| CELEX | 62025TJ0677 |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | mercredi 15 juillet 2026 |
DOCUMENT DE TRAVAIL
ARRÊT DU TRIBUNAL (cinquième chambre)
15 juillet 2026 (*)
« Marque de l’Union européenne – Procédure d’opposition – Demande de marque de l’Union européenne figurative go VEGE – Marque de l’Union européenne verbale antérieure végé’ – Motif relatif de refus – Risque de confusion – Article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 »
Dans l’affaire T‑677/25,
Desimo, Lda., établie à Lisbonne (Portugal), représentée par Me J. Mioludo, avocat,
partie requérante,
contre
Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), représenté par M. T. Frydendahl, en qualité d’agent,
partie défenderesse,
l’autre partie à la procédure devant la chambre de recours de l’EUIPO, intervenant devant le Tribunal, étant
Topas GmbH, établie à Mössingen (Allemagne), représentée par Me S. Hofmann, avocate,
LE TRIBUNAL (cinquième chambre),
composé de MM. M. Sampol Pucurull (rapporteur), président, J. Laitenberger et W. Valasidis, juges,
greffier : M. V. Di Bucci,
vu la phase écrite de la procédure,
vu l’absence de demande de fixation d’une audience présentée par les parties dans le délai de trois semaines à compter de la signification de la clôture de la phase écrite de la procédure et ayant décidé, en application de l’article 106, paragraphe 3, du règlement de procédure du Tribunal, de statuer sans phase orale de la procédure,
rend le présent
Arrêt
1 Par son recours fondé sur l’article 263 TFUE, la requérante, Desimo, Lda., demande l’annulation et la réformation de la décision de la cinquième chambre de recours de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO) du 28 juillet 2025 (affaire R 201/2025-5) (ci-après la « décision attaquée »).
Antécédents du litige
2 Le 21 février 2019, la requérante a présenté à l’EUIPO une demande d’enregistrement de marque de l’Union européenne pour le signe figuratif suivant, en revendiquant les couleurs Pantone 356C et Pantone 376 :
3 La marque demandée désignait les produits et services relevant, notamment, des classes 29, 30 et 35 au sens de l’arrangement de Nice concernant la classification internationale des produits et des services aux fins de l’enregistrement des marques, du 15 juin 1957, tel que révisé et modifié, et correspondant notamment, pour chacune de ces classes, à la description suivante :
– classe 29 : « Charcuterie végétarienne ; poissons, fruits de mer et mollusques [non vivants] ; crustacés non vivants ; extraits pour potages ; extraits de poisson ; extraits de légumes pour la cuisson ; extraits de fruits de mer ; champignons et légumes transformés (y compris fruits à coque et légumes secs) ; en-cas à base de pommes de terre ; pâtes de légumes ; pâte à tartiner à base de poisson ; fruits à coque assaisonnés ; lait ; lait de coco [boissons] ; lait de riz ; lait d’amandes ; lait d’avoine ; beurre ; purées d’oléagineux; boissons à base de produits laitiers ; produits laitiers ; margarine ; fromage à pâte molle à croûte fleurie ; fromages affinés ; fromages à tartiner ; fromage à pâte fraîche ; fromage de brebis ; crème [produit laitier] ; képhir ; yaourt ; desserts à base de yaourt ; yaourts à boire ; yaourts aromatisés aux fruits ; huiles à usage alimentaire ; graisses comestibles ; huile de coco à usage alimentaire ; huile d’olive ; viande de porc en conserve ; conserves [pickles] ; soupes en poudre ; soupes en boîte ; salades préparées ; salades de légumes ; plats préparés essentiellement à base de légumes ; saucisses végétariennes ; légumes transformés ; pâtes à tartiner à base de légumineuses ; pâtes à tartiner végétales ; succédanés de viande ; succédanés du beurre ; boissons à base de yaourt ; plats préparés à base de légumes ; houmous [pâte de pois chiches] ; en-cas à base de soja ; en-cas à base de tofu ; tofu ; steaks de soja » ;
– classe 30 : « Mélanges alimentaires à base de flocons de céréales et de fruits secs ; confiserie à base de produits laitiers ; crèmes glacées, yaourts glacés ; repas préparés à base de pâtes alimentaires ; repas préparés à base de riz ; desserts au muesli ; desserts préparés [confiserie] ; tourtes végétaliennes ; céréales pour petit déjeuner ; barres de céréales et barres énergétiques ; céréales prêtes à consommer ; paillettes de maïs ; chips à base de céréales ; snacks à base de multicéréales ; en-cas à base de muesli ; en-cas à base de céréales ; en-cas à base de riz ; muesli ; barres au muesli ; pizzas préparées ; sandwiches ; produits glacés à base de confiserie ; mousses [sucreries] ; pâtisserie ; crèmes glacées ; poudings ; plats de riz préparés ; porridge instantané ; plats cuisinés déshydratés ou liquides, essentiellement à base de riz ; en-cas à base de farine de soja ; garnitures pour gâteaux et tourtes à base de crème pâtissière ; biscuits [pain] » ;
– classe 35 : « Services de vente au détail d’aliments ».
