Conclusions de l'avocate générale Mme J. Kokott, présentées le 10 septembre 2026.###
| CELEX | 62026CC0167 |
| Type | Arrêt CJUE |
| Date | jeudi 10 septembre 2026 |
Texte intégral
Édition provisoire
CONCLUSIONS DE L’AVOCATE GÉNÉRALE
MME JULIANE KOKOTT
présentées le 10 septembre 2026 (1)
Affaire C‑167/26 RX
I. S.A.
contre
Dyrektor Krajowej Informacji Skarbowej
« Réexamen – Renvoi préjudiciel – Fiscalité – Système commun de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) – Droit à déduction de la taxe payée en amont – Article 167, article 168, sous a), article 178, sous a), et article 179 de la directive 2006/112/CE – Délivrance de la facture mentionnant la TVA au cours de la période imposable suivant celle au titre de laquelle le droit à déduction est exercé – Principes de neutralité fiscale et de proportionnalité – Atteinte à l’unité et à la cohérence du droit de l’Union »
I. Introduction
1. La présente affaire est la deuxième dans laquelle la Cour a engagé une procédure de réexamen au titre de l’article 256, paragraphe 3, troisième alinéa, TFUE contre un arrêt du Tribunal de l’Union européenne rendu à titre préjudiciel (2), en l’occurrence l’arrêt Dyrektor Krajowej Informacji Skarbowej (3)(ci-après également l’ « arrêt sous réexamen » ou l’« arrêt du Tribunal »).
2. Cet arrêt du Tribunal, qui concerne le domaine de la fiscalité indirecte, traite d’un élément clé du système européen de taxe sur la valeur ajoutée (TVA), à savoir le droit à déduction de la taxe payée en amont. En interprétant certaines dispositions de la directive 2006/112/CE (4) (ci-après la « directive TVA ») ainsi que certains principes généraux du droit, le Tribunal a opéré – vraisemblablement sans même s’en apercevoir – un revirement de la jurisprudence de la Cour telle qu’elle résulte, notamment, de l’arrêt Terra Baubedarf-Handel (5) et, tout récemment, de l’arrêt Aptiv Services Hungary (6).
3. La divergence jurisprudentielle entre le Tribunal et la Cour concerne, en substance, la définition de la période correcte au titre de laquelle l’assujetti est censé exercer son droit à déduction de la taxe payée en amont, lorsque la facture spécifiant le montant de cette TVA parvient à l’assujetti postérieurement à la période durant laquelle l’opération taxée a été réalisée.
4. Quoiqu’elle puisse sembler plutôt technique à première vue, cette question est d’une grande importance pour le bon fonctionnement du système commun de TVA, l’application correcte du droit à déduction occupant une place de premier rang dans la pratique quotidienne des entreprises actives sur le marché intérieur de l’Union européenne. Il importe donc d’envisager une solution dont la mise en œuvre ne présente ni difficulté ni incertitude majeure.
5. Bien au-delà de cette problématique de TVA proprement dite, la présente affaire sera également l’occasion de jeter les bases du bon fonctionnement du mécanisme de réexamen qui permet, exceptionnellement, à la Cour de contrôler et, le cas échéant, de rectifier les décisions préjudicielles du Tribunal.
II. Le cadre juridique
A. Le droit de l’Union
6. L’article 63 de la directive TVA prévoit :
« Le fait générateur de la taxe intervient et la taxe devient exigible au moment où la livraison de biens ou la prestation de services est effectuée. »
7. Le titre X de la directive TVA, relatif aux déductions, comprend un chapitre 1, intitulé « Naissance et étendue du droit à déduction », qui est composé des articles 167 à 172 de cette directive. L’article 167 de ladite directive dispose :
« Le droit à déduction prend naissance au moment où la taxe déductible devient exigible. »
8. L’article 168 de la directive TVA énonce :
« Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de ses opérations taxées, l’assujetti a le droit, dans l’État membre dans lequel il effectue ces opérations, de déduire du montant de la taxe dont il est redevable les montants suivants :
a) la TVA due ou acquittée dans cet État membre pour les biens qui lui sont ou lui seront livrés et pour les services qui lui sont ou lui seront fournis par un autre assujetti ;
[...] »
9. Le chapitre 4 du titre X de la directive TVA, intitulé « Modalités d’exercice du droit à déduction », comporte les articles 178 à 183 de ladite directive. Aux termes de l’article 178 de cette dernière :
« Pour pouvoir exercer le droit à déduction, l’assujetti doit remplir les conditions suivantes :
a) pour la déduction visée à l’article 168, [sous] a), en ce qui concerne les livraisons de biens et les prestations de services, détenir une facture établie conformément aux dispositions du titre XI, chapitre 3, sections 3 à 6 ;
[…] »
10. L’article 179, premier alinéa, de la directive TVA prévoit :
« La déduction est opérée globalement par l’assujetti par imputation, sur le montant de la taxe due pour une période imposable, du montant de la TVA pour laquelle le droit à déduction a pris naissance et est exercé en vertu de l’article 178, au cours de la même période. »
11. L’article 180 de cette directive dispose :
« Les États membres peuvent autoriser un assujetti à procéder à une déduction qui n’a pas été effectuée conformément aux articles 178 et 179. »
12. L’article 182 de ladite directive est libellé comme suit :
« Les États membres déterminent les conditions et modalités d’application des articles 180 et 181. »
13. L’article 184 de la même directive est ainsi rédigé :
« La déduction initialement opérée est régularisée lorsqu’elle est supérieure ou inférieure à celle que l’assujetti était en droit d’opérer. »
14. Aux termes de l’article 185, paragraphe 1, de la directive TVA :
« La régularisation a lieu notamment lorsque des modifications des éléments pris en considération pour la détermination du montant des déductions sont intervenues postérieurement à la déclaration de TVA, entre autres en cas d’achats annulés ou en cas de rabais obtenus. »
15. Le titre XI de la directive TVA, relatif aux obligations des assujettis et de certaines personnes non assujetties, comprend un chapitre 5, intitulé « Déclarations », qui est composé des articles 250 à 261 de ladite directive. L’article 250, paragraphe 1, de cette dernière dispose :
« Tout assujetti doit déposer une déclaration de TVA dans laquelle figurent toutes les données nécessaires pour constater le montant de la taxe exigible et celui des déductions à opérer, y compris, et dans la mesure où cela est nécessaire pour la constatation de l’assiette, le montant global des opérations relatives à cette taxe et à ces déductions ainsi que le montant des opérations exonérées. »
16. Enfin, l’article 273, premier alinéa, de la directive TVA énonce :
« Les États membres peuvent prévoir d’autres obligations qu’ils jugeraient nécessaires pour assurer l’exacte perception de la TVA et pour éviter la fraude, sous réserve du respect de l’égalité de traitement des opérations intérieures et des opérations effectuées entre États membres par des assujettis, et à condition que ces obligations ne donnent pas lieu dans les échanges entre les États membres à des formalités liées au passage d’une frontière. »
B. Le droit polonais
17. L’article 86, paragraphe 1, de l’ustawa o podatku od towarów i usług (loi relative à la taxe sur les biens et services), du 11 mars 2004 (Dz. U. de 2018, position 2174), telle que modifiée (ci-après la « loi relative à la TVA »), prévoit :
« Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés aux fins d’opérations taxées, l’assujetti visé à l’article 15 bénéficie du droit de déduire du montant de la taxe due le montant de la taxe en amont, sous réserve de l’article 114, de l’article 119, paragraphe 4, de l’article 120, paragraphes 17 et 19, ainsi que de l’article 124. »
18. Selon l’article 86, paragraphe 10, de la loi relative à la TVA :
« Le droit de déduire du montant de la taxe due le montant de la taxe en amont prend naissance lors du décompte au titre de la période au cours de laquelle a pris naissance l’obligation fiscale relative aux biens et aux services acquis ou importés par l’assujetti. »
19. L’article 86, paragraphe 10b, de la loi relative à la TVA énonce :
« Le droit de déduire du montant de la taxe due le montant de la taxe en amont dans les cas visés :
1) au paragraphe 2, point 1 et point 2, sous a), prend naissance au plus tôt lors du décompte au titre de la période au cours de laquelle l’assujetti a reçu la facture ou le document douanier ;
[…] »
III. Les antécédents
A. Le litige au principal et la question préjudicielle
20. I., société assujettie à la TVA en Pologne, exploite une chambre de compensation et de règlement des opérations effectuées par ses membres, notamment en ce qui concerne le gaz et l’électricité. Elle est considérée, dans le cadre de ses activités, comme acquéreur et revendeur de biens faisant l’objet d’opérations en bourse et figure en tant que telle sur les factures. Elle est donc tenue d’acquitter la TVA en amont et en aval.
