Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C... A... a demandé au tribunal administratif de Toulon de condamner la commune de Salernes à lui verser la somme de 36 720,06 euros au titre de divers préjudices qu’il estime avoir subis en raison des inondations répétées d’un local commercial situé au lieu-dit D... sur le territoire de cette commune.
Par un jugement n° 1801069 du 5 mars 2020, le tribunal administratif de Toulon a rejeté la demande de M. A....
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 25 juin 2020, M. A..., représenté par Me Del Prete, demande à la Cour :
1°) d’annuler le jugement n° 1801069 du 5 mars 2020 du tribunal administratif de Toulon ;
2°) de condamner la commune de Salernes à l’indemniser à hauteur de la somme de 36 720,06 euros, laquelle sera assortie des intérêts moratoires sur le fondement des dispositions de l’article 1231-6 du code civil, avec capitalisation ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Salernes la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité sans faute de la commune est engagée en raison de l’insuffisance du réseau communal d’évacuation des eaux pluviales, non adapté à l’urbanisation du secteur, et à l’origine des récurrentes inondations du local commercial, qu’il loue à un tiers, qui surviennent lors de chaque épisode orageux et pluvieux ; contrairement à ce qu’a jugé le tribunal, la matérialité des faits est établie ;
- le lien de causalité entre le défaut d’ouvrage public adapté et les inondations est établi ;
- il subit un préjudice anormalement grave et spécial ;
- la responsabilité pour faute de la commune est également engagée du fait de la carence du maire dans l’exercice de ses pouvoirs de police prévus par l’article L. 2212-2 5° du code général des collectivités territoriales dès lors que la municipalité était alertée des inondations survenues pendant plusieurs années, et qu’il appartenait au maire d’intervenir dans le cadre de son pouvoir de police administrative générale afin d’assurer la salubrité et de faire cesser les inondations ;
- la responsabilité pour faute de la commune est également engagée du fait de l’absence de délimitation des zones en vue de limiter l’imperméabilisation des sols ;
- par conséquent, il est fondé à demander la condamnation de la commune de Salernes à lui verser la somme totale de 36 720,06 euros en réparation de ses préjudices tant patrimoniaux qu’extrapatrimoniaux ;
- la commune n’est pas fondée à s’exonérer de sa responsabilité en raison d’une cause étrangère.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 17 septembre 2020 et 25 novembre 2022, la commune de Salernes, représentée par Me Campolo, conclut au rejet de la requête et demande à la Cour, dans le dernier état de ses écritures, de mettre à la charge du requérant la somme de 3 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2022, la communauté d’agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération, représentée par Me Vicquenault, conclut au rejet de la requête et demande à la Cour de mettre à la charge du requérant ou de tout succombant la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la commune de Salernes est seule responsable des dommages allégués par M. A... ;
- à titre subsidiaire, les demandes de M. A... sont irrecevables et celles de la commune seraient irrecevables à son encontre ;
- les demandes de M. A... ne sont de surcroît pas fondées.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. B...,
- les conclusions de M. Angéniol, rapporteur public ;
- les observations de Del Prete, représentant M. A... ;
- les observations de Me Kebaïli, substituant Me Campolo, représentant la commune de Salernes ;
- et les observations de Me Vicquenault, représentant la communauté d’agglomération Dracénie Provence Verdon.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... est propriétaire d’un local commercial, qu’il loue à la société Conceptual, situé lieu-dit D... sur le territoire de la commune de Salernes, en bordure de la route départementale 560. Par courrier du 4 décembre 2017, il a saisi cette commune d’une demande tendant à la réparation des préjudices résultant de multiples inondations de sa propriété survenues à la suite d’évènements pluvieux, et qu’il impute à l’inadaptation du réseau d’évacuation des eaux pluviales face à l’intensification de la pression urbaine. Cette demande ayant été rejetée, M. A... a saisi le tribunal administratif de Toulon d’une demande tendant à la condamnation de la commune à l’indemniser des préjudices qu’il estime avoir subis. Dans la présente instance, il relève appel du jugement n° 1801069 du 5 mars 2020 par lequel le tribunal administratif de Toulon a rejeté sa demande.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne la responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics :
2. La responsabilité peut être engagée, même sans faute, à l’égard des demandeurs tiers par rapport à un ouvrage public. Les personnes mises en cause doivent alors, pour dégager leur responsabilité, établir la preuve que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure, sans que puisse être utilement invoqué le fait d’un tiers. La victime doit toutefois apporter la preuve de la réalité des préjudices qu’elle allègue avoir subis et l’existence d’un lien de causalité entre l’ouvrage public et lesdits préjudices.
