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AccueilDroit européen62026TO0335
Jurisprudence CJUE62026TO0335

Ordonnance du président du Tribunal du 20 juillet 2026.#Goldwind Science & Technology Co. Ltd contre Commission européenne.#Référé – Règlement (UE) 2022/2560 – Subventions étrangères – Demande de renseignements – Demande de sursis à exécution – Défaut d’urgence.#Affaire T-335/26 R.

CELEX62026TO0335
TypeJurisprudence CJUE
Datelundi 20 juillet 2026

Texte intégral

DOCUMENT DE TRAVAIL

ORDONNANCE DU PRÉSIDENT DU TRIBUNAL

20 juillet 2026 (*)

« Référé – Règlement (UE) 2022/2560 – Subventions étrangères – Demande de renseignements – Demande de sursis à exécution – Défaut d’urgence »

Dans l’affaire T‑335/26 R,

Goldwind Science & Technology Co. Ltd, établie à Pékin (Chine), représentée par Mes S. Corrijn, N. Gràcia Malfeito, I. Lunneryd, B. Meyring et T. Reyntjens, avocats,

partie requérante,

contre

Commission européenne, représentée par MM. M. Abenhaïm, M. Farley et C. Faroghi, en qualité d’agents,

partie défenderesse,

LE PRÉSIDENT DU TRIBUNAL

rend la présente

Ordonnance

1 Par sa demande fondée sur les articles 278 et 279 TFUE, la requérante, Goldwind Science & Technology Co. Ltd, sollicite le sursis à l’exécution de la décision de la Commission européenne, du 20 mars 2026, concernant une demande de renseignements adoptée sur le fondement de l’article 13, paragraphe 2, du règlement (UE) 2022/2560 du Parlement européen et du Conseil (affaire FS.100143 – Goldwind) (ci‑après la « décision attaquée »).

Antécédents du litige et conclusions des parties

2 La requérante est une société constituée conformément au droit de la République populaire de Chine. Avec ses filiales, elle constitue le groupe Goldwind, qui est notamment actif dans la fabrication et la commercialisation d’éoliennes. Ce groupe était composé de 822 puis de 792 entités, selon les comptes annuels du groupe Goldwind pour les années 2023 et 2024.

3 À la suite de l’entrée en vigueur du règlement (UE) 2022/2560 du Parlement européen et du Conseil du 14 décembre 2022 relatif aux subventions étrangères faussant le marché intérieur (JO 2022, L 330, p. 1), la Commission a été sollicitée par plusieurs acteurs du secteur éolien de l’Union européenne. Ces acteurs s’inquiétaient de l’existence potentielle de subventions étrangères faussant le marché intérieur de la fourniture d’éoliennes et de services connexes.

4 Après avoir estimé que ces informations indiquaient l’existence possible de subventions étrangères faussant le marché intérieur, la Commission a décidé, conformément à l’article 10, paragraphe 1, du règlement 2022/2560, d’obtenir les informations nécessaires pour évaluer, à titre préliminaire, si les contributions financières examinées constituaient des subventions étrangères et si elles faussaient le marché intérieur dans le secteur éolien (ci-après l’« examen préliminaire »).

5 À cet effet, la Commission a adressé, conformément à l’article 13, paragraphe 2, du règlement 2022/2560, plusieurs demandes de renseignements au groupe Goldwind, dont la demande de renseignements n° 1 du 9 avril 2024 et la demande de renseignements n° 33 du 22 mai 2025. En réponse, la requérante a sollicité plusieurs prolongations des délais fixés pour fournir les renseignements demandés et demandé à plusieurs reprises à ce que soit limitée la portée des questions figurant dans ces demandes de renseignements.