21. I. a saisi l’autorité fiscale d’une demande de rescrit fiscal au sujet de la situation factuelle suivante. Elle reçoit les factures qui attestent l’acquisition des biens au cours de la période imposable suivant celle où la livraison de ces biens a été effectuée, mais avant la date limite du dépôt de la déclaration fiscale relative à cette dernière période.
22. I. a donc demandé à l’autorité fiscale si, dans un tel cas, elle pouvait, en vertu de l’article 86, paragraphes 1 et 10, de la loi relative à la TVA, déduire la taxe en amont indiquée sur les factures dûment établies pour l’achat de gaz et d’électricité, lors du décompte afférent à la période au cours de laquelle l’obligation fiscale était née pour les biens achetés, alors même que les factures n’étaient reçues qu’après cette période.
23. Dans un rescrit fiscal du 12 novembre 2019, l’autorité fiscale a estimé que l’exercice du droit à déduction était subordonné, tant en droit polonais qu’en droit de l’Union, au respect de conditions formelles, notamment la réception d’une facture. Selon l’autorité fiscale, ces conditions n’avaient toutefois pas pour effet de priver l’assujetti du droit à déduction de la TVA en amont et, partant, de violer le principe de neutralité de la TVA.
24. Saisi d’un recours contre ce rescrit, le Wojewódzki Sąd Administracyjny w Warszawie (tribunal administratif de voïvodie de Varsovie, Pologne) a, par jugement du 9 octobre 2020, débouté I. en estimant en particulier que, si le droit à déduction de la taxe existe déjà pour la période au cours de laquelle l’obligation fiscale est née en ce qui concerne les biens et services acquis, l’exercice de ce droit requiert la détention d’une facture. Le moment où le droit à déduction de la taxe en amont prendrait naissance, prévu à l’article 167 de la directive TVA, serait ainsi en pratique modifié par l’exigence formelle posée par l’article 178, sous a), de cette directive, consistant à détenir la facture correspondante. Selon cette juridiction, il s’ensuit que le droit à déduction de la taxe en amont prend naissance, sous réserve que les autres conditions soient remplies, au moment de la réception de ladite facture.
25. I. a formé un pourvoi en cassation contre le jugement du 9 octobre 2020 devant le Naczelny Sąd Administracyjny (Cour suprême administrative, Pologne), qui est la juridiction de renvoi, alléguant, en particulier, une interprétation erronée de l’article 167, de l’article 168, sous a), et de l’article 178, sous a), de la directive TVA.
26. La juridiction de renvoi considère que la détention d’une facture constitue une condition, non pas de la naissance, mais de l’exercice du droit à déduction, lequel découle du dépôt d’une déclaration fiscale. Elle se demande donc si l’article 86, paragraphe 10b, point 1, de la loi relative à la TVA, en ce qu’il conditionne la naissance du droit à déduction à la détention d’une facture ou d’un document douanier à la date du décompte, est conforme à l’article 167, à l’article 168, sous a), et à l’article 178, sous a), de la directive TVA.
27. Selon cette juridiction, l’application de l’article 86, paragraphe 10b, point 1, de la loi relative à la TVA a pour effet, en l’occurrence, de retarder la naissance du droit à déduction. En effet, elle relève que, suite à l’acquisition d’un bien ou d’un service, l’acheteur est tenu d’attendre la réception d’une facture pour que son droit à déduction prenne naissance et qu’il puisse donc exercer son droit à déduction, alors que le vendeur, quant à lui, a déjà versé la TVA due au Trésor public.
28. Ladite juridiction estime que, conformément au droit de l’Union, il doit être possible de déduire la taxe en amont pour une période imposable donnée lorsque le droit à déduction a pris naissance au cours de cette période et lorsque, en outre, l’assujetti dispose d’une facture ou d’un document douanier au moment où il exerce ce droit dans la déclaration qu’il dépose au titre de cette période. Selon elle, une telle interprétation permet à l’assujetti concerné d’exercer son droit à déduction de la taxe en amont sans retard excessif, et sans pour autant créer de risque d’abus. Elle précise qu’un report de la déduction de la TVA est susceptible d’avoir une incidence directe sur l’existence d’une violation du principe de neutralité et ne trouve pas de fondement direct dans la directive TVA.
29. C’est dans ces conditions que le Naczelny Sąd Administracyjny (Cour suprême administrative) a décidé de surseoir à statuer et de poser à la Cour de justice de l’Union européenne la question préjudicielle suivante :
« L’article 167, l’article 168, [sous] a), et l’article 178, [sous] a), de la directive [TVA] ainsi que les principes de neutralité fiscale, d’effectivité et de proportionnalité doivent-ils être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à une disposition nationale, telle que l’article 86, paragraphe 10b, point 1, de [la loi relative à la TVA], dont il résulte que l’assujetti ne peut pas exercer son droit à déduction de la taxe en amont, dans une déclaration déposée au titre de la période pour laquelle il a satisfait aux conditions de fond relatives à l’exercice de ce droit, s’il n’a pas reçu la facture au cours de cette période, et ce quand bien même il l’aurait reçue avant de déposer cette déclaration ? »
B. La procédure préjudicielle devant le Tribunal et l’arrêt sous réexamen
30. Conformément à l’article 50 ter, troisième alinéa, du statut de la Cour de justice de l’Union européenne (ci-après le « statut »), la présente affaire a été transférée au Tribunal aux fins de la procédure préjudicielle et de l’arrêt.
31. Dans l’arrêt sous réexamen, qui a été rendu à la suite d’une procédure préjudicielle écrite ainsi que d’une audience de plaidoiries, mais sans le bénéfice de conclusions d’un avocat général, le Tribunal a dit pour droit :
« L’article 167, l’article 168, sous a), et l’article 178, sous a), de la [directive TVA] ainsi que les principes de neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) et de proportionnalité
doivent être interprétés en ce sens que :
ils s’opposent à une réglementation nationale dont il résulte que l’assujetti ne peut pas exercer son droit à déduction de la taxe acquittée en amont, dans une déclaration déposée au titre de la période pour laquelle il a satisfait aux conditions de fond relatives à l’exercice de ce droit, s’il n’a pas reçu la facture correspondante au cours de cette période, et ce quand bien même il l’aurait reçue avant de déposer cette déclaration. » (7)
IV. La procédure de réexamen devant la Cour
32. Sur proposition du premier avocat général, la chambre de réexamen de la Cour a décidé, le 26 mars 2026, d’engager une procédure de réexamen de l’arrêt du Tribunal (article 256, paragraphe 3, troisième alinéa, TFUE, articles 62 et 62 bis du statut, lus en combinaison avec l’article 194, paragraphe 5, du règlement de procédure de la Cour) (8).
