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AccueilDroit européen62025TJ0224
Jurisprudence CJUE62025TJ0224

Arrêt du Tribunal (cinquième chambre élargie) du 3 juin 2026.#VÁM4ALL Kft. "felszámolás alatt" contre Nemzeti Adó- és Vámhivatal Fellebbviteli Igazgatósága.#Renvoi préjudiciel – Union douanière – Code des douanes de l’Union – Méthode de détermination de la valeur en douane – Valeur transactionnelle déclarée – Article 15 du règlement (UE) n° 952/2013 – Article 140 du règlement d’exécution (UE) 2015/2447 – Méthodes secondaires – Article 74 du règlement n° 952/2013 – Méthode résiduelle ou “fall back” – Article 144 du règlement d’exécution 2015/2447 – Importation de marchandises en vrac – Absence de preuve du paiement effectif – Insuffisance de données sur les caractéristiques essentielles des marchandises – Utilisation des données disponibles dans la base de données nationale – Moyenne arithmétique simple des prix unitaires.#Affaire T-224/25.

CELEX62025TJ0224
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 3 juin 2026

Résumé IA

Cet arrêt du Tribunal de l'Union européenne précise les conditions de recours aux méthodes secondaires d'évaluation en douane, notamment la méthode résiduelle dite "fall back", lorsque la valeur transactionnelle déclarée ne peut être retenue faute de preuve de paiement effectif. Il valide l'utilisation, par les autorités douanières, d'une moyenne arithmétique simple des prix unitaires issus d'une base de données nationale pour déterminer la valeur en douane de marchandises importées en vrac, en l'absence de données suffisantes sur leurs caractéristiques essentielles.

Texte intégral

ARRÊT DU TRIBUNAL (cinquième chambre, siégeant avec cinq juges)

3 juin 2026 (*)

« Renvoi préjudiciel – Union douanière – Code des douanes de l’Union – Méthode de détermination de la valeur en douane – Valeur transactionnelle déclarée – Article 15 du règlement (UE) n° 952/2013 – Article 140 du règlement d’exécution (UE) 2015/2447 – Méthodes secondaires – Article 74 du règlement n° 952/2013 – Méthode résiduelle ou “fall back” – Article 144 du règlement d’exécution 2015/2447 – Importation de marchandises en vrac – Absence de preuve du paiement effectif – Insuffisance de données sur les caractéristiques essentielles des marchandises – Utilisation des données disponibles dans la base de données nationale – Moyenne arithmétique simple des prix unitaires »

Dans l’affaire T‑224/25,

ayant pour objet une demande de décision préjudicielle au titre de l’article 267 TFUE, introduite par la Kúria (Cour suprême, Hongrie), par décision du 20 mars 2025, parvenue à la Cour le 20 mars 2025, dans la procédure

VÁM4ALL Kft. « felszámolás alatt »

contre

Nemzeti Adó- és Vámhivatal Fellebbviteli Igazgatósága,

LE TRIBUNAL (cinquième chambre, siégeant avec cinq juges),

composé de M. M. Sampol Pucurull, président, Mme T. Pynnä, M. J. Laitenberger, Mme M. Stancu et M. W. Valasidis (rapporteur), juges,

avocat général : M. J. Martín y Pérez de Nanclares,

greffière : Mme A. Juhász-Tóth, administratrice,

vu la transmission par la Cour de la demande préjudicielle au Tribunal le 8 avril 2025, en application de l’article 50 ter, troisième alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne,

vu la matière visée à l’article 50 ter, premier alinéa, sous c), du statut de la Cour de justice de l’Union européenne et l’absence de question indépendante d’interprétation au sens de l’article 50 ter, deuxième alinéa, dudit statut,

vu la phase écrite de la procédure,

à la suite de l’audience du 28 janvier 2026,

considérant les observations présentées :

– pour VÁM4ALL « felszámolás alatt », par Me L. Maruzs, ügyvéd,

– pour le gouvernement hongrois, par M. M. Fehér et Mme K. Szíjjártó, en qualité d’agents,

– pour le gouvernement tchèque, par Mme A. Edelmannová, MM. M. Smolek et J. Vláčil, en qualité d’agents,

– pour le gouvernement espagnol, par M. S. Núñez Silva, abogado del Estado,

– pour la Commission européenne, par Mmes O. Dani et F. Moro, en qualité d’agentes,

vu la décision prise, l’avocat général entendu, de juger l’affaire sans conclusions,

rend le présent

Arrêt

1 La demande de décision préjudicielle porte sur l’interprétation de l’article 15, paragraphe 1, du règlement (UE) no 952/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 9 octobre 2013, établissant le code des douanes de l’Union (JO 2013, L 269, p. 1, ci-après le « code des douanes de l’Union »), lu en combinaison avec l’article 140, paragraphe 1, et l’article 144, paragraphe 2, du règlement d’exécution (UE) 2015/2447 de la Commission, du 24 novembre 2015, établissant les modalités d’application de certaines dispositions du code des douanes de l’Union (JO 2015, L 343, p. 558), ainsi que de l’article 74, paragraphes 1 et 2, de ce code.

2 Cette demande a été présentée dans le cadre d’un litige opposant VÁM4ALL Kft. « felszámolás alatt », une société de droit hongrois, en sa qualité de représentant en douane indirect d’un importateur de marchandises provenant de Chine, à la Nemzeti Adó- és Vámhivatal Fellebbviteli Igazgatósága (direction des recours de l’administration nationale des impôts et des douanes, Hongrie, ci-après l’« autorité douanière de second degré ») au sujet de la décision par laquelle cette autorité a validé la méthode employée par l’autorité douanière hongroise de premier degré (ci-après l’« autorité douanière de premier degré ») pour déterminer la valeur en douane de marchandises mises en libre pratique et l’imposition des droits de douane de l’Union européenne.

Cadre juridique

Code des douanes de l’Union

3 L’article 15 du code des douanes de l’Union, intitulé « Communication d’informations aux autorités douanières », dispose :

« 1. Toute personne intervenant directement ou indirectement dans l’accomplissement des formalités douanières ou dans les contrôles douaniers fournit aux autorités douanières, à leur demande et dans les délais éventuellement fixés, la totalité des documents ou informations requis, sous une forme appropriée, ainsi que toute l’assistance nécessaire à l’accomplissement des formalités ou des contrôles précités.

