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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-19MA04953

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-19MA04953

mardi 20 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-19MA04953
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre-formation à 3
Avocat requérantMARCHI EVELYNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... C... a demandé au tribunal des pensions militaires d’invalidité de Marseille d’annuler la décision du 1er février 2018 par laquelle la ministre des armées a refusé de lui accorder une pension militaire d’invalidité au titre des infirmités de types « troubles de la miction sur prostate calcifiée», « troubles digestifs », « cicatrice d’appendicectomie » et « absence d’hernie inguinale droite ».

Par un jugement n° 18/00098 du 14 mars 2019, le tribunal des pensions militaires d’invalidité de Marseille a, d’une part, annulé la décision du 1er février 2018 en tant qu’elle refuse une pension militaire d’invalidité au titre de l’infirmité « cicatrice d’appendicectomie », a, d’autre part, fait droit à la demande de pension militaire d’invalidité présentée par M. C... à ce titre, à compter du 19 janvier 2010, suivant le taux d’invalidité de 10 %, et a enfin sursis à statuer sur le surplus de sa demande, pour la désignation d’un expert médical.

Procédure devant la Cour :

La cour régionale des pensions militaires d’Aix-en-Provence a transmis à la cour administrative d'appel de Marseille, en application du décret n° 2018-1291 du 28 décembre 2018 relatif au contentieux des pensions militaires d’invalidité, le recours présenté par la ministre des armées, enregistré au greffe de la cour régionale des pensions militaires d’Aix-en-Provence le 25 avril 2019.



Par ce recours, la ministre des armées demande à la Cour :

1°) d’annuler ce jugement du tribunal des pensions militaires d’invalidité de Marseille du 14 mars 2019 en ce qu’il a annulé sa décision du 1er février 2018 refusant à M. C... une pension militaire d’invalidité au titre de l’infirmité de type « cicatrice d’appendicectomie» et en ce qu’il a accordé à celui-ci un droit à l’indemnisation pour cette infirmité à compter du 19 janvier 2010, suivant le taux d’invalidité de 10 % ;

2°) de rejeter la demande de M. C....

La ministre soutient que :
- le jugement attaqué n’est pas suffisamment motivé au regard de l’exigence posée par les articles L. 151-6 et suivants du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre, faute de justifier l’évaluation à 10 % de l’infirmité ;
- en faisant droit à la demande, le tribunal a méconnu lesdites dispositions, la cicatrice alléguée, non ulcérée et dont le caractère douloureux à la marche n’est pas établi, ne justifiant pas l’attribution d’un taux de 10 %, compte tenu des indications du guide-barème et de l’avis du médecin chargé des pensions militaires d’invalidité.

Par décision du 29 août 2019, modifiée le 20 octobre 2022, le bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille a accordé à M. C... le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.

Par une lettre du 30 novembre 2021, la Cour a mis en demeure Me Marchi, désigné par le bureau d’aide juridictionnelle, de produire un mémoire au nom de M. C....

Par lettre du 10 février 2022, Me Marchi indique ne pas avoir reçu d’instruction de M. C... pour lequel elle n’intervient plus.

Par une décision du 20 octobre 2022, le bâtonnier de Marseille a désigné Me Badenes en lieu et place de Me Marchi pour défendre les intérêts de M. C....

Par une lettre du 4 novembre 2022, la Cour a invité Me Badenes à produire des observations dans les intérêts de M. C....

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. A...,
- et les conclusions de M. Angéniol, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

M. C... a demandé le 19 janvier 2010 le bénéfice d’une pension militaire d’invalidité, au titre de quatre infirmités, dont celle du type « séquelles de cicatrice d’appendicectomie ». Par décision du 1er février 2018, la ministre des armées a refusé de faire droit à cette demande, au motif que le taux d’invalidité correspondant à l’infirmité alléguée est inférieur à 10 %. Par jugement du 14 mars 2019, le tribunal des pensions militaires d’invalidité de Marseille a annulé cette décision en tant qu’elle rejette la demande de pension au titre des séquelles d’une cicatrice d’appendicectomie, a jugé que M. C... avait droit à une pension militaire d’invalidité pour cette infirmité, à compter du 19 janvier 2010, au taux de 10 % et, pour le surplus de sa demande, a sursis à statuer dans l’attente d’un rapport d’expertise portant sur les autres infirmités invoquées. La ministre des armées relève appel de ce jugement seulement en tant qu’il a fait partiellement droit à la demande de M. C....

