Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... E... a demandé au tribunal administratif de Marseille, d’annuler les arrêtés du 9 mai 2017 et 3 octobre 2017, ainsi que les arrêtés de prolongation qui ont suivi, par lesquels le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud l’a placé en disponibilité d’office pour une durée de six mois à compter du 8 avril 2017 et l’a maintenu dans cette position par une prolongation tous les 6 mois dont le dernier renouvellement court à compter du 8 octobre 2018, de condamner l’Etat à lui verser la somme de 49 805, 81 euros, à parfaire, en réparation de la perte subie de son traitement et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 1710135 du 12 novembre 2019, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 janvier 2020 et le 18 juin 2021, M. E..., représenté par Me Ittah, demande à la Cour, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler le jugement du tribunal administratif de Marseille du 12 novembre 2019 ;
2°) d’annuler les décisions des 9 mai et 3 octobre 2017, ainsi que tous arrêtés de prolongation, et plaçant M. A... E... en disponibilité d’office ;
3°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 114 345, 38 euros, à parfaire, en réparation de la perte subie de son traitement ;
4°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 13 878,58 euros en réparation de son préjudice financier connexe ;
5°) de condamner l’Etat à lui verser la somme de 2 000 euros, en réparation de son préjudice moral ;
6°) de mettre à la charge de l’Etat, la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement est irrégulier ;
- ses droits au secret médical et à la vie privée ont été violés ;
- l’avis de la commission interdépartementale de réforme est entaché d’irrégularité ;
- les arrêtés attaqués prononçant son placement puis son maintien en disponibilité d’office ont été pris à l’issue d’une procédure irrégulière, faute pour l’administration d’avoir respecté le principe du contradictoire ;
- l’autorité administrative a commis une erreur de droit en ne respectant pas l’obligation de reclassement lui incombant ou en lui proposant d’adapter son poste de travail, alors qu’il a expressément émis le souhait de reprendre son activité professionnelle ;
- l’autorité administrative a commis une erreur d’appréciation en considérant que le requérant était inapte de façon définitive et absolue à la reprise de tout emploi au sein de la fonction publique ;
- il est fondé à demander la réparation au titre de plusieurs chefs de préjudices : du préjudice financier qu’il a subi du fait de la baisse de son traitement dû à son placement en disponibilité d’office pour raisons de santé et qui s’élève à la somme globale de 114 345, 38 euros ; du préjudice financier connexe qu’il a subi et qui s’élève à la somme globale de 13 878, 58 euros et du préjudice moral qui s’élève à la somme de 2 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2021, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83‑634 du 13 juillet 1983 ;
‑ la loi n° 84‑16 du 11 janvier 1984 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de M. F...,
les conclusions de M. Angéniol, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
M. E..., brigadier-chef en poste à la direction zonale de la police aux frontières Sud de Marseille, a été placé en congé de maladie ordinaire du 12 août 2015 au 6 mars 2016, puis du 8 avril 2016 au 7 avril 2017. Par un courrier du 2 août 2016, il a demandé à être placé en congé de longue maladie. Toutefois, le comité médical interdépartemental a rendu par deux fois des avis défavorables les 18 octobre 2016 et le 14 mars 2017, le déclarant également, tout d’abord inapte à la reprise, puis par son second avis, inapte de manière absolue et définitive à toute fonction. Par un courrier du 18 avril 2017, M. E... a formé un D... auprès du comité médical supérieur. Parallèlement, la commission de réforme interdépartementale, chargée d’étudier son dossier de mise à la retraite pour invalidité, a reporté son avis dans l’attente de l’avis du comité médical supérieur, saisi par l’intéressé le 18 avril 2017. Par des arrêtés pris les 9 mai 2017 et 3 octobre 2017, M. E... a été placé pour la première fois en disponibilité d’office du 8 avril 2017 au 7 avril 2018 puis prolongé du 8 octobre au 7 avril 2018. Par des arrêtés pris le 26 septembre 2018, le requérant a été maintenu dans cette position pour six mois à compter du 8 avril 2018. Enfin, par un courrier du 14 décembre 2017, M. E... a formé une demande indemnitaire préalable auprès de son administration afin d’obtenir l’indemnisation de la perte de traitement résultant de son placement en mise en disponibilité d’office, laquelle a été rejetée par une décision du 23 janvier 2018. Par un jugement du 12 novembre 2019, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation des arrêtés des 9 mai 2017, 3 octobre 2017 et 26 septembre 2018 et à l’indemnisation de son préjudice financier. M. E... relève appel de ce jugement.