2. Le dépôt d’une déclaration en douane, d’une déclaration de dépôt temporaire, d’une déclaration sommaire d’entrée, d’une déclaration sommaire de sortie, d’une déclaration de réexportation ou d’une notification de réexportation par une personne aux autorités douanières, ou la présentation d’une demande d’autorisation ou de toute autre décision, rend la personne concernée responsable de tout ce qui suit :

a) de l’exactitude et du caractère complet des renseignements fournis dans la déclaration, la notification ou la demande ;

b) de l’authenticité, de l’exactitude et de la validité des documents accompagnant la déclaration, la notification ou la demande ;

[...]

Le premier alinéa s’applique également à la communication sous toute autre forme de toute information requise par les autorités douanières ou fournie à ces dernières.

Lorsque la déclaration ou la notification [...] déposée, la demande présentée ou l’information fournie émane d’un représentant en douane de la personne concernée, tel que visé à l’article 18, ce représentant en douane est lié lui aussi par les obligations visées au premier alinéa du présent paragraphe. »

4 L’article 18 du code des douanes de l’Union, intitulé « Représentant en douane », est ainsi libellé :

« 1. Toute personne peut désigner un représentant en douane.

Cette représentation peut être soit directe, auquel cas le représentant en douane agit au nom et pour le compte d’autrui, soit indirecte, auquel cas le représentant en douane agit en son nom propre, mais pour le compte d’autrui.

[...] »

5 Aux termes de l’article 48 du code des douanes de l’Union, intitulé « Contrôle a posteriori » :

« Aux fins des contrôles douaniers, les autorités douanières peuvent vérifier l’exactitude et le caractère complet des informations fournies dans une déclaration en douane, une déclaration de dépôt temporaire, une déclaration sommaire d’entrée, une déclaration sommaire de sortie, une déclaration de réexportation ou une notification de réexportation, ainsi que l’existence et l’authenticité, l’exactitude et la validité de tout document d’accompagnement, et peuvent examiner la comptabilité du déclarant et d’autres écritures se rapportant aux opérations relatives aux marchandises en question ou à d’autres opérations commerciales antérieures ou ultérieures portant sur ces marchandises, après octroi de la mainlevée. Ces autorités peuvent aussi examiner ces marchandises elles-mêmes et/ou prélever des échantillons lorsqu’il est encore possible de procéder à un tel examen ou prélèvement.

Ces contrôles peuvent s’exercer dans les locaux du détenteur des marchandises ou de son représentant, de toute personne directement ou indirectement liée à titre professionnel à ces opérations ainsi que de toute autre personne disposant de ces documents et données pour des raisons professionnelles. »

6 L’article 70 du code des douanes de l’Union, intitulé « Détermination de la valeur en douane sur la base de la valeur transactionnelle », est rédigé comme suit :

« 1. La base première pour la détermination de la valeur en douane des marchandises est la valeur transactionnelle, c’est-à-dire le prix effectivement payé ou à payer pour les marchandises lorsqu’elles sont vendues pour l’exportation à destination du territoire douanier de l’Union, après ajustement, le cas échéant.

2. Le prix effectivement payé ou à payer est le paiement total effectué ou à effectuer par l’acheteur au vendeur ou par l’acheteur à une tierce partie au bénéfice du vendeur, pour les marchandises importées et comprend tous les paiements effectués ou à effectuer comme condition de la vente des marchandises importées.

[...] »

7 L’article 74 du code des douanes de l’Union, intitulé « Méthodes secondaires de détermination de la valeur en douane », prévoit :

« 1. Lorsque la valeur en douane des marchandises ne peut être déterminée par application de l’article 70, il y a lieu de passer successivement du point a) au point d) du paragraphe 2 jusqu’au premier de ces points qui permettra de la déterminer.

L’ordre d’application des points c) et d) du paragraphe 2 est inversé si le déclarant émet une demande en ce sens.

2. La valeur en douane déterminée par application du paragraphe 1 est :

a) la valeur transactionnelle de marchandises identiques, vendues pour l’exportation à destination du territoire douanier de l’Union et exportées au même moment ou à peu près au même moment que les marchandises à évaluer ;

b) la valeur transactionnelle de marchandises similaires, vendues pour l’exportation à destination du territoire douanier de l’Union et exportées au même moment ou à peu près au même moment que les marchandises à évaluer ;

c) la valeur fondée sur le prix unitaire correspondant aux ventes sur le territoire douanier de l’Union des marchandises importées ou de marchandises identiques ou similaires importées totalisant la quantité la plus élevée, ainsi faites à des personnes non liées aux vendeurs ; ou

d) la valeur calculée, égale à la somme :

i) du coût ou de la valeur des matières et des opérations de fabrication ou autres, mises en œuvre pour produire les marchandises importées ;

ii) d’un montant représentant les bénéfices et les frais généraux égal à celui qui entre généralement dans les ventes de marchandises de la même nature ou de la même espèce que les marchandises à évaluer, qui sont faites par des producteurs du pays d’exportation pour l’exportation à destination de l’Union ;

iii) du coût ou de la valeur des éléments visés à l’article 71, paragraphe 1, point e).

3. Si la valeur en douane ne peut pas être déterminée par application du paragraphe 1, elle est déterminée, sur la base des données disponibles dans le territoire douanier de l’Union, par des moyens raisonnables compatibles avec tous les principes et toutes les dispositions générales suivantes :

a) l’accord relatif à la mise en œuvre de l’article VII de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce ;

b) l’article VII de l’accord général sur les tarifs douaniers et le commerce ;

c) le présent chapitre. »

8 L’article 163 du code des douanes de l’Union, intitulé « Documents d’accompagnement », énonce ce qui suit :

« 1. Les documents d’accompagnement exigés pour l’application des dispositions régissant le régime douanier pour lequel les marchandises sont déclarées sont en la possession du déclarant et à la disposition des autorités douanières au moment du dépôt de la déclaration en douane.

2. Des documents d’accompagnement sont fournis aux autorités douanières lorsque cela est exigé par la législation de l’Union ou que cela est nécessaire aux fins des contrôles douaniers.

[...] »

9 L’article 188 du code des douanes de l’Union, intitulé « Vérification d’une déclaration en douane », dispose :

« Aux fins de la vérification de l’exactitude des énonciations contenues dans une déclaration en douane qui a été acceptée, les autorités douanières peuvent :

a) procéder à un examen de la déclaration et des documents d’accompagnement ;

b) exiger du déclarant qu’il leur fournisse d’autres documents ;

c) examiner les marchandises ;

d) prélever des échantillons en vue de l’analyse ou d’un examen approfondi des marchandises. »

Règlement d’exécution 2015/2447

10 L’article 1er, paragraphe 2, points 4 et 14, du règlement d’exécution 2015/2447 dispose :

« Aux fins du présent règlement, on entend par :

[...]

