posée dans l’hypothèse où une réponse négative serait apportée à la deuxième question, la juridiction de renvoi demande si l’article 135, paragraphe 1, sous d), de la directive TVA doit être interprété en ce sens que l’exonération des opérations concernant les créances qu’il prévoit s’applique à la gestion, par le cédant, de crédits transférés à une autre société.
54 Selon l’article 135, paragraphe 1, sous d), de la directive TVA, les États membres exonèrent les opérations concernant « les dépôts de fonds, comptes courants, paiements, virements, créances, chèques et autres effets de commerce, à l’exception du recouvrement de créances ».
55 Il ressort de la jurisprudence de la Cour que les opérations figurant à l’article 135, paragraphe 1, sous d), de la directive TVA relèvent du domaine des opérations financières et portent, notamment, sur des instruments de paiement dont le mode de fonctionnement implique un transfert d’argent (voir arrêt du 1er août 2025, Határ Diszkont, C‑427/23, EU:C:2025:596, point 68 et jurisprudence citée).
56 Le critère permettant de distinguer une opération ayant pour effet de transférer des fonds et d’entraîner des modifications juridiques et financières, relevant de l’exonération prévue par l’article 135, paragraphe 1, sous d), de la directive TVA d’une opération n’ayant pas de tels effets et, partant, ne relevant pas de cette exonération consiste ainsi dans le fait de savoir si l’opération considérée transfère, de manière effective ou potentielle, la propriété des fonds en cause, ou a pour effet de remplir les fonctions spécifiques et essentielles d’un tel transfert (voir arrêt du 1er août 2025, Határ Diszkont, C‑427/23, EU:C:2025:596, point 71 et jurisprudence citée).
57 En l’occurrence, rien dans le dossier n’indique que les services de gestion correspondant à la description fournie par la juridiction de renvoi consistent en un transfert de la propriété de fonds ou ont pour effet de remplir les fonctions spécifiques et essentielles d’un tel transfert, de sorte que de tels services ne constituent pas l’une des opérations concernant les créances prévues à l’article 135, paragraphe 1, sous d), de la directive TVA.
58 Par ailleurs, ainsi qu’il ressort du point 51 ci-dessus, afin d’éviter que la restriction du champ d’application de l’exonération de TVA pour la gestion de crédits, dont l’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive TVA prévoit qu’elle ne s’applique qu’à celui qui a octroyé les crédits, soit privée d’effet utile, l’article 135, paragraphe 1, sous d), de la directive TVA ne saurait être considéré comme s’appliquant à la gestion des crédits.
59 Il s’ensuit qu’il convient de répondre à la troisième question que l’article 135, paragraphe 1, sous d), de la directive TVA doit être interprété en ce sens que l’exonération qu’il prévoit pour les opérations concernant les créances ne s’applique pas à des services de gestion de crédits fournis par la personne qui a accordé ces crédits et portant sur des crédits cédés à un autre établissement financier.
Sur les dépens
60 La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations au Tribunal, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (deuxième chambre, siégeant avec cinq juges)
dit pour droit :
1) L’article 135, paragraphe 1, sous b), de la directive 2006/112/CE du Conseil, du 28 novembre 2006, relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée,
doit être interprété en ce sens que :
l’exonération qu’il prévoit pour la gestion de crédits ne s’applique pas à des services de gestion de crédits fournis par la personne qui a accordé lesdits crédits, les a ensuite cédés et continue à les gérer à titre onéreux pour le cessionnaire.
2) L’article 135, paragraphe 1, sous c), de la directive 2006/112
doit être interprété en ce sens que :
l’exonération qu’il prévoit pour la prise en charge d’engagements, de cautionnements ou d’autres sûretés et garanties ne s’applique pas à des services de gestion de crédits fournis par la personne qui a accordé ces crédits et portant sur des crédits servant de garantie à une obligation émise par un autre établissement financier, auquel lesdits crédits ont été cédés.
3) L’article 135, paragraphe 1, sous d), de la directive 2006/112
doit être interprété en ce sens que :
l’exonération qu’il prévoit pour les opérations concernant les créances ne s’applique pas à des services de gestion de crédits fournis par la personne qui a accordé ces crédits et portant sur des crédits cédés à un autre établissement financier.
| Półtorak | Hesse | Steinfatt |
| Petrlík | Dimitrakopoulos |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 17 juin 2026.
Signatures
* Langue de procédure : le finnois.
Ordonnance du Tribunal (troisième chambre) du 6 août 2026.#Albos-Energy EOOD contre Commission européenne.#Recours en carence – Aide d’État – Régime bulgare d’aide à la production d’énergie à partir de sources renouvelables – Informations fournies dans une plainte traitées comme des renseignements d’ordre général concernant le marché – Contournement de l’expiration du délai pour introduire un recours en annulation – Irrecevabilité.#Affaire T-688/25.
06/08/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 4 août 2026.#Christoph Klein contre Commission européenne.#Référé – Clause de sauvegarde – Dispositif médical – Demande de sursis à exécution – Demande de mesures provisoires – Défaut d’urgence.#Affaire T-267/26 R.
04/08/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 3 août 2026.#Broadcom Inc. et VMware International Unlimited Company contre Commission européenne.#Référé – Concurrence – Article 18, paragraphe 3, du règlement (CE) no 1/2003 – Demande de renseignements – Demande de sursis à exécution et de mesures provisoires – Non-lieu à statuer partiel – Défaut de fumus boni juris – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-280/26 R.
03/08/2026
Jurisprudence CJUE — 62026TO0017
22/07/2026