4 Le 14 juin 2019, l’intervenante, Topas GmbH, a formé opposition à l’enregistrement de la marque demandée pour tous les produits et services visés par celle-ci.
5 L’opposition était fondée sur la marque de l’Union européenne verbale antérieure végé’, déposée le 13 janvier 2017 et enregistrée le 31 août 2020, couvrant les produits relevant des classes 29 et 30 et correspondant, pour chacune de ces classes, à la description suivante :
– classe 29 : « Produits alternatifs végétariens et vegan remplaçant la viande, les produits à base de viande, les saucisses, la charcuterie et les plats préparés essentiellement à base de viande ou de saucisses ; succédanés de viande, à savoir saucisses végétariennes, produits végétariens ou vegan imitant la viande, notamment les saucisses et la charcuterie, produits imitant les saucisses et la viande, y compris rôtis ; succédanés végétaux de viande, poisson, gibier et volaille ainsi que produits à base de ces produits sous forme fraîche, surgelée, fumée et partiellement préparée, en particulier succédanés de viande à base de protéines de plantes ; lupins et protéines de lupin ; seitan [succédané de viande] ; préparations à base de protéines de soja et de blé (gluten) comme alternatives à la viande ; produits laitiers et leurs succédanés, notamment produits alternatifs remplaçant le fromage et succédanés de fromage non à base de produits laitiers, fromages vegan, préparations fromagères vegan et additifs pour fromages vegan ; plats préparés et semi-préparés principalement composés de succédanés de viande » ;
– classe 30 : « Repas prêts-à-manger végétaux ».
6 Le motif invoqué à l’appui de l’opposition était celui visé à l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement (UE) 2017/1001 du Parlement européen et du Conseil, du 14 juin 2017, sur la marque de l’Union européenne (JO 2017, L 154, p. 1).
7 Le 30 janvier 2024, la division d’opposition a partiellement fait droit à l’opposition, pour les produits et services visés au point 3 ci-dessus.
8 Le 26 mars 2024, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’opposition en tant que celle-ci rejetait sa demande d’enregistrement de la marque demandée.
9 Par décision du 19 novembre 2024, la chambre de recours, ayant décelé une incohérence dans la motivation, a annulé la décision de la division d’opposition et a renvoyé l’affaire devant celle-ci.
10 Le 29 novembre 2024, la division d’opposition a partiellement fait droit à l’opposition pour les produits et services visés au point 3 ci-dessus.
11 Le 29 janvier 2025, la requérante a formé un recours auprès de l’EUIPO contre la décision de la division d’opposition en tant que celle-ci rejetait sa demande d’enregistrement de la marque demandée.
12 Par la décision attaquée, la chambre de recours a précisé que la requérante ne demandait l’annulation de la décision de la division d’opposition qu’en tant que celle-ci rejetait sa demande d’enregistrement de la marque demandée. À cet égard, elle a notamment considéré que la division d’opposition n’avait pas commis d’erreur en concluant à l’existence d’un risque de confusion dans l’esprit du public pertinent pour l’ensemble des produits et services visés au point 3 ci-dessus.
