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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-21MA00033

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-21MA00033

jeudi 29 juin 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-21MA00033
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantLEVASSEUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Marseille de prononcer la décharge, en droits et majorations, de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2014.

Par un jugement n° 1902865 du 6 novembre 2020, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 5 janvier 2021, M. A, représenté par Me A, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement n° 1902865 du 6 novembre 2020 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) de prononcer la décharge sollicitée devant le tribunal ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il résulte de l'article 13 de la loi n° 2011-94 du 25 janvier 2011, éclairé par les débats parlementaires, de l'article 35 de la loi n° 2011-1978 du 28 décembre 2011, d'une note de l'administration fiscale du 24 mars 2011 et de diverses instructions administratives que l'indemnité versée aux avoués en application de la loi du 25 janvier 2011 est imposable suivant le régime fiscal des plus-values et ne pouvait être intégrée au boni de liquidation ;

- il est fondé à se prévaloir d'une décision de dégrèvement du 20 décembre 2016 ;

- les intérêts de retard, qui constituent une sanction, et la majoration prévue à l'article 1758 A du code général des impôts ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2011-94 du 25 janvier 2011 portant réforme de la représentation devant les cours d'appel ;

- la décision n° 2010-624 DC du 20 janvier 2011 du conseil constitutionnel ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Platillero,

- et les conclusions de M. Ury, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A était associé de la société civile professionnelle (SCP) A-Castille-A, qui exerçait la profession d'avoué et avait opté pour l'impôt sur les sociétés. Aux termes d'une assemblée générale du 16 septembre 2011, les associés ont décidé de procéder à la dissolution de la SCP à effet au 31 décembre 2011, la clôture des opérations de liquidation étant constatée dans un procès-verbal d'assemblée générale du 30 décembre 2014. Dans le cadre de la répartition du boni de liquidation dégagé à cette occasion, une quote-part de 633 219 euros a été attribuée à M. A. Compte tenu du montant du capital restant à rembourser et du montant d'un acompte reçu en 2012, le solde du boni au titre de l'année 2014 s'élevait à 381 075 euros. Alors que M. A a déclaré cette dernière somme au titre de l'année 2014 en tant que plus-value professionnelle, l'administration l'a imposée dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, sur le fondement des articles 112 et 161 du code général des impôts, avec application de l'abattement prévu au 3 de l'article 158 du même code, par une proposition de rectification du 4 juillet 2017. Au terme de la procédure, M. A a ainsi été assujetti à une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu, assortie des intérêts de retard et de la majoration prévue à l'article 1758 A du code général des impôts. M. A relève appel du jugement du 6 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à la décharge, en droits et majorations, de cette imposition.

Sur le bien-fondé des impositions :

En ce qui concerne l'application de la loi :

2. D'une part, aux termes de l'article 13 de la loi du 25 janvier 2011 susvisée : " Les avoués près les cours d'appel en exercice à la date de la publication de la présente loi ont droit à une indemnité au titre du préjudice correspondant à la perte du droit de présentation, fixée par le juge de l'expropriation dans les conditions définies par les articles L. 13-1 à L. 13-25 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique. Le juge détermine l'indemnité allouée aux avoués exerçant au sein d'une société dont ils détiennent des parts en industrie afin d'assurer la réparation du préjudice qu'ils subissent du fait de la présente loi. L'indemnité est versée par le fonds d'indemnisation prévu à l'article 19 () Dans un délai de trois mois suivant la cessation de l'activité d'avoué près les cours d'appel et au plus tard le 31 mars 2012, la commission prévue à l'article 16 notifie à l'avoué le montant de son offre d'indemnisation. En cas d'acceptation de l'offre par l'avoué, l'indemnité correspondante est versée à l'avoué dans un délai d'un mois à compter de cette acceptation ". Le Conseil constitutionnel, par une décision n° 2010-624 DC du 20 janvier 2011, a déclaré conforme à la Constitution l'article 13 de la loi du 25 janvier 2011, à l'exception des dispositions de son premier alinéa prévoyant la réparation d'un préjudice de carrière et d'un préjudice économique des avoués ainsi que des dispositions de son deuxième alinéa prenant en compte l'âge des avoués dans la réparation du préjudice subi.