Sur la régularité du jugement :
Aux termes de l’article R. 613-3 du code de justice administrative « Les mémoires produits après la clôture de l'instruction ne donnent pas lieu à communication, sauf réouverture de l'instruction. ». Toutefois, dès lors qu’ils apportent des éléments nouveaux de fait ou de droit, les mémoires ou les pièces jointes doivent être communiqués sous peine d’irrégularité du jugement.
Il ressort des pièces de première instance que la clôture d’instruction est intervenue le 12 septembre 2019. Le 20 septembre 2019, soit après la clôture de l’instruction, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud a produit un mémoire en défense auquel une pièce était jointe. Ce mémoire en défense et cette pièce n’ont pas fait l’objet de communication dès lors qu’ils n’apportaient aucun élément de fait ou de droit nouveau et que les juges de première instance auraient pris en compte. L’expertise du 16 février 2017 à laquelle font référence les premiers juges pour rendre leur jugement a été visée dans le premier mémoire en défense du préfet de la zone de défense et de sécurité Sud du 17 juin 2019, qui a été régulièrement communiqué à M. E.... En outre, la pièce communiquée dans le mémoire du 20 septembre 2019 est le procès-verbal de la commission de réforme interdépartementale, du 4 juillet 2019, qui est postérieur aux décisions attaquées. Dans ces conditions, en s’abstenant de communiquer ce mémoire, le tribunal n’a pas méconnu le principe du contradictoire. Le jugement attaqué n’est donc pas irrégulier.
Sur la légalité des arrêtés du 9 mai 2017, du 3 octobre 2017 et du 26 septembre 2018 :
En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l’avis de la commission de réforme interdépartementale a été rendu, postérieurement aux décisions attaqués, le 4 juillet 2019. Ainsi, le moyen tiré de ce que la procédure devant la commission de réforme interdépartementale serait irrégulière dès lors que le docteur B... a participé à cette commission alors même qu’il s’était déjà prononcé préalablement, dans la procédure de mise en disponibilité d’office, sur l’inaptitude de M. E..., est inopérant.
En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que les éléments médicaux dont il a été fait communication et qui contiennent des éléments relevant de la vie strictement privée et du secret médical de M. E..., ont tous été communiqués à la juridiction, à son initiative. Au demeurant, s’agissant plus particulièrement du rapport médical du 16 février 2017, ni dans les mémoires du préfet de la zone de défense et de sécurité Sud, ni dans le jugement critiqué, il n’est fait état d’éléments relevant strictement de la vie privée et du secret médical du requérant. Par suite, le moyen tiré la méconnaissance du secret médical et du droit à la vie privée est, en tout état de cause, infondé.
En troisième lieu, le moyen tiré ce que les arrêtés attaqués ont été rendus à l’issue d’une procédure irrégulière, faute pour l’administration d’avoir respecté le principe du contradictoire n’est pas assorti des précisions permettant à la Cour d’y statuer.
En quatrième lieu, aux termes de l’article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : « Le fonctionnaire en activité a droit (…) / 3° A des congés de longue maladie d'une durée maximale de trois ans dans les cas où il est constaté que la maladie met l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions, rend nécessaire un traitement et des soins prolongés et qu'elle présente un caractère invalidant et de gravité confirmée. Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement pendant un an ; le traitement est réduit de moitié pendant les deux années qui suivent. L'intéressé conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que M. E... a été reconnu inapte de façon totale et définitive aux fonctions de policier ainsi qu’à l’exercice de toutes fonctions dans l’administration, par un expert-psychiatre, le docteur D..., qui l’a examiné à deux reprises, le 20 septembre 2016 et le 16 février 2017, par le comité médical interdépartemental qui, par ses deux avis rendus les 18 octobre 2016 et 14 mars 2017, a également conclu tout d’abord à l’inaptitude à la reprise puis à une inaptitude totale et définitive de l’intéressé « à toute fonction active et à tout emploi dans la fonction publique à compter du 8 avril 2017 » ainsi que, postérieurement aux arrêtés attaqués, par le comité médical supérieur qui, dans son avis du 6 novembre 2018, conclut à l’inaptitude totale et définitive de M. E... à toutes fonctions. Les certificats médicaux du docteur C..., les rapports d’expertise du docteur B... et les contrats de travail, postérieurs aux arrêtés attaqués, dont se prévaut le requérant pour établir l’amélioration de son état de santé et son aptitude à exercer une activité, ne sont pas de nature à remettre en cause les éléments médicaux sur lesquels s’est fondée l’administration pour refuser de faire droit à sa demande de congé longue maladie. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que l’administration aurait commis une erreur d’appréciation au regard de son état de santé.
