| CELEX | 62026CJ0182_RES |
| Type | Jurisprudence CJUE |
| Date | jeudi 25 juin 2026 |
Affaire C‑182/26 PPU [Hardeker] (i)
DL
contre
Minister van Asiel en Migratie
Arrêt de la Cour (quatrième chambre) du 25 juin 2026
« Renvoi préjudiciel – Procédure préjudicielle d’urgence – Politique d’immigration – Retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier dans un État membre – Directive 2008/115/CE – Article 3, point 3 – Pays de destination – Article 5 – Principe de non-refoulement – Article 15 – Placement en rétention à des fins d’éloignement – Contrôle du respect des conditions de légalité – Moment de l’examen du respect du principe de non-refoulement – Décision de retour indiquant plusieurs pays de destination potentiels – Mesure de rétention – Détermination du pays de destination – Manque de coopération du ressortissant de pays tiers en séjour irrégulier – Article 6, article 19, paragraphe 2, et article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne »
1. Contrôles aux frontières, asile et immigration – Politique d’immigration – Retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier – Directive 2008/115 – Rétention à des fins d’éloignement en exécution d’une décision de retour définitive – Contrôle juridictionnel des conditions de légalité de la rétention – Portée – Obligation pour l’autorité judiciaire d’examiner la prise en compte du principe de non-refoulement lors de l’adoption de cette décision de retour – Absence
(Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 6, 18, 19, § 2, et 47 ; directive du Parlement européen et du Conseil 2008/115, art. 3, point 3, 5 et 15)
(voir points 48-64, 102 et disp.)
2. Contrôles aux frontières, asile et immigration – Politique d’immigration – Retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier – Directive 2008/115 – Rétention à des fins d’éloignement en exécution d’une décision de retour définitive – Contrôle juridictionnel des conditions de légalité de la rétention – Portée – Obligation pour l’autorité judiciaire d’examiner, de manière autonome et le cas échéant d’office, la légalité du placement en rétention au regard du principe de non-refoulement
[Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 4, 6, 19, § 2, et 47 ; directive du Parlement européen et du Conseil 2008/115, art. 3, point 3, 5, 9, § 1, a), et 15]
(voir points 65-76, 98-102 et disp.)
3. Contrôles aux frontières, asile et immigration – Politique d’immigration – Retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier – Directive 2008/115 – Décision de retour indiquant plusieurs pays de destination potentiels en raison du manque de coopération d’un ressortissant concerné – Admissibilité – Conditions
(Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, art. 4 et 19, § 2 ; directive du Parlement européen et du Conseil 2008/115, art. 3, point 3, 5, 6, 8, § 3, 12, § 1, 1er al., et 15, § 1)
(voir points 77-97)
Résumé
Saisie à titre préjudiciel dans le cadre d’une procédure d’urgence par le rechtbank Den Haag, zittingsplaats Haarlem (tribunal de La Haye, siégeant à Haarlem, Pays-Bas), la Cour se prononce sur la portée de l’obligation de vérifier le respect du principe de non-refoulement, découlant notamment de l’article 5 de la directive 2008/115 (1), qui incombe à l’autorité judiciaire chargée de contrôler la mesure de rétention d’un ressortissant de pays tiers en séjour irrégulier lorsque la décision de retour désigne plusieurs pays de destination potentiels.
Le 3 février 2026, après le retrait de sa demande d’asile, DL, ressortissant d’un pays tiers dont la nationalité et l’origine n’étaient pas établies, a fait l’objet d’une décision de retour dans laquelle le ministre compétent a désigné trois pays de destination potentiels, à savoir le Maroc, l’Algérie et la Libye, choisis sur la base des informations communiquées par DL. Aucun recours n’a été formé contre cette décision.
Le même jour, DL a été placé en rétention afin de préparer son retour et de procéder à son éloignement vers l’un des pays désignés, en exécution de la décision de retour.
DL a formé un recours contre son placement en rétention devant la juridiction de renvoi, invoquant notamment le fait que le ministre n’aurait pas examiné le respect du principe de non-refoulement lors de l’adoption de la décision de retour ni lors du placement en rétention. Se demandant si, et dans quelle mesure, le principe de non-refoulement doit être examiné lorsqu’une décision de retour devenue définitive mentionne plusieurs pays de destination potentiels, et si le manque de coopération du ressortissant concerné en vue de déterminer le pays vers lequel il doit être éloigné a une incidence sur la portée d’une telle obligation, cette juridiction a saisi la Cour à titre préjudiciel.