Il a notamment écarté un grief tiré de ce que " des avoués ayant prêté serment la même année, ayant investi la même somme et ayant subi le même préjudice ne pourront prétendre à une même indemnisation nette d'impôt au titre du droit de présentation selon qu'ils exercent en nom propre ou en société, qu'ils sont à l'origine de la création de la société civile professionnelle ou l'ont intégrée, qu'ils sont associés d'une société civile professionnelle ayant ou non opté pour l'impôt sur les sociétés ou qu'ils ont ou non la possibilité de faire valoir leurs droits à la retraite ", au motif que le législateur " qui n'a pas écarté les règles de droit commun de taxation des plus-values, n'a pas méconnu le principe d'égalité en ne prenant pas en compte les conséquences de l'assujettissement à l'impôt de l'indemnité accordée ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 112 du code général des impôts : " Ne sont pas considérés comme revenus distribués : 1° Les répartitions présentant pour les associés ou actionnaires le caractère de remboursements d'apports ou de primes d'émission () ". Aux termes de l'article 161 du même code : " Le boni attribué lors de la liquidation d'une société aux titulaires de droits sociaux en sus de leur apport n'est compris, le cas échéant, dans les bases de l'impôt sur le revenu que jusqu'à concurrence de l'excédent du remboursement des droits sociaux annulés sur le prix d'acquisition de ces droits dans le cas où ce dernier est supérieur au montant de l'apport. () ".

4. M. A fait valoir que la somme en litige est représentative de l'indemnité prévue par les dispositions de l'article 13 de la loi du 25 janvier 2011 portant réforme de la représentation devant les cours d'appel, perçue par les avoués au titre du préjudice correspondant à la perte de leur droit de présentation d'un successeur, imposable en tant que plus-value professionnelle, et ne pouvait ainsi être intégrée au boni de liquidation imposable dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. Toutefois, ni cet article ni l'article 35 de la loi n° 2011-1978 du 28 décembre 2011 de finances rectificative pour 2011, qui ne contient pas de dispositions fiscales, ne dérogent aux règles d'imposition de droit commun. C'est dès lors à bon droit que l'indemnité prévue à l'article 13 de la loi du 25 janvier 2011, versée à la SCP A-Castille-A en 2012, a été imposée à l'impôt sur les sociétés, compte tenu de l'option pour cet impôt souscrite par la société.

5. En outre, en l'absence de dérogation aux règles d'imposition de droit commun, le boni de liquidation de la SCP A-Castille-A était imposable suivant les règles de droit commun. Or, les dispositions des articles 112 et 161 du code général des impôts n'excluent pas du boni de liquidation les plus-values qui n'ont pas été réparties antérieurement et qui, du fait de la disparition de la société, cessent d'être investies dans l'entreprise et deviennent par suite imposables dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. L'indemnité perçue au titre du préjudice correspondant à la perte du droit de présentation étant constitutive d'un gain exceptionnel imposable selon les règles de détermination des plus-values professionnelles, son absence de répartition antérieure entre les associés, dont M. A qui n'était pas titulaire d'un droit personnel au bénéfice du paiement d'une fraction de l'indemnité en sa qualité d'associé d'une société soumise à l'impôt sur les sociétés, implique ainsi son intégration au boni de liquidation. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient M. A, qui n'est en tout état de cause pas fondé à se prévaloir d'une rupture d'égalité devant les charges publiques compte tenu de ce qui a été dit au point 2, c'est à bon droit que l'administration a imposé la somme en litige au titre du boni de liquidation de la SCP A-Castille-A dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers au nom de M. A, dans les conditions mentionnées au point 1.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

6. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente () ". Aux termes de l'article L. 80 B du même livre : " 1° La garantie prévue au premier alinéa de l'article L. 80 A est applicable lorsque l'administration a formellement pris position sur l'appréciation d'une situation de fait au regard d'un texte fiscal () ".

