| CELEX | 62025TJ0424 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 1 juillet 2026 |
ARRÊT DU TRIBUNAL (quatrième chambre)
1er juillet 2026 (*)
« Fonction publique ‑ Agents temporaires – Contrat à durée déterminée – Décision d’Europol concernant l’extension des relations contractuelles jusqu’à dix ans – Exclusion des titulaires d’un contrat ayant déjà fait l’objet d’un renouvellement – Rejet de la demande d’octroi d’une année de service supplémentaire – Exception d’illégalité – Égalité de traitement – Application dans le temps des règles de droit matériel – Sécurité juridique – Responsabilité »
Dans les affaires T‑424/25 à T‑428/25 et T‑439/25 à T‑443/25,
KJ, représenté par Me M. Velardo, avocate,
partie requérante dans l’affaire T‑424/25,
KK, représenté par Me Velardo,
partie requérante dans l’affaire T‑425/25,
KL, représenté par Me Velardo,
partie requérante dans l’affaire T‑426/25,
KM, représenté par Me Velardo,
partie requérante dans l’affaire T‑427/25,
KN, représentée par Me Velardo,
partie requérante dans l’affaire T‑428/25,
KO, représentée par Me Velardo,
partie requérante dans l’affaire T‑439/25,
KP, représenté par Me Velardo,
partie requérante dans l’affaire T‑440/25,
KQ, représenté par Me Velardo,
partie requérante dans l’affaire T‑441/25,
KR, représentée par Me Velardo,
partie requérante dans l’affaire T‑442/25,
KS, représenté par Me Velardo,
partie requérante dans l’affaire T‑443/25,
contre
Agence de l’Union européenne pour la coopération des services répressifs (Europol), représentée par Mmes O. Sajin, M. Mitkovic et M. A. Nunzi, en qualité d’agents, assistés de Me A. Duron, avocate,
partie défenderesse,
LE TRIBUNAL (quatrième chambre),
composé de MM. G. De Baere, président, C. Mac Eochaidh (rapporteur) et Mme D. Jočienė, juges,
greffière : Mme P. Núñez Ruiz, administratrice,
vu la phase écrite de la procédure,
à la suite de l’audience commune du 24 mars 2026,
rend le présent
Arrêt
1 Par leurs recours fondés sur l’article 270 TFUE, les requérants, KJ, KK, KL, KM, KN, KO, KP, KQ, KR et KS, demandent l’annulation des décisions de l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des services répressifs (Europol) des 15 et 16 octobre 2024 ainsi que du 27 février 2025, portant rejet de leurs demandes de maintien en service pour une année supplémentaire (ci-après, prises ensemble, les « décisions attaquées »), et la réparation des dommages qu’ils auraient prétendument subis.
Antécédents du litige
2 Les requérants ont été engagés par Europol en qualité d’agents temporaires au titre de l’article 2, sous f), du régime applicable aux autres agents de l’Union européenne (ci-après le « RAA ») afin d’y occuper des « postes restreints », à savoir des postes qui ne peuvent être pourvus que par du personnel engagé par les autorités compétentes des États membres.
3 À cet effet, les requérants ont chacun conclu avec Europol un contrat d’agent temporaire d’une durée initiale de cinq ans (ci-après les « contrats initiaux »), lequel a été renouvelé, d’un commun accord, pour une durée supplémentaire de quatre ans.
4 Le 12 février 2024, la directrice exécutive d’Europol a informé le personnel de cette agence qu’elle envisageait de porter la durée maximale globale des contrats de travail des agents occupant un poste restreint de neuf à dix ans, soit le cumul d’une première période d’activité de cinq ans couverte par leur contrat initial et d’une seconde période d’activité de cinq ans découlant du renouvellement dudit contrat.