S’agissant de la nature et de l’origine des désordres subis :
3. En premier lieu, il résulte des conclusions de l’expertise judiciaire diligentée par le tribunal de grande instance de Draguignan qu’à partir de l’année 2000, la propriété de M. A... a été soumise, à plusieurs reprises par temps de pluie, à l’arrivée d’eau de ruissellement ayant entraîné des inondations répétées du rez-de-chaussée du bâtiment dans lequel la société Conceptual, locataire du requérant, a installé un atelier. La matérialité de telles inondations a été retenue par l’expert au regard, d’abord, de relevés pluviométriques établis par Météo-France pour la période du 12 au 30 novembre 20214 ayant permis d’objectiver quatre jours de pluie intenses du 24 au 27 novembre. L’expert a également visionné une série de vidéos filmées par le voisin de M. A..., qui ont permis d’établir la matérialité des inondations résultant d’un afflux important d’eau en provenance notamment de la route départementale 560. Ensuite, l’expert s’est appuyé sur un courrier du 26 janvier 2015, par lequel le conseil du locataire de M. A... l’a mis en demeure de le dédommager à hauteur d’un montant total de 6 400 euros du fait des dégâts occasionnés par des inondations survenues les 7 novembre 2011, 17 juillet 2013, 20 janvier et 25 juin 2014, ainsi que sur une lettre du 21 décembre 2016 qui lui a été adressée, au cours des opérations d’expertise, par le locataire de M. A..., faisant état d’une dizaine d’inondations depuis l’année 1996, date de son entrée dans les lieux. Il résulte par ailleurs de l’instruction que le local occupé par la société Conceptual a de nouveau été inondé dans la nuit du 24 au 25 octobre 2019. La matérialité de ces inondations est corroborée par la production de factures établies le 7 février 2001 par la SARL Debrec et le 8 février 2014 par la SARL Romain pour des travaux de construction et d’élargissement d’un caniveau au droit de la propriété de M. A... afin de remédier aux désagréments survenus dans l’atelier de son locataire. Dans ces conditions, la matérialité des inondations récurrentes survenues dans l’immeuble de M. A... doit être regardée comme établie.
4. En second lieu, toujours selon le rapport d’expertise, ces inondations résultent de l’existence d’un réseau public d’eau pluviale en inadéquation avec le développement de l’urbanisation dans le secteur du fait, essentiellement, de la présence d’ouvrages hydrauliques caractérisés, d’une part, par des fossés en terre couverts par la végétation dont la capacité hydraulique est plus faible en aval du bassin versant qui domine la zone litigieuse qu’en amont de celui-ci, et par un ouvrage hydraulique de traversée d’une ancienne voie ferrée, qui constitue le seul exutoire des eaux de ruissellement du bassin versant, et qui débouche sur un petit canal de 0,60 mètre de largeur sur une hauteur de 0,80 mètre au plus. Selon l’expert, l’insuffisance d’un tel réseau est à l’origine des inondations de la route départementale 560 d’où proviennent, ainsi qu’il a été dit, les afflux d’eau générant l’inondation de l’immeuble de M. A.... Il suit de là que l’insuffisance et l’inadaptation du réseau de collecte et d’évacuation des eaux de pluie pris dans son ensemble doivent être regardées comme étant les causes principales de la survenance des dommages subis, la commune de Salernes, qui ne produit aucun élément permettant de remettre en cause les conclusions du rapport d’expertise, n’établissant par ailleurs pas que ce réseau serait l’accessoire de la route départementale 560. Par suite, les inondations sur la propriété de M. A... sont constitutives d’un dommage grave et spécial, dont le requérant est fondé à demander la réparation, et ce, en dépit de la circonstance que les précipitations du mois de novembre 2014 aurait généré des inondations dans de nombreuses communes du Haut-Var.
S’agissant des causes exonératoires de responsabilité :
5. En premier lieu, lorsque sa responsabilité est engagée sur le terrain du risque en raison de dommages qui trouvent leur cause directe dans le mauvais fonctionnement d'un ouvrage public, la personne responsable ne saurait l'atténuer en alléguant la faute d'une personne qui a la qualité de tiers par rapport à la victime. Par conséquent, à la supposer même établie, la circonstance que le dommage serait pour partie imputable au fait de tiers, en l’occurrence l’association syndicale autorisée du Seidagnou, qui n’aurait pas assuré l’entretien du canal dit des arrosants, situé au droit de la route départementale 506 en amont de celle-ci, n’est pas de nature à atténuer la responsabilité encourue par la personne publique responsable du dommage.