6 Ainsi, dans la demande de renseignements n° 1 du 9 avril 2024, la Commission a demandé au groupe Goldwind de fournir la liste des contributions financières octroyées par un pays tiers, au sens défini par l’article 3 du règlement 2022/2560 (ci-après les « contributions financières »), qui lui avaient été accordées entre juillet 2018 et avril 2024. Dans sa réponse du 14 juin 2024, le groupe Goldwind a demandé que le champ d’application de cette demande de renseignements soit limité aux « entités liées à l’UE » et que certaines contributions financières soient exclues.

7 À nouveau, dans la demande de renseignements n° 33 du 22 mai 2025, la Commission a demandé au groupe Goldwind de fournir la liste des contributions financières accordées entre juillet 2018 et mai 2025, en précisant que cette demande ne concernait pas certains types d’achats de biens ou de services ou certains montants. Dans sa réponse du 25 juillet 2025, le groupe Goldwind a demandé que le champ d’application de cette demande de renseignements soit limité à certaines entités, acceptant cette fois d’étendre ce champ au-delà des « entités liées à l’UE ».

8 La Commission a accordé plusieurs prolongations de délai. Elle indique également s’être efforcée, dans la mesure du possible, de répondre aux demandes du groupe Goldwind visant à revoir la portée de certaines questions. Cela a conduit le groupe Goldwind à fournir des informations, au cours de l’examen préliminaire, uniquement en ce qui concerne 98 de ses entités.

9 Le 3 février 2026, sur la base de l’examen préliminaire, la Commission a décidé d’adopter une décision afin d’ouvrir l’enquête approfondie conformément à l’article 10, paragraphe 3, du règlement 2022/2560 (ci-après la « décision d’ouvrir l’enquête approfondie »). Cette décision récapitule, dans ses sections 4 et 5, certains éléments de fait et de droit et inclut l’évaluation préliminaire de l’existence des subventions étrangères et des distorsions réelles ou potentielles dans le marché intérieur en considération des renseignements transmis par le groupe Goldwind.

10 Dans ce contexte, la Commission indique avoir identifié, à titre préliminaire, trois catégories de subventions étrangères relatives à des subventions proprement dites (« grants »), à des mesures fiscales et à des prêts.

11 Au point 42 de la décision d’ouvrir l’enquête approfondie, la Commission précise toutefois que, comme elle a accepté, aux fins de l’examen préliminaire, que l’étendue de la déclaration des contributions financières accordées au groupe Goldwind pouvait être temporairement limitée, comme demandé par Goldwind, l’évaluation préliminaire effectuée dans cette décision reposait sur le contenu des renseignements transmis par cette entreprise, lesquels concernaient seulement 98 entités du groupe Goldwind. La Commission indique alors que, « [d]ans le cadre de l’enquête approfondie, [elle] pourra exiger de Goldwind qu’elle divulgue d’autres contributions financières provenant de l’étranger, y compris celles accordées à d’autres entités du groupe Goldwind ».

12 Le 20 mars 2026, la Commission a adopté la décision attaquée conformément à l’article 13, paragraphes 1 et 2, du règlement 2022/2560 afin d’obtenir du groupe Goldwind, représenté par la requérante, les renseignements nécessaires pour permettre à la Commission d’accomplir les tâches qui lui sont assignées par le règlement 2022/2560.

13 Par requête déposée au greffe du Tribunal le 29 mai 2026, la requérante a introduit un recours tendant à l’annulation de la décision attaquée.

14 Par acte séparé déposé au greffe du Tribunal le même jour, la requérante a introduit la présente demande en référé, dans laquelle elle conclut à ce qu’il plaise au président du Tribunal :

– ordonner le sursis à l’exécution de la décision attaquée ;

– à titre subsidiaire, ordonner le sursis à l’exécution de la décision attaquée dans la mesure où elle exige que la requérante fournisse des renseignements en réponse aux questions nos 10.2 à 10.6, 11.1, 11.3, 11.6, 12, 13 et 15 à 20 de cette demande de renseignements qui dépasse la portée de la décision d’ouvrir l’enquête approfondie ;

– condamner la Commission aux dépens.