Conclusions des parties
13 La requérante conclut, en substance, à ce qu’il plaise au Tribunal :
– annuler la décision attaquée et réformer la décision attaquée en ce sens que l’opposition soit rejetée dans son intégralité ;
– autoriser l’enregistrement de la marque demandée pour les produits et services visés au point 3 ci-dessus ;
– condamner l’EUIPO aux dépens.
14 L’EUIPO conclut à ce qu’il plaise au Tribunal :
– rejeter le recours ;
– condamner la requérante aux dépens exposés par l’EUIPO en cas de convocation à une audience.
15 L’intervenante conclut à ce qu’il plaise au Tribunal de rejeter le recours.
En droit
Sur la compétence du Tribunal pour connaître du deuxième chef de conclusions de la requérante
16 Par son deuxième chef de conclusions, par lequel elle demande que le Tribunal autorise l’enregistrement de la marque demandée, la requérante demande, en substance, la réformation de la décision attaquée.
17 À cet égard, il convient de constater que le deuxième chef de conclusions de la requérante, par lequel elle demande au Tribunal d’autoriser l’enregistrement de la marque demandée pour tous les produits et services visés par celle-ci peut être compris comme visant à ce que le Tribunal réforme la décision attaquée, au sens de l’article 72, paragraphe 3, du règlement 2017/1001, en adoptant la décision que la chambre de recours aurait dû prendre, conformément aux dispositions dudit règlement. Or, les instances de l’EUIPO compétentes en la matière n’adoptent pas de décision formelle constatant l’enregistrement d’une marque de l’Union européenne qui pourrait faire l’objet d’un recours. Par conséquent, la chambre de recours n’est pas compétente pour connaître d’une demande visant à ce qu’elle enregistre une marque de l’Union européenne. Dans ces circonstances, il n’appartient pas davantage au Tribunal de connaître d’une demande de réformation visant à ce qu’il modifie la décision d’une chambre de recours en ce sens [voir arrêt du 6 mai 2026, Pharma Green Holding/EUIPO – Alma Lasers (alma FARMACIE), T-480/25, non publié, EU:T:2026:317, point 14 et jurisprudence citée].
18 Il s’ensuit qu’il y a lieu de rejeter le deuxième chef de conclusions de la requérante pour cause d’incompétence.
Sur le fond
19 À l’appui du recours, la requérante soulève, en substance, un moyen unique, tiré de la violation de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001. En particulier, elle conteste l’existence d’un risque de confusion dans l’esprit du public pertinent concernant les produits et services pour lesquels l’enregistrement a été refusé.
20 L’EUIPO et l’intervenante contestent les arguments de la requérante.
21 Aux termes de l’article 8, paragraphe 1, sous b), du règlement 2017/1001, sur opposition du titulaire d’une marque antérieure, la marque demandée est refusée à l’enregistrement lorsque, en raison de son identité ou de sa similitude avec une marque antérieure et en raison de l’identité ou de la similitude des produits ou des services que les deux marques désignent, il existe un risque de confusion dans l’esprit du public du territoire sur lequel la marque antérieure est protégée. Le risque de confusion comprend le risque d’association avec la marque antérieure.
22 Constitue un risque de confusion, le risque que le public puisse croire que les produits ou les services en cause proviennent de la même entreprise ou d’entreprises liées économiquement. Le risque de confusion doit être apprécié globalement, selon la perception que le public pertinent a des signes et des produits ou des services en cause, et en tenant compte de tous les facteurs pertinents en l’espèce, notamment de l’interdépendance de la similitude des signes et de celle des produits ou des services désignés [voir arrêt du 9 juillet 2003, Laboratorios RTB/OHMI – Giorgio Beverly Hills (GIORGIO BEVERLY HILLS), T‑162/01, EU:T:2003:199, points 30 à 32 et jurisprudence citée].
23 En l’espèce, la requérante ne conteste pas les appréciations de la chambre de recours selon lesquelles, d’une part, le public pertinent est composé du grand public et de professionnels de l’Union, dont le niveau d’attention est faible à moyen, et d’autre part, les produits et services en cause sont identiques ou similaires, au moins à un faible degré.
24 La requérante ne conteste pas davantage l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle la marque antérieure possède un faible caractère distinctif.