5 Dans la communication au personnel du 8 mars 2024, le directeur exécutif adjoint du « Capabilities Directorate » a indiqué que l’intention initiale d’Europol consistait à appliquer cette réforme à l’ensemble des agents temporaires occupant un poste restreint. Toutefois, à la suite d’une analyse juridique, Europol a conclu qu’il n’était pas possible d’en faire bénéficier les agents temporaires occupant un poste restreint et dont le contrat avait déjà fait l’objet d’un renouvellement, et ce en raison, en particulier, de l’article 53, paragraphe 2, du règlement (UE) 2016/794 du Parlement européen et du Conseil, du 11 mai 2016, relatif à [Europol] et remplaçant et abrogeant les décisions du Conseil 2009/371/JAI, 2009/934/JAI, 2009/935/JAI, 2009/936/JAI et 2009/968/JAI (JO 2016, L 135, p. 53).
6 Le 21 mars 2024, la directrice exécutive d’Europol a adopté la décision relative à la durée des contrats d’emploi des agents temporaires d’Europol engagés au titre de l’article 2, sous f), du RAA [Decision of the Executive Director on the Duration of Contracts of Employment for Temporary Agents under Article 2(f) of the Conditions of Employment of Other Servants of the European Union at Europol ; ci-après la « décision du 21 mars 2024 »]. Cette décision est entrée en vigueur le 22 mars 2024.
7 Les 14, 16, 18 et 19 juin et le 18 décembre 2024, les requérants ont chacun demandé à la directrice exécutive d’Europol, sur le fondement de la décision du 21 mars 2024, que la durée de leur seconde période d’activité, telle que résultant du renouvellement de leur contrat initial, fût considérée comme étant de cinq ans et non de quatre ans.
8 Les 15 et 16 octobre 2024 et le 27 février 2025, la directrice exécutive d’Europol a adopté les décisions attaquées rejetant les demandes des requérants.
9 Les 2, 3, 5, 6, 12 et 18 décembre 2024 et le 24 mars 2025, les requérants ont chacun introduit une réclamation contre les décisions attaquées.
10 Les 25 mars et 15 mai 2025, le comité des réclamations du conseil d’administration d’Europol a rejeté les réclamations des requérants (ci-après, prises ensemble, les « décisions de rejet des réclamations »).
Conclusions des parties
11 Les requérants concluent, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler les décisions attaquées ;
– annuler les décisions de rejet des réclamations ;
– condamner Europol à indemniser le préjudice matériel relatif à l’absence de perception de leur salaire pendant un an, le préjudice matériel relatif à la perte de leurs cotisations de pension ainsi que le préjudice moral estimé ex æquo et bono, pour chacun d’eux, à 2 000 euros, majorés des intérêts et de la réévaluation monétaire depuis la date de naissance du droit et jusqu’au paiement effectif ;
– condamner Europol aux dépens.
12 Europol conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter les recours dans leur intégralité ;
– à titre subsidiaire, rejeter les demandes indemnitaires ;
– condamner les requérants aux dépens.
En droit
13 Les parties ayant été entendues, le Tribunal décide de joindre les affaires T‑424/25 à T‑428/25 et T‑439/25 à T‑443/25 aux fins du présent arrêt, conformément à l’article 68, paragraphe 1, de son règlement de procédure.
Sur l’objet du recours
14 Par leur deuxième chef de conclusions, les requérants demandent l’annulation des décisions de rejet des réclamations.
15 À cet égard, selon une jurisprudence constante, des conclusions en annulation formellement dirigées contre la décision de rejet d’une réclamation ont pour effet de saisir le Tribunal de l’acte contre lequel la réclamation a été présentée lorsqu’elles sont, en tant que telles, dépourvues de contenu autonome (voir arrêt du 23 mars 2022, OT/Parlement, T‑757/20, EU:T:2022:156, point 51 et jurisprudence citée).
16 En l’espèce, étant donné que les décisions de rejet des réclamations ne font que confirmer les décisions attaquées, ce que ne contestent pas les requérants, les conclusions visant l’annulation des décisions de rejet des réclamations sont dépourvues de contenu autonome et il n’y a donc pas lieu de statuer spécifiquement sur celles-ci. Toutefois, dans l’examen de la légalité des décisions attaquées, il est nécessaire de prendre en considération la motivation figurant dans les décisions de rejet des réclamations, cette motivation étant censée coïncider avec celle des décisions attaquées (voir, en ce sens, arrêt du 23 mars 2022, OT/Parlement, T‑757/20, EU:T:2022:156, point 52 et jurisprudence citée).
