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AccueilDroit européen62025TJ0615_RES
Jurisprudence CJUE62025TJ0615_RES

Arrêt du Tribunal (septième chambre) du 1er juillet 2026.#Veikkaus Oy contre Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle.#Marque de l’Union européenne – Demande de marque de l’Union européenne verbale FOR BETTER GAMING - VEIKKAUS – Motif absolu de refus – Absence de caractère distinctif – Article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Élément de la marque présentant un caractère distinctif acquis par l’usage – Article 7, paragraphe 3, du règlement 2017/1001.#Affaire T-615/25.

CELEX62025TJ0615_RES
TypeJurisprudence CJUE
Datemercredi 1 juillet 2026

Résumé IA

Le Tribunal de l'Union européenne rejette le recours de Veikkaus Oy contre le refus d'enregistrement de la marque verbale "FOR BETTER GAMING - VEIKKAUS" pour des services de jeux d'argent. Il confirme que cette expression, comprise comme un slogan promotionnel, est dépourvue de caractère distinctif au sens de l'article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001. Le Tribunal estime que Veikkaus n'a pas démontré que l'élément "FOR BETTER GAMING" avait acquis un caractère distinctif par l'usage pour l'ensemble des services visés, conformément à l'article 7, paragraphe 3, du même règlement.

Texte intégral

Affaire T‑615/25

Veikkaus Oy

contre

Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle

Arrêt du Tribunal (septième chambre) du 1er juillet 2026

« Marque de l’Union européenne – Demande de marque de l’Union européenne verbale FOR BETTER GAMING - VEIKKAUS – Motif absolu de refus – Absence de caractère distinctif – Article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 – Élément de la marque présentant un caractère distinctif acquis par l’usage – Article 7, paragraphe 3, du règlement 2017/1001 »

1. Marque de l’Union européenne – Définition et acquisition de la marque de l’Union européenne – Motifs absolus de refus – Marques dépourvues de caractère distinctif – Notion de distinctivité

[Règlement du Parlement européen et du Conseil 2017/1001, art. 7, § 1, b)]

(voir points 13, 15)

2. Marque de l’Union européenne – Définition et acquisition de la marque de l’Union européenne – Motifs absolus de refus – Marques dépourvues de caractère distinctif – Appréciation du caractère distinctif – Critères

[Règlement du Parlement européen et du Conseil 2017/1001, art. 7, § 1, b)]

(voir points 14, 48)

3. Marque de l’Union européenne – Définition et acquisition de la marque de l’Union européenne – Motifs absolus de refus – Marques dépourvues de caractère distinctif – Marques constituées de slogans publicitaires – Caractère distinctif – Critères d’appréciation

[Règlement du Parlement européen et du Conseil 2017/1001, art. 7, § 1, b)]

(voir points 16, 17)

4. Marque de l’Union européenne – Définition et acquisition de la marque de l’Union européenne – Motifs absolus de refus – Marques dépourvues de caractère distinctif – - Marque verbale FOR BETTER GAMING – VEIKKAUS

[Règlement du Parlement européen et du Conseil 2017/1001, art. 7, § 1, b)]

(voir points 33, 34, 45, 49, 52, 55)

5. Marque de l’Union européenne – Définition et acquisition de la marque de l’Union européenne – Motifs absolus de refus – Marques dépourvues de caractère distinctif – Marque composée de plusieurs éléments – Élément ayant acquis un caractère distinctif par son usage antérieur – Élément conférant un caractère distinctif intrinsèque à la marque demandée dans son ensemble – Inadmissibilité

[Règlement du Parlement européen et du Conseil 2017/1001, art. 7, § 1, b), et 3]

(voir points 36-41, 44, 46-48)

6. Marque de l’Union européenne – Dispositions de procédure – Examen d’office des faits – Enregistrement d’une nouvelle marque – Motifs absolus de refus – Charge de la preuve

(Règlement du Parlement européen et du Conseil 2017/1001, art. 7, § 1, et 95, § 1)

(voir point 42)

7. Marque de l’Union européenne – Définition et acquisition de la marque de l’Union européenne – Appréciation du caractère enregistrable d’un signe – Prise en compte de la seule réglementation de l’Union – Enregistrement antérieur de la marque dans certains États membres ou pays tiers – Décisions ne liant pas les instances de l’Union

(Règlement du Parlement européen et du Conseil 2017/1001)

(voir point 54)

Résumé

Saisi d’un recours en annulation, qu’il rejette, le Tribunal affine la jurisprudence sur la question de savoir si, et dans quelle mesure, un élément verbal constituant une marque antérieure ayant acquis un caractère distinctif par son usage permet de conférer à une marque ultérieure dans laquelle il s’insère un caractère distinctif intrinsèque.

Le 27 août 2024, la requérante, Veikkaus Oy, a présenté à l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe verbal FOR BETTER GAMING - VEIKKAUS (1), laquelle a toutefois été rejetée par l’examinateur (2).

La requérante a alors formé un recours contre cette décision devant la chambre de recours de l’EUIPO qui l’a partiellement accueilli pour certains services. S’agissant des autres services (ci-après les « services en cause »), la chambre de recours l’a rejeté au motif que la marque demandée était dépourvue de caractère distinctif. Elle a considéré que cette marque serait perçue non comme une indication de l’origine commerciale des services en cause, mais comme un message publicitaire en rapport avec ceux-ci.