33. Aux termes de cette décision, le réexamen porte sur la question de savoir si, compte tenu, notamment, des arrêts Terra Baubedarf‑Handel (9) et Aptiv Services Hungary (10), l’arrêt du Tribunal porte atteinte à l’unité ou à la cohérence du droit de l’Union en ce que le Tribunal a dit pour droit que l’article 167, l’article 168, sous a), et l’article 178, sous a), de la directive TVA ainsi que le principe de neutralité de la TVA et le principe de proportionnalité doivent être interprétés en ce sens qu’ils s’opposent à une réglementation nationale dont il résulte que l’assujetti ne peut pas exercer son droit à déduction de la taxe acquittée en amont, dans une déclaration déposée au titre de la période pour laquelle il a satisfait aux conditions de fond relatives à l’exercice de ce droit, s’il n’a pas reçu la facture correspondante au cours de cette période, et ce quand bien même il l’aurait reçue avant de déposer cette déclaration.
34. Dans le cadre de la procédure de réexamen devant la Cour, des observations écrites ont été déposées par I., par les gouvernements polonais, tchèque et allemand, ainsi que par la Commission européenne.
V. Analyse
35. Une procédure de réexamen engagée par la Cour au titre de l’article 256, paragraphes 2 ou 3, TFUE peut théoriquement aboutir à trois résultats différents :
– Premièrement, la Cour peut conclure, au terme de la procédure de réexamen, que la décision du Tribunal n’est entachée d’aucune erreur de droit. En effet, une analyse approfondie peut infirmer l’appréciation initiale et sommaire selon laquelle le raisonnement du Tribunal comportait une erreur de droit soulevant un risque d’atteinte à l’unité ou à la cohérence du droit de l’Union. La décision du Tribunal devient alors définitive.
– Deuxièmement, la Cour peut constater une erreur de droit commise par le Tribunal, tout en concluant que cette erreur n’est pas suffisamment grave pour qu’il soit porté atteinte à l’unité ou à la cohérence du droit de l’Union. Dans ce cas également, la décision du Tribunal devient définitive, et il appartiendra à la jurisprudence ultérieure de nuancer ou de faire évoluer le raisonnement sous-jacent, le cas échéant.
– Et enfin, troisièmement, la Cour peut arriver à la conclusion que la décision du Tribunal comporte une erreur de droit dont la portée ou les conséquences sont telles qu’il est, effectivement, porté atteinte à l’unité ou à la cohérence du droit de l’Union, avec les conséquences décrites à l’article 62 ter du statut, à savoir, selon les cas, l’annulation de la décision du Tribunal en cas de réexamen d’une affaire de pourvoi ou la formulation d’une nouvelle réponse aux questions de la juridiction de renvoi en cas de réexamen d’une affaire préjudicielle.
36. Dans chacune des procédures de réexamen tranchées par la Cour à ce jour (11) – toutes fondées sur l’article 256, paragraphe 2, second alinéa, TFUE et relatives à des décisions de pourvoi du Tribunal en matière de fonction publique européenne –, c’est le troisième de ces résultats possibles qui a prévalu : la Cour a, sans exception, constaté à la fois une erreur de droit et une atteinte à l’unité ainsi qu’à la cohérence du droit de l’Union.
37. S’agissant de la présente procédure de réexamen, fondée sur l’article 256, paragraphe 3, troisième alinéa, TFUE, nous nous proposons d’analyser, tout d’abord, si l’arrêt sous réexamen est entaché d’une erreur de droit en ce qui concerne les règles et principes de droit de l’Union applicables à l’exercice du droit à déduction de la TVA payée en amont (titre A ci-dessous), avant d’évaluer la question de savoir si cette erreur éventuelle porte atteinte à l’unité ou à la cohérence du droit de l’Union (titre B ci-dessous).
38. D’emblée, il est permis de constater que les parties et intéressés ayant participé à la procédure de réexamen sont partagés : alors que les gouvernements polonais, tchèque et allemand soutiennent que l’arrêt du Tribunal est erroné et porte effectivement atteinte à l’unité et à la cohérence du droit de l’Union, I. et la Commission sont d’un avis contraire, estimant en substance que cet arrêt s’inscrit bien dans la lignée de jurisprudence pertinente.
A. L’erreur de droit entachant l’arrêt sous réexamen
39. Lorsqu’un assujetti à la TVA exerce son droit à déduction de la taxe payée en amont, trois périodes peuvent être distinguées :
– premièrement, la période au cours de laquelle est né le droit à déduction ;
– deuxièmement, la période pendant laquelle l’assujetti fait les démarches administratives nécessaires pour exercer ce droit ; et
– troisièmement, la période au titre de laquelle ledit droit est exercé – autrement dit, la période sur laquelle le montant de la taxe déductible est imputé.
Ces périodes coïncident souvent, mais pas nécessairement toujours, ainsi que l’illustrent précisément les faits du litige au principal, tout comme les faits sous-tendant certains des arrêts évoqués ci‑après.
40. Le cœur du problème qui occupe les juridictions de l’Union dans la présente affaire consiste à déterminer correctement la troisième des périodes mentionnées au point précédent, c’est-à-dire la période au titre de laquelle le droit à déduction de la TVA payée en amont s’exerce : il s’agit d’analyser si ce droit à déduction doit s’exercer au titre de la période pendant laquelle les opérations taxées ont été réalisées ou bien au titre d’une période postérieure, à savoir celle durant laquelle l’assujetti reçoit les factures afférentes à ces opérations, si ces deux périodes ne coïncident pas.
41. Il est vrai que les dispositions pertinentes de la directive TVA permettant de déterminer la période au titre de laquelle le droit à déduction s’exerce ne sont pas dépourvues de toute ambiguïté. En effet, il ressort du dispositif combiné des articles 167 et 63 de la directive TVA que le droit à déduction de la taxe payée en amont prend naissance au moment où la taxe déductible devient exigible, c’est-à-dire au moment où la livraison de biens ou la prestation de services est effectuée (12). Par ailleurs, aux termes de l’article 179 de cette directive, « [l]a déduction est opérée globalement par l’assujetti par imputation, sur le montant de la taxe due pour une période imposable, du montant de la TVA pour laquelle le droit à déduction a pris naissance et est exercé en vertu de l’article 178 [de ladite directive], au cours de la même période. » Enfin, pour que l’assujetti puisse effectivement exercer son droit à déduction, l’article 178, sous a), de la directive TVA exige que cet assujetti détienne une facture établie conformément aux dispositions du titre XI, chapitre 3, sections 3 à 6, de cette même directive.
42. Face à cette situation, et tout en reconnaissant que le droit à déduction de la taxe payée en amont est subordonné au respect d’exigences ou de conditions tant matérielles que formelles prévues par la directive TVA (13), le Tribunal a relevé, dans l’arrêt sous réexamen, que la naissance du droit à déduction ne pouvait être subordonnée qu’aux seules conditions de fond prévues par la directive TVA et que le droit à déduction naissait donc indépendamment de la détention d’une facture, cette dernière ne représentant qu’une exigence formelle relative à son exercice (14). Sur cette base, le Tribunal a ensuite conclu que l’article 167, l’article 168, sous a), et l’article 178, sous a), de la directive TVA ainsi que les principes de neutralité de la TVA et de proportionnalité s’opposaient à une réglementation nationale, telle que celle en cause dans l’affaire au principal, dont il résulte que l’assujetti ne peut pas exercer son droit à déduction de la taxe acquittée en amont, dans une déclaration déposée au titre de la période pour laquelle il a satisfait aux conditions de fond relatives à l’exercice de ce droit, s’il n’a pas reçu la facture correspondante au cours de cette période, et ce quand bien même il l’aurait reçue avant de déposer cette déclaration (15).
43. Ce faisant, le Tribunal s’est toutefois écarté de la jurisprudence pertinente et constante de la Cour, notamment de l’arrêt Terra Baubedarf-Handel (16), qui constate, sur la base de l’article 18, paragraphe 2, premier alinéa de la sixième directive 77/388/CEE (17) – auquel correspond aujourd’hui l’article 179, premier alinéa, de la directive TVA – que le droit à déduction de la taxe payée en amont doit être exercé au titre de la période de déclaration au cours de laquelle sont réunies les deux conditions requises, à savoir que la livraison des biens ou la prestation des services ait été effectuée et que l’assujetti soit en possession de la facture y afférente (ou d’un document équivalent) (18).