Sur le fond
Sur les conclusions en annulation
17 À l’appui de leurs conclusions en annulation, les requérants avancent deux moyens.
– Sur le premier moyen, tiré d’une exception d’illégalité de l’article 6 de la décision du 21 mars 2024
18 Par le premier moyen, sur le fondement de l’article 277 TFUE, les requérants soulèvent une exception d’illégalité de l’article 6 de la décision du 21 mars 2024, au motif que celui-ci méconnaît le principe d’égalité de traitement. Les requérants font valoir qu’Europol a traité différemment, et sans justification objective, les agents temporaires occupant un poste restreint selon que leur contrat avait ou non déjà fait l’objet d’un renouvellement avant le 22 mars 2024. En effet, à l’instar des requérants, les agents dont le contrat initial avait déjà été renouvelé avant cette date ont été exclus du bénéfice de la décision du 21 mars 2024. Ainsi, la durée totale de leur service auprès d’Europol ne pouvait pas excéder neuf années, à savoir le cumul d’une première période d’activité de cinq ans et d’une seconde période d’activité de quatre ans. En revanche, si le contrat initial de ces mêmes agents avait été renouvelé après le 22 mars 2024, ils auraient pu cumuler deux périodes d’activité de cinq ans, soit une durée totale de dix années de service auprès d’Europol. Dès lors que l’article 6 de la décision du 21 mars 2024 méconnaîtrait le principe d’égalité de traitement, il devrait être écarté et, par conséquent, les décisions attaquées devraient être annulées.
19 Europol conteste cette argumentation.
20 À titre liminaire, le Tribunal relève que l’article 1er, paragraphe 2, de la décision du 21 mars 2024 prévoit ce qui suit :
« Les agents temporaires engagés au titre de l’article 2, sous f), du RAA pour occuper un poste restreint ne peuvent se voir accorder que des contrats à durée déterminée. Ils sont en principe engagés dans le cadre de leur contrat initial pour une durée déterminée de cinq ans.
Ce contrat ne peut être renouvelé qu’une seule fois pour une durée déterminée. Ce renouvellement sera en principe d’une durée déterminée de cinq ans. »
21 L’article 6 de la décision du 21 mars 2024 dispose ce qui suit :
« La limite maximale globale de dix ans visée à l’article 1er, paragraphe 5, sous b), [de la décision du 21 mars 2024] ne s’applique pas aux agents temporaires recrutés au titre de l’article 2, sous f), du RAA pour occuper des postes restreints, dont les contrats ont déjà été renouvelés une fois pour une durée déterminée et pris effet au moment de l’entrée en vigueur de [ladite] décision, sauf s’ils sont nouvellement engagés après avoir participé avec succès à une procédure de sélection pour un autre poste restreint. »
22 Par ailleurs, lors de l’audience et en réponse à une question du Tribunal, les requérants ont admis que l’article 1er, paragraphe 5, sous b), de la décision du 21 mars 2024, visé par l’article 6 de cette même décision, était inapplicable à leur situation, dès lors qu’ils n’en remplissaient pas les conditions. Les requérants ont précisé que, par leur exception d’illégalité de l’article 6 de la décision du 21 mars 2024, ils cherchaient en réalité à obtenir, en vertu du principe d’égalité de traitement, le bénéfice de la limite maximale globale de dix ans, prévue à l’article 1er, paragraphe 5, sous b), de cette décision, au moyen de l’application de l’article 1er, paragraphe 2, de cette même décision.
23 À cet égard, tout d’abord, le Tribunal constate que l’article 1er, paragraphe 2, de la décision du 21 mars 2024 prévoit que le contrat initial et son renouvellement ont, chacun, « en principe » une durée de cinq ans.
24 Il se déduit ainsi de ces éléments, et en particulier des mots « en principe », qu’Europol dispose d’une marge d’appréciation lui permettant de proposer à ses agents que la durée de leur contrat initial et celle du renouvellement de ce contrat soient autres que de cinq ans, et ce tant que la limite maximale globale de dix ans est respectée. Au demeurant, le Tribunal relève que l’article 2, paragraphe 1, de la décision du 21 mars 2024 prévoit précisément la possibilité de conclure, lorsque l’intérêt du service le justifie, des contrats dont la durée est inférieure à celle prévue par les dispositions de l’article 1er de cette même décision.