4) “marchandises identiques”, dans le cadre de la détermination de la valeur en douane, des marchandises produites dans le même pays qui sont identiques en tous points, y compris les caractéristiques physiques, la qualité et la réputation. Des différences d’aspect mineures n’empêchent pas des marchandises conformes par ailleurs à la définition d’être considérées comme identiques ;

[...]

14) “marchandises similaires”, dans le cadre de la détermination de la valeur en douane, des marchandises produites dans le même pays qui, sans être pareilles à tous égards, présentent des caractéristiques semblables et sont composées de matières semblables, ce qui leur permet de remplir les mêmes fonctions et d’être commercialement interchangeables; la qualité des marchandises, leur réputation et l’existence d’une marque de fabrique ou de commerce font partie des éléments à prendre en considération pour déterminer si des marchandises sont similaires. »

11 L’article 140 du règlement d’exécution 2015/2447, intitulé « Non-acceptation de valeurs transactionnelles déclarées », prévoit :

« 1. Lorsque les autorités douanières ne sont pas convaincues, sur la base de doutes fondés, que la valeur transactionnelle déclarée représente le montant total payé ou à payer défini à l’article 70, paragraphe 1, du code [des douanes de l’Union], elles peuvent demander au déclarant de fournir des informations supplémentaires.

2. Si leurs doutes ne sont pas dissipés, les autorités douanières peuvent décider que la valeur des marchandises ne peut pas être déterminée conformément à l’article 70, paragraphe 1, du code [des douanes de l’Union]. »

12 L’article 144 du règlement d’exécution 2015/2447, intitulé « Valeur déterminée sur la base des données disponibles (méthode “fall back”) », est ainsi libellé :

« 1. Lors de la détermination de la valeur en douane en vertu de l’article 74, paragraphe 3, du code [des douanes de l’Union], il peut être fait preuve d’une souplesse raisonnable dans l’application des méthodes prévues aux articles 70 et 74, paragraphe 2, [de ce] code. La valeur ainsi déterminée se fonde, dans la plus grande mesure possible, sur des valeurs en douane déterminées antérieurement.

2. Lorsque la valeur en douane ne peut pas être déterminée par application du paragraphe 1, d’autres méthodes appropriées sont utilisées. Dans ce cas, la valeur en douane n’est déterminée sur la base d’aucun des éléments suivants :

[...]

b) un système dans lequel la plus élevée de deux valeurs possibles est utilisée pour la détermination de la valeur en douane ;

[...]

g) des valeurs arbitraires ou fictives. »

Litige au principal et questions préjudicielles

13 VÁM4ALL « felszámolás alatt », en sa qualité de représentant en douane indirect, a présenté à l’autorité douanière de premier degré, entre le 25 janvier et le 8 juillet 2019, des déclarations en douane pour différentes marchandises en vrac importées de Chine (ci-après les « marchandises en cause »). La valeur en douane de ces marchandises a été déterminée selon la méthode de la valeur transactionnelle prévue à l’article 70, paragraphe 1, du code des douanes de l’Union. VÁM4ALL « felszámolás alatt » a produit, à l’appui des déclarations, des factures mentionnant un délai de paiement de 120 jours à compter de la livraison.

14 Le 7 avril 2020, l’autorité douanière de premier degré a entamé un contrôle a posteriori au cours duquel elle a invité à plusieurs reprises l’importateur et VÁM4ALL « felszámolás alatt » à fournir des documents justifiant la valeur transactionnelle déclarée comme valeur en douane pour les opérations d’importation en cause. Il ressort de la décision de renvoi qu’il n’a pas été donné suite à ces demandes.

15 Après avoir été à nouveau invitée à présenter de tels documents, VÁM4ALL « felszámolás alatt » a fourni, outre les déclarations en douane déposées précédemment, des factures commerciales d’importation, des listes d’empaquetage, des documents de transport par navire, des déclarations de valeur en douane et des feuilles de tableur informatique contenant, pour chaque transaction concernée, la description générale des marchandises en cause et les quantités de matière, ainsi que des photographies provenant de l’importateur.

16 L’établissement financier gérant le compte de l’importateur a fourni à l’autorité douanière de premier degré, sur requête de celle-ci, des données de paiement qui n’ont pas permis d’établir le paiement de la contre-valeur des marchandises en cause. Ces dernières n’ont pu faire l’objet du contrôle a posteriori, en raison du fait qu’elles avaient déjà été vendues.

17 Au regard de ces circonstances, l’autorité douanière de premier degré a, en application de l’article 140 du règlement d’exécution 2015/2447, écarté la méthode de la valeur transactionnelle pour déterminer la valeur en douane des marchandises en cause. Elle a également considéré comme inapplicables les méthodes secondaires prévues à l’article 74, paragraphe 2, sous a) à d), du code des douanes de l’Union. Partant, elle a déterminé la valeur en douane des marchandises en cause en utilisant la méthode prévue à l’article 74, paragraphe 3, dudit code, tel que complété par l’article 144, paragraphe 2, du règlement d’exécution 2015/2447.

18 À cette fin, l’autorité douanière de premier degré a extrait de la base de données douanières nationale (ci-après la « base de données ») les informations concernant les marchandises provenant du même pays que les marchandises en cause, relevant du même code du tarif intégré de l’Union européenne (TARIC), du même code de procédure et du même code de méthode d’évaluation que ces marchandises, mises en libre pratique en Hongrie au cours des 45 jours précédant l’acceptation des déclarations mentionnées au point 13 ci-dessus et des 45 jours suivant celle-ci, à l’exclusion de certaines données n’apparaissant pas pertinentes. Sur le fondement de ces informations, elle a calculé les prix unitaires par kilogramme de chaque groupe d’éléments contenant des marchandises importées comparables, en retenant, dans chaque hypothèse, un prix égal ou inférieur à la moyenne arithmétique du prix unitaire de chacun de ces éléments. La valeur en douane des marchandises en cause a ensuite été déterminée en multipliant le poids net de celles-ci par le prix unitaire ainsi déterminé. Sur la base de la nouvelle valeur en douane ainsi établie, l’autorité douanière de premier degré a adopté une décision fixant, notamment, le montant de la dette douanière de VÁM4ALL « felszámolás alatt » à 65 427 800 forints (HUF) (environ 163 570 euros).