44. Ainsi que la Cour l’a expliqué dans ce même arrêt (19), l’exigence que le droit à déduction de la taxe payée en amont soit exercé au titre de la période durant laquelle sont réunies non seulement les conditions matérielles de la naissance de ce droit, mais aussi la condition formelle de possession d’une facture, correspond à l’objectif d’assurer la perception et le contrôle effectifs de la TVA ; cette exigence tient compte du fait que le paiement pour l’opération taxée et donc l’acquittement de la TVA pouvant être déduite en amont n’ont pas lieu, normalement, avant la réception d’une facture.
45. L’interprétation retenue dans l’arrêt Terra Baubedarf-Handel a été confirmée, par la suite, dans les arrêts Senatex (20) et A. (Exercice du droit à déduction) (21), ainsi que, très récemment, dans l’arrêt Aptiv Services Hungary (22), respectivement sur le fondement de circonstances factuelles et procédurales quelque peu différentes.
46. Si l’arrêt Aptiv Services Hungary est postérieur à l’arrêt sous réexamen, il ne fait que confirmer ce que les autres arrêts précités, à commencer par l’arrêt Terra Baubedarf-Handel, avaient déjà reconnu. En tout état de cause, les arrêts de la Cour rendus à titre préjudiciel ne font qu’éclairer et préciser, lorsque besoin en est, la signification et la portée d’une règle de droit de l’Union telle qu’elle doit ou aurait dû être comprise et appliquée depuis le moment de sa mise en vigueur (23), à savoir, en l’occurrence, l’article 179, premier alinéa, de la directive TVA (anciennement article 18, paragraphe 2, premier alinéa, de la sixième directive 77/388).
47. Il existe donc, à l’égard de l’article 179, premier alinéa, de la directive TVA, une nette divergence entre l’arrêt du Tribunal et la jurisprudence de la Cour, divergence qui peut être résumée comme suit : la période au titre de laquelle le droit à déduction de la taxe payée en amont doit s’exercer n’est pas la même, selon que l’on suit le Tribunal ou la Cour. Dans l’arrêt sous réexamen, le Tribunal estime, en effet, que le droit à déduction doit toujours s’exercer au titre de la période où la livraison de biens ou la prestation de services a été effectuée, peu importe le moment de réception par l’assujetti de la facture spécifiant le montant de TVA concerné. En revanche, selon la Cour, le droit de l’assujetti à déduction doit être exercé au titre de la période au cours de laquelle il a effectivement reçu ladite facture (ou un document équivalent), même si cette période est postérieure à celle durant laquelle l’opération taxée a été réalisée.
Sur la distinction opérée par le Tribunal entre la présente affaire et l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt Terra Baubedarf-Handel
48. Dans l’arrêt sous réexamen, le Tribunal tente de justifier son revirement par rapport à l’arrêt Terra Baubedarf-Handel (24) en opérant une distinction entre les faits de l’affaire ayant donné lieu à cet arrêt et ceux de la présente affaire. En effet, selon le Tribunal, l’arrêt Terra Baubedarf-Handel « s’explique par la circonstance selon laquelle, dans l’affaire ayant donné lieu audit arrêt, la partie requérante au litige au principal ne disposait pas d’une facture [...] au moment où elle a exercé son droit à déduction de la TVA »(25).
49. Or, cette affirmation du Tribunal (26) est erronée. Ainsi qu’il ressort sans équivoque de l’arrêt Terra Baubedarf-Handel lui-même, la requérante dans l’affaire ayant donné lieu à cet arrêt avait « bénéficié de prestations de services fournies au cours de l’année 1999 », et « les factures afférentes à ces services, bien qu’établies durant le mois de décembre de la même année, ne lui [étaient] parvenues qu’au mois de janvier 2000 »(27).
50. À y regarder de plus près, et contrairement à ce que soutient le Tribunal dans l’arrêt sous réexamen, les faits qui sous-tendent l’affaire Terra Baubedarf-Handel et ceux pertinents pour la présente affaire sont donc tout à fait comparables : en effet, l’une et l’autre de ces affaires se caractérise précisément par la circonstance que les assujettis étaient bien en possession des factures nécessaires à l’exercice de leur droit à déduction de la taxe payée en amont, ces factures ayant simplement été reçues pendant une période différente de celle de la réalisation des opérations taxées et postérieure à celle-ci–.
51. C’est donc à tort, nous semble-t-il, que le Tribunal a distingué les faits de la présente affaire de ceux qui sous-tendaient l’arrêt Terra Baubedarf-Handel et a ainsi, fût-ce inconsciemment, opéré un revirement par rapport à la jurisprudence Terra Baubedarf-Handel.
Sur les autres arguments invoqués par le Tribunal au soutien de sa solution
52. S’agissant des (autres) arguments invoqués par le Tribunal au soutien de la solution retenue dans l’arrêt sous réexamen, ceux-ci ne nous semblent pas non plus pertinents.
53. Premièrement, le Tribunal s’appuie sur certains arrêts de la Cour (28), selon lesquels la déduction de la taxe payée en amont doit être accordée si les exigences de fond sont satisfaites, alors même que des exigences formelles auraient été omises par les assujettis (29). Le Tribunal en déduit que « la naissance du droit à déduction ne peut être subordonnée qu’aux seules conditions de fond prévues par la directive TVA » (30). Il affirme, en outre, que « [l]e droit à déduction naît indépendamment de la détention d’une facture, qui ne représente qu’une exigence formelle relative à son exercice » (31).
54. S’il est vrai que la Cour, dans les arrêts invoqués par le Tribunal, a fait preuve d’indulgence quant à l’accomplissement de certaines formalités dans le domaine de la TVA, force est de constater qu’elle n’a jamais renoncé à la condition fondamentale de possession d’une facture (ou d’un document équivalent) conforme aux exigences légales, au moment de l’exercice du droit à déduction de la taxe payée en amont, ainsi que l’exige d’ailleurs expressément l’article 178, sous a), de la directive TVA. À notre sens, aucune évolution de la jurisprudence n’a eu lieu sur ce point.
55. Qui plus est, il paraît peu convaincant, voire contradictoire, d’admettre que le droit à déduction de la taxe payée en amont dépend tant de conditions matérielles que de conditions formelles, tout en affirmant, en définitive, que seul l’accomplissement des conditions matérielles serait véritablement décisif.
56. En réalité, tant les conditions matérielles que les conditions formelles ont une importance certaine pour le droit à déduction de la taxe payée en amont, puisque les conditions matérielles permettent d’identifier le moment où est né le droit à déduction, alors que les conditions formelles (et notamment la détention d’une facture conforme aux exigences légales) déterminent le moment à partir duquel peut être exercé ce droit à déduction. Or, ni les conditions matérielles ni les conditions formelles ne sont, à elles seules, suffisantes pour identifier avec précision la période au titre de laquelle le droit à déduction doit être exercé. En vertu de la jurisprudence de la Cour, et notamment des arrêts Terra Baubedarf-Handel (32), Senatex (33), A. (Exercice du droit à déduction) (34) et Aptiv Services Hungary (35), cette période au titre de laquelle le droit à déduction s’exerce est précisément celle au cours de laquelle tant les conditions matérielles que les conditions formelles sont réunies pour la première fois. Si la facture est donc reçue pendant une période postérieure à celle où l’opération taxée a été réalisée, c’est au titre de cette période postérieure que doit s’exercer le droit à déduction de la taxe payée en amont.
