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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-20MA03478

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-20MA03478

jeudi 3 novembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-20MA03478
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantCABINET PATRICK HERROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société à responsabilité limitée (SARL) Anis a demandé au tribunal administratif de Nice de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2011 et 2012, et de rétablir le déficit reportable déclaré au titre de l'exercice clos en 2010.

Par un jugement n° 1800398 du 10 juillet 2020, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 septembre 2020 et le 9 octobre 2022, la SARL Anis, représentée par Me Herrou, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Nice du 10 juillet 2020 ;

2°) de prononcer la décharge des impositions et pénalités en litige et le rétablissement du déficit déclaré au titre de l'exercice clos en 2010 ;

3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens et de mettre à sa charge une somme de 3 600 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le tribunal administratif a omis de répondre aux moyens relatifs à la charge de la preuve ;

- le tribunal administratif n'a répondu que partiellement aux moyens tirés de la méconnaissance des principes de sécurité juridique, de confiance et d'attente légitime ;

- le tribunal a omis de répondre au moyen tiré de l'abandon de la théorie du risque manifestement excessif et au moyen tiré de ce que le loyer qu'elle verse à raison de l'hôtel-restaurant qu'elle exploite représente moins de 20 % de ses charges d'exploitation ;

- le vérificateur a méconnu les principes d'impartialité, de neutralité et d'objectivité ;

- les bases d'imposition à la cotisation foncière des entreprises des termes de comparaison retenus pour déterminer la valeur locative de l'hôtel-restaurant ne lui ont pas été communiquées ;

- la charge de la preuve pèse sur l'administration ;

- l'administration, qui n'établit pas que le loyer qu'elle verse serait excessif, ne démontre pas l'existence d'un acte anormal de gestion ;

- la position de l'administration n'est pas cohérente, dès lors que s'agissant de la cotisation foncière des entreprises, elle a considéré que la valeur locative était insuffisante ;

- l'administration a méconnu les principes de sécurité juridique, de confiance et d'attente légitime en appliquant des méthodes d'évaluation différentes de la valeur locative en matière d'impôt sur les sociétés et de cotisation foncière des entreprises ;

- les intérêts de retard doivent être annulés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 janvier 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la SARL Anis ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les conclusions de M. Ury, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Anis, qui exploite un hôtel-restaurant situé à Nice, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période du 1er janvier 2010 au 31 décembre 2012. A l'issue de ce contrôle, l'administration fiscale, qui a estimé que les loyers versés pour la location de l'établissement excédaient la valeur locative réelle de l'immeuble, a réintégré l'excédent aux résultats imposables de la société, a ainsi réduit le déficit déclaré au titre de l'exercice clos en 2010 et a assujetti la société à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2011 et 2012. La SARL Anis relève appel du jugement du 10 juillet 2020 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande tendant à la décharge, en droits et pénalités, de ces suppléments d'impôt, et au rétablissement du déficit de l'exercice clos en 2010.

Sur la régularité du jugement :

2. En premier lieu, le tribunal a expressément répondu, au point 4 du jugement attaqué, au moyen soulevé par la SARL Anis, tiré de ce que l'administration supporte la charge de la preuve, aux points 6 à 8, au moyen tiré de ce que l'administration n'établit pas l'existence d'un acte anormal de gestion, et au point 9, au moyen tiré de la méconnaissance du principe de sécurité juridique. Ainsi, le tribunal, qui n'était pas tenu de répondre à tous les arguments présentés par la requérante, a répondu de manière suffisante aux moyens invoqués.

3. En second lieu, dès lors que le principe de confiance légitime, qui fait partie des principes généraux du droit communautaire, ne trouve à s'appliquer dans l'ordre juridique national que dans le cas où la situation juridique dont a à connaître le juge administratif français est régie par le droit communautaire, la SARL Anis ne pouvait utilement soutenir que l'administration, en remettant en cause la déduction de ses résultats imposables à l'impôt sur les sociétés d'une partie du loyer versé et en rehaussant la base de la cotisation foncière des entreprises, aurait méconnu le principe de confiance légitime. De même, dès lors que ces rectifications sont intervenues de façon concomitante, elle ne pouvait utilement soutenir que l'administration aurait méconnu le principe de protection des attentes légitimes. Par suite, les moyens tirés de ce que le tribunal administratif aurait omis de répondre à ces moyens doivent être écartés.