19 VÁM4ALL « felszámolás alatt » a contesté cette décision devant l’autorité douanière de second degré, qui l’a confirmée.

20 VÁM4ALL « felszámolás alatt » a alors introduit un recours juridictionnel contre la décision de l’autorité douanière de second degré, lequel a été rejeté en première instance. Elle s’est ensuite pourvue devant la Kúria (Cour suprême, Hongrie), qui est la juridiction de renvoi.

21 La juridiction de renvoi éprouve des doutes quant à l’interprétation qu’il convient de donner à plusieurs dispositions du code des douanes de l’Union et du règlement d’exécution 2015/2447 applicables au litige au principal.

22 En premier lieu, la juridiction de renvoi se demande si le code des douanes de l’Union et l’article 140 du règlement d’exécution 2015/2447 permettent aux autorités douanières d’exiger d’un représentant en douane indirect qu’il justifie de la valeur transactionnelle des marchandises importées par la production de la preuve du paiement de celles-ci et, à défaut d’une telle production, de rejeter cette valeur. Elle relève, à cet égard, que c’est aux autorités douanières d’étayer, au cas par cas, les « doutes fondés » quant à la conformité de la valeur transactionnelle déclarée, au sens de l’article 140, paragraphe 1, du règlement d’exécution 2015/2447.

23 En deuxième lieu, la juridiction de renvoi s’interroge sur le fait que les autorités douanières peuvent conclure à l’inapplicabilité des méthodes secondaires énumérées à l’article 74, paragraphe 2, du code des douanes de l’Union au motif que le représentant en douane n’a pas fourni d’informations détaillées sur les caractéristiques essentielles des marchandises importées, alors que ces autorités n’ont pas fait usage du pouvoir dont elles disposaient d’examiner ces marchandises lors de leur mise en libre pratique.

24 En troisième lieu, la juridiction de renvoi doute que, dans les circonstances de l’affaire au principal, la méthode de calcul de la valeur en douane utilisée par les autorités douanières, en ce qu’elle ne repose pas uniquement sur les produits du vendeur des marchandises en cause, mais sur tous les produits relevant du même code TARIC que ces marchandises, soit conforme à l’article 144, paragraphe 2, du règlement d’exécution 2015/2447.

25 Dans ces conditions, la Kúria (Cour suprême) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour les questions préjudicielles suivantes :

« 1) L’article 15, paragraphe 1, du [code des douanes de l’Union] doit-il être interprété en ce sens que, outre les documents requis pour le dédouanement, le représentant en douane indirect doit également être en possession de tous les autres documents relatifs aux marchandises importées, y compris les documents relatifs au déroulement et à l’achèvement de la transaction commerciale (contrat entre l’importateur et le vendeur, extrait de compte bancaire attestant du paiement des marchandises, documents présentant les caractéristiques physiques, la réputation et la qualité des marchandises) et qu’il doit les mettre à la disposition des autorités douanières au moment des contrôles douaniers ?

2) L’article 140, paragraphe 1, du règlement d’exécution [2015/2447] doit-il être interprété en ce sens que, dans le cas d’importations de marchandises en vrac qui ne présentent pas de caractéristiques uniques ou particulières, les autorités douanières sont en droit d’entretenir des doutes raisonnables quant au rejet de la valeur transactionnelle lorsque le représentant en douane indirect, bien qu’il y soit invité, ne prouve pas, au moyen de documents crédibles, le paiement effectif du prix d’achat ?

3) S’il convient de donner une réponse affirmative à la deuxième question, l’article 74, paragraphes 1 et 2, du code des douanes [de l’Union] doit-il être interprété en ce sens que les autorités douanières peuvent exclure le recours aux méthodes secondaires visées par cet article au motif que le représentant en douane indirect n’a pas fourni les données sur les caractéristiques essentielles de la marchandise (caractéristiques physiques, qualité, réputation) ?

4) S’il convient de donner une réponse affirmative à la troisième question, l’application des méthodes secondaires prévues à l’article 74, paragraphe 2, sous a) à d), du code des douanes [de l’Union] peut-elle être exclue si les autorités douanières, alors qu’elles étaient en mesure de le faire, n’ont pas fait usage du droit de prélever des échantillons, lors du dédouanement, [et/ou] des pouvoirs supplémentaires visés à l’article 188 [de ce code], qui leur auraient permis d’en connaître les caractéristiques ?

5) S’il convient de donner une réponse affirmative aux troisième et quatrième questions, l’article 144, paragraphe 2, du règlement d’exécution [2015/2447] doit-il être interprété en ce sens que cette disposition permet aux autorités douanières de fonder la valeur en douane exclusivement sur des données extraites de la base de données nationale des douanes, afin d’examiner des marchandises provenant du même pays, classées sous le même code TARIC que les marchandises en vrac ne présentant pas de caractéristiques uniques ou particulières qui font l’objet du contrôle, qui ont été mises en libre pratique à la date d’acceptation de la déclaration en douane et au cours des 45 jours précédant et suivant cette date, et afin de prendre en compte, sur la base du filtrage des données, la moyenne arithmétique simple des prix unitaires par kilogramme de ces marchandises ? Dans l’affirmative, cette méthode garantit-elle le respect de l’article 144, paragraphe 2, sous b) et g), du règlement d’exécution [2015/2447] ? »

Sur les questions préjudicielles

Sur la première question

26 Par sa première question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 15, paragraphe 1, du code des douanes de l’Union, lu conjointement avec l’article 18, paragraphe 1, et l’article 163, paragraphe 2, de ce code, doit être interprété en ce sens que, outre les documents requis pour le dédouanement, un représentant en douane indirect est tenu d’être en mesure de produire et de mettre à la disposition des autorités douanières, lorsqu’il a été invité à le faire dans le cadre d’un contrôle douanier, tous les documents relatifs aux marchandises importées, y compris ceux justifiant le prix effectivement payé.

27 Premièrement, il importe de rappeler, d’une part, que l’article 15 du code des douanes de l’Union énonce, à son paragraphe 1, que toute personne intervenant directement ou indirectement dans les contrôles douaniers est tenue de fournir aux autorités douanières la totalité des documents ou informations requis. D’autre part, en vertu de l’article 18, paragraphe 1, de ce code, le représentant en douane indirect agit en son nom propre, mais pour le compte d’autrui.