57. Deuxièmement, selon le Tribunal, la période au cours de laquelle le droit à déduction de la taxe payée en amont prend naissance « doit coïncider avec la période au cours de laquelle le droit à déduction est exercé », et ce afin d’éviter que l’assujetti ne « supporte temporairement la charge de la TVA, de sorte qu’il n’est pas entièrement soulagé du poids de ladite taxe, en violation des principes de neutralité de la TVA et de proportionnalité ainsi que du caractère immédiat de la déduction de la TVA acquittée en amont » (36).
58. Cette argumentation n’emporte pas non plus la conviction. En effet, ainsi que la Cour l’a expliqué précisément dans l’arrêt Terra Baubedarf-Handel(37), « en principe, les assujettis n’effectuent pas de paiement et ne s’acquittent donc pas de la TVA en amont avant d’avoir reçu une facture […] ». Et la Cour d’ajouter : « la TVA ne saurait être considérée comme grevant une opération donnée avant d’avoir été acquittée ». Dans ces conditions, il n’existe aucune raison objective pour faire rétroagir l’exercice du droit à déduction de la taxe payée en amont à une période antérieure à celle pendant laquelle l’assujetti a reçu la facture correspondante.
59. À supposer même qu’un assujetti puisse, dans certaines circonstances, être amené à payer un acompte à son fournisseur, avant de recevoir les biens ou prestations contractés, il ne le fera normalement qu’en disposant d’une facture d’acompte ou d’un document équivalent qui détaille le montant exact de la TVA incluse dans un tel paiement.
60. Enfin, troisièmement, le Tribunal tente de fonder sa solution sur l’arrêt Senatex dans lequel la Cour a jugé que, aux fins du droit à déduction de la taxe payée en amont, la rectification de certaines mentions obligatoires sur une facture rétroagit sur le moment de l’établissement de la facture initiale (38). Selon le Tribunal, « si un assujetti peut, à la suite d’une rectification de la facture correspondante, exercer son droit à déduction au titre de la période imposable au cours de laquelle ladite facture a été initialement établie, malgré l’absence de facture régulière au moment de la déclaration fiscale initiale, de telles considérations valent à plus forte raison pour un assujetti qui présente une facture régulière lors du dépôt de cette déclaration » (39).
61. Or, à notre avis, ladite jurisprudence Senatex, invoquée par le Tribunal, plaide plutôt en faveur de la conclusion inverse. En effet, si la Cour a estimé, dans l’arrêt Senatex, que la rectification de certaines mentions obligatoires sur une facture rétroagissait sur le moment de l’établissement de la facture initiale, cela nous paraît confirmer que la période au titre de laquelle le droit à déduction de la taxe payée en amont s’exerce est bel est bien celle où l’assujetti disposait pour la première fois d’une facture, fût-elle incorrecte ou imprécise du point de vue de certaines mentions obligatoires, c’est-à-dire la période pendant laquelle tant les conditions matérielles que les conditions formelles du droit à déduction étaient réunies pour la première fois, au sens de la jurisprudence Terra Baubedarf-Handel.
Les arguments pratiques en faveur du maintien de la jurisprudence Terra Baubedarf-Handel
62. Nous nous permettons d’ajouter que d’importantes considérations pratiques et de sécurité juridique plaident également en faveur d’un maintien, voire d’une confirmation, de la jurisprudence Terra Baubedarf-Handel (40).
63. Ainsi qu’il a déjà été exposé ci-dessus (41), en vertu de cette jurisprudence, la période au titre de laquelle le droit à déduction de la taxe payée en amont s’exerce est toujours celle au cours de laquelle tant les conditions matérielles que les conditions formelles sont réunies pour la première fois. Si la facture est reçue pendant une période postérieure à celle où l’opération taxée a été réalisée, c’est au titre de cette période postérieure que doit s’exercer le droit à déduction de la taxe payée en amont.
64. Cette solution présente le grand avantage d’être facile à appliquer et, surtout, de faire toujours coïncider la période durant laquelle l’assujetti s’acquitte effectivement de la TVA en amont avec la période au titre de laquelle il exerce son droit à déduction, en parfaite conformité avec le principe fondamental de neutralité de la TVA.
65. En revanche, la solution retenue par le Tribunal dans l’arrêt sous réexamen paraît nettement plus complexe et, surtout, susceptible de créer le risque réel d’une incohérence entre les deux événements pertinents, à savoir le paiement de la TVA en amont et la déduction de celle-ci, étant donné que le Tribunal insiste sur un exercice du droit à déduction au titre de la période pendant laquelle l’opération taxée a été réalisée, alors même que la réception de la facture, et donc le paiement effectif de la TVA en amont, peuvent intervenir au cours d’une période postérieure, comme c’était précisément le cas dans l’affaire au principal. Une telle incohérence, inhérente à la solution retenue par le Tribunal, nous paraît difficilement conciliable avec le principe de neutralité de la TVA.
66. Qui plus est, la solution retenue par le Tribunal dans l’arrêt sous réexamen risquerait de rendre l’exercice effectif du droit à déduction de la taxe payée en amont excessivement compliqué et tributaire des aléas du calendrier. Un assujetti ayant déjà déposé sa déclaration de TVA pour une période imposable donnée (voir, à cet égard, article 250, paragraphe 1, de la directive TVA), pourrait ainsi être amené à rectifier ou compléter en continu cette déclaration, au fur et à mesure qu’il reçoit des factures tardives afférant à des opérations taxées réalisées pendant la période imposable concernée.
67. Par ailleurs, l’arrêt sous réexamen reste muet sur le sort des éventuelles factures que l’assujetti pourrait encore recevoir après l’expiration du délai pour déposer sa déclaration de TVA ou pour rectifier celle-ci (42). S’il est vrai que les faits de l’affaire au principal n’exigent pas forcément de prendre en considération cet aspect, il nous semblerait peu opportun, voire regrettable, que la Cour retienne une solution dont on peut d’ores et déjà prévoir qu’elle risque d’être inadaptée à certains cas de figure susceptibles de se produire régulièrement.
68. Pour toutes ces raisons pratiques non négligeables, il nous semble nettement préférable de confirmer la jurisprudence Terra Baubedarf-Handel et, partant, de ne pas entériner le revirement opéré par le Tribunal dans l’arrêt sous réexamen.
Conclusion intermédiaire
69. Au vu de l’ensemble de ces considérations, il y a lieu de constater que l’arrêt sous réexamen méconnaît la jurisprudence pertinente de la Cour et, partant, que le Tribunal se livre à une interprétation erronée des dispositions et principes du droit de l’Union régissant l’exercice du droit à déduction de la taxe payée en amont. Le Tribunal a donc commis une erreur de droit dans cet arrêt.
B. Atteinte à l’unité ou à la cohérence du droit de l’Union
70. L’arrêt sous réexamen étant, sur la base de l’analyse qui précède, entaché d’une erreur de droit, il reste à évaluer si cet arrêt porte atteinte à l’unité ou à la cohérence du droit de l’Union.
La notion de « droit de l’Union » dans le contexte de l’article 256, paragraphe 3, troisième alinéa, TFUE
71. Tout d’abord, il importe de clarifier la notion de « droit de l’Union », à l’unité ou à la cohérence duquel il a potentiellement été porté atteinte au sens de l’article 256, paragraphe 3, troisième alinéa, TFUE. En effet, le sens de cette notion peut varier selon le contexte procédural dans lequel elle est employée, chaque procédure spéciale suivant sa propre logique (voir, notamment, la procédure voisine de réexamen en matière de pourvois figurant à l’article 256, paragraphe 2, deuxième alinéa, TFUE et – plus lointain – le mécanisme d’admission de certains pourvois prévu à l’article 58 bis, troisième alinéa, du statut).
72. À première vue, il pourrait être envisagé d’interpréter la notion de droit de l’Union au sens de l’article 256, paragraphe 3, TFUE de manière large, si bien qu’une atteinte à l’unité ou à la cohérence du droit de l’Union dans son ensemble, et non pas seulement dans une matière précise et bien circonscrite, telle que le système commun de TVA, serait nécessaire.
