Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. C... A... a demandé au tribunal administratif de Marseille de condamner l’Etat à lui verser les sommes correspondantes aux traitements qui ne lui ont pas été versés durant la période du 21 décembre 2012 au 31 mars 2013, et de lui enjoindre de procéder à ce versement.
Après que, par une ordonnance du 16 janvier 2018, la présidente du tribunal administratif de Marseille lui a transmis le dossier de cette demande, le tribunal administratif de Nice l’a rejetée, par un jugement n° 1800222 du 12 juin 2020.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 4 août 2020, M. A..., représenté par Me Molina, demande à la Cour :
1°) d’annuler, après avoir reçu son recours pour excès de pouvoir, ce jugement du tribunal administratif de Nice du 12 juin 2020 ;
2°) d’enjoindre à l’Etat de lui verser les sommes correspondantes aux traitements qu’il aurait dû percevoir du 21 décembre 2012 au 31 mars 2013, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- son recours pour excès de pouvoir est bien fondé ;
- la décision des premiers juges résulte d’une appréciation erronée de sa situation ;
- la décision contestée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et d’une erreur de droit dès lors qu’il a droit au paiement de sa rémunération pour la période correspondante à la durée de sa suspension ; en effet, un agent suspendu sur le fondement des dispositions de l’article 30 de la loi n° 83-634 du 11 juillet 1983 n’exerce plus ses fonctions mais continue de percevoir son traitement indiciaire, l’indemnité de résidence et le supplément familial de traitement ; cette dérogation à la règle du « service fait » ne s’applique intégralement que durant quatre mois ; en l’espèce, le conseil de discipline n’a pas été saisi « sans délai » ;
- l’absence de traitement entre le 21 décembre 2012 et le 31 mars 2013 peut être qualifiée de sanction déguisée ;
- il n’a pas été soutenu ou établi que sa mutation avant le 1er avril 2013 était impossible ;
- par son arrêté du 5 février 2013, qui prévoit de maintenir sa suspension de fonctions tout en précisant qu’il serait privé de traitement pour service non fait jusqu’à la levée de la mesure d’interdiction d’exercer ses fonctions, le ministre de l’intérieur a commis une erreur manifeste d’appréciation : il pouvait légalement exercer ses fonctions durant le temps de l’interdiction prévue au titre des obligations du contrôle judiciaire mais, à l’exception d’un seul département ;
- il n’était pas dans l’un des cas prévus à l’article 4 de la loi de finances n° 61-825 du 29 juillet 1961 ;
- aucune procédure disciplinaire n’a suivi.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 octobre 2022, le ministre de l’intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, tant la requête de M. A... que sa demande de première instance sont irrecevables :
. sa demande de première instance était dirigée contre une décision confirmative d’une décision de rejet devenue définitive ;
. à supposer que M. A... puisse être regardé comme ayant présenté des conclusions indemnitaires, l’expiration du délai permettant d’introduire un recours en annulation contre une décision expresse dont l’objet est purement pécuniaire fait obstacle à ce que soient présentées de telles conclusions ayant la même portée ;
- à titre subsidiaire, les moyens de la requête de M. A... ne sont pas fondés.
Un courrier du 7 octobre 2022 adressé aux parties en application des dispositions de l’article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il était envisagé d’appeler l’affaire à l’audience et leur a indiqué la date à partir de laquelle l’instruction pourrait être close, dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l’article R. 613-1 et le dernier alinéa de l’article R. 613-2 du même code.
Par une ordonnance du 15 novembre 2022, la clôture de l’instruction a été prononcée avec effet immédiat, en application du dernier alinéa de l’article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. B...,
- et les conclusions de M. Angéniol, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Ancien gardien de la paix, alors en poste à la brigade anti-criminalité (BAC) des quartiers nord de Marseille, M. A... relève appel du jugement du 12 juin 2020 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande que cette juridiction a regardée, sans être critiquée par l’appelant sur ce point, comme tendant, d’une part, à l’annulation des décisions implicites de rejet résultant du silence gardé par le ministre de l’intérieur et le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud sur les courriers en date des 26 et 27 octobre 2017 par lesquels il sollicitait le versement de son traitement pour la période du 21 décembre 2012 au 31 mars 2013 et, d’autre part, à ce qu’il soit enjoint à l’Etat de lui verser les sommes correspondantes à ce traitement.