Sur le bien-fondé du jugement :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

4. En premier lieu, la circonstance que le vérificateur a retenu, pour déterminer par comparaison la valeur locative de l'immeuble, des hôtels de capacité supérieure ou mieux situés que l'établissement exploité par la requérante, qui lui est favorable, ne saurait caractériser une méconnaissance des principes d'impartialité, de neutralité et d'objectivité. Il en va de même de la circonstance que les bases d'imposition à la cotisation foncière des entreprises de ces immeubles n'ont pas été communiquées à la SARL Anis malgré sa demande.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ". A supposer que la SARL Anis ait entendu soutenir que les bases d'imposition à la cotisation foncière des entreprises des termes retenus pour la comparaison ne lui ont pas été communiquées préalablement à la mise en recouvrement des suppléments d'impôt, de telles informations, qui ne sont pas obtenues auprès de tiers, n'entrent pas dans le champ de l'obligation de communication prévu par l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales. Au surplus et en tout état de cause, les rectifications en litige, reposant sur l'évaluation de la valeur locative de l'établissement par comparaison, ne sont aucunement fondées sur les bases d'imposition à la cotisation foncière d'entreprises tierces. Dès lors, la société requérante ne saurait utilement invoquer la méconnaissance de l'article L. 76 B précité du livre des procédures fiscales.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

6. En premier lieu, en vertu des dispositions combinées des articles 38 et 209 du code général des impôts, le bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés est celui qui provient des opérations de toute nature faites par l'entreprise, à l'exception de celles qui, en raison de leur objet ou de leurs modalités, sont étrangères à une gestion normale. Constitue un acte anormal de gestion l'acte par lequel une entreprise décide de s'appauvrir à des fins étrangères à son intérêt. Il appartient, en règle générale, à l'administration, qui n'a pas à se prononcer sur l'opportunité des choix de gestion opérés par une entreprise, d'établir les faits sur lesquels elle se fonde pour invoquer ce caractère anormal.

7. La SARL Anis a, au cours des années considérées, versé à la société civile immobilière (SCI) A, propriétaire des locaux, et composée des mêmes associés, des loyers pour un montant annuel de 216 000 euros. L'administration fiscale, estimant que la valeur locative réelle des locaux ne s'élevait qu'à 100 000 euros, a réintégré l'excédent, soit 116 000 euros, aux résultats imposables de la SARL Anis. L'administration, en faisant valoir que la valeur locative retenue de 100 000 euros correspond à la moyenne des loyers versés pour trois établissements de capacité équivalente ou supérieure, situés dans le centre-ville de Nice, et dont deux sont de style art déco, alors que l'immeuble en cause est éloigné du centre et ne présente pas un caractère architectural particulier, démontre le caractère excessif du loyer supporté par la société requérante. Les circonstances que le montant du loyer stipulé serait justifié par la valeur des immobilisations inscrites à l'actif de la propriétaire de l'immeuble et ne représenterait que 20 % de ses charges d'exploitation ne sont pas de nature à démontrer que le loyer de 100 000 euros admis par l'administration ne correspondrait pas à la valeur locative réelle des locaux. Il en va de même de la circonstance que la valeur locative cadastrale s'élèverait à 180 000 euros. Par suite, et alors que la SARL Anis ne se prévaut pas de l'existence d'une contrepartie à l'excédent de loyer versé, l'administration était fondée à regarder le versement de cet excédent comme relevant d'une gestion anormale et à le réintégrer aux résultats de la société requérante.

8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction qu'au cours de la vérification de comptabilité de la SARL requérante, la SCI A a déposé des déclarations relatives aux locaux commerciaux au vu desquelles la valeur locative retenue pour asseoir la cotisation foncière des entreprises a été rehaussée par l'administration, compte tenu des modifications de superficie déclarées. Contrairement à ce qui est soutenu, l'administration pouvait, sans se contredire, d'une part, regarder le loyer versé par la SARL Anis à raison de l'établissement comme excessif et, d'autre part, considérer que la base d'imposition à la cotisation foncière des entreprises était insuffisante au vu des éléments déclarés, alors, en outre que la valeur locative, telle que rectifiée reste inférieure à la valeur de 100 000 euros retenue pour les loyers versés par la SARL locataire à la SCI propriétaire.

9. En troisième lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'administration, en procédant concomitamment à la réintégration aux résultats imposables à l'impôt sur les sociétés des excédents de loyer et au rehaussement des bases de la cotisation foncière des entreprises au regard de modification des surfaces déclarées, ne saurait en tout état de cause être regardée comme ayant méconnu le principe de sécurité juridique.

10. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que la SARL Anis ne peut utilement soutenir que les principes de confiance et d'attente légitime auraient été méconnus.

En ce qui concerne les pénalités :

11. A supposer que la société requérante, en indiquant que les intérêts de retard doivent être annulés, ait entendu contester ces pénalités par voie de conséquence, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la SARL Anis n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Sur les frais liés au litige :

13. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en tout état de cause obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas, dans la présente instance, la qualité de partie perdante, verse à la SARL Anis une quelconque somme au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

14. En second lieu, aucun dépens n'ayant été exposé dans cette instance, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la SARL Anis tendant à l'application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Anis est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société à responsabilité limitée Anis et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, où siégeaient :

- Mme Paix, présidente,

- Mme Carotenuto, première conseillère,

- Mme Mastrantuono, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 3 novembre 2022.

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