73. Toutefois, à y regarder de plus près, il nous semble qu’une conception nettement plus étroite de la notion de droit de l’Union s’accorde mieux avec les objectifs et l’économie générale du mécanisme de réexamen en matière préjudicielle, tel qu’il a été instauré par l’article 256, paragraphe 3, troisième alinéa, TFUE.
74. Premièrement, aux termes de l’article 256, paragraphe 3, premier alinéa, TFUE, le Tribunal n’est compétent pour connaître de questions préjudicielles que dans des matières spécifiques déterminées par le statut. Il ressort, en outre, de l’article 50 ter, premier alinéa, du statut qu’il s’agit toujours d’affaires préjudicielles relevant exclusivement de l’une ou plusieurs des matières qui y sont énumérées, dont le système commun de TVA. De surcroît, le transfert de la compétence préjudicielle est expressément exclu, en vertu de l’article 50 ter, deuxième alinéa, du statut lorsqu’une affaire soulève des questions indépendantes d’interprétation du droit primaire, du droit international public, des principes généraux du droit de l’Union ou de la charte des droits fondamentaux. Il s’ensuit que les affaires préjudicielles transférées au Tribunal ne sont, en principe, pas susceptibles de soulever des questions transversales ou des points de droit dépassant le cadre de l’une des matières techniques concernées. Si l’on exigeait néanmoins qu’une éventuelle erreur de droit du Tribunal porte atteinte à l’unité ou à la cohérence du droit de l’Union tout entier, le champ d’application du réexamen par la Cour risquerait d’être réduit quasiment à néant.
75. Deuxièmement, l’une des fonctions essentielles du mécanisme de réexamen est d’éliminer d’importantes tensions ou divergences de jurisprudence qui pourraient surgir (43), dans une matière spécifique, entre la Cour et le Tribunal, voire même au sein du Tribunal, car de telles tensions ou divergences sont susceptibles de créer une insécurité juridique ainsi que de nuire à l’autorité et à l’image des juridictions de l’Union, dans leur ensemble. Il est permis de penser que cet aspect sera au centre des préoccupations chaque fois qu’il s’agira de soumettre une décision du Tribunal rendue à titre préjudiciel au réexamen de la Cour.
76. Il est, certes, vrai que tous les réexamens menés jusqu’ici par la Cour dans le domaine voisin des affaires de pourvoi, sur le fondement de l’article 256, paragraphe 2, second alinéa, TFUE (44), concernaient, d’une manière ou d’une autre, des principes généraux, fondamentaux ou transversaux susceptibles d’affecter l’ensemble du droit de l’Union et pas seulement une matière spécifique. Cela n’exclut pas, cependant, qu’un réexamen soit également effectué, et qu’une atteinte à l’unité ou à la cohérence du droit de l’Union soit constatée, lorsque l’erreur de droit commise par le Tribunal ne concerne qu’une matière technique spécifique de ce droit. Exclure une telle possibilité consisterait à priver le mécanisme de réexamen d’une bonne partie de sa raison d’être (45).
77. Par conséquent, nous estimons que la notion de droit de l’Union au sens de l’article 256, paragraphe 3, troisième alinéa, TFUE doit être comprise en ce sens que même une question de droit technique relevant de l’une des matières spécifiques du droit de l’Union faisant l’objet de la compétence préjudicielle du Tribunal peut justifier l’ouverture d’une procédure de réexamen et, en fin de compte, le constat d’une atteinte à l’unité ou à la cohérence du droit de l’Union.
Le constat d’une atteinte à l’unité ou à la cohérence du droit de l’Union
78. Reste ensuite à évaluer si l’arrêt sous réexamen porte effectivement atteinte à l’unité ou à la cohérence du droit de l’Union.
79. Dans les arrêts de réexamen rendus à ce jour – certes tous au titre de l’article 256, paragraphe 2, TFUE, sur des décisions du Tribunal relatives à des pourvois en matière de fonction publique européenne –, la Cour s’est appuyée tout particulièrement sur la circonstance que le Tribunal avait méconnu un principe important pour le droit de l’Union (46). Dans certains de ces arrêts de réexamen, il a été mis en exergue, de surcroît, que le Tribunal s’était écarté d’une jurisprudence constante de la Cour (47) ou encore que la décision réexaminée était susceptible de constituer un précédent pour des affaires futures (48).
80. Ces critères, non exhaustifs (49), sont aisément transposables, mutatis mutandis, au contexte d’un réexamen dans le domaine préjudiciel au titre de l’article 256, paragraphe 3, troisième alinéa, TFUE. Appliqués à la présente affaire, ils permettent de conclure sans difficulté que l’arrêt sous réexamen porte atteinte à l’unité et, surtout, à la cohérence du droit de l’Union en matière de TVA.
81. En effet, ainsi qu’il a été exposé précédemment (50), le Tribunal s’est écarté d’une jurisprudence consolidée de la Cour, établie par l’arrêt Terra Baubedarf-Handel (51), puis confirmée dans les arrêts Senatex (52), A. (Exercice du droit à déduction) (53) et Aptiv Services Hungary (54).
82. Il est vrai que le développement de la jurisprudence en matière de TVA est désormais, en principe, confié au Tribunal (55) et que toute correction par la Cour dans le cadre d’une procédure de réexamen revêt forcément un caractère exceptionnel (56). La Cour ne saurait donc systématiquement substituer sa propre appréciation juridique d’un renvoi préjudiciel à celle du Tribunal. Cela nonobstant, le mécanisme de réexamen doit permettre à la Cour de rectifier occasionnellement une décision préjudicielle du Tribunal, en particulier lorsque celle-ci risque de créer une insécurité juridique ou d’établir une nouvelle ligne de jurisprudence non conforme aux principes fondamentaux régissant la matière concernée.
83. Tel est précisément le cas en l’espèce. En effet, l’erreur de droit commise par le Tribunal concerne le droit à déduction de la taxe payée en amont et touche ainsi au cœur du système commun de TVA. L’encadrement correct de ce droit à déduction est primordial, puisque ledit droit – une clef de voûte du système commun de TVA (57) – est l’expression de la neutralité de la TVA (58) qui constitue, à son tour, l’un des principes fondamentaux de la matière concernée (59).
84. Qui plus est, la coexistence de l’arrêt sous réexamen avec une jurisprudence consolidée de la Cour en sens contraire, que cette dernière a d’ailleurs encore confirmée postérieurement au prononcé de l’arrêt sous réexamen (60), serait susceptible de créer une insécurité juridique et de provoquer une confusion dans l’esprit des justiciables et des praticiens, d’autant plus que la solution proposée par le Tribunal suscite des interrogations majeures quant à sa praticabilité au quotidien (61).
85. Au vu de l’ensemble de ces considérations, nous estimons que l’arrêt sous réexamen porte atteinte à l’unité et à la cohérence du droit de l’Union, au sens de l’article 256, paragraphe 3, troisième alinéa, TFUE.
VI. Les conséquences pour la procédure préjudicielle pendante
86. L’arrêt sous réexamen étant entaché d’une erreur de droit importante qui porte atteinte à l’unité et à la cohérence du droit de l’Union, il convient de constater ce fait et de formuler, en outre, une nouvelle réponse à la question préjudicielle qui se substituerait à celle adoptée par le Tribunal (article 62 ter, second alinéa, dernière phrase, du statut).