6. En second lieu, si la commune de Salernes fait valoir que M. A... a lui-même concouru à la survenue du dommage en refusant, en raison de leur coût, la réalisation de travaux tendant au rehaussement du niveau du sol au rez-de-chaussée du bâtiment sujet aux inondations, une telle circonstance ne saurait être de nature à le regarder comme ayant commis une faute exonératoire de responsabilité.
S’agissant de la détermination de la personne publique responsable :
7. L’article L. 2226-1 du code général des collectivités territoriales dispose, à compter du 1er janvier 2015, que : « La gestion des eaux pluviales urbaines correspondant à la collecte, au transport, au stockage et au traitement des eaux pluviales des aires urbaines constitue un service public administratif relevant des communes, dénommé service public de gestion des eaux pluviales urbaines. ». Aux termes de l’article L. 5216-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa rédaction en vigueur à compter du 1er janvier 2020 : « I. - La communauté d'agglomération exerce de plein droit au lieu et place des communes membres les compétences suivantes : (…) 10° Gestion des eaux pluviales urbaines, au sens de l'article L. 2226-1. La communauté d'agglomération peut déléguer, par convention, tout ou partie des compétences mentionnées aux 8° à 10° du présent I à l'une de ses communes membres. (…) Les compétences déléguées en application des treizième et quatorzième alinéas du présent I sont exercées au nom et pour le compte de la communauté d'agglomération délégante ».
8. En outre, aux termes des dispositions du III de l’article L. 5211-5 du même code, applicables à l’ensemble des établissements publics de coopération intercommunale : « Le transfert des compétences entraîne de plein droit l'application à l'ensemble des biens, équipements et services publics nécessaires à leur exercice, ainsi qu'à l'ensemble des droits et obligations qui leur sont attachés à la date du transfert, des dispositions des trois premiers alinéas de l'article L. 1321-1, des deux premiers alinéas de l'article L. 1321-2 et des articles L. 1321-3, L. 1321-4 et L. 1321-5. (…) / L'établissement public de coopération intercommunale est substitué de plein droit, à la date du transfert des compétences, aux communes qui le créent dans toutes leurs délibérations et tous leurs actes. ».
9. Enfin, l’article 133 de la loi du 7 août 2015 portant nouvelle organisation territoriale de la République : « XII. - Sauf dispositions contraires, pour tout transfert de compétence ou délégation de compétence prévu par le code général des collectivités territoriales, la collectivité territoriale ou l'établissement public est substitué de plein droit à l'Etat, à la collectivité ou à l'établissement public dans l'ensemble de ses droits et obligations, dans toutes ses délibérations et tous ses actes. ».
10. Il résulte des dispositions citées au point 8, à l’application desquelles ne font pas obstacle les dispositions citées au point 7, que le transfert par une commune de compétences à un établissement public de coopération intercommunale implique la substitution de plein droit de cet établissement à la commune dans l’ensemble de ses droits et obligations attachés à cette compétence, y compris lorsque ces obligations trouvent leur origine dans un événement antérieur au transfert. Ainsi, ces dispositions, combinées à celles du 10° de l’article L. 5216-5 du code général des collectivités territoriales qui rendent les communautés d’agglomération compétentes en matière de gestion des eaux pluviales urbaines, en lieu et place de leurs communes membres, à compter du 1er janvier 2020, ont pour effet de substituer, pour ce qui est du réseau d’eaux pluviales urbaines existant sur le territoire d’une commune, à compter de cette même date, la communauté d’agglomération dont celle-ci est membre dans l’ensemble de ses droits et obligations, notamment en ce qui concerne les actions en responsabilité engagées par les propriétaires riverains de ce réseau pour demander la réparation des préjudices qu’ils estiment avoir subis du fait de cet ouvrage avant comme après le transfert de compétence.
11. Depuis le 1er janvier 2020, la communauté d’agglomération Dracénie Provence Verdon est compétente de plein droit, en lieu et place de ses communes membres, dont la commune de Salernes, pour assurer le service public administratif de la gestion des eaux pluviales urbaines. Elle est en charge, à ce titre, de l’entretien du réseau public d’eaux pluviales urbaines existant sur le territoire de la commune de Salernes.