28 Ainsi, lorsqu’un représentant en douane indirect dépose une déclaration en douane, il le fait en son nom propre, mais pour le compte de la personne qui lui a délivré un mandat de représentation et qu’il représente, de telle sorte qu’il agit en tant que déclarant [voir, en ce sens, arrêt du 12 mai 2022, U.I. (Représentant en douane indirect), C‑714/20, EU:C:2022:374, point 40], faisant ainsi peser sur lui l’ensemble des obligations de fourniture de documents et d’informations énoncées à l’article 15, paragraphe 1, du code des douanes de l’Union.

29 Deuxièmement, il ressort de l’article 163, paragraphe 2, du code des douanes de l’Union que des documents d’accompagnement sont fournis aux autorités douanières lorsque cela est nécessaire aux fins des contrôles douaniers. Étant donné que, comme cela a été rappelé au point 28 ci-dessus, un représentant en douane indirect agit en qualité de déclarant, celui-ci doit donc être en mesure de fournir ces documents d’accompagnement.

30 Troisièmement, l’article 70 du code des douanes de l’Union définit, à son paragraphe 1, la valeur transactionnelle comme étant le prix effectivement payé ou à payer pour les marchandises lorsqu’elles sont vendues pour l’exportation à destination du territoire douanier de l’Union européenne, après ajustement, le cas échéant. Il précise, à son paragraphe 2, que le prix effectivement payé ou à payer est le paiement total effectué ou à effectuer par l’acheteur au vendeur ou par l’acheteur à une tierce partie au bénéfice du vendeur, pour les marchandises importées et comprend tous les paiements effectués ou à effectuer comme condition de la vente des marchandises importées.

31 Dès lors qu’un représentant en douane indirect est tenu, en tant que déclarant, à une obligation de fourniture de documents et d’informations sur requête des autorités douanières, il doit être en mesure, lorsque le paiement du prix d’achat des marchandises importées est intervenu postérieurement au dépôt de la déclaration en douane, d’établir la matérialité de ce paiement, le cas échéant en s’adressant à la personne qui lui a délivré un mandat de représentation.

32 Eu égard à ce qui précède, il y a lieu de répondre à la première question que l’article 15, paragraphe 1, du code des douanes de l’Union, lu conjointement avec l’article 18, paragraphe 1, et l’article 163, paragraphe 2, de ce code, doit être interprété en ce sens que, outre les documents requis pour le dédouanement, un représentant en douane indirect est tenu d’être en mesure de produire et de mettre à la disposition des autorités douanières, lorsqu’il a été invité à le faire dans le cadre d’un contrôle douanier, tous les documents relatifs aux marchandises importées, y compris ceux justifiant le prix effectivement payé.

Sur la deuxième question

33 Par sa deuxième question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 140, paragraphe 1, du règlement d’exécution 2015/2447 doit être interprété en ce sens que, dans le cas d’importations de marchandises en vrac ne présentant pas de caractéristiques uniques ou particulières, les autorités douanières sont en droit d’entretenir des doutes fondés sur le fait que la valeur transactionnelle déclarée représente le montant total payé ou à payer au sens de l’article 70, paragraphe 1, du code des douanes de l’Union lorsque le représentant en douane indirect, bien qu’il y soit invité, ne prouve pas, au moyen de documents crédibles, que le prix a été effectivement payé.

34 Conformément à l’article 140 du règlement d’exécution 2015/2447, les autorités douanières peuvent, dans certaines circonstances, être amenées à éprouver des doutes fondés tenant au fait que la valeur transactionnelle déclarée des marchandises importées représente le montant total payé ou à payer pour celles-ci, au sens de l’article 70 du code des douanes de l’Union. Dans un tel cas, ces autorités peuvent rejeter la valeur transactionnelle déclarée si leurs doutes persistent après avoir éventuellement demandé la fourniture de toute information ou de tout document complémentaire et après avoir donné à la personne concernée la possibilité d’exprimer son point de vue à l’égard des motifs sur lesquels lesdits doutes sont fondés (voir, en ce sens, arrêts du 16 juin 2016, EURO 2004. Hungary, C‑291/15, EU:C:2016:455, point 31 et jurisprudence citée, et du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 76).

35 Ces règles s’appliquent sans qu’importent la nature et les caractéristiques des marchandises importées, dès lors que le libellé de l’article 140 du règlement d’exécution 2015/2447 n’opère aucune distinction à cet égard.

36 Dans des circonstances telles que celles de l’affaire au principal où, après l’expiration du délai de paiement de marchandises importées en vrac ne présentant pas de caractéristiques uniques ou particulières, l’autorité douanière demande au représentant en douane indirect de justifier du paiement effectif du prix d’achat de ces marchandises, il y a lieu de considérer que l’absence de preuve de ce paiement apparaît suffisante pour fonder les doutes éprouvés par cette autorité sur la réalité même de l’opération concernée et, partant, sur les valeurs transactionnelles déclarées.

37 Eu égard à ce qui précède, il y a lieu de répondre à la deuxième question que l’article 140, paragraphe 1, du règlement d’exécution 2015/2447 doit être interprété en ce sens que, dans le cas d’importations de marchandises en vrac ne présentant pas de caractéristiques uniques ou particulières, les autorités douanières sont en droit d’entretenir des doutes fondés quant au fait que la valeur transactionnelle déclarée représente le montant total payé ou à payer au sens de l’article 70, paragraphe 1, du code des douanes de l’Union lorsque le représentant en douane indirect, bien qu’il y soit invité, ne prouve pas, au moyen de documents crédibles, que le prix a été effectivement payé.

Sur les troisième et quatrième questions

38 Par ses troisième et quatrième questions, qu’il y a lieu d’examiner ensemble, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 74, paragraphes 1 et 2, du code des douanes de l’Union doit être interprété en ce sens que les autorités douanières peuvent exclure le recours aux méthodes secondaires de détermination de la valeur en douane, visées au paragraphe 2 de cet article, de marchandises en vrac ne présentant pas de caractéristiques uniques ou particulières, lorsque, d’une part, le représentant en douane indirect n’a pas fourni de données sur les caractéristiques essentielles de ces marchandises, qu’il s’agisse de leurs caractéristiques physiques ou de leurs aspects qualitatifs, et, d’autre part, lesdites autorités, alors qu’elles étaient en mesure de le faire, n’ont pas fait usage des pouvoirs visés à l’article 188 de ce code, mais ont procédé par voie de contrôle a posteriori en application de l’article 48 dudit code.