Sur la comparaison des signes
25 L’appréciation globale du risque de confusion doit, en ce qui concerne la similitude visuelle, phonétique ou conceptuelle des signes en conflit, être fondée sur l’impression d’ensemble produite par ceux-ci, en tenant compte, notamment, de leurs éléments distinctifs et dominants. La perception des marques qu’a le consommateur moyen des produits ou des services en cause joue un rôle déterminant dans l’appréciation globale dudit risque. À cet égard, le consommateur moyen perçoit normalement une marque comme un tout et ne se livre pas à un examen de ses différents détails (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 35 et jurisprudence citée).
26 L’appréciation de la similitude entre deux marques ne peut se limiter à prendre en considération uniquement un composant d’une marque complexe et à le comparer avec une autre marque. Il y a lieu, au contraire, d’opérer la comparaison en examinant les marques en cause, considérées chacune dans son ensemble, ce qui n’exclut pas que l’impression d’ensemble produite dans la mémoire du public pertinent par une marque complexe puisse, dans certaines circonstances, être dominée par un ou plusieurs de ses composants (voir arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 41 et jurisprudence citée). Ce n’est que si tous les autres composants de la marque sont négligeables que l’appréciation de la similitude pourra se faire sur la seule base de l’élément dominant (arrêt du 12 juin 2007, OHMI/Shaker, C‑334/05 P, EU:C:2007:333, point 42). Tel pourrait notamment être le cas lorsque ce composant est susceptible de dominer à lui seul l’image de cette marque que le public pertinent garde en mémoire, de telle sorte que tous les autres composants de la marque sont négligeables dans l’impression d’ensemble produite par celle-ci (arrêt du 20 septembre 2007, Nestlé/OHMI, C‑193/06 P, non publié, EU:C:2007:539, point 43).
Sur l’absence de prise en compte des signes en conflit dans leur ensemble et sur les éléments distinctifs et dominants de la marque demandée
27 La requérante reproche à la chambre de recours de ne pas avoir comparé les signes en conflit dans leur ensemble, mais d’avoir arbitrairement écarté de la comparaison le terme « go » et les éléments figuratifs de la marque demandée, pour ne comparer que le terme « vege » de la marque demandée à la marque antérieure.
28 Par ailleurs, la requérante conteste l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle le terme « vege » serait l’élément dominant de la marque demandée.
29 La chambre de recours a relevé que le terme « vege » de la marque demandée, malgré son faible caractère distinctif pour les produits et services en cause, constituait l’élément qui attirait principalement l’attention des consommateurs en raison de sa position et de sa dimension. Par ailleurs, sans que la requérante le conteste, elle a considéré que le terme « go » de la marque demandée pouvait être compris par la partie anglophone du public pertinent comme un appel motivant ou une invitation à adopter un mode de vie végétarien dans le contexte des produits et services en cause. Elle en a déduit que le terme « go » possédait un faible caractère distinctif. En outre, s’agissant des éléments figuratifs de la marque demandée, tels que le cercle vert et la branche comportant des feuilles, la chambre de recours a considéré qu’ils seraient généralement perçus comme vantant le caractère écologique ou respectueux de l’environnement dans le cadre des produits et services en cause et dès lors devaient être considérés comme étant décoratifs et d’une importance secondaire.
30 En l’espèce, en premier lieu, contrairement à ce que soutient la requérante, la chambre de recours a tenu compte du terme « go » et des éléments figuratifs de la marque demandée dans sa comparaison des signes en conflit sur les plans visuel, phonétique et conceptuel. Ainsi, il ressort notamment du point 90 de la décision attaquée que la chambre de recours a estimé que les signes en conflit divergeaient, sur le plan visuel, par les éléments figuratifs de la marque demandée, mais que ces derniers étaient d’une importance secondaire. Sur le plan phonétique, elle a considéré, aux points 91 et 93 de la décision attaquée, que les signes en conflit différaient par la prononciation du terme « go », mais que celui-ci avait un faible caractère distinctif. S’agissant de la comparaison des signes en conflit sur le plan conceptuel, il ressort du point 95 de la décision attaquée que la chambre de recours a également tenu compte du terme « go » dans son analyse, quand elle a considéré que les consommateurs anglophones, ainsi que ceux qui ont une compréhension élémentaire de l’anglais, comprendraient le terme « go » dans la marque demandée comme un appel motivant à adopter un mode de vie végétarien.