15 Dans ses observations sur la demande en référé, déposées au greffe du Tribunal le 17 juin 2026, la Commission conclut à ce qu’il plaise au président du Tribunal :

– rejeter la demande en référé ;

– réserver les dépens.

En droit

Considérations générales

16 Il ressort d’une lecture combinée des articles 278 et 279 TFUE, d’une part, et de l’article 256, paragraphe 1, TFUE, d’autre part, que le juge des référés peut, s’il estime que les circonstances l’exigent, ordonner le sursis à l’exécution d’un acte attaqué devant le Tribunal ou prescrire les mesures provisoires nécessaires, et ce, en application de l’article 156 du règlement de procédure du Tribunal. Néanmoins, l’article 278 TFUE pose le principe du caractère non suspensif des recours, les actes adoptés par les institutions de l’Union bénéficiant d’une présomption de légalité. Ce n’est donc qu’à titre exceptionnel que le juge des référés peut ordonner le sursis à l’exécution d’un acte attaqué devant le Tribunal ou prescrire des mesures provisoires (voir ordonnance du 19 juillet 2016, Belgique/Commission, T‑131/16 R, EU:T:2016:427, point 12 et jurisprudence citée).

17 L’article 156, paragraphe 4, première phrase, du règlement de procédure dispose que les demandes en référé doivent spécifier « l’objet du litige, les circonstances établissant l’urgence ainsi que les moyens de fait et de droit justifiant à première vue l’octroi de la mesure provisoire à laquelle elles concluent ».

18 Ainsi, le sursis à exécution et les autres mesures provisoires peuvent être accordés par le juge des référés s’il est établi que leur octroi est justifié à première vue en fait et en droit (fumus boni juris) et qu’ils sont urgents, en ce sens qu’il est nécessaire, pour éviter un préjudice grave et irréparable aux intérêts de la partie qui les sollicite, qu’ils soient édictés et produisent leurs effets avant la décision dans l’affaire principale. Ces conditions sont cumulatives, de telle sorte que les demandes de mesures provisoires doivent être rejetées dès lors que l’une d’elles fait défaut. Le juge des référés procède également, le cas échéant, à la mise en balance des intérêts en présence (voir ordonnance du 2 mars 2016, Evonik Degussa/Commission, C‑162/15 P‑R, EU:C:2016:142, point 21 et jurisprudence citée).

19 Dans le cadre de cet examen d’ensemble, le juge des référés dispose d’un large pouvoir d’appréciation et reste libre de déterminer, au regard des particularités de l’espèce, la manière dont ces différentes conditions doivent être vérifiées ainsi que l’ordre de cet examen, dès lors qu’aucune règle de droit ne lui impose un schéma d’analyse préétabli pour apprécier la nécessité de statuer provisoirement [voir ordonnance du 19 juillet 2012, Akhras/Conseil, C‑110/12 P(R), non publiée, EU:C:2012:507, point 23 et jurisprudence citée].

20 Compte tenu des éléments du dossier, le président du Tribunal estime qu’il dispose de tous les éléments nécessaires pour statuer sur la présente demande en référé, sans qu’il soit utile d’entendre, au préalable, les parties en leurs explications orales.

21 Dans les circonstances du cas d’espèce, il convient d’examiner d’abord si la condition relative à l’urgence est remplie.

Sur la condition relative à l’urgence

22 Afin de vérifier si les mesures provisoires demandées sont urgentes, il convient de rappeler que la finalité de la procédure de référé est de garantir la pleine efficacité de la future décision définitive, afin d’éviter une lacune dans la protection juridique assurée par le juge de l’Union. Pour atteindre cet objectif, l’urgence doit, de manière générale, s’apprécier au regard de la nécessité qu’il y a de statuer provisoirement afin d’éviter qu’un préjudice grave et irréparable ne soit occasionné à la partie qui sollicite la protection provisoire. Il appartient à cette partie d’apporter la preuve qu’elle ne saurait attendre l’issue de la procédure relative au recours au fond sans subir un préjudice grave et irréparable (voir ordonnance du 14 janvier 2016, AGC Glass Europe e.a./Commission, C‑517/15 P‑R, EU:C:2016:21, point 27 et jurisprudence citée).

