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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-20MA04256

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-20MA04256

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-20MA04256
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation7ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSOLINSKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La SARL Cabanon bleu a demandé au tribunal administratif de Bastia d’annuler la décision du 22 mars 2018 par laquelle le directeur régional des finances publiques de Corse et du département de la Corse-du-Sud a rejeté sa réclamation préalable concernant des redevances relatives à des autorisations d’occupation temporaire du domaine public maritime au titre des années 2012, 2013, 2014 et 2015 ainsi que les avis de régularisation et titres de perception concernant ces redevances.

Par un jugement n° 1800582 du 31 mars 2020, le tribunal administratif de Bastia a rejeté cette demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2020, sous le n° 20MA04256, la SARL Cabanon bleu, représentée par Me Solinski, demande à la Cour :

1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Bastia du 31 mars 2020 ;

2°) d’annuler la décision du 22 mars 2018 du directeur régional des finances publiques de Corse et du département de la Corse-du-Sud, l’avis de régularisation ainsi que le titre de perception concernant la redevance d’occupation domaniale pour les années 2012 à 2015 ;




3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision du 22 mars 2018 est entachée d’incompétence dès lors qu’en matière de titre de perception relatif aux recettes domaniales, seuls des agents de la direction de l’immobilier de l’Etat, qui s’est substituée à France domaine, peuvent prendre de telles décisions ;
- elle n’est pas signée et n’indique pas le nom de son auteur, seul le courrier l’accompagnant étant revêtu de ces mentions ;
- ce courrier d’accompagnement, qui constitue la décision attaquée, n’est pas motivé ;
- la décision du 22 mars 2018 est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors que, d’une part, il n’a pas été procédé à la délimitation du domaine public maritime ce qui ne permet pas de déterminer les conditions de l’occupation domaniale et, d’autre part, l’administration ne lui a adressé aucune demande de paiement de redevance à l’exception de l’avis du 11 avril 2017 qui porte sur la période du 1er janvier au 31 décembre 2015 ;
- les décisions relatives aux redevances dues au titre des années 2012, 2013 et 2014, révélées par la décision du 22 mars 2018, ne lui ont pas été notifiées ;
- l’administration doit être regardée comme ayant renoncé à ses créances à compter du 18 juillet 2019 dès lors qu’il ressort de la liste des créances dont elle est redevable, émise par l’administration elle-même, que les créances en cause dans la présente instance ne sont plus dues ;
- le calcul du montant des redevances, révélé par les titres de perception émis le 22 mai 2019 pour les années 2016, 2017 et 2018, est erroné dès lors que le taux de redevance a été appliqué à l’ensemble de son chiffre d’affaires et donc à des activités non concernées par l’occupation du domaine public.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 janvier 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la SARL Cabanon bleu ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme A...,
- et les conclusions de M. Guillaumont, rapporteur public.







Considérant ce qui suit :

1. La société Cabanon bleu a bénéficié d’une autorisation d’occupation temporaire du domaine public maritime sur la plage de Trottel à Ajaccio pour l’installation d’un restaurant représentant une emprise au sol de 237 m², du 1er juin 2012 au 31 décembre 2015. A la suite de l’intervention d’un huissier de justice commis par le directeur régional des finances publiques de Corse pour le paiement des redevances domaniales au titre des années 2012, 2013, 2014 et 2015, la société requérante a adressé une réclamation préalable à l’administration le 6 février 2018. Cette réclamation a été rejetée par une décision du 22 mars 2018 du directeur régional des finances publiques de Corse et du département de la Corse-du-Sud. La société a demandé au tribunal administratif de Bastia d’annuler cette décision du 22 mars 2018, ainsi que les avis de régularisation et titres de perception concernant ces redevances. La société Cabanon bleu relève appel du jugement du 31 mars 2020 du tribunal administratif de Bastia qui a rejeté cette demande.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne les moyens de légalité externe soulevés à l’encontre de la décision du 22 mars 2018 :

2. La société Cabanon bleu reprend en appel, s’agissant de la décision du 22 mars 2018 rejetant la réclamation préalable, les moyens tirés de l’incompétence de l’auteur de la décision, de l’absence de signature et du nom de son auteur et de l’absence de motivation. Toutefois, il y a lieu d’écarter ces moyens, qui ne comportent aucun développement nouveau, par le même motif que celui retenu à bon droit par le tribunal au point 4 du jugement attaqué.

En ce qui concerne le bien-fondé de la créance litigieuse :

3. En premier lieu, aux termes de l’article L. 2111-4 du code général de la propriété des personnes publiques : « Le domaine public maritime naturel de L'Etat comprend : / 1° Le sol et le sous-sol de la mer entre la limite extérieure de la mer territoriale et, côté terre, le rivage de la mer. / Le rivage de la mer est constitué par tout ce qu'elle couvre et découvre jusqu'où les plus hautes mers peuvent s'étendre en l'absence de perturbations météorologiques exceptionnelles ; (…) ».