39 Tout d’abord, il importe de rappeler qu’il incombe aux États membres, conformément aux obligations qui leur sont imposées en vertu de l’article 325, paragraphe 1, TFUE, de protéger les intérêts financiers de l’Union contre la fraude ou toute autre activité illégale portant atteinte à ces intérêts ainsi que de prendre les mesures nécessaires en vue de garantir le prélèvement effectif et intégral des droits de douane, lesquels constituent des ressources propres traditionnelles de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 73 et jurisprudence citée).

40 Pour assurer la protection des intérêts financiers de l’Union, les autorités douanières nationales disposent de l’ensemble des compétences qui leur sont reconnues par le code des douanes de l’Union et le règlement d’exécution 2015/2447, ainsi que des méthodes de contrôle et d’évaluation qui y figurent. À cet égard, il y a lieu de souligner que la procédure de vérification de la déclaration en douane, prévue à l’article 188 du code des douanes de l’Union, et celle de contrôle a posteriori, définie à l’article 48 de ce code, ne sont aucunement exclusives l’une de l’autre. En particulier, rien, dans le libellé de ces dispositions, ne restreint le recours à une procédure en cas d’emploi de l’autre ni, à l’inverse, ne contraint les autorités douanières à suivre l’une ou l’autre de ces procédures.

41 Cette large marge d’appréciation conférée aux autorités douanières ressort d’ailleurs de l’emploi, tant dans l’article 48 du code des douanes de l’Union que dans l’article 188 de ce code, du verbe « pouvoir », lequel laisse donc à ces autorités le choix des moyens les mieux à même de leur permettre de s’acquitter des obligations rappelées au point 39 ci-dessus.

42 Par conséquent, la circonstance que les autorités douanières n’ont pas eu recours, dans un cas de figure tel que celui en cause au principal, à savoir dans le cas d’importations de marchandises en vrac ne présentant pas de caractéristiques uniques ou particulières, à l’article 188 du code des douanes de l’Union et, en particulier, à la possibilité que prévoit l’article 188, sous d), de ce code, de prélever des échantillons en vue de l’analyse ou d’un examen approfondi des marchandises ne saurait influer sur l’application, par ces autorités, dans le cadre d’un contrôle a posteriori, de l’article 74 dudit code et, notamment, sur l’exclusion, par lesdites autorités, des méthodes secondaires énumérées au paragraphe 2 de ce dernier article.

43 Ensuite, quant à la possibilité même d’écarter les méthodes secondaires énumérées à l’article 74, paragraphe 2, du code des douanes de l’Union, il convient de rappeler que le droit de l’Union relatif à l’évaluation en douane vise à établir un système équitable, uniforme et neutre qui exclut l’utilisation de valeurs en douane arbitraires ou fictives. La valeur en douane d’une marchandise importée doit donc refléter la valeur économique réelle de celle-ci et, dès lors, tenir compte de l’ensemble des éléments de cette marchandise qui présentent une valeur économique (voir arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 72 et jurisprudence citée).

44 Les articles 70 à 74 du code des douanes de l’Union établissent expressément une hiérarchie entre les diverses méthodes de détermination de la valeur en douane qu’ils prévoient, de sorte qu’un importateur n’est pas libre de choisir la méthode à laquelle il va recourir (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 74 et jurisprudence citée).

45 Partant, la valeur en douane des marchandises importées doit être déterminée, en priorité, selon la méthode de la valeur transactionnelle prévue à l’article 70 du code des douanes de l’Union, cette méthode étant supposée être la plus adaptée, tandis que les méthodes secondaires énumérées à l’article 74, paragraphe 2, du code des douanes de l’Union ne doivent être utilisées que lorsque la valeur en douane des marchandises ne peut être déterminée par application de cet article 70. Il en va à plus forte raison ainsi de la méthode résiduelle, dite de « fall back », mentionnée à l’article 74, paragraphe 3, du code des douanes de l’Union, qui n’est applicable que si la valeur en douane ne peut être déterminée ni au moyen de la méthode de la valeur transactionnelle ni au moyen de l’une des méthodes secondaires mentionnées à l’article 74, paragraphe 2, du code des douanes de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 75 et jurisprudence citée).

46 Enfin, il y a lieu d’indiquer que l’évaluation en douane est effectuée par application, successivement, des méthodes secondaires prévues à l’article 74, paragraphe 2, sous a) à d), du code des douanes de l’Union (voir, par analogie, arrêt du 20 juin 2019, Oribalt Rīga, C‑1/18, EU:C:2019:519, point 24 et jurisprudence citée), de telle sorte que, avant d’écarter l’application de ces méthodes, les autorités douanières doivent en examiner, une par une, la pertinence éventuelle.

47 En l’occurrence, il ressort de la décision de renvoi, dont les éléments essentiels sont résumés, notamment, aux points 14 à 16 ci-dessus, que, d’une part, VÁM4ALL « felszámolás alatt » n’a pas produit les documents et les informations demandés à plusieurs reprises par l’autorité douanière de premier degré et, d’autre part, que la consultation par cette dernière des données de paiement qui lui avaient été fournies, à sa demande, par l’établissement financier gérant le compte de l’importateur n’avaient pas permis d’établir l’existence du paiement du prix d’achat des marchandises en cause.

48 Ainsi, il résulte de ce qui a été jugé au point 37 ci-dessus qu’une telle circonstance peut être suffisante pour que les autorités douanières puissent nourrir des doutes fondés concernant la réalité même de la transaction commerciale et, par suite, écartent la valeur transactionnelle déclarée.

49 Dans une telle hypothèse, comme cela a été rappelé au point 46 ci-dessus, les autorités douanières doivent examiner tour à tour l’applicabilité de chacune des méthodes secondaires figurant à l’article 74, paragraphe 2, du code des douanes de l’Union.

50 Or, lorsque les autorités douanières sont dans l’impossibilité de contrôler physiquement les marchandises importées afin de déterminer si elles sont identiques ou semblables à celles qu’elles doivent utiliser pour établir la valeur en douane et dans la mesure où la description de ces marchandises dans les factures jointes aux déclarations en douane est sommaire ou incomplète, ces autorités ne disposent pas des informations nécessaires pour appliquer les méthodes prévues à l’article 74, paragraphe 2, du code des douanes de l’Union (voir, en ce sens, arrêt du 29 janvier 2026, Keladis I et Keladis II, C‑72/24 et C‑73/24, EU:C:2026:51, point 82).