Aux termes de l’article R. 421-1 du code de justice administrative : « La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d’une somme d’argent, elle n’est recevable qu’après l’intervention de la décision prise par l’administration sur une demande préalablement formée devant elle. (…) ». Selon l’article R. 421-5 du même code : « Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu’à la condition d’avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision. ».
Au cas particulier, par une ordonnance du juge des libertés et de la détention près le tribunal de grande instance de Marseille du 5 octobre 2012, M. A... a été placé en détention provisoire et, par un arrêté du 29 octobre 2012, le ministre de l’intérieur l’a suspendu de ses fonctions, avec privation de son traitement pendant toute la durée de son incarcération. Puis, par une ordonnance du vice-président chargé de l’instruction du tribunal de grande instance de Marseille du 20 décembre 2012, M. A... a été remis en liberté et placé sous contrôle judiciaire, avec notamment l’interdiction d’exercer ses fonctions de fonctionnaire de police, dans le département des Bouches-du-Rhône. Si, par un courrier daté du 9 janvier 2013, M. A... a sollicité le versement de son traitement à compter du 21 décembre 2012, par un arrêté du 5 février 2013, le ministre de l’intérieur a modifié son arrêté du 29 octobre 2012 et décidé que M. A... serait privé de ce traitement, pour service non fait, jusqu’à la levée de la mesure d’interdiction d’exercer ses fonctions prise à son encontre. Ce faisant, le ministre de l’intérieur a implicitement mais nécessairement rejeté la demande de M. A... du 9 janvier 2013. Alors que, conformément aux dispositions précitées de l’article R. 421-5 du code de justice administrative, cet arrêté était assorti de la mention des voies et délais de recours, et, que, comme l’indiquent la mention et la signature de M. A... qui y figurent, ce dernier en a pris connaissance le 11 mars 2013, l’intéressé n’a exercé aucun recours juridictionnel à l’encontre de cet acte. Par suite, si, par des courriers en date des 26 et 27 octobre 2017, M. A... a, à nouveau, demandé à l’autorité administrative de rétablir le versement de son traitement pour la période du 21 décembre 2012 au 31 mars 2013, date à laquelle a pris fin sa suspension de fonctions, les décisions implicites de rejet contestées, nées du silence gardé sur ces nouvelles demandes, respectivement par le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud, et par le ministre de l’intérieur, sont purement confirmatives de l’arrêté susmentionné du 5 février 2013 devenu définitif. Par conséquent, les conclusions de l’appelant tendant à l’annulation de ces deux décisions implicites de rejet sont irrecevables.
Par ailleurs, l’expiration du délai permettant d’introduire un recours en annulation contre une décision expresse dont l’objet est purement pécuniaire fait obstacle à ce que soient présentées des conclusions indemnitaires ayant la même portée (Conseil d’Etat, Section, 2 mai 1959, Rec. 1959, p. 282). Par suite, si M. A... a entendu présenter des conclusions tendant à la condamnation de l’Etat à lui verser les sommes équivalentes aux traitements qu’il aurait perçus entre le 21 décembre 2012 et le 31 mars 2013, de telles conclusions sont également irrecevables.
Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à se plaindre de ce que, par le jugement attaqué du 12 juin 2020, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande. Ses conclusions à fin d’annulation doivent dès lors être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte, ainsi que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. C... A... et au ministre de l’intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la zone de défense et de sécurité Sud.
Délibéré après l’audience du 6 décembre 2022, où siégeaient :
- M. Marcovici, président,
- M. Revert, président assesseur,
- M. Lombart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.