Le Tribunal a ensuite été saisi d’une demande en annulation de la décision de la chambre de recours, en ce que l’enregistrement de la marque demandée a été refusé pour les services en cause.

Appréciation du Tribunal

D’emblée, le Tribunal relève que la question principale soulevée dans le cas d’espèce est celle de l’importance qu’il convient, le cas échéant, d’accorder à l’élément verbal « veikkaus », composante de la marque demandée, lequel a été antérieurement enregistré en tant que marque sur la base du caractère distinctif acquis par son usage, dans le cadre de l’appréciation du caractère distinctif intrinsèque de la marque demandée dans son ensemble au sens de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.

À l’appui de son moyen unique, la requérante reproche à la chambre de recours de s’être limitée à tenir compte de la signification du mot « veikkaus » dans le langage finnois courant, alors que ce mot ne serait plus perçu par le public finnophone dans son sens originel, mais comme désignant spécifiquement l’entreprise de la requérante et l’origine de ses services. La présence de ce mot, qui aurait permis à la marque principale de la requérante d’acquérir un caractère distinctif par son usage prolongé et de bénéficier d’une grande notoriété, voire d’une renommée en Finlande, conférerait à la marque demandée un caractère distinctif intrinsèque.

À cet égard, le Tribunal rappelle tout d’abord que la structure de l’article 7 du règlement 2017/1001 établit une distinction claire entre les caractéristiques intrinsèques d’un signe et les caractéristiques acquises par l’usage. Ce n’est que dans le cadre de l’application de l’article 7, paragraphe 3, du règlement, qui régit le caractère distinctif acquis, qu’il y a lieu d’apprécier l’usage effectif et la renommée d’un signe dont l’enregistrement est demandé.

Dès lors, l’usage effectif d’une marque dont l’enregistrement est demandé ne peut avoir d’incidence sur le caractère distinctif intrinsèque de celle-ci, lequel doit être apprécié uniquement au regard de la représentation fournie avec la demande d’enregistrement. En se fondant sur sa jurisprudence (3), le Tribunal souligne que ce principe s’applique également lorsqu’est invoqué l’usage effectif d’un signe composant la marque demandée.

Ensuite, le Tribunal indique que, lorsqu’une partie requérante se prévaut du caractère distinctif intrinsèque d’une marque demandée, il lui appartient de fournir les indications concrètes et étayées établissant un tel caractère. Les éléments de preuve à rapporter doivent démontrer que les consommateurs n’ont pas eu besoin de se familiariser avec la marque demandée par voie d’usage et que cette dernière leur a immédiatement permis de distinguer les produits ou les services commercialisés par celle-ci.

Or, dans le cas d’espèce, le Tribunal constate que la requérante n’a pas démontré que la marque demandée présentait un caractère distinctif intrinsèque au sens de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001. En effet, son argumentation repose sur la circonstance que l’élément verbal « veikkaus » a acquis un caractère distinctif à la suite de l’exposition du public pertinent à cet élément. Par conséquent, elle ne cherche pas à établir que cet élément, ni a fortiori la marque demandée dans son ensemble, seraient perçus comme distinctifs en raison de leurs caractéristiques intrinsèques propres, indépendamment de tout usage antérieur.

Ainsi, selon le Tribunal, il y a lieu de valider l’appréciation de la chambre de recours puisque les éléments invoqués par la requérante ne fournissent aucune information sur le caractère distinctif intrinsèque de la marque demandée ou de l’élément verbal « veikkaus ». Il précise qu’accueillir l’argumentation de la requérante impliquerait de faire abstraction de la distinction fondamentale opérée par le règlement 2017/1001 et conduirait à considérer qu’il suffit qu’un élément verbal ait acquis un caractère distinctif par l’usage et soit repris dans une marque ultérieure composée de plusieurs éléments dont l’enregistrement est demandé pour que cette dernière puisse être regardée comme intrinsèquement distinctive.

Enfin, le Tribunal expose que la requérante ne saurait invoquer le principe selon lequel une marque ayant acquis un caractère distinctif par l’usage doit bénéficier de la même protection qu’une marque présentant un caractère distinctif intrinsèque, étant donné que ce principe concerne exclusivement la protection conférée aux marques déjà enregistrées et non les conditions d’examen préalables à l’enregistrement d’une marque.

À la lumière de ce qui précède, le Tribunal rejette le recours, en ce sens que c’est à bon droit que la chambre de recours a tenu compte du sens littéral de la marque demandée afin de conclure à l’absence de tout caractère distinctif de celle-ci, au sens de l’article 7, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001.


1 Les services couverts par cette marque relèvent des classes 35, 41 et 42 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié.


2 Sur le fondement de l’article 7, paragraphe 1, sous b), lu conjointement avec l’article 7, paragraphe 2, du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).


3 Voir arrêts du 30 mars 2022, Daimler/EUIPO (Représentation d’étoiles à trois branches sur fond noir I) (T‑277/21, non publié, EU:T:2022:194, point 26), et du 13 mars 2024, Quality First/EUIPO (MORE-BIOTIC) (T‑243/23, non publié, EU:T:2024:162, point 44).

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