51 Il reviendra toutefois à la juridiction de renvoi de vérifier le bien-fondé des explications fournies à cet égard par les autorités douanières.

52 Eu égard aux considérations qui précèdent, il y a donc lieu de répondre aux troisième et quatrième questions que l’article 74, paragraphes 1 et 2, du code des douanes de l’Union doit être interprété en ce sens que, si un représentant en douane indirect n’a pu établir le paiement effectif du prix d’achat de marchandises importées en vrac ne présentant pas de caractéristiques uniques ou particulières, conduisant ainsi au rejet, par les autorités douanières, de la valeur transactionnelle déclarée desdites marchandises, ces autorités peuvent exclure le recours aux méthodes secondaires visées au paragraphe 2 de cet article lorsqu’elles ont examiné chacune de ces méthodes avec la diligence requise et que ce représentant, dûment mis en mesure de le faire, n’a pas pu fournir de données suffisantes sur les caractéristiques essentielles de ces marchandises, qu’il s’agisse de leurs caractéristiques physiques ou de leurs aspects qualitatifs, sans qu’influe sur l’exclusion de ces méthodes la circonstance que lesdites autorités n’ont pas préalablement fait usage des pouvoirs visés à l’article 188 de ce code.

Sur la cinquième question

53 Par sa cinquième question, la juridiction de renvoi demande, en substance, si l’article 144, paragraphe 2, du règlement d’exécution 2015/2447 doit être interprété en ce sens :

– qu’il permet aux autorités douanières de déterminer la valeur en douane exclusivement en se fondant sur des données extraites de la base de données, relatives à des marchandises provenant du même pays que les marchandises importées, classées sous le même code TARIC que ces marchandises et mises en libre pratique au cours des 45 jours précédant et des 45 jours suivant la date d’acceptation de la déclaration en douane ;

– qu’il permet également à ces autorités de prendre en compte, sur la base du filtrage des données susmentionnées, la moyenne arithmétique simple des prix unitaires par kilogramme des marchandises auxquelles correspondent ces données.

54 Il importe de rappeler, que, dans l’hypothèse où la valeur en douane ne peut pas être déterminée par application de l’une des méthodes secondaires énumérées à l’article 74, paragraphe 2, du code des douanes de l’Union, l’évaluation de la valeur en douane est effectuée conformément aux dispositions de l’article 74, paragraphe 3, de ce code, c’est-à-dire qu’elle est déterminée sur la base des données disponibles dans le territoire douanier de l’Union, par des moyens raisonnables compatibles avec les principes et les dispositions générales des accords internationaux visés par ces dispositions ainsi que du chapitre 3 du titre II dudit code.

55 L’article 144 du règlement d’exécution 2015/2447 précise, à cette fin, à son paragraphe 1, que les autorités douanières peuvent, lors de la détermination de la valeur en douane, faire preuve d’une souplesse raisonnable dans l’application des méthodes prévues à l’article 70 et à l’article 74, paragraphe 2, du code des douanes de l’Union, et que la valeur ainsi déterminée est fondée, dans la plus grande mesure possible, sur des valeurs en douane déterminées antérieurement. Il énonce, à son paragraphe 2, que, lorsque la valeur en douane ne peut pas être déterminée par application du paragraphe 1, d’autres méthodes appropriées sont utilisées, lesquelles excluent notamment le choix de la valeur la plus élevée lorsque deux valeurs en douane sont possibles, conformément à l’article 144, paragraphe 2, sous b), du règlement d’exécution 2015/2447, et proscrivent le recours à des valeurs arbitraires ou fictives, en application de l’article 144, paragraphe 2, sous g), de ce règlement.

56 Il résulte donc du libellé même de l’article 144 du règlement d’exécution 2015/2447 que le paragraphe 2 de cet article ne trouve à s’appliquer que si les autorités douanières se sont trouvées dans l’impossibilité de mettre en œuvre le paragraphe 1 dudit article, c’est-à-dire d’appliquer avec une « souplesse raisonnable » soit la méthode de la valeur transactionnelle, au sens de l’article 70 du code des douanes de l’Union, soit les méthodes secondaires, au sens de l’article 74, paragraphe 2, de ce code. Par conséquent, la réponse à la cinquième question posée par la juridiction de renvoi, relative à l’article 144, paragraphe 2, du règlement d’exécution 2015/2447 présuppose d’établir que le paragraphe 1 de cet article ne pouvait être appliqué en l’occurrence, ce qu’il appartiendra à la juridiction de renvoi de vérifier.

57 Au vu des éléments fournis par la juridiction de renvoi, complétés par les explications apportées, notamment par le gouvernement hongrois, lors de l’audience, il n’apparaît pas exclu que l’affaire en litige au principal concerne une situation dans laquelle un représentant en douane indirect, en sa qualité de déclarant, a apporté trop peu d’éléments quant à la teneur et à la qualité des marchandises importées pour que l’article 144, paragraphe 1, du règlement d’exécution 2015/2447 soit applicable. En pareil cas, les autorités douanières doivent utiliser « d’autres méthodes appropriées », au sens de l’article 144, paragraphe 2, de ce règlement.

58 En l’occurrence, il ressort de la décision de renvoi que la méthode retenue par l’autorité douanière de premier degré, confirmée par l’autorité douanière de second degré, a consisté, en substance, à déterminer la valeur en douane à partir de données extraites de la base de données, relatives à des marchandises provenant du même pays que les marchandises en cause, classées sous le même code TARIC que ces marchandises et mises en libre pratique au cours des 45 jours précédant et des 45 jours suivant la date d’acceptation de la déclaration en douane. Après filtrage de ces données, a été obtenue la moyenne arithmétique simple des prix unitaires par kilogramme des marchandises auxquelles correspondent ces données.

59 En premier lieu, il convient de rappeler qu’il découle de la jurisprudence que la pratique consistant, pour les autorités douanières, à évaluer la valeur en douane à partir de données extraites de la base de données concernant des marchandises relevant du même code TARIC que celui des marchandises importées et en provenance du même pays doit être analysée comme le recours à « des données disponibles dans le territoire douanier de l’Union », au sens de l’article 74, paragraphe 3, du code des douanes de l’Union, « par des moyens raisonnables compatibles avec tous les principes et toutes les dispositions générales » auxquels cette disposition se réfère (voir, en ce sens, arrêt du 9 juin 2022, Baltic Master, C‑599/20, EU:C:2022:457, points 54 à 56 et jurisprudence citée).