87. Concrètement, et afin de dissiper tout doute qui pourrait encore subsister dans l’esprit des justiciables et praticiens, la nouvelle réponse à la question préjudicielle devrait également faire référence à l’article 179 de la directive TVA – qui a été omis par le Tribunal – et pourrait se diviser en deux parties :
– une première partie, plus générale, pourrait s’inspirer de l’arrêt Terra Baubedarf-Handel et préciser que le droit à déduction de la taxe payée en amont doit être exercé au titre de la période au cours de laquelle sont réunies, pour la première fois, les deux conditions requises, à savoir, d’une part, que la livraison des biens ou la prestation des services ait été effectuée et, d’autre part, que l’assujetti soit en possession de la facture y afférente ;
– une seconde partie, plus spécifique, pourrait reprendre la réponse formulée par le Tribunal dans l’arrêt sous réexamen, tout en y apposant une négation, en ce sens que les dispositions et principes en question ne s’opposent pas à une réglementation nationale telle que la règlementation polonaise, en cause dans la procédure au principal.
VII. Conclusion
88. Eu égard à l’ensemble des considérations qui précèdent, nous proposons à la Cour de statuer comme suit :
1) L’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 11 février 2026, Dyrektor Krajowej Informacji Skarbowej (T‑689/24, EU:T:2026:113), porte atteinte à l’unité et à la cohérence du droit de l’Union.
2) L’article 167, l’article 168, sous a), l’article 178, sous a), et l’article 179, premier alinéa, de la directive 2006/112/CE du Conseil, du 28 novembre 2006, relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée (TVA), telle que modifiée par la directive 2010/45/UE du Conseil, du 13 juillet 2010, ainsi que le principe de neutralité de la taxe sur la valeur ajoutée et le principe de proportionnalité
doivent être interprétés en ce sens que :
a) le droit à déduction de la taxe payée en amont doit être exercé au titre de la période au cours de laquelle sont réunies, pour la première fois, les deux conditions requises, à savoir que la livraison des biens ou la prestation des services ait été effectuée et que l’assujetti soit en possession de la facture y afférente ;
b) ces dispositions et principes ne s’opposent pas à une réglementation nationale dont il résulte que l’assujetti ne peut pas exercer son droit à déduction de la taxe acquittée en amont, dans une déclaration déposée au titre de la période pour laquelle il a satisfait aux conditions de fond relatives à l’exercice de ce droit, s’il n’a pas reçu la facture correspondante au cours de cette période, et ce quand bien même il l’aurait reçue avant de déposer cette déclaration.
1 Langue originale : le français.
2 La première de ces affaires de réexamen est l’affaire D (Décision relative à la gestion du trafic aérien, C‑108/26 RX) dans laquelle M. l’avocat général Norkus présente ses conclusions également ce jour.
3 Arrêt du 11 février 2026 (T‑689/24, EU:T:2026:113).
4 Directive du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée, (JO 2006, L 347, p. 1), telle que modifiée par la directive 2010/45/UE du Conseil, du 13 juillet 2010 (JO 2010, L 189, p. 1).
5 Arrêt du 29 avril 2004 (C‑152/02, EU:C:2004:268).
6 Arrêt du 12 mars 2026 (C‑521/24, EU:C:2026:191).
7 Arrêt du 11 février 2026, Dyrektor Krajowej Informacji Skarbowej (T‑689/24, EU:T:2026:113, point 47 et dispositif).
8 Décision du 26 mars 2026, Dyrektor Krajowej Informacji Skarbowej (C‑167/26 RX, EU:C:2026:288).
9 Arrêt du 29 avril 2004 (C‑152/02, EU:C:2004:268).
10 Arrêt du 12 mars 2026 (C‑521/24, EU:C:2026:191).
11 Arrêts du 17 décembre 2009, Réexamen M/EMEA (C‑197/09 RX‑II, EU:C:2009:804), du 28 février 2013, Réexamen Arango Jaramillo e.a./BEI (C‑334/12 RX‑II, EU:C:2013:134), du 19 septembre 2013, Réexamen Commission/Strack (C‑579/12 RX‑II, EU:C:2013:570), du 10 septembre 2015, Réexamen Missir Mamachi di Lusignano/Commission (C‑417/14 RX‑II, EU:C:2015:588), et du 26 mars 2020, Réexamen Simpson/Conseil et HG/Commission (C‑542/18 RX‑II et C‑543/18 RX‑II, EU:C:2020:232).
12 Voir également arrêt du 25 mai 2023, Dyrektor Izby Administracji Skarbowej w Warszawie (TVA – Acquisition fictive) (C‑114/22, EU:C:2023:430, point 31).
13 Arrêt du 11 février 2026, Dyrektor Krajowej Informacji Skarbowej (T‑689/24, EU:T:2026:113, points 25 et 27).
14 Arrêt du 11 février 2026, Dyrektor Krajowej Informacji Skarbowej (T‑689/24, EU:T:2026:113, points 31 et 32).
15 Arrêt du 11 février 2026, Dyrektor Krajowej Informacji Skarbowej (T‑689/24, EU:T:2026:113, points 42, 47 et dispositif).
16 Arrêt du 29 avril 2004 (C‑152/02, EU:C:2004:268, points 34, 38 et dispositif).
17 Sixième directive du Conseil, du 17 mai 1977, en matière d’harmonisation des législations des États membres relatives aux taxes sur le chiffre d’affaires – Système commun de taxe sur la valeur ajoutée : assiette uniforme (JO 1977, L 145, p. 1) ; les dispositions pertinentes de cette directive ont été reprises, pour l’essentiel, par l’actuelle directive TVA.
18 Il est intéressant de relever que la solution opposée, défendue maintenant par le Tribunal dans l’arrêt sous réexamen, avait déjà été évoquée et discutée à l’époque de l’arrêt Terra Baubedarf-Handel (voir conclusions de l’avocate générale Stix-Hackl dans l’affaire Terra Baubedarf-Handel , C‑152/02, EU:C:2003:557, points 44, 45, 54 et 55), mais n’a visiblement pas été retenue par la Cour.
19 Arrêt du 29 avril 2004, Terra Baubedarf-Handel (C‑152/02, EU:C:2004:268, point 37).
20 Arrêt du 15 septembre 2016 (C‑518/14, EU:C:2016:691, point 35).
21 Arrêt du 18 mars 2021 (C‑895/19, EU:C:2021:216, point 40).
22 Arrêt du 12 mars 2026 (C‑521/24, EU:C:2026:191, points 56 et 58).
23 Arrêts du 27 mars 1980, Denkavit italiana (61/79, EU:C:1980:100, point 16), du 2 février 1988, Barra e.a. (309/85, EU:C:1988:42, point 11), et du 12 mars 2026, Magyar Telekom (C‑514/24, EU:C:2026:184, point 38).
24 Arrêt du 29 avril 2004 (C‑152/02, EU:C:2004:268, points 34, 38 et dispositif).
25 Arrêt du 11 février 2026, Dyrektor Krajowej Informacji Skarbowej (T‑689/24, EU:T:2026:113, point 35).
26 La lecture qu’a fait le Tribunal de l’arrêt Terra Baubedarf-Handel a sans doute été faussée par une imprécision terminologique contenue dans l’arrêt du 15 septembre 2016, Senatex (C‑518/14, EU:C:2016:691, point 39), qui affirme – à tort, selon nous – que l’affaire ayant donné lieu à l’arrêt Terra Baubedarf-Handel « concernait une entreprise qui ne disposait pas de facture au moment où elle a exercé le droit à déduction » (c’est nous qui soulignons). En réalité, l’affaire Terra Baubedarf-Handel concernait une entreprise qui disposait, certes, d’une facture au moment où elle a exercé son droit à déduction de la taxe payée en amont, mais n’avait pas disposé d’une telle facture pendant la période imposable antérieure au titre de laquelle elle souhaitait exercer ce droit à déduction.