25 L’article 1er, paragraphe 2, de la décision du 21 mars 2024 ne saurait donc être interprété comme conférant un quelconque droit aux agents temporaires occupant un poste restreint, tels que les requérants, à bénéficier des périodes maximales de cinq ans prévues par cet article, compte tenu de la liberté contractuelle et du pouvoir discrétionnaire d’Europol de conclure ou de renouveler de tels contrats pour une durée plus courte que la durée maximale autorisée (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 16 décembre 2010, Commission/Petrilli, T‑143/09 P, EU:T:2010:531, point 34).
26 De surcroît, dans la mesure où, en pratique et quel que soit le procédé utilisé (voir, en ce sens, arrêt du 17 février 2016, DE/EMA, F‑58/14, EU:F:2016:16, point 43), l’octroi d’une année supplémentaire s’apparenterait à un second renouvellement du contrat initial des requérants, le Tribunal rappelle que, selon une jurisprudence constante, un agent titulaire d’un contrat à durée déterminée ne saurait revendiquer un quelconque droit au renouvellement de son contrat, un tel renouvellement n’étant qu’une simple faculté laissée à l’appréciation de l’autorité compétente (voir, en ce sens, arrêts du 7 mai 2019, WP/EUIPO, T‑407/18, non publié, EU:T:2019:290, points 57 et 74 et jurisprudence citée, et du 10 juillet 2024, RS/BEI, T‑624/22, non publié, EU:T:2024:461, point 55 et jurisprudence citée).
27 Ensuite, et en tout état de cause, l’article 1er, paragraphe 2, de la décision du 21 mars 2024, dont la légalité n’est pas contestée par les requérants, précise expressément que le contrat initial ne peut être renouvelé qu’une seule fois. Ce faisant, l’article 1er, paragraphe 2, de la décision du 21 mars 2024 réitère les choix posés par le législateur de l’Union européenne à l’article 8, premier alinéa, du RAA et à l’article 53, paragraphe 2, du règlement 2016/794.
28 Comme Europol l’a rappelé, tant durant la phase administrative que dans ses écritures devant le Tribunal, l’article 8, premier alinéa, du RAA prévoit que le contrat à durée déterminée d’un agent temporaire engagé au titre de l’article 2, sous f), du RAA ne peut être renouvelé qu’une fois pour une durée déterminée et que tout renouvellement ultérieur de ce contrat devient à durée indéterminée. Selon la jurisprudence, l’article 8, premier alinéa, du RAA a pour finalité, non d’assurer une certaine stabilité ou une certaine pérennité des relations de travail des agents temporaires sous contrat à durée déterminée, mais de prévenir l’utilisation abusive de contrats à durée déterminée successifs, et, partant, vise à garantir le respect, par l’institution qui l’engage, de la protection de l’agent temporaire contre de tels abus (voir, en ce sens, arrêts du 16 septembre 2015, EMA/Drakeford, T‑231/14 P, EU:T:2015:639, points 23 et 30 et jurisprudence citée, et du 5 juillet 2023, SE/Commission, T‑223/21, EU:T:2023:375, point 89 et jurisprudence citée).
29 De plus, l’article 53, paragraphe 2, du règlement 2016/794 prévoit que les agents temporaires recrutés par Europol pour occuper des postes restreints ne peuvent se voir octroyer que des contrats à durée déterminée, renouvelables une fois pour une période déterminée. Cet article concrétise l’intention du législateur de l’Union, exprimée au considérant 59 dudit règlement, selon laquelle la durée de service de ces agents temporaires doit être limitée afin de préserver le principe de rotation, puisque la réintégration ultérieure de ce personnel dans le service de l’autorité compétente d’origine favorise une coopération étroite entre Europol et les autorités compétentes des États membres.
30 En l’espèce, il est constant que, avant l’entrée en vigueur de la décision du 21 mars 2024, le contrat initial de chacun des requérants avait déjà été renouvelé. En outre, les requérants n’ont soulevé d’exception d’illégalité ni de l’article 8, premier alinéa, du RAA ni de l’article 53, paragraphe 2, du règlement 2016/794. La légalité de ces deux dispositions n’a donc pas été remise en cause par les requérants.