Appréciation de la Cour
La Cour constate d’abord que l’article 3, point 3, l’article 5 et l’article 15 de la directive 2008/115, lus en combinaison avec l’article 6, l’article 19, paragraphe 2, et l’article 47 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne (ci-après la « Charte »), n’exigent pas qu’une autorité judiciaire appelée à contrôler la légalité de la mesure de rétention d’un ressortissant d’un pays tiers en séjour irrégulier, en vue de son éloignement en exécution d’une décision de retour, examine d’office, pour ce faire, si le principe de non-refoulement a été pris en compte lors de l’adoption de cette décision de retour, même si celle-ci n’a pas fait l’objet d’un contrôle juridictionnel et est ainsi devenue définitive. En effet, la directive 2008/115 opère une distinction entre, d’une part, l’adoption et le contrôle juridictionnel de la décision de retour et, d’autre part, le placement en rétention, qui sont régis par deux chapitres différents et des conditions d’adoption distinctes. Par conséquent, cette directive ne prévoit pas que le contrôle de la légalité de la mesure de rétention par l’autorité judiciaire compétente porte également sur la légalité de la décision de retour.
Néanmoins, la Cour rappelle que, lorsqu’une autorité judiciaire statue sur la légalité d’une mesure de rétention, elle doit, le cas échéant d’office, s’assurer que le principe de non-refoulement ne s’oppose pas à l’éloignement envisagé. Cette appréciation, autonome et distincte de celle réalisée par l’autorité administrative, doit être effectuée ex nunc, sur la base de l’ensemble des éléments disponibles, y compris ceux qui n’étaient pas accessibles à cette autorité administrative. Ainsi, l’autorité judiciaire ne doit pas se limiter à vérifier que ladite autorité administrative a respecté son obligation d’appréciation au regard de ce principe, mais doit elle-même déterminer, à la lumière des informations fiables disponibles, si l’exécution de la décision de retour exposerait l’intéressé à un risque réel de traitements contraires à l’article 19, paragraphe 2, de la Charte, lu en combinaison avec l’article 4 de celle-ci.
En outre, à l’issue d’une interprétation littérale, contextuelle et téléologique, la Cour conclut que la directive 2008/115 ne s’oppose pas à ce que plusieurs pays de destination potentiels soient mentionnés dans une décision de retour, dans une situation où le manque de coopération du ressortissant d’un pays tiers en séjour irrégulier rend difficile, voire impossible, la détermination du pays de destination vers lequel il devrait être éloigné. L’article 12, paragraphe 1, premier alinéa, de cette directive impose toutefois que la mention de chaque pays soit accompagnée de motifs de fait et de droit y afférents, tirés des déclarations du ressortissant concerné ou d’autres preuves disponibles et susceptibles d’être soumis à un contrôle juridictionnel.
La Cour rappelle également que, avant l’exécution de la décision de retour indiquant plusieurs pays de destination, l’autorité nationale compétente doit procéder à une évaluation actualisée des risques encourus par le ressortissant d’un pays tiers d’être exposé à des traitements prohibés par l’article 4 et l’article 19, paragraphe 2, de la Charte. Cette évaluation, distincte de celle réalisée lors de l’adoption de cette décision de retour, doit permettre de s’assurer que l’éloignement envisagé est conforme aux conditions légales requises, et notamment aux exigences fixées à l’article 5 de la directive 2008/115. En outre, la légalité du placement en rétention repose sur l’existence d’une perspective raisonnable d’éloignement vers au moins un des pays mentionnés dans la décision de retour. Dès lors, si, à l’issue de son examen, l’autorité judiciaire conclut qu’aucun des pays mentionnés dans la décision de retour ne permet un éloignement conforme au principe de non-refoulement, elle est tenue, en vertu de l’article 15, paragraphe 2, quatrième alinéa, et du paragraphe 4 de la même directive, de remettre le ressortissant concerné en liberté.
Enfin, la Cour précise que, dans une telle situation, l’appréciation de l’autorité judiciaire doit se fonder sur les informations fiables disponibles au moment de son examen concernant l’intéressé et la situation dans les pays de destination mentionnés par la décision de retour. En l’absence d’informations détaillées, son appréciation sera nécessairement générale.
i Le nom de la présente affaire est un nom fictif. Il ne correspond au nom réel d’aucune partie à la procédure.
1 Directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil, du 16 décembre 2008, relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier (JO 2008, L 348, p. 98).
Ordonnance du président du Tribunal du 4 août 2026.#Christoph Klein contre Commission européenne.#Référé – Clause de sauvegarde – Dispositif médical – Demande de sursis à exécution – Demande de mesures provisoires – Défaut d’urgence.#Affaire T-267/26 R.
04/08/2026
Ordonnance du président du Tribunal du 3 août 2026.#Broadcom Inc. et VMware International Unlimited Company contre Commission européenne.#Référé – Concurrence – Article 18, paragraphe 3, du règlement (CE) no 1/2003 – Demande de renseignements – Demande de sursis à exécution et de mesures provisoires – Non-lieu à statuer partiel – Défaut de fumus boni juris – Mise en balance des intérêts.#Affaire T-280/26 R.
03/08/2026
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Ordonnance du président du Tribunal du 22 juillet 2026.#Marek Lovás contre Parquet européen.#Référé – Rejet du recours principal – Non-lieu à statuer.#Affaire T-272/26 R.
22/07/2026