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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-20MA03774

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-20MA03774

jeudi 29 septembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-20MA03774
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantWATSON FARLEY & WILLIAMS LLP

Texte intégral

3ème chambreVu la procédure suivante :


Procédure contentieuse antérieure :

L’entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Ep Belview Investments (G...) a demandé au tribunal administratif de Nice de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de la cotisation supplémentaire d’impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l’année 2014.

Par un jugement n° 1805065 du 12 juin 2020, le tribunal administratif de Nice a fait droit à cette demande.


Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2020, le ministre de l’économie, des finances et de la relance demande à la Cour :

1°) d’annuler l’article 1er du jugement du tribunal administratif de Nice du 12 juin 2020 ;

2°) de remettre à la charge de l’EURL Ep Belview Investments la somme de 2 310 823 euros.

Il soutient que :

- la réalité de la cession de créance dont le montant a été réintégré par l’administration fiscale dans le résultat de l’EURL Ep Belview Investments n’est pas démontrée ;
- la créance litigieuse n’a pas fait l’objet des formalités prévues à l’article 1690 du code civil ;
- la société n’établit pas la preuve d’une substitution de créance, le montant apparaissant sur la convention de cession de créance produite en cours de contrôle ne correspondant pas au montant enregistré en comptabilité comme transféré entre compte courant d’associé et la transcription comptable n’étant pas intervenue à la date d’échange des consentements.


Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2020, l’EURL Ep Belview Investments conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l’Etat en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu’aucun des moyens de la requête n’est fondé.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. C...,
- les conclusions de M. Ury, rapporteur public,
- et les observations de Me Ibos, substituant Me Corvoni, représentant l’EURL Ep Belview Investments.



Considérant ce qui suit :


1. La SARL Anastasia, nouvellement dénommée EURL Ep Belview Investments, a fait l’objet d’une vérification de comptabilité au titre des exercices 2013 et 2014 à l’issue de laquelle l’administration a rehaussé son résultat de l’exercice 2014 d’un montant de 14 391 524 euros correspondant à un virement du compte courant de son associé, MB..., à son autre associé, la E..., en considérant que la réalité de cette cession de créance n’était pas démontrée. Par un jugement du 12 juin 2020, le tribunal administratif de Nice a fait droit à la demande de l’EURL Ep Belview Investments tendant à la décharge de la cotisation supplémentaire d’impôt sur les sociétés résultant de ce rehaussement. Le ministre de l’économie, des finances et de la relance relève appel de ce jugement.

Sur le bien-fondé du jugement :




2. Aux termes des 1 et 2 de l’article 38 du code général des impôts, applicable en matière d’impôt sur les sociétés en vertu de l’article 209 du même code, le bénéfice imposable est le bénéfice net, lui-même « constitué par la différence entre les valeurs de l’actif net à la clôture et à l’ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l’impôt (…). L’actif net s’entend de l’excédent des valeurs d’actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiées ». Aux termes de l’article 1690 du code civil dans sa rédaction alors applicable : « Le cessionnaire n'est saisi à l'égard des tiers que par la signification du transport faite au débiteur. / Néanmoins, le cessionnaire peut être également saisi par l'acceptation du transport faite par le débiteur dans un acte authentique ».




3. Il résulte de l’instruction que lors de la vérification de comptabilité de la SARL Anastasia, aux droits de laquelle est venue l’EURL Ep Belview Investments, l’administration a constaté qu’au titre de l’exercice clos le 31 décembre 2014, le compte courant d’associé de M. A..., associé à hauteur de 0,1 %, avait été clôturé par un virement d’un montant de 14 391 524 euros au crédit du compte courant d’associé de la E..., associée à hauteur de 99,9 % de la SARL Anastasia et entièrement détenue par M. A.... L’administration a estimé que la cession intervenue entre les deux associés, qui n’avait pas respecté les formalités prévues par les articles 1689 et 1690 du code civil, ne pouvait être regardée comme établie, et que, par suite, la société avait consenti un abandon de créances augmentant à due concurrence son actif net, et dégageant ainsi un bénéfice imposable supplémentaire. Si l’EURL Ep Belview Investments fait valoir que la réalité d’une cession de créance peut être établie par tout autre élément suffisamment probant, et se prévaut d’une convention produite en cours de contrôle, conclue entre M. A..., la E...et la F...le 24 août 2014, en précisant que la convention litigeuse est soumise au droit luxembourgeois, qui ne requiert aucun enregistrement, le document qu’elle produit intitulé « acte de cession de prêt » et daté du 28 août 2014, est établi sur papier libre, dépourvu d’en-tête, et n’a aucune date certaine, alors que sa date diffère de celle à laquelle le transfert de créance a été enregistré en comptabilité, le 31 décembre 2014. En outre, ce document mentionne un montant de 14 436 565,79 euros, supérieur à celui du virement entre comptes courants d’associés, et l’EURL Ep Belview Investments n’établit pas, comme elle l’allègue, que cette différence s’expliquerait par le solde des mouvements intervenus entre la D...et la E...à la clôture de l’exercice 2014, en incluant d’autres écritures que la créance en litige. Enfin, la circonstance que la commission départementale des impôts et des taxes sur le chiffre d’affaires, dans son avis du 30 janvier 2018 s’est prononcée en faveur de la société contribuable est sans incidence sur le bien-fondé de l’imposition supplémentaire en litige. Dans ces conditions, et à supposer même que l’acte de cession de créances soit soumis au droit luxembourgeois, la réalité de la cession de créances intervenue entre M. A... et la E...ne peut être regardée comme établie, contrairement à ce qu’a jugé le tribunal administratif de Nice.





4. Il résulte de ce qui précède que le ministre de l’économie, des finances et de la relance qui demande l’annulation de l’article 1er du jugement attaqué, est fondé à soutenir que c’est à tort que le tribunal administratif de Nice a prononcé la décharge des cotisations supplémentaires d’impôt sur les sociétés correspondant à la réintégration du montant de cette cession dans les résultats de l’EURL Ep Belview Investments.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E



Article 1er : L’article 1er du jugement n° 1805065 du 12 juin 2020 du tribunal administratif de Nice est annulé.

Article 2 : La cotisation supplémentaire d’impôt sur les sociétés mise à la charge à la charge de l’EURL Ep Belview Investments au titre de l’année 2014 et les pénalités correspondantes ayant fait l’objet d’une décharge par le tribunal administratif de Nice sont remises à sa charge.

Article 3 : Les conclusions présentées devant la Cour par l’EURL Ep Belview Investments sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié au ministre de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et à l’EURL Ep Belview Investments.

Copie en sera adressée à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.


Délibéré après l’audience du 15 septembre 2022, où siégeaient :

- Mme Paix, présidente,
- Mme Carotuneto, première conseillère,
- M. Claudé-Mougel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 septembre 2022.


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