12. S’il résulte de l’instruction que le 23 décembre 2019, la commune de Salernes et la communauté d’agglomération Dracénie Provence Verdon ont conclu pour une année une convention de gestion relative au fonctionnement, dans la commune, du service « eaux pluviales urbaines », selon laquelle la commune sera chargée, notamment, de l’entretien et de la réparation des ouvrages liés à l’exercice de la compétence « eaux pluviales urbaines », cette compétence de la sorte déléguée demeure exercée au nom et pour le compte de la communauté d’agglomération, les dépenses et recettes afférentes à l’exercice de cette compétence étant au demeurant comptabilisées, aux termes de l’article 10 de la convention, dans le budget général de la communauté d’agglomération.
13. Il résulte de ce qui précède que la communauté d’agglomération Dracénie Provence Verdon doit seule répondre des conséquences dommageables attachées à l’existence et au fonctionnement du réseau public d’eaux pluviales urbaines de la commune de Salernes, survenues avant comme après la date de ce transfert de compétence, le 1er janvier 2020.
14. Par conséquent, contrairement à ce que fait valoir en défense la communauté d’agglomération Dracénie Provence Verdon, les conclusions de M. A... tendant à la réparation de ses préjudices et ses prétentions relatives aux dépens et frais d’instance, doivent être regardées comme dirigées contre cet établissement public de coopération intercommunale et ce, alors même que ni l’intéressé ni la commune de Salernes n’ont présenté de conclusions en ce sens.
En ce qui concerne la responsabilité pour faute de la commune de Salernes :
15. En premier lieu, aux termes des dispositions de l’article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales, le maire est chargé de la police municipale. Aux termes de l’article L. 2212-2 du même code : « La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 5° Le soin de prévenir, par des précautions convenables, et de faire cesser, par la distribution des secours nécessaires, les accidents et les fléaux calamiteux (…) tels que les inondations ».
16. Il ne résulte pas de l'instruction que les troubles générés par les inondations survenues dans l’immeuble de M. A..., aussi gênants soient-ils, aient été d'une gravité telle que le maire aurait commis une carence fautive en s’abstenant d’exercer les pouvoirs de police qu'il tient du 5° de l’article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales. Le requérant n’est dès lors pas fondé à rechercher la responsabilité pour faute de la commune de Salernes sur ce fondement.
17. En second lieu, aux termes de l’article L. 2224-10 du code général des collectivités territoriales : « Les communes ou leurs établissements publics de coopération délimitent, après enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement : / (…) 3° Les zones où des mesures doivent être prises pour limiter l'imperméabilisation des sols et pour assurer la maîtrise du débit et de l'écoulement des eaux pluviales et de ruissellement ; (…) ».
18. Il résulte de ce qui a été précédemment exposé que l’insuffisance et l’inadaptation du réseau de collecte et d’évacuation des eaux pluviales doivent être regardées comme étant les causes principales de la survenance des inondations ayant affecté l’immeuble de M. A.... En se bornant à soutenir que la commune n’a pas délimité des zones en vue de limiter l’imperméabilisation des sols, l’appelant n’établit ni qu’une faute aurait été commise à raison d’une méconnaissance des dispositions citées au point précédent de l’article L. 2224-10 du code général des collectivités territoriales, ni l’existence d’un lien de causalité entre cette éventuelle carence fautive et les dommages dont ils se plaint.
En ce qui concerne les préjudices :
S’agissant des préjudices financiers :
19. En premier lieu, il résulte de l’instruction que, pour remédier aux inondations de sa propriété, M. A... a fait réaliser, dès 2001, la construction d’un caniveau avec grille afin de faciliter l’écoulement des eaux pluviales au droit de l’immeuble, puis, en 2014, l’élargissement de cet ouvrage avec augmentation de sa capacité de réception. De tels travaux, d’un montant évalué à 8 412,24 euros par l’intéressé, sont justifiés par la production de factures et doivent être regardés, compte tenu de leur nature, comme ayant nécessairement eu pour finalité de remédier aux inondations subies par sa propriété du fait de l’insuffisance et de l’inadaptation du réseau d’eaux pluviales. Dans ces conditions, M. A... est fondé à demander à être indemnisé, à hauteur de ce même montant, des frais engagés à ce titre.