31 Dans une telle situation, et dès lors que le principe d’égalité de traitement doit se concilier avec le respect de la légalité (arrêt du 28 juin 2018, EUIPO/Puma, C‑564/16 P, EU:C:2018:509, point 22 ; voir, également, arrêt du 25 mars 2021, Slovak Telekom/Commission, C‑165/19 P, EU:C:2021:239, point 119 et jurisprudence citée), les requérants ne sauraient reprocher à Europol d’avoir violé ledit principe, alors que l’article 8, premier alinéa, du RAA et l’article 53, paragraphe 2, du règlement 2016/794 s’opposaient à ce que cette agence puisse renouveler une seconde fois leur contrat initial pour une durée d’un an.
32 Ainsi que l’a expliqué Europol dans ses écritures, seule une intervention du législateur de l’Union aurait pu permettre que les contrats initiaux des requérants soient prolongés d’un an alors qu’ils avaient déjà été renouvelés.
33 À cet égard et à titre de comparaison, le Tribunal relève que le législateur de l’Union a habilité le Service européen pour l’action extérieure (SEAE) à prolonger dans des cas exceptionnels, dans l’intérêt du service et pour une durée déterminée, des contrats d’agents temporaires qui ont déjà fait l’objet d’un renouvellement (article 50 ter, paragraphe 2, du RAA). Cet article confirme ainsi que la prolongation pour une durée déterminée du contrat d’un agent temporaire qui a déjà été renouvelé n’est possible que dans la seule hypothèse où cette prolongation a été préalablement autorisée par le législateur de l’Union.
34 À défaut d’une telle habilitation spécifique de la part du législateur de l’Union, faire droit à la thèse des requérants et permettre à Europol de prolonger d’un an la durée de leur seconde période d’activité contreviendrait à l’interdiction de l’utilisation abusive de contrats à durée déterminée successifs, visée à l’article 8, premier alinéa, du RAA, qu’il soit lu isolément ou à la lumière de la directive 1999/70/CE du Conseil, du 28 juin 1999, concernant l’accord-cadre CES, UNICE et CEEP sur le travail à durée déterminée (JO 1999, L 175, p. 43) (voir, en ce sens et par analogie, arrêt du 5 juillet 2023, SE/Commission, T‑223/21, EU:T:2023:375, points 79 à 84), ainsi qu’au principe de rotation, inscrit à l’article 53, paragraphe 2, du règlement 2016/794 (voir points 28 et 29 ci-dessus).
35 Enfin, contrairement à ce que soutiennent les requérants et indépendamment des considérations qui précèdent, la décision du 21 mars 2024, en tant qu’acte obligatoire de portée générale, ne saurait en aucun cas prolonger par elle-même, et sans aucune renégociation contractuelle, la durée de leur seconde période d’activité.
36 En effet, selon une jurisprudence constante, à la différence des fonctionnaires, dont la stabilité d’emploi est garantie par le statut des fonctionnaires de l’Union, les agents temporaires relèvent d’un autre régime à la base duquel se trouve le contrat d’emploi conclu avec l’institution concernée. Il ressort de l’article 47, sous b), du RAA que la durée de la relation de travail entre une institution et un agent temporaire engagé à durée déterminée est, précisément, régie par les conditions établies dans le contrat conclu entre les parties (voir arrêts du 9 novembre 2022, QM/Europol, T‑164/21, EU:T:2022:695, point 86 et jurisprudence citée, et du 14 décembre 2022, SU/AEAPP, T‑296/21, EU:T:2022:808, point 49 et jurisprudence citée).
37 De plus, il a déjà été jugé que la validité du contrat d’engagement d’un agent temporaire supposait une acceptation inconditionnelle par ce dernier de tous les éléments essentiels nécessaires pour la prise de fonctions, notamment, la durée de ce contrat (voir, en ce sens, arrêt du 6 février 2019, TN/ENISA, T‑461/17, non publié, EU:T:2019:63, point 51). Rien ne s’oppose à ce que cette solution jurisprudentielle, fondée sur le nécessaire consentement de l’agent temporaire concerné, soit étendue à l’hypothèse du renouvellement de son contrat, et ce d’autant plus que l’article 15, paragraphe 1, de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne consacre, notamment, le droit d’exercer une profession « librement » choisie ou acceptée.