60 Ce seul constat suffit, en principe, à exclure qu’une telle pratique repose sur des valeurs arbitraires ou fictives, au sens de l’article 144, paragraphe 2, sous g), du règlement d’exécution 2015/2447.

61 En deuxième lieu, le fait de recourir à la moyenne arithmétique simple des prix unitaires par kilogramme des marchandises auxquelles correspondent les données prises en compte par l’autorité douanière permet de respecter l’interdiction énoncée à l’article 144, paragraphe 2, sous b), du règlement d’exécution 2015/2447, qui proscrit l’utilisation de la valeur la plus élevée de deux valeurs en douane possibles, puisque, d’une part, une moyenne arithmétique ne fournit qu’une seule valeur et, d’autre part, par définition, cette valeur est une valeur moyenne, ce qui exclut la sélection systématique de la valeur la plus élevée.

62 En troisième lieu, il ressort de la jurisprudence qu’une période de 90 jours, comprenant les 45 jours précédant et les 45 jours suivant le dédouanement des marchandises dont la valeur doit être évaluée, paraît de nature à éviter le risque d’une modification substantielle des pratiques commerciales et des conditions du marché qui affectent les prix des marchandises à évaluer (arrêt du 9 juin 2022, FAWKES, C‑187/21, EU:C:2022:458, point 71). Partant, le fait, pour l’autorité douanière de premier degré, d’avoir retenu une période de 90 jours, comprenant les 45 jours précédant et les 45 jours suivant la date d’acceptation de la déclaration en douane, ne saurait méconnaître l’article 144, paragraphe 2, du règlement d’exécution 2015/2447.

63 Eu égard aux considérations qui précèdent, il y a donc lieu de répondre à la cinquième question que l’article 144, paragraphe 2, du règlement d’exécution 2015/2447 doit être interprété en ce sens que, lorsque les autorités douanières ont pu établir, de manière circonstanciée, que le paragraphe 1 de cet article ne pouvait être mis en œuvre, constitue une autre méthode appropriée, au sens du paragraphe 2 dudit article, le fait pour ces autorités de déterminer la valeur en douane de marchandises importées en vrac ne présentant pas de caractéristiques uniques ou particulières en se fondant exclusivement sur des données extraites de la base de données, relatives à des marchandises provenant du même pays que les marchandises importées, classées sous le même code TARIC que ces marchandises et mises en libre pratique au cours des 45 jours précédant et des 45 jours suivant la date d’acceptation de la déclaration en douane, en retenant, après filtrage desdites données, la moyenne arithmétique simple des prix unitaires par kilogramme des marchandises auxquelles correspondent ces données.

Sur les dépens

64 La procédure revêtant, à l’égard des parties au principal, le caractère d’un incident soulevé devant la juridiction de renvoi, il appartient à celle-ci de statuer sur les dépens. Les frais exposés pour soumettre des observations au Tribunal, autres que ceux desdites parties, ne peuvent faire l’objet d’un remboursement.

Par ces motifs,

LE TRIBUNAL (cinquième chambre, siégeant avec cinq juges)

dit pour droit :

1) L’article 15, paragraphe 1, du règlement (UE) nº 952/2013 du Parlement européen et du Conseil, du 9 octobre 2013, établissant le code des douanes de l’Union, lu conjointement avec l’article 18, paragraphe 1, et l’article 163, paragraphe 2, de ce règlement,

doit être interprété en ce sens que :

outre les documents requis pour le dédouanement, un représentant en douane indirect est tenu d’être en mesure de produire et de mettre à la disposition des autorités douanières, lorsqu’il a été invité à le faire dans le cadre d’un contrôle douanier, tous les documents relatifs aux marchandises importées, y compris ceux justifiant le prix effectivement payé.

2) L’article 140, paragraphe 1, du règlement d’exécution (UE) 2015/2447 de la Commission, du 24 novembre 2015, établissant les modalités d’application de certaines dispositions du règlement nº 952/2013,

doit être interprété en ce sens que :

dans le cas d’importations de marchandises en vrac ne présentant pas de caractéristiques uniques ou particulières, les autorités douanières sont en droit d’entretenir des doutes fondés quant au fait que la valeur transactionnelle déclarée représente le montant total payé ou à payer au sens de l’article 70, paragraphe 1, du règlement nº 952/2013 lorsque le représentant en douane indirect, bien qu’il y soit invité, ne prouve pas, au moyen de documents crédibles, que le prix a été effectivement payé.

3) L’article 74, paragraphes 1 et 2, du règlement nº 952/2013

doit être interprété en ce sens que :

si un représentant en douane indirect n’a pu établir le paiement effectif du prix d’achat de marchandises importées en vrac ne présentant pas de caractéristiques uniques ou particulières, conduisant ainsi au rejet, par les autorités douanières, de la valeur transactionnelle déclarée desdites marchandises, ces autorités peuvent exclure le recours aux méthodes secondaires visées au paragraphe 2 de cet article lorsqu’elles ont examiné chacune de ces méthodes avec la diligence requise et que ce représentant, dûment mis en mesure de le faire, n’a pas pu fournir de données suffisantes sur les caractéristiques essentielles de ces marchandises, qu’il s’agisse de leurs caractéristiques physiques ou de leurs aspects qualitatifs, sans qu’influe sur l’exclusion de ces méthodes la circonstance que lesdites autorités n’ont pas préalablement fait usage des pouvoirs visés à l’article 188 de ce règlement.

4) L’article 144, paragraphe 2, du règlement d’exécution 2015/2447

doit être interprété en ce sens que :

lorsque les autorités douanières ont pu établir, de manière circonstanciée, que le paragraphe 1 de cet article ne pouvait être mis en œuvre, constitue une autre méthode appropriée, au sens du paragraphe 2 dudit article, le fait pour ces autorités de déterminer la valeur en douane de marchandises importées en vrac ne présentant pas de caractéristiques uniques ou particulières en se fondant exclusivement sur des données extraites de la base de données nationale des douanes, relatives à des marchandises provenant du même pays que les marchandises importées, classées sous le même code TARIC que ces marchandises et mises en libre pratique au cours des 45 jours précédant et des 45 jours suivant la date d’acceptation de la déclaration en douane, en retenant, après filtrage desdites données, la moyenne arithmétique simple des prix unitaires par kilogramme des marchandises auxquelles correspondent ces données.

Sampol Pucurull

Pynnä

Laitenberger

Stancu

Valasidis

Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 3 juin 2026.

Signatures


* Langue de procédure : le hongrois.

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