7. En premier lieu, M. A n'est pas fondé à se prévaloir de l'interprétation administrative de la loi fiscale qui résulte des instructions référencées BOI-BNC-BASE-30-30-20-60, BOI-BNC-BASE-30-30-30, BOI-BNC-BASE-30-30-30-30, BOI-ANNX-000446, BOI-BNC-CESS-10-10, BOI-BNC-CESS-10-20 et BOI-BIC-PDTSK-10-30-20, qui ne portent pas sur les modalités d'imposition du boni de liquidation d'une SCP d'avoués soumise à l'impôt sur les sociétés.

8. En deuxième lieu, M. A se prévaut d'une note du 24 mars 2011 de la ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi concernant le régime fiscal afférent aux indemnités perçues par les avoués en application de la loi du 25 janvier 2011, qui précise que la plus-value correspondant à l'indemnité de réparation de la perte du droit de présentation est imposable à l'impôt sur les sociétés au taux de droit commun lorsque le titulaire du droit de présentation est une société soumise à l'impôt sur les sociétés et que, en cas de liquidation de la société, la plus-value d'annulation des titres est imposable à l'impôt sur le revenu. Cette note ne donne ainsi en tout état de cause pas une interprétation différente de la loi fiscale de celle dont il est fait application par le présent arrêt.

9. En troisième lieu, il résulte de l'instruction qu'à la suite d'une proposition de rectification du 24 septembre 2015 aux termes de laquelle l'administration avait informé M. A de son intention d'imposer en tant que revenu distribué la quote-part de l'indemnisation qui lui avait été versée en 2012 par la SCP, l'intéressé avait été assujetti aux impositions supplémentaires correspondantes au titre de cette année, mises en recouvrement le 30 avril 2016. Par une décision du 20 décembre 2016, l'administration a prononcé le dégrèvement de ces impositions, " au regard des motifs concernant le régime fiscal de l'indemnité pour perte du droit de présentation (suite à la suppression de la profession d'avoué) ". Compte tenu des termes de cette décision, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'administration aurait ainsi pris une position formelle quant aux modalités d'imposition du boni de liquidation de la SCP. En tout état de cause cette décision, postérieure à la mise en recouvrement de l'imposition primitive de l'année 2014, n'est dès lors pas opposable.

Sur les majorations :

10. En premier lieu, aux termes de l'article 1727 du code général des impôts : " Toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard. A cet intérêt s'ajoutent, le cas échéant, les sanctions prévues au présent code ".

11. L'intérêt de retard institué par ces dispositions vise essentiellement à réparer les préjudices de toute nature subis par l'Etat à raison du non-respect par les contribuables de leurs obligations de déclarer et payer l'impôt aux dates légales. Contrairement à ce que soutient M. A, qui se borne à se prévaloir de son taux sans même le préciser, l'intérêt de retard ne constitue ainsi pas une sanction.

12. En second lieu, aux termes de l'article 1758 A du code général des impôts : " I. Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits mis à la charge du contribuable ou de la créance indue () ".

13. En réprimant non seulement les inexactitudes ou les omissions relevées dans les déclarations mentionnées au I de l'article 1758 A du code général des impôts mais également leur retard ou défaut de souscription, le législateur a, par la sanction ayant le caractère d'une punition qu'il a instaurée, entendu prévenir et sanctionner certains manquements aux obligations déclaratives des contribuables dont le respect est nécessaire à la liquidation de l'impôt. Ces dispositions instituent en outre une sanction financière dont la nature est directement liée à celle de l'infraction et dont le taux ne revêt pas, en lui-même ni au regard de la nature des manquements que la majoration entend prévenir et réprimer, un caractère manifestement disproportionné. Enfin, l'application du I de l'article 1758 A du code général des impôts est exclusif de toute appréciation du caractère intentionnel ou non du manquement imputable au contribuable. Contrairement à ce que soutient M. A, c'est dès lors à bon droit que cette majoration a été appliquée.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande. Ses conclusions aux fins d'annulation de ce jugement et de décharge, en droits et majorations, des impositions en litige doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais qu'il a exposés.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée à la direction de contrôle fiscal Sud-Est.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, où siégeaient :

- Mme Paix, présidente,

- M. Platillero, président assesseur,

- Mme Carotenuto, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 juin 2023.

N° 20MA00033

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