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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-20MA03720

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-20MA03720

jeudi 15 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-20MA03720
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantCHATELAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Procédure contentieuse antérieure :


M. C... A... a demandé au tribunal administratif de Marseille de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels il a été assujetti au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014 et du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.

Par un jugement n° 1803474, 1903506 du 20 juillet 2020, le tribunal administratif de Marseille a rejeté ses demandes.


Procédure devant la Cour :


Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 septembre 2020 et le 23 février 2021, M. A..., représenté par Me Chatelain, demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement du tribunal administratif de Marseille du 20 juillet 2020 ;

2°) de prononcer la décharge, ou, à titre subsidiaire, la réduction des impositions en litige et des pénalités correspondantes.

Il soutient que :

- il n’a pas reçu de réponse à ses observations à la proposition de rectification du 24 octobre 2018 ;
- l’activité de saut en parachute en tandem relève de l’enseignement sportif, et est ainsi exonérée de taxe sur la valeur ajoutée sur le fondement de l’article 261-4-4°b. du code général des impôts ;
- à titre subsidiaire, les bases d’imposition retenues pour les années 2015 à 2017 sont exagérées, dès lors qu’elles ont été déterminées par l’administration en tenant compte des données relatives à l’année 2014.



Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 janvier 2021 et le 4 mars 2021, le ministre de l’économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme B...,
- les conclusions de M. Ury, rapporteur public,
- et les observations de Me Chatelain, représentant M. A....



Considérant ce qui suit :


1. A l’issue d’une vérification de comptabilité de l’activité de moniteur de parachutisme de M. A... au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014 et d’un contrôle sur pièce de ses déclarations au titre des années 2015 à 2017, l’administration fiscale a remis en cause l’exonération de taxe sur la valeur ajoutée appliquée par l’intéressé aux recettes tirées du baptême en tandem. M. A... a ainsi été assujetti à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des périodes du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2014 et du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2017, selon la procédure de taxation d'office prévue par l'article L. 66-3° du livre des procédures fiscales. M. A... relève appel du jugement du 20 juillet 2020 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté ses demandes tendant à la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels il a ainsi été assujetti, et des pénalités correspondantes.


2. En premier lieu, aux termes du I de l’article 256 du code général des impôts : « Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ». Aux termes de l’article 256 A du même code : « Sont assujetties à la taxe sur la valeur ajoutée les personnes qui effectuent de manière indépendante une des activités économiques mentionnées au cinquième alinéa, quels que soient le statut juridique de ces personnes, leur situation au regard des autres impôts et la forme ou la nature de leur intervention. / (…) Les activités économiques visées au premier alinéa se définissent comme toutes les activités de producteur, de commerçant ou de prestataire de services, y compris les activités extractives, agricoles et celles des professions libérales ou assimilées (…) ». Aux termes de l'article 261 de ce code : « Sont exonérés de la taxe sur la valeur ajoutée : (…) / 4. (Professions libérales et activités diverses) : / (…) 4° (…) b. les cours ou leçons relevant de l'enseignement (…) sportif, dispensés par des personnes physiques qui sont rémunérées directement par leurs élèves (…) ».


3. M. A..., qui est titulaire d’un brevet d’Etat d’éducateur sportif spécialité « parachutisme », soutient que les baptêmes de saut en tandem qu'il pratique dans le cadre de son activité correspondent à des prestations d'enseignement qui devraient être exonérées de taxe sur la valeur ajoutée, au même titre que l’activité développée dans le cadre de la progression accompagnée en parachute (PAC) dont l’enseignement est exonéré de taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, si, à l'occasion des baptêmes de parachute en tandem, les moniteurs exposent aux clients les règles de sécurité et les guident au cours du saut, il ne résulte pas de l'instruction que ceux-ci recevraient une formation théorique ou apprendraient des techniques de saut en parachute. Par conséquent, alors même que le saut en parachute en tandem est régi par le code des sports, dont plusieurs dispositions sont applicables à son activité d’enseignement, qu’il nécessite une participation active du client et que la majorité des parachutistes auraient découvert ce sport à l’occasion d’un saut en tandem, cette activité, dans les conditions dans lesquelles elle est pratiquée en l’espèce, doit être regardée comme constituant un loisir ou une activité récréative. Par suite, ces baptêmes de parachute en tandem ne constituent pas des leçons ou des cours relevant de l'enseignement sportif au sens du b du 4° du 4 de l'article 261 du code général des impôts.


4. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 66 du livre des procédures fiscales : « Sont taxés d'office : / (…) 3° aux taxes sur le chiffre d'affaires, les personnes qui n'ont pas déposé dans le délai légal les déclarations qu'elles sont tenues de souscrire en leur qualité de redevables des taxes ; (…) ».


5. Il résulte de ce qui a été dit au point 3 que M. A... était redevable de la taxe sur la valeur ajoutée, et il est constant qu’eu égard au montant du chiffre d’affaires de son activité de baptême de parachute, il était soumis de plein droit au régime simplifié de la taxe sur la valeur ajoutée et tenu de remettre ses déclarations au titre de cette taxe. Par conséquent, faute pour le contribuable d’avoir déposé ces déclarations, l’administration a pu à bon droit mettre en œuvre à son encontre la procédure de taxation d’office sur le fondement du 3° de l’article L. 66 du livre des procédures fiscales. Par suite, elle n'était pas tenue de répondre aux observations qu’il a formulées après l’envoi de la proposition de rectification du 24 octobre 2018.






6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 193 du livre des procédures fiscales : « Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ». M. A..., qui a régulièrement fait l’objet d’une procédure de taxation d’office, supporte la charge de la preuve de l’exagération de ses bases d’imposition.




7. Il ressort des termes de la proposition de rectification adressée à M. A... à l’issue du contrôle sur pièces de ses déclarations au titre des années 2015 à 2017 que l’administration a déterminé le montant de la taxe sur la valeur ajoutée collectée correspondant aux baptêmes en tandem par l’application aux recettes portées sur les déclarations de bénéfices non commerciaux des années considérées d’un ratio entre la taxe sur la valeur ajoutée collectée établie et les recettes prises en compte pour le calcul de cette taxe au titre de l’année 2014. Le montant de la taxe sur la valeur ajoutée déductible a été déterminé par l’application aux dépenses portées sur les déclarations de bénéfices non commerciaux des années considérées d’un ratio entre la taxe sur la valeur ajoutée déductible retenue et les dépenses prises en compte pour le calcul de cette taxe au titre de l’année 2014. L’administration a ainsi calculé des montants de taxe sur la valeur ajoutée nette due s’élevant respectivement à 13 340 euros, 13 034 euros et 18 333 euros pour les années 2015, 2016 et 2017. Toutefois, la détermination par le requérant, à partir de sa comptabilité, de la taxe sur la valeur ajoutée collectée et de la taxe sur la valeur ajoutée déductible à raison de son activité de baptême en tandem, dont les modalités ne sont pas sérieusement critiquées par le ministre, lui permet de calculer une taxe sur la valeur ajoutée nette s’élevant respectivement à 7 530 euros, 5 773 euros et 8 305 euros pour les années 2015, 2016 et 2017. Ainsi, dans les circonstances de l’espèce, M. A... doit être regardé comme apportant la preuve de l’exagération des bases d’imposition retenues par l’administration, dont la détermination, au demeurant, a été opérée par l’application de ratios calculés en tenant compte de recettes et de dépenses différentes de celles retenues au titre de l’année 2014, et donc erronés. Par conséquent, les rappels de taxe sur la valeur ajoutée assignés à M. A... au titre des années 2015, 2016 et 2017 doivent être ramenés à respectivement à 7 530 euros, 5 773 euros et 8 305 euros.




8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... est seulement fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande n° 1903506 en tant qu’elle tendait à la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre des années 2015, 2016 et 2017 à hauteur des sommes respectives, en droits, de 5 810 ( 13 340-7 530 ) euros, 7 261 ( 13 034-5 773 ) euros et 10 028 (18 333-8 305 ) euros, ainsi que des pénalités correspondantes.


D É C I D E



Article 1er : M. A... est déchargé des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels il a été assujetti au titre des périodes du 1er janvier au 31 décembre 2015, du 1er janvier au 31 décembre 2016 et du 1er janvier au 31 décembre 2017 à hauteur des sommes respectives, en droits, de 5 810 euros, 7 261 euros et 10 028 euros, ainsi que des pénalités correspondantes.

Article 2 : Le jugement du tribunal administratif de Marseille n° 1803474, 1903506 du 20 juillet 2020 est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. C... A... et au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.


Délibéré après l’audience du 1er décembre 2022, où siégeaient :

- Mme Paix, présidente,
- M. Platillero, président assesseur,
- Mme Mastrantuono, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 15 décembre 2022.



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