38 Il résulte de ces éléments, et en particulier de l’article 15, paragraphe 1, de la charte des droits fondamentaux et de l’article 47, sous b), du RAA, que la durée du contrat d’un agent temporaire est fixée par le contrat lui-même, de sorte que cette durée ne saurait être étendue par la seule volonté de l’administration ou de cet agent, mais doit résulter du consentement libre et réciproque des parties au contrat.
39 À titre surabondant, lors de l’audience et en réponse à une question du Tribunal, Europol a admis que certaines clauses des contrats de renouvellement des requérants pouvaient être modifiées d’un commun accord entre les parties. Toutefois, en ce qui concerne la clause fixant à quatre ans la durée de la seconde période d’activité des requérants, Europol a indiqué que les parties ne pouvaient pas la modifier, même d’un commun accord, en raison des dispositions de l’article 8, premier alinéa, du RAA et de l’article 53, paragraphe 2, du règlement 2016/794.
40 À l’instar d’Europol, le Tribunal considère que, eu égard aux principes de légalité et de hiérarchie des normes, les parties ne sauraient modifier ladite clause afin de porter la seconde période d’activité des requérants de quatre à cinq ans sans violer l’article 8, premier alinéa, du RAA et l’article 53, paragraphe 2, du règlement 2016/794. En effet, autoriser les parties à prolonger d’un an cette seconde période d’activité contreviendrait à l’objectif poursuivi par le législateur de l’Union, à savoir l’interdiction de tout second renouvellement des contrats pour une durée déterminée (voir points 28 et 29 ci-dessus).
41 L’ensemble des considérations qui précèdent s’opposent donc à la thèse défendue par les requérants selon laquelle la décision du 21 mars 2024, en tant qu’acte obligatoire de portée générale, aurait modifié de plein droit (« ex lege ») la durée de tous (« effet erga omnes ») les contrats en cours des agents temporaires occupant des postes restreints qui avaient déjà fait l’objet d’un renouvellement avant l’entrée en vigueur de cette décision.
42 En conclusion, l’exception d’illégalité de l’article 6 de la décision du 21 mars 2024 doit être rejetée comme étant inopérante. Même si l’article 6 de la décision du 21 mars 2024 était écarté, aucun droit à un quelconque renouvellement ne saurait être déduit de l’article 1er, paragraphe 2, de cette même décision. De plus, l’article 1er, paragraphe 2, de la décision du 21 mars 2024, l’article 8, premier alinéa, du RAA et l’article 53, paragraphe 2, du règlement 2016/794 s’opposent à ce que les contrats initiaux des agents temporaires concernés puissent être renouvelés une seconde fois. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les requérants et indépendamment de ce qui précède, Europol ne saurait étendre unilatéralement, même par le biais d’un acte obligatoire de portée générale, la durée de service d’un agent temporaire occupant un poste restreint telle qu’elle a été convenue lors du renouvellement de son contrat initial.
43 Par conséquent, le premier moyen doit être rejeté.
– Sur le second moyen, tiré de la violation des principes de succession des règles dans le temps, de sécurité juridique et d’égalité de traitement
44 Par le second moyen, les requérants font valoir qu’Europol a violé les principes de succession des règles dans le temps et de sécurité juridique en refusant d’appliquer les dispositions de la décision du 21 mars 2024 à leur situation. En effet, lesdits principes exigeraient qu’une règle nouvelle, en l’occurrence la décision du 21 mars 2024, s’applique aux situations nées sous l’empire d’une règle ancienne qui produisent toujours des effets au moment de l’entrée en vigueur de ladite nouvelle règle. Dans la mesure où les contrats initiaux des requérants, tels que renouvelés, produisaient encore des effets lors de l’entrée en vigueur de la décision du 21 mars 2024, celle-ci leur aurait été applicable. Le refus d’Europol de porter leur seconde période d’activité de quatre à cinq ans en application de ladite décision violerait également le principe d’égalité de traitement.