31 Certes, la chambre de recours n’a pas fait mention du mot « go » dans son analyse s’agissant de la comparaison des signes en conflit sur le plan visuel. Toutefois, cette chambre ayant considéré, sans que la requérante le conteste, que le terme « go » possédait un caractère distinctif faible dans la marque demandée pour les produits et services en cause, cette omission ne saurait, eu égard à la jurisprudence visée aux points 25 et 26 ci-dessus, constituer une erreur de droit.
32 Partant, l’argumentation relative à la prétendue absence de prise en compte des signes en conflit dans leur ensemble doit être écartée.
33 En second lieu, il y a lieu de constater, ainsi que le fait valoir à juste titre l’EUIPO, que la requérante n’apporte aucun argument précis, ni aucun élément de nature à étayer sa contestation de l’appréciation de la chambre de recours selon laquelle le terme « vege » de la marque demandée est l’élément qui attire principalement l’attention du consommateur.
34 Par ailleurs, il convient de relever que, lorsqu’une marque est composée d’éléments verbaux et figuratifs, les premiers sont, en principe, plus distinctifs que les seconds, car le consommateur moyen fera plus facilement référence au produit en cause en citant le nom qu’en décrivant l’élément figuratif de la marque [voir arrêt du 28 septembre 2022, Copal Tree Brands/EUIPO – Sumol + Compal Marcas (COPAL TREE), T‑572/21, non publié, EU:T:2022:594, point 31 et jurisprudence citée].
35 En outre, le caractère distinctif faible d’un élément d’une marque complexe n’implique pas nécessairement que celui-ci ne saurait constituer un élément dominant, dès lors que, en raison, notamment, de sa position dans le signe ou de sa dimension, il est susceptible de s’imposer à la perception du consommateur et d’être gardé en mémoire par celui-ci [arrêt du 13 juin 2006, Inex/OHMI – Wiseman (Représentation d’une peau de vache), T‑153/03, EU:T:2006:157, point 32].
36 En l’espèce, compte tenu de sa taille et de sa position centrale au sein de la marque demandée, la chambre de recours a pu, à juste titre, considérer que le terme « vege », malgré son faible caractère distinctif pour les produits et services en cause, constituait l’élément dominant de la marque demandée. Par ailleurs, force est de constater que les éléments figuratifs de la marque demandée ne disposent pas d’une taille si importante, ni ne se présentent sous une configuration si particulière, originale ou élaborée qu’ils seraient susceptibles d’influencer de façon considérable l’impression globale produite par la marque demandée. En outre, s’agissant du terme « go », il y a lieu de considérer, à l’instar de la chambre de recours, que dans le contexte de la marque demandée, il a un faible caractère distinctif étant donné que, pour la partie anglophone du public pertinent, il pourra être compris comme une invitation à adopter un mode de vie végétarien. Par ailleurs, cet élément est plus petit que l’élément « vege » de la marque demandée.
37 Il ressort de tout ce qui précède que c’est à juste titre que la chambre de recours a conclu que, malgré son faible caractère distinctif, l’élément verbal « vege » constituait l’élément de la marque demandée que le public pertinent retiendrait avant les autres éléments de cette marque.
Sur la similitude visuelle
38 La chambre de recours a relevé que les signes en conflit coïncidaient par l’élément « vege », même si cet élément contenait deux accents et une apostrophe dans la marque antérieure, et même si ces signes différaient par les éléments figuratifs de la marque demandée. De plus, la chambre de recours a conclu que les signes en conflit présentaient globalement un degré de similitude visuelle supérieur à la moyenne, étant donné que, d’une part, le terme « vege » constituait l’élément dominant de la marque demandée, qu’il était placé par ailleurs au centre de la marque antérieure et qu’il était dans une police de caractères plus grande dans la marque demandée, et, d’autre part, que les éléments figuratifs de la marque antérieure étaient d’importance secondaire.