Aux termes de l’article L. 2 du code des pensions militaires d’invalidité et des victimes de guerre, en vigueur au jour de la demande de pension de M. C... : « « Ouvrent droit à pension : / 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d’évènements de guerre ou d’accidents éprouvés par le fait ou à l’occasion du service ; / 2° Les infirmités résultant de maladies contractées par le fait ou à l’occasion du service ; (…) ». Aux termes de l’article L. 3 du même code : "Lorsqu’il n’est pas possible d’administrer ni la preuve que l’infirmité ou l’aggravation résulte d’une des causes prévues à l’article L. 2, ni la preuve contraire, la présomption d’imputabilité au service bénéficie à l’intéressé à condition : / 1° S’il s’agit d’une blessure, qu’elle ait été constatée avant le renvoi du militaire dans ses foyers ; / 2° S’il s’agit d’une maladie, qu’elle n’ait été constatée qu’après le quatre-vingt-dixième jour de service effectif et avant le trentième jour suivant le retour du militaire dans ses foyers ; / 3° En tout état de cause, que soit établie, médicalement, la filiation entre la blessure ou la maladie ayant fait l’objet de la constatation et l’infirmité invoquée (…) / La présomption définie au présent article s’applique exclusivement aux constatations faites, soit pendant le service accompli au cours de la guerre 1939-1945, soit au cours d’une expédition déclarée campagne de guerre, soit pendant le service accompli par les militaires pendant la durée légale compte tenu des délais prévus aux précédents alinéas (…)" ;

En outre, l’article L. 4 du même code, dans sa rédaction alors en vigueur, dispose que : « Les pensions sont établies d’après le degré d’invalidité. / Sont prises en considération les infirmités entraînant une invalidité égale ou supérieure à 10 p. cent. / Il est concédé une pension : / 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le degré d’invalidité qu’elles entraînent atteint ou dépasse 10 p. cent ; (...) / 3° Au titre d’infirmités résultant exclusivement de maladie, si le degré d’invalidité qu’elles entraînent atteint ou dépasse (...) 30 % en cas d’infirmité unique (...) ».

Il résulte de l’instruction que la demande de pension de M. C..., qui a accompli son service militaire dans l’armée de terre du 20 novembre 1959 au 7 septembre 1961, se fonde sur les séquelles d’une cicatrice d’intervention chirurgicale, ayant consisté en une appendicectomie pratiquée le 28 juillet 1960 afin de traiter une appendicite. Une feuille d’observations médicales renseignée le 13 février 1961 par l’hôpital militaire annexe de Constantine indique que la cicatrice abdominale, linéaire et oblique, de 13 cm de longueur, liée à cette opération chirurgicale, n’était pas douloureuse. S’il ressort de l’expertise médicale réalisée le 4 février 1980, pour l’instruction de la demande de pension de M. C... présentée le 6 mai 1979 et rejetée de manière définitive le 4 août 1980, que ce dernier se plaignait alors d’une gêne à la marche du fait de cette cicatrice, d’aspect pourtant souple et de bonne qualité, et qu’une telle gêne justifiait selon le médecin l’octroi d’un taux d’invalidité inférieur à 10 %, il est constant que M. C... a été opéré le 31 juillet 1971 d’une hernie inguinale à l’aine droite. En outre, le rapport d’expertise judiciaire rendu le 11 juillet 2019, à la suite du jugement attaqué, a exclu que la gêne fonctionnelle alléguée par M. C... puisse trouver une origine dans des complications de l’appendicectomie et n’est pas utilement contredit par l’avis rendu le 18 février 2014 par le médecin expert saisi de la demande de pension, selon lequel, sur les seules déclarations de l’intéressé, celui-ci se plaignait de douleurs à la marche et au port de charges en lien avec cette cicatrice, souple et claire et que cette gêne fonctionnelle appelait l’attribution d’un taux d’invalidité de 10 %. Dans ces conditions, aucun des éléments médicaux produits par M. C... n’étant de nature à mettre en évidence, de manière certaine, et non simplement hypothétique ou déclaratoire, une gêne fonctionnelle engendrée par la cicatrice d’appendicectomie, la ministre des armées est fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal des pensions lui a accordé un droit à pension au titre de cette infirmité. Il y a donc lieu d’annuler ce jugement, sans qu’il soit besoin de statuer sur sa régularité, et de rejeter la demande de M. C... qui ne présente à son soutien aucun autre moyen.

DéCIDE :

Article 1er : Le jugement n° 18/00098 du tribunal des pensions militaires d’invalidité de Marseille du 14 mars 2019 est annulé en tant qu’il a fait droit à la demande de pension de M. C... pour des séquelles de cicatrice d’appendicectomie.

Article 2 : La demande de M. C... tendant à l’annulation de la décision du 1er février 2018 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa demande de pension militaire d’invalidité au titre des séquelles de cicatrice d’appendicectomie, ainsi que cette demande de pension présentée à ce titre, sont rejetées.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié au ministre des armées et à M. B... C....

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, où siégeaient :

- M. Marcovici, président,
- M. Revert, président assesseur,
- M. Martin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

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