23 En outre, selon une jurisprudence bien établie, il n’y a urgence que si le préjudice grave et irréparable redouté par la partie qui sollicite les mesures provisoires est imminent à tel point que sa réalisation est prévisible avec un degré de probabilité suffisant. Cette partie demeure, en tout état de cause, tenue de prouver les faits qui sont censés fonder la perspective d’un tel préjudice, étant entendu qu’un préjudice de nature purement hypothétique, en ce qu’il est fondé sur la survenance d’événements futurs et incertains, ne saurait justifier l’octroi de mesures provisoires (voir ordonnance du 16 février 2017, Gollnisch/Parlement, T‑624/16 R, non publiée, EU:T:2017:94, point 25 et jurisprudence citée).

24 C’est à la lumière de ces critères qu’il convient d’examiner si la requérante parvient à démontrer l’urgence.

25 Aux fins de démontrer l’urgence, la requérante fait valoir que le fait de devoir se conformer à la décision attaquée en attendant l’issue du recours en annulation causerait deux types de préjudices graves et irréparables résultant, d’une part, de la prolongation significative de l’enquête, et, d’autre part, d’une atteinte grave et irréversible à ses droits de la défense.

26 La Commission conteste cette argumentation.

27 En ce qui concerne le premier type de préjudice invoqué, la requérante soutient, en substance, que le fait de devoir répondre aux questions posées dans la décision attaquée, lesquelles excéderaient la portée de la décision d’ouvrir l’enquête approfondie, aurait forcément une incidence sur la durée de la procédure et impliquerait nécessairement que le délai de 18 mois prévu à l’article 11, paragraphe 5, du règlement 2022/2560 ne puisse plus être respecté. En raison de l’incertitude que ferait planer l’enquête sur ses activités, la requérante fait valoir que plus l’enquête durerait, plus le préjudice commercial et réputationnel qu’elle allègue subir de ce fait s’aggraverait.

28 À cet égard, premièrement, comme le fait valoir à juste titre la Commission, le délai de 18 mois auquel se réfère la requérante n’expire qu’en août 2027, c’est-à-dire qu’il reste encore plus d’un an avant qu’il ne prenne fin. À ce stade, la prolongation significative de la durée de l’enquête envisagée par la requérante est un évènement futur et incertain, de nature encore hypothétique.

29 Deuxièmement, la réponse à la question de savoir si la réalisation du préjudice invoqué est prévisible avec un degré de probabilité suffisant dépend non seulement du contenu de la demande de renseignements de la Commission ici en cause, mais aussi du comportement de la requérante elle-même.

30 Quant au contenu de la demande de renseignements, la requérante n’explique pas en quoi le fait de répondre à des questions qui, en substance, ont été posées au groupe Goldwind dès la demande de renseignements n° 1 du 9 avril 2024 et dont la Commission avait rappelé l’éventualité dans la décision d’ouvrir l’enquête approfondie, du 3 février 2026, serait en tant que tel susceptible de prolonger de manière significative l’enquête.

31 À cet égard, d’une part, la requérante ne saurait, en principe, se prévaloir de difficultés qui trouvent leur origine dans la façon dont ses activités sont organisées pour alléguer ne pas avoir à répondre à des questions posées par la Commission afin de déterminer si des contributions financières octroyées par un pays tiers lui confèrent un avantage au sein du marché intérieur. En effet, le fait d’exercer des activités dans le marché intérieur entraîne pour les entreprises concernées l’obligation de se conformer aux règles qui régissent son bon fonctionnement, ce qui inclut l’obligation de répondre aux demandes de renseignements prévues par l’article 13 du règlement 2022/2560.