27 Arrêt du 29 avril 2004, Terra Baubedarf-Handel (C‑152/02, EU:C:2004:268, point 9).
28 Dans l’arrêt sous réexamen, le Tribunal se réfère, notamment, aux arrêts du 26 avril 2018, Zabrus Siret (C‑81/17, EU:C:2018:283), du 14 octobre 2021, Finanzamt N et Finanzamt G (Communication de l’affectation) (C‑45/20 et C‑46/20, EU:C:2021:852), et du 16 février 2023, DGRFP Cluj (C 519/21, EU:C:2023:106) ; par ailleurs, le Tribunal cite, au soutien plus global de son raisonnement, les arrêts du 21 mars 2018, Volkswagen (C‑533/16, EU:C:2018:204), du 18 mars 2021, A. (Exercice du droit à déduction) (C‑895/19, EU:C:2021:216), et du 21 octobre 2021, Wilo Salmson France (C‑80/20, EU:C:2021:870).
29 Arrêt du 11 février 2026, Dyrektor Krajowej Informacji Skarbowej (T‑689/24, EU:T:2026:113, points 30 à 34).
30 Arrêt du 11 février 2026, Dyrektor Krajowej Informacji Skarbowej (T‑689/24, EU:T:2026:113, point 31).
31 Arrêt du 11 février 2026, Dyrektor Krajowej Informacji Skarbowej (T‑689/24, EU:T:2026:113, point 32).
32 Arrêt du 29 avril 2004 (C‑152/02, EU:C:2004:268, points 34, 38 et dispositif).
33 Arrêt du 15 septembre 2016 (C‑518/14, EU:C:2016:691, point 35).
34 Arrêt du 18 mars 2021 (C‑895/19, EU:C:2021:216, point 40).
35 Arrêt du 12 mars 2026 (C‑521/24, EU:C:2026:191, points 56 et 58).
36 Arrêt du 11 février 2026, Dyrektor Krajowej Informacji Skarbowej (T‑689/24, EU:T:2026:113, points 37 et 38).
37 Arrêt du 29 avril 2004 (C‑152/02, EU:C:2004:268, point 35, seconde phrase).
38 Arrêt du 15 septembre 2016, Senatex (C‑518/14, EU:C:2016:691, notamment point 43 et dispositif).
39 Arrêt du 11 février 2026, Dyrektor Krajowej Informacji Skarbowej (T‑689/24, EU:T:2026:113, point 41).
40 Arrêt du 29 avril 2004 (C‑152/02, EU:C:2004:268, points 34, 38 et dispositif).
41 Point 43 des présentes conclusions.
42 Voir, à ce sujet, arrêt du 18 mars 2021, A. (Exercice du droit à déduction) (C‑895/19, EU:C:2021:216).
43 Ainsi, dans l’arrêt du 19 septembre 2013, Réexamen Commission/Strack (C‑579/12 RX‑II, EU:C:2013:570, point 58), la Cour constate, en substance, que le Tribunal a porté atteinte à la cohérence du droit de l’Union en s’écartant de la jurisprudence de la Cour.
44 Arrêts du 17 décembre 2009, Réexamen M/EMEA (C‑197/09 RX‑II, EU:C:2009:804), du 28 février 2013, Réexamen Arango Jaramillo e.a./BEI (C‑334/12 RX‑II, EU:C:2013:134), du 19 septembre 2013, Réexamen Commission/Strack (C‑579/12 RX‑II, EU:C:2013:570), du 10 septembre 2015, Réexamen Missir Mamachi di Lusignano/Commission (C‑417/14 RX‑II, EU:C:2015:588), et du 26 mars 2020, Réexamen Simpson/Conseil et HG/Commission (C‑542/18 RX‑II et C‑543/18 RX‑II, EU:C:2020:232).
45 Voir déjà, en ce sens, notre prise de position du 11 juin 2013 dans l’affaire Réexamen Commission/Strack (C‑579/12 RX-II, EU:C:2013:573, points 22 et 23), quoique dans un contexte quelque peu différent.
46 Arrêts du 17 décembre 2009, Réexamen M/EMEA (C‑197/09 RX‑II, EU:C:2009:804, point 65), du 28 février 2013, Réexamen Arango Jaramillo e.a./BEI (C‑334/12 RX‑II, EU:C:2013:134, point 53), du 19 septembre 2013, Réexamen Commission/Strack (C‑579/12 RX‑II, EU:C:2013:570, point 58), du 10 septembre 2015, Réexamen Missir Mamachi di Lusignano/Commission (C‑417/14 RX‑II, EU:C:2015:588, point 57), et du 26 mars 2020, Réexamen Simpson/Conseil et HG/Commission (C‑542/18 RX‑II et C‑543/18 RX‑II, EU:C:2020:232 points 57, 71 et 86).
47 Arrêts du 17 décembre 2009, Réexamen M/EMEA (C‑197/09 RX‑II, EU:C:2009:804, point 63), et du 28 février 2013, Réexamen Arango Jaramillo e.a./BEI (C‑334/12 RX‑II, EU:C:2013:134, point 51).
48 Arrêts du 17 décembre 2009, Réexamen M/EMEA (C‑197/09 RX‑II, EU:C:2009:804, point 62), du 28 février 2013, Réexamen Arango Jaramillo e.a./BEI (C‑334/12 RX‑II, EU:C:2013:134, point 50), et du 26 mars 2020, Réexamen Simpson/Conseil et HG/Commission (C‑542/18 RX‑II et C‑543/18 RX‑II, EU:C:2020:232, point 85).
49 Voir, en ce sens, la prise de position de M. l’avocat général Mengozzi du 21 novembre 2012 dans l’affaire Réexamen Arango Jaramillo e.a./BEI (C‑334/12 RX‑II, EU:C:2012:733, point 70), ainsi que notre prise de position du 11 juin 2013 dans l’affaire Réexamen Commission/Strack (C‑579/12 RX-II, EU:C:2013:573, point 59).
50 Voir ci-dessus, points 43 et seq. des présentes conclusions.
51 Arrêt du 29 avril 2004 (C‑152/02, EU:C:2004:268, points 34, 38 et dispositif).
52 Arrêt du 15 septembre 2016(C‑518/14, EU:C:2016:691, point 35).
53 Arrêt du 18 mars 2021 (C‑895/19, EU:C:2021:216, point 40).
54 Arrêt du 12 mars 2026 (C‑521/24, EU:C:2026:191, points 56 et 58).
55 Voir, par analogie, décision du 8 février 2011, Réexamen Commission/Petrilli (C‑17/11 RX, EU:C:2011:55, point 4).
56 Voir le libellé même de l’article 256, paragraphe 3, troisième alinéa, TFUE : « exceptionnellement ».
57 Voir, en ce sens, arrêts du 6 juillet 1995, BP Soupergaz (C‑62/93, EU:C:1995:223, point 18), du 10 février 2022, Grundstücksgemeinschaft Kollaustraße 136(C‑9/20, EU:C:2022:88, point 47), et du 12 septembre 2024, NARE-BG(C‑429/23, EU:C:2024:742, point 45).
58 Arrêts du 21 septembre 1988, Commission/France (50/87, EU:C:1988:429, point 15), du 15 septembre 2016, Senatex (C‑518/14, EU:C:2016:691, point 27), du 18 mars 2021, A. (Exercice du droit à déduction) (C‑895/19, EU:C:2021:216, points 33), et du 12 mars 2026, Aptiv Services Hungary (C‑521/24, EU:C:2026:191, point 48).
59 Arrêts du 19 septembre 2000, Schmeink & Cofreth et Strobel (C‑454/98, EU:C:2000:469, point 59, seconde phrase), du 12 mars 2026, Aptiv Services Hungary (C‑521/24, EU:C:2026:191, point 61), et du 12 mars 2026, Harry et Associés (C‑527/24, EU:C:2026:192, point 44).
60 Arrêt du 12 mars 2026, Aptiv Services Hungary (C‑521/24, EU:C:2026:191, points 56 et 58).
61 Voir, à ce sujet, les explications ci-dessus (notamment aux points 64 à 66 des présentes conclusions).