39 La requérante soutient, en substance, que, sur le plan visuel, les signes en conflit présentent des différences. En effet, leurs stylisations, dispositions, longueurs et couleurs différentes attireraient l’attention des consommateurs et suffiraient à les différencier. Par ailleurs, elle relève que la similitude visuelle entre les signes en conflit se limite uniquement au terme « vege » et que ce terme n’est pas parfaitement identique dans ces signes, puisque dans le signe antérieur, les deux lettres « e » comportent un accent aigu.
40 Selon une jurisprudence constante, lorsqu’une marque figurative comportant des éléments verbaux est comparée sur le plan visuel à une marque verbale, les marques sont jugées similaires sur le plan visuel si elles ont en commun un nombre significatif de lettres dans la même position et si l’élément verbal du signe figuratif n’est pas hautement stylisé, nonobstant la représentation graphique des lettres dans des polices de caractères différentes, en italiques ou en caractères gras, en minuscules ou en majuscules, ou encore en couleur [voir arrêt du 11 octobre 2023, Dr. Rudolf Liebe Nachfolger/EUIPO – Bit Beauty (ayuna LESS IS BEAUTY), T‑490/22, non publié, EU:T:2023:616, point 51 et jurisprudence citée].
41 En l’espèce, il convient de relever que les signes en conflit coïncident par le terme « vege ». Les accents sur les lettres « e » et l’apostrophe à la fin de ce terme dans la marque antérieure ne suffisent pas à contrebalancer la similitude constatée. Par ailleurs, dès lors que les éléments figuratifs de la marque demandée seront perçus comme étant décoratifs, la différence résultant de ces éléments doit être minimisée. Enfin, compte tenu du fait que le terme « go » de la marque demandée est écrit dans une police de caractères plus petite que celle du terme « vege » et qu’il est faiblement distinctif, ce que la requérante ne conteste pas, il est peu probable que celui-ci sera perçu par le public pertinent. Partant, l’attention du public se concentrera sur le terme « vege » qui domine l’impression d’ensemble de la marque demandée. Ainsi, la présence du terme « go » et des éléments figuratifs de la marque demandée n’est pas suffisante pour compenser la similitude créée par l’impression d’ensemble produite par les signes en conflit.
42 Par conséquent, c’est sans commettre d’erreur d’appréciation que la chambre de recours a considéré que les signes en conflit présentaient un degré de similitude visuelle supérieur à la moyenne.
Sur la similitude phonétique
43 La chambre de recours a considéré que les signes en conflit présentaient un niveau de similitude supérieur à la moyenne sur le plan phonétique. À cet égard, elle a relevé que la partie du public pertinent qui ne tenait pas compte des accents de la marque antérieure prononcerait cette dernière et le terme « vege » de la marque demandée de façon identique. En outre, pour la partie du public pertinent qui prononce les accents, la présence de ces derniers dans la marque antérieure pourrait très légèrement modifier leur prononciation par rapport au terme « vege » de la marque demandée. Par ailleurs, la chambre de recours a considéré que, compte tenu du faible caractère distinctif du terme « go » de la marque demandée, il était peu probable que celui-ci soit prononcé et que, en tout état de cause, même s’il se trouvait au début de la marque demandée, ce terme ne saurait compenser l’incidence phonétique des deux syllabes suivantes « ve » et « ge ».
44 La requérante soutient que le degré de similitude phonétique entre les signes en conflit n’est pas supérieur à la moyenne. En particulier, elle relève, d’une part, que la marque demandée n’est pas exclusivement composée du terme « vege » et, d’autre part, que la marque antérieure a des accents aigus sur les deux lettres « e » qui ont un impact sur la prononciation de ce terme.
45 En l’espèce, s’agissant de l’argument de la requérante selon lequel il y a une différence d’accentuation, il convient de relever que la chambre de recours a tenu compte de cette différence. Toutefois, ainsi que la chambre de recours l’a considéré, seule une partie du public pertinent remarquera les accents présents dans la marque antérieure. La partie du public pertinent dont la langue ne comporte pas de tels accents ne leur accordera aucune importance et, par conséquent, pour cette partie du public pertinent, le terme « vege » de la marque demandée et celui de la marque antérieure se prononceront exactement de la même manière.