20. En deuxième lieu, si M. A... demande le remboursement de frais d’huissier engagés à hauteur d’un montant de 380 euros, le procès-verbal de constat dressé le 22 janvier 2014 se borne à établir un rapide état des lieux du secteur à la suite des pluies survenues les 18 et 19 janvier 2014 sans toutefois constater l’inondation de son immeuble ou toute autre dégradation qui seraient éventuellement imputables à l’inadaptation du réseau d’évacuation des eaux pluviales. De même, la demande de remboursement des frais d’huissier portant sur la signification d’un courrier en lettre recommandée avec accusé de réception non retiré par le président de l’ASA gestionnaire du canal des arrosants ne peut davantage prospérer dès lors qu’il ne résulte pas du rapport d’expertise ni d’aucune autre pièce du dossier que le mauvais entretien du canal serait à l’origine des inondations de la propriété de M. A.... Pour le même motif, M. A... n’est pas fondé à demander le remboursement des frais d’assignation résultant de la facture émise par la SCP Laure et Aldeguer d’un montant de 90,35 euros, dès lors qu’il n’est pas établi que ces frais, relatifs à une affaire opposant le requérant au département du Var, soit en lien avec les inondations imputables au réseau communal d’évacuation des eaux pluviales. En revanche, la facture de la SCP Hermant du 1er juillet 2015, d’un montant de 117,04 euros, relative à un litige avec la commune de Salernes, doit, compte tenu de son objet et de sa date, être regardée comme portant sur une procédure en lien direct avec les inondations de l’immeuble de M. A.... Par suite, celui-ci est fondé à en obtenir le remboursement.
21. En troisième lieu, il résulte de l’instruction que M. A... justifie s’être acquitté d’une somme de 8 300 euros correspondant aux frais et honoraires d’expertise liquidés et taxés par ordonnance du tribunal de grande instance de Draguignan du 22 février 2017. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge de la communauté d’agglomération Dracénie Provence Verdon agglomération la somme de 8 300 euros.
22. En quatrième lieu, si M. A... demande également le remboursement de ses frais d’avocat pour un montant de 6 446,24 euros, la réalité du paiement de ces frais n’est pas établie par la seule production d’un dire adressé à l’expert par le conseil du requérant le 19 décembre 2016.
23. En cinquième lieu, en se bornant à demander le remboursement de la somme de 506 euros en réparation d’un préjudice de perte de temps ainsi que de la somme de 387 euros pour des frais de transport entre Marseille et Salernes, le requérant ne met pas la Cour à même d’apprécier tant la réalité des frais engagés que leur lien direct avec le fait générateur précédemment décrit, à l’exception des frais de transport engagés pour se rendre aux opérations d’expertise le 26 septembre 2016, la présence de l’intéressé étant justifiée par la signature qu’il a apposée sur la fiche de présence figurant en annexe I du rapport d’expertise. Eu égard à la distance qui sépare son domicile situé à Marseille et le lieu où les dommages se sont produits situé à Salernes, soit 243 km, et à la puissance fiscale du véhicule de M. A..., soit 10 chevaux fiscaux, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l’évaluant, conformément au barème kilométrique au titre de l’année 2016, à la somme de 145 euros.
S’agissant du préjudice moral :
24. Eu égard à l’âge de M. A..., qui a dû effectuer, pendant plusieurs années, de nombreuses démarches pour trouver une solution aux dommages en cause, il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral en le fixant à 2 000 euros.
25. Il résulte de tout ce qui précède que la communauté d’agglomération Dracénie Provence Verdon doit être condamnée à verser la somme de 18 974,28 euros à M. A..., laquelle sera assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de la réclamation préalable par la commune de Salernes, ces intérêts portant eux-mêmes intérêts un an après cette date ainsi qu’à chaque échéance annuelle à compter de cette même date.
Sur les frais liés au litige :
26. M. A... n’étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par la commune de Salernes et la communauté d’agglomération Dracénie Provence Verdon sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la communauté d’agglomération Dracénie Provence Verdon la somme de 2 000 euros à verser à M. A... au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement n° 1801069 du 5 mars 2020 du tribunal administratif de Toulon est annulé.
Article 2 : La communauté d’agglomération Dracénie Provence Verdon est condamnée à verser à M. A... une somme de 18 974,28 euros, laquelle sera assortie des intérêts au taux légal à compter de la date de réception de la réclamation préalable par la commune de Salernes, ces intérêts portant eux-mêmes intérêts un an après cette date ainsi qu’à chaque échéance annuelle à compter de cette même date.
Article 3 : La communauté d’agglomération Dracénie Provence Verdon versera une somme de 2 000 euros à M. A... en application de l’article L. 761‑1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de M. A... est rejeté.
Article 5 : Les conclusions présentées par la commune de Salernes et la communauté d’agglomération Dracénie Provence Verdon sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à M. C... A..., à la commune de Salernes et à la communauté d’agglomération Dracénie Provence Verdon.
Délibéré après l’audience du 6 décembre 2022, où siégeaient :
- M. Marcovici, président,
- M. Revert, président assesseur,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 20 décembre 2022.