4. Il résulte de l’instruction, notamment des photographies produites par le directeur régional des finances publiques, que la mer peut recouvrir la totalité de la bande de sable immédiatement attenante au restaurant en dur exploité par la société requérante sur la plage de Trottel à Ajaccio. Si cette dernière soutient que ces photographies auraient été prises lors d’une tempête, ces seules allégations, qui ne sont étayées par aucune pièce versée au dossier, ne suffisent pas à démontrer que les photographies en cause auraient été prises lors de perturbations météorologiques exceptionnelles alors, au demeurant, qu’il résulte de l’instruction qu’elles ont été effectuées à des dates différentes en 2016 et 2017. Dans ces conditions, l’implantation du restaurant exploité par la société Cabanon bleu doit être regardée comme une occupation privative, par cette société, du domaine public maritime.




5. Par ailleurs, lorsqu’il se prononce sur l’appartenance d’un bien au domaine public, le juge n’est pas lié par les termes d’un arrêté, à caractère déclaratif, de délimitation du domaine public maritime. L’appartenance d’une dépendance au domaine public ne peut résulter de l’application d’un tel arrêté, dont les constatations ne représentent que l’un des éléments d’appréciation soumis au juge et il appartient au juge administratif de se prononcer sur l'existence, l'étendue et les limites du domaine public, même en l'absence d'acte administratif délimitant ledit domaine, sauf à renvoyer à l'autorité judiciaire la solution d'une question préjudicielle lorsque, à l'appui de la contestation, sont invoqués des titres de propriété dont l'examen soulève une difficulté sérieuse. Par suite, la société Cabanon bleu ne peut utilement invoquer, pour contester le bien-fondé des redevances et des titres litigieux l’absence de délimitation du domaine public naturel.

6. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 2125-1 du code général de la propriété des personnes publiques : « Toute occupation ou utilisation du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 donne lieu au paiement d'une redevance (...) ». Aux termes de l’article L. 2125-3 de ce même code : « La redevance due pour l'occupation ou l'utilisation du domaine public tient compte des avantages de toute nature procurés au titulaire de l'autorisation ».

7. Il est constant que la société requérante a sollicité et obtenu le 1er juin 2012 une autorisation d’occupation du domaine public maritime pour occuper sur la plage de Trottel à Ajaccio un emplacement de 237 m2 servant d’assiette à un restaurant en dur, autorisation valable du 1er juin 2012 au 31 décembre 2015. Si la société fait valoir que l’administration ne lui a adressé aucune demande de paiement de redevance à l’exception de l’avis du 11 avril 2017, lequel porte sur la période du 1er janvier au 31 décembre 2015, il résulte de l’instruction, d’une part, que l’ensemble des avis, mises en demeure et titres contestés mentionnent l’autorisation d’occupation temporaire et précisent le lieu, la surface et la nature du bâtiment implanté sur le domaine public et, d’autre part, que la société a effectivement occupé ladite surface et exploité son restaurant durant toute la durée de l’autorisation. Ainsi, la circonstance alléguée n’est, en tout état de cause, pas de nature à l’exonérer du paiement de toute indemnité ni à établir qu’en l’espèce le montant de la redevance réclamée aurait été fixée, sur une assiette incertaine et en conséquence de manière manifestement erronée. Enfin, à la supposer établie, l’absence de notification des titres de perception litigieux est sans incidence sur la légalité desdits titres, la notification ayant pour seul objet de faire courir le délai de recours contre ces titres.

8. En troisième lieu, les moyens tirés, d’une part, de ce que l’administration doit être regardée comme ayant renoncé à ses créances à compter du 18 juillet 2019 dès lors qu’il ressort de la liste des créances dont elle est redevable, émise par l’administration elle-même, que les créances en cause dans la présente instance ne sont plus dues et, d’autre part, de ce que le calcul du montant des redevances, révélé par les titres de perception émis le 22 mai 2019 pour les années 2016, 2017 et 2018, est erroné dès lors que le taux de redevance a été appliqué à l’ensemble de son chiffre d’affaires et donc à des activités non concernées par l’occupation du domaine public doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux retenus à bon droit par le tribunal respectivement aux points 10 et 11 du jugement attaqué.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société appelante n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Bastia a rejeté ses demandes. Par suite, sa requête doit être rejetée.



Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, tout ou partie de la somme que la SARL Cabanon bleu demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.


D É C I D E :


Article 1er : La requête de la SARL Cabanon bleu est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à SARL Cabanon bleu et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.


Délibéré après l’audience du 2 décembre 2022, où siégeaient :

- Mme Chenal-Peter, présidente de chambre,
- Mme Ciréfice, présidente assesseure,
- M. Prieto, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 décembre 2022.


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