32 D’autre part, il ressort des circonstances de l’espèce que la requérante a été informée de l’intention de la Commission de demander des informations relatives à d’autres contributions que les trois catégories de subventions identifiées dans la décision d’ouvrir l’enquête approfondie. Indépendamment de la question de savoir si une telle approche est légale ou non, ces indications permettaient à la requérante de comprendre que d’autres demandes de renseignements lui seraient adressées et, partant, de se préparer à y répondre.

33 Le comportement de la requérante s’avère également de nature à affecter la durée de l’enquête, dans la mesure où, depuis la demande de renseignements n° 1 du 9 avril 2024 et à nouveau en réponse à la demande de renseignements qui fait l’objet de la décision attaquée, la requérante a demandé et obtenu à plusieurs reprises à pouvoir bénéficier de prolongations du délai de réponse ou de limitations de la portée de certaines questions.

34 Troisièmement, la requérante semble considérer que le délai de 18 mois qu’elle invoque est de nature impérative, alors qu’il ne s’agit que d’un délai indicatif que la Commission s’efforce de satisfaire dans la mesure du possible.

35 En tout état de cause, il n’est pas aisé de comprendre quel préjudice concret le dépassement d’un tel délai indicatif de 18 mois pourrait causer à la requérante.

36 Tout d’abord, la question de savoir si la décision finale n’est pas intervenue dans un délai raisonnable devrait trouver sa réponse dans le recours que la requérante pourra introduire contre la décision défavorable que la Commission serait susceptible de lui adresser à l’issue de l’enquête.

37 Ensuite, à supposer que la requérante allègue que la durée de l’enquête porte atteinte à sa réputation, il est de jurisprudence constante que, si une telle atteinte existe, l’arrêt d’annulation qui s’ensuivra permettra en principe de lui donner satisfaction (voir ordonnance du 15 octobre 2010, Nexans France/Entreprise commune Fusion for Energy, T‑415/10 R, non publiée, EU:T:2010:436, point 44 et jurisprudence citée).

38 En outre, quant à l’allégation selon laquelle la prolongation significative de l’enquête affecterait les activités commerciales de la requérante, il y a lieu de considérer que les deux exemples présentés à cet égard ne sauraient suffire. En effet, à eux seuls, ces deux exemples ne permettent pas d’établir l’existence d’une situation d’urgence, dans la mesure où ils ne portent que sur un nombre très limité de projets, qu’ils font état de difficultés qui ne sont pas rattachées en tant que telles à la décision attaquée, mais plus largement à l’existence d’une enquête en cours visant le groupe Goldwind, et qu’il est difficile de comprendre à quel titre le préjudice allégué pour ces projets est intervenu ou seulement envisageable. La requérante ne peut se contenter d’alléguer l’existence d’un préjudice grave et irréparable sans fournir d’éléments probants à même d’en établir la réalité pour ce qui concerne l’étendue de ses activités.

39 Enfin, il est difficile de déterminer à quel titre surseoir à l’exécution de la décision attaquée ou d’une partie de celle-ci comme cela est demandé par la requérante pourrait contribuer à lever l’incertitude quant à l’issue de l’enquête et à réduire le risque commercial et réputationnel invoqué. Au contraire, une telle suspension pourrait avoir pour effet de prolonger la période d’incertitude.

40 Par conséquent, le premier type de préjudice invoqué n’est pas suffisamment établi pour justifier une situation d’urgence permettant d’adopter une mesure provisoire au sens de la jurisprudence rappelée aux points 22 et 23 ci-dessus.