46 En outre, la requérante ne conteste pas que le terme « go » possède un caractère distinctif faible. Partant, l’attention du public se concentrera sur le terme « vege » qui domine l’impression d’ensemble de la marque demandée. Dès lors, la requérante ne saurait reprocher à la chambre de recours d’avoir accordé au terme « go » une importance moindre dans le résultat de la comparaison des signes en conflit sur le plan phonétique.
47 Partant, il y a lieu de considérer que la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en considérant que les signes en conflit présentaient, sur le plan phonétique, un degré de similitude supérieur à la moyenne.
Sur la similitude conceptuelle
48 La chambre de recours a considéré que les signes en conflit étaient similaires sur le plan conceptuel, à tout le moins à un degré moyen pour la partie anglophone du public pertinent. À cet égard, la chambre de recours a affirmé que le terme « vege », commun aux signes en conflit, serait compris, à tout le moins pour une partie du public pertinent, comme faisant allusion au caractère végétarien des produits et services en cause. Par ailleurs, s’agissant de la marque demandée, la chambre de recours a considéré que la partie anglophone du public pertinent et celle ayant une compréhension élémentaire de l’anglais pourraient dans le contexte des produits et services en cause comprendre ce signe comme faisant référence à une invitation à adopter un mode de vie végétarien.
49 La requérante reproche à la chambre de recours d’avoir considéré que les signes en conflit pouvaient avoir des connotations similaires, alors que la marque antérieure serait comprise comme une abréviation des termes « végétal » ou « végétarien », tandis que la marque demandée, par la présence du terme « go », renverrait à la suggestion de suivre un style de vie végétarien.
50 Il y a lieu de relever qu’il est constant entre les parties que la marque antérieure fait allusion au caractère végétarien des produits concernés et que la marque demandée sera comprise comme suggérant d’adopter un mode de vie végétarien, au moins pour la partie anglophone du public pertinent, du fait de la présence du terme « go ». Toutefois, il y a lieu relever que, malgré la présence de l’élément « go », les signes en conflit véhiculent un concept très similaire en relation avec le caractère végétarien des produits et services en cause. Par ailleurs, il y a également lieu de rappeler que le terme « go » est secondaire dans la marque demandée, compte tenu de son faible caractère distinctif. Contrairement à ce que soutient la requérante, l’élément additionnel « go » de la marque demandée ne saurait faire oublier la similitude conceptuelle des signes en conflit.
51 Partant, la chambre de recours n’a pas commis d’erreur d’appréciation en estimant que les signes en conflit étaient similaires sur le plan conceptuel, à tout le moins à un degré moyen, pour la partie anglophone du public pertinent.
Sur le risque de confusion
52 Selon une jurisprudence constante de la Cour, l’existence d’un risque de confusion dépend de nombreux facteurs et notamment de la connaissance de la marque sur le marché, de l’association qui peut en être faite avec le signe utilisé ou enregistré, du degré de similitude entre la marque et le signe et entre les produits ou les services désignés. Le risque de confusion doit donc être apprécié globalement en tenant compte de tous les facteurs pertinents du cas d’espèce (voir arrêt du 12 juin 2019, Hansson, C‑705/17, EU:C:2019:481, point 41 et jurisprudence citée).
53 L’appréciation globale du risque de confusion implique une certaine interdépendance des facteurs pris en compte et, notamment, de la similitude des marques et de celle des produits ou des services désignés. Ainsi, un faible degré de similitude entre les produits ou les services désignés peut être compensé par un degré élevé de similitude entre les marques, et inversement [arrêts du 29 septembre 1998, Canon, C‑39/97, EU:C:1998:442, point 17, et du 14 décembre 2006, Mast-Jägermeister/OHMI – Licorera Zacapaneca (VENADO avec cadre e.a.), T‑81/03, T‑82/03 et T‑103/03, EU:T:2006:397, point 74].