En cinquième lieu, aux termes de l’article 27 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des conseils médicaux, aux conditions d'aptitude physique pour l’admission aux emplois publics et aux régime de congés maladie des fonctionnaires : « Lorsqu'un fonctionnaire a obtenu pendant une période de douze mois consécutifs des congés de maladie d'une durée totale de douze mois, il ne peut, à l'expiration de sa dernière période de congé, reprendre son service sans l'avis favorable du conseil médical : en cas d'avis défavorable, s'il ne bénéficie pas de la période de préparation au reclassement prévue par le décret n° 84-1051 du 30 novembre 1984 pris en application de l'article 63 de la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat en vue de faciliter le reclassement des fonctionnaires de l'Etat reconnus inaptes à l'exercice de leurs fonctions, il est soit mis en disponibilité, soit reclassé dans un autre emploi, soit, s'il est reconnu définitivement inapte à l'exercice de tout emploi, admis à la retraite après avis d'un conseil médical. Le paiement du demi-traitement est maintenu, le cas échéant, jusqu'à la date de la décision de reprise de service, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. Le fonctionnaire qui, à l'expiration de son congé de maladie, refuse sans motif valable lié à son état de santé le ou les postes qui lui sont proposés peut-être licencié après avis de la commission administrative paritaire. »
Aux termes du premier alinéa de l’article 9 du décret du 14 mars 1986 : « Le comité médical supérieur, saisi par l'autorité administrative compétente, soit de son initiative, soit à la demande du fonctionnaire, peut être consulté sur les cas dans lesquels l'avis donné en premier ressort par le comité médical compétent est contesté ».
Il résulte de ces dispositions que le fonctionnaire qui a épuisé ses droits au congé de maladie ordinaire et qui a été jugé définitivement inapte à l’exercice de tout emploi ne peut prétendre au bénéfice d’un congé de longue maladie ou de longue durée, lesquels ne peuvent être accordés qu’aux agents susceptibles d’être jugés aptes à la reprise d’un emploi ; que l’autorité administrative, tenue de placer l’intéressé dans une position statutaire régulière, peut, lorsqu’à l’issue de la période de congés de maladie ordinaire le comité médical a estimé le fonctionnaire définitivement inapte à l’exercice de tout emploi, le placer d’office en position de disponibilité.
En outre, si une décision de placement en disponibilité d’office doit être précédée d’une invitation de l’agent à présenter une demande de reclassement, c’est seulement dans l’hypothèse où le comité médical ne s’est pas prononcé sur la capacité à exercer un autre emploi que les fonctions précédemment exercées. (CE, 7 juillet 2006, Commune de Grandvilliers, n° 272433)
Il ressort des pièces du dossier que M. E... a été placé en congé maladie ordinaire du 12 août 2015 au 6 mars 2016 puis du 8 avril 2016 au 7 avril 2017, soit durant une période supérieure à 12 mois. A la suite de cette période de congé maladie ordinaire, il a formulé à deux reprises des demandes de placement en congé longue maladie pour lesquelles seront rendus deux avis défavorables de la part du comité médical, d’abord le 18 octobre 2016 puis le 14 mars 2017. Par le second avis du 14 mars 2017, le comité l’a déclaré également inapte de manière définitive et absolue à toute fonction active et à tout emploi dans la fonction publique à compter du 8 avril 2017. M. E... ayant épuisé ses droits à congé maladie ordinaire et présentant une inaptitude totale et définitive, dont il n’apporte aucun élément à même de la remettre en cause, ne lui permettait ni de reprendre une activité ni d’être reclassé ni de voir son poste de travail adapté. Le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud n’avait donc pas d’autre choix que de le placer en disponibilité d’office. Il résulte de ce qui vient d’être dit que le moyen tiré de ce que le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud aurait commis une erreur de droit en plaçant M. E... en disponibilité d’office doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que M. E... n’est pas fondé à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation des décisions du 9 mai 2017 et 3 août 2017 ainsi que l’ensemble des décisions de prolongation, le plaçant en disponibilité d’office et le maintenant dans cette situation. Sa requête d’appel doit donc être rejetée, y compris ses conclusions indemnitaires, l’administration n’ayant commis aucune illégalité et aucune faute.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme quelconque soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, au titre des frais exposés par M. E.... Les conclusions du requérant tendant à l’application de ces dispositions doivent donc être rejetées
DéCIDE :
Article 1er :
La requête de M. E... est rejetée.
Article 2
:
Le présent arrêt sera notifié à M. A... E... et au ministre de l’intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, où siégeaient :
- M. Marcovici, président,
- M. Revert, président assesseur,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.