41 En ce qui concerne le second type de préjudice invoqué, la requérante fait valoir que le simple fait pour la Commission de recevoir les renseignements demandés porterait atteinte de manière irréversible à ses droits de la défense. Elle soutient à cet égard que la transmission de ces renseignements aurait des conséquences irréversibles qui ne pourraient pas être remédiées par l’annulation ultérieure de la décision attaquée. Par analogie avec la solution définie par la Cour dans l’arrêt du 18 juin 2015, Deutsche Bahn e.a./Commission (C‑583/13 P, EU:C:2015:404, point 58), les droits de la défense seraient gravement compromis si la Commission invoquait des preuves obtenues en réponse à une demande de renseignements qui seraient étrangères à l’objet de l’enquête. Aucun arrêt du Tribunal ne pourrait obliger la Commission à ignorer ce dont elle aurait pris connaissance.

42 À cet égard, à supposer que la Commission n’ait pas eu le droit de demander les renseignements et si, par voie de conséquence, la décision attaquée était annulée par le Tribunal, il ressort d’une jurisprudence constante que la Commission serait empêchée d’utiliser les renseignements qu’elle aurait obtenus en réponse à la décision attaquée dans le cadre d’une procédure relative aux subventions étrangères faussant le marché intérieur, sous peine de s’exposer au risque de voir sa décision annulée par le Tribunal dans la mesure où celle-ci serait fondée sur de tels renseignements. Par conséquent, si la décision attaquée devait être déclarée illégale, la Commission serait contrainte de retirer de son dossier les renseignements en question et se trouverait, ainsi, dans l’impossibilité de les utiliser comme éléments de preuve (voir, en ce sens, ordonnance du 29 janvier 2020, Silgan International et Silgan Closures/Commission, T‑808/19 R, non publiée, EU:T:2020:16, point 21 et jurisprudence citée).

43 Une telle solution n’est pas remise en cause par, mais au contraire parfaitement compatible avec, l’arrêt du 18 juin 2015, Deutsche Bahn e.a./Commission (C‑583/13 P, EU:C:2015:404), cité par la requérante, lequel confirme que les droits de la défense seraient gravement compromis s’il était possible pour la Commission d’invoquer des preuves illégalement obtenues dans le cadre d’une inspection pour fonder le constat d’une violation du droit de l’Union. En l’espèce, toutefois, la présente affaire se distingue de l’affaire ayant donné lieu à cet arrêt, dans la mesure où la question ne se pose pas ici de savoir si la Commission disposait, après une inspection caractérisée par certaines irrégularités, d’indices pertinents pour justifier une décision d’inspection. En effet, dans la présente affaire, la question qui se pose est plutôt de savoir s’il y a lieu pour la requérante de répondre à une demande de renseignements faite par la Commission qui s’insère, en toute transparence, dans un processus qui visait dès le départ à obtenir des renseignements concernant l’ensemble des entités et des contributions financières octroyées au groupe Goldwind afin de pouvoir déterminer si ces contributions lui confèrent un avantage au sein du marché intérieur.

44 Par conséquent, le second type de préjudice invoqué n’est pas suffisamment établi pour justifier une situation d’urgence permettant d’adopter une mesure provisoire au sens de la jurisprudence rappelée aux points 22 et 23 ci-dessus.

45 Il résulte de ce qui précède que la demande en référé doit être rejetée, à défaut pour la requérante d’avoir établi que la condition relative à l’urgence est remplie, sans qu’il soit nécessaire de se prononcer sur le fumus boni juris ou de procéder à la mise en balance des intérêts.

46 À la lumière de tout ce qui précède, il convient dès lors de rejeter la présente demande en référé.

47 En vertu de l’article 158, paragraphe 5, du règlement de procédure, il convient de réserver les dépens.

Par ces motifs,

LE PRÉSIDENT DU TRIBUNAL

ordonne :

1) La demande en référé est rejetée.

2) Les dépens sont réservés.

Fait à Luxembourg, le 20 juillet 2026.

Le greffier

Le président

V. Di Bucci

M. van der Woude


* Langue de procédure : l’anglais.

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