54 La requérante soutient qu’il n’existe pas de risque de confusion compte tenu du fait que les signes en conflit présentent des différences sur les plans visuel, phonétique et conceptuel. À ce titre, la requérante fait valoir, en substance, que le degré de similitude phonétique entre deux marques est d’une importance réduite dans le cas de produits qui sont commercialisés d’une manière telle que, habituellement, le public pertinent, lors de l’achat, perçoit la marque qui les désigne sous une forme visuelle. Or, selon la requérante, les différences visuelles entre les signes en conflit revêtiraient une importance particulière. En outre, la requérante fait valoir que la chambre de recours n’aurait pas pris en compte tous les éléments qui composent la marque demandée et se serait limitée à comparer l’élément verbal « vege » de la marque demandée à la marque antérieure pour apprécier le risque de confusion.
55 Premièrement, il importe de rappeler, d’une part, que le public pertinent est composé du grand public et de professionnels de l’Union, dont le niveau d’attention est faible à moyen et, d’autre part, que les produits et services visés par la marque demandée sont en partie identiques et en partie similaires, au moins à un faible degré, aux produits couverts par la marque antérieure.
56 Deuxièmement, il résulte des points 42, 47 et 51 ci-dessus que les signes en conflit présentent un degré de similitude supérieur à la moyenne sur les plans visuel et phonétique ainsi qu’un degré de similitude sur le plan conceptuel, à tout le moins moyen pour la partie anglophone du public pertinent. La chambre de recours pouvait donc considérer à bon droit que, dans l’ensemble, un risque de confusion existait dans l’esprit du public pertinent pour les produits et services en cause.
57 Troisièmement, s’agissant de l’argument de la requérante selon lequel la chambre de recours n’aurait pas pris en compte tous les éléments composant la marque contestée pour apprécier le risque de confusion, il convient de rappeler, ainsi que cela a été constaté aux points 30 à 32 ci-dessus, que cet argument ressort d’une lecture erronée de la décision attaquée par la requérante. En effet, lors de l’appréciation de la similitude visuelle, phonétique et conceptuelle des signes en conflit, la chambre de recours a inclus dans sa comparaison tous les éléments composant la marque demandée.
58 Quatrièmement, s’agissant de l’argument de la requérante selon lequel le degré de similitude phonétique entre deux marques est d’une importance réduite dans le cas de produits qui sont commercialisés d’une manière telle que, habituellement, le public pertinent, lors de l’achat, perçoit la marque qui les désigne sous une forme visuelle, il convient de relever que la chambre de recours a tenu compte de celui-ci lorsqu’elle a constaté, au point 104 de la décision attaquée, que les produits alimentaires compris dans les classes 29 et 30 étaient souvent achetés dans des magasins en libre-service où le consommateur choisissait lui-même le produit et devait, dès lors, se fier principalement à l’image de la marque appliquée sur ce produit, de telle sorte qu’une similitude visuelle des signes était, en règle générale, d’une plus grande importance. Toutefois, la chambre de recours a relevé à cet égard que, compte tenu du fait que l’élément dominant de la marque demandée était très similaire à la marque antérieure, les signes en conflit présentaient un degré de similitude supérieur à la moyenne sur le plan visuel.
59 Au vu de ce qui précède, il y a lieu de rejeter le moyen unique au soutien des conclusions de la requérante aux fins d’annulation et de réformation de la décision attaquée comme étant non fondé et, partant, de rejeter le recours dans son ensemble.
Sur les dépens
60 Aux termes de l’article 134, paragraphe 1, du règlement de procédure du Tribunal, toute partie qui succombe est condamnée aux dépens, s’il est conclu en ce sens.
61 Bien que la requérante ait succombé, l’EUIPO n’a conclu à la condamnation de celle-ci aux dépens qu’en cas de convocation à une audience. Il convient, en l’absence d’organisation d’une audience, de décider que la requérante et l’EUIPO supporteront leurs propres dépens. L’intervenante n’ayant pas conclu à la condamnation de la requérante aux dépens, elle supportera, par conséquent, ses propres dépens.
Par ces motifs,
LE TRIBUNAL (cinquième chambre)
déclare et arrête :
1) Le recours est rejeté.
2) Chaque partie supportera ses propres dépens.
| Sampol Pucurull | Laitenberger | Valasidis |
Ainsi prononcé en audience publique à Luxembourg, le 15 juillet 2026.
Signatures
* Langue de procédure : l’anglais.
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