45 Europol conteste cette argumentation.
46 À cet égard, et comme le fait valoir Europol, les arguments des requérants relatifs aux principes de succession des règles dans le temps et de sécurité juridique sont sans pertinence. En effet, l’article 1er, paragraphe 2, de la décision du 21 mars 2024, l’article 8, premier alinéa, du RAA et l’article 53, paragraphe 2, du règlement 2016/794 s’opposent à ce qu’Europol puisse renouveler une seconde fois le contrat initial des requérants (voir point 42 ci-dessus). C’est donc sans commettre d’erreur de droit que, dans les décisions attaquées, Europol a refusé de prolonger d’un an la seconde période d’activité des requérants.
47 En ce qui concerne le principe d’égalité de traitement, le Tribunal rappelle que, en application de la jurisprudence citée au point 31 ci-dessus, ce principe doit se concilier avec le respect de la légalité. Or, la différence de traitement alléguée ne résulte ni de la décision du 21 mars 2024 ni des décisions attaquées, mais des choix posés par le législateur de l’Union à l’article 8, premier alinéa, du RAA et à l’article 53, paragraphe 2, du règlement 2016/794, dont la légalité n’a pas été remise en cause par les requérants.
48 Enfin, le Tribunal constate que les requérants ont certes mentionné le principe de protection de la confiance légitime dans leurs écritures, mais cette mention n’est étayée par aucune argumentation. Ce faisant, à supposer même que les requérants reprochent à Europol d’avoir violé ce principe, ce qui ne ressort pas clairement des requêtes, ce grief doit être rejeté comme étant irrecevable en ce qu’il ne satisfait pas aux exigences minimales prévues à l’article 76, sous d), du règlement de procédure. En tout état de cause, la communication au personnel du 8 mars 2024, mentionnée au point 5 ci-dessus, suffit à écarter l’existence de toutes assurances précises, inconditionnelles et concordantes selon lesquelles la seconde période d’activité des requérants aurait pu être prolongée d’un an.
49 Au vu de ce qui précède, le second moyen doit être rejeté.
50 Par conséquent, les conclusions en annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires
51 Les requérants demandent qu’Europol soit condamnée à les indemniser du préjudice matériel relatif à l’absence de perception de leur salaire pendant un an, du préjudice matériel relatif à la perte de leurs cotisations de pension ainsi que du préjudice moral estimé ex æquo et bono, pour chacun d’eux, à 2 000 euros, majorés des intérêts et de la réévaluation monétaire depuis la date de naissance du droit et jusqu’au paiement effectif.
52 Europol conteste cette argumentation.
53 Conformément à une jurisprudence constante, si une demande en indemnité présente un lien étroit avec une demande en annulation, le rejet de cette dernière, soit comme irrecevable, soit comme non fondée, entraîne également le rejet de la demande en indemnité (voir arrêt du 30 novembre 2022, KN/Parlement, T‑401/21, EU:T:2022:736, point 29 et jurisprudence citée).
54 En l’espèce, les conclusions en annulation et les conclusions indemnitaires présentent un tel lien étroit, comme le reconnaissent les requérants, dans la mesure où les dommages dont ils demandent réparation ont pour origine les illégalités qui entacheraient les décisions attaquées.
55 Les conclusions indemnitaires doivent donc être rejetées et, partant, les recours dans leur ensemble.
Sur les dépens
56 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
57 Les requérants ayant succombé, il y a lieu de les condamner aux dépens, conformément aux conclusions d’Europol.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (quatrième chambre)
déclare et arrête :
1) Les affaires T‑424/25 à T‑428/25 et T‑439/25 à T‑443/25 sont jointes aux fins de l’arrêt.
2) Les recours sont rejetés.
3) KJ, KK, KL, KM, KN, KO, KP, KQ, KR et KS supporteront, outre leurs propres dépens, ceux exposés par l’Agence de l’Union européenne pour la coopération des services répressifs (Europol).
| De Baere | Mac Eochaidh | Jočienė |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 1er juillet 2026.
Signatures
* Langue de procédure : l’italien.
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