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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-21MA00175

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-21MA00175

jeudi 4 mai 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-21MA00175
TypeDécision
Recoursplein contentieux
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSELARL FLEURENTDIDIER & ASSOCIES;SCP BBLM AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

La société Immopro a demandé au tribunal administratif de Marseille de prononcer la décharge, en droits et majorations, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016.

Par un jugement n° 1900664 du 17 novembre 2020, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 janvier 2021 et 19 juillet 2021, la société Immopro, représentée par Me Attali-Balensi, demande à la Cour :

1°) de surseoir à statuer dans l'attente de décisions de la Cour de justice de l'Union européenne ;

2°) d'annuler le jugement n° 1900664 du 17 novembre 2020 du tribunal administratif de Marseille ;

3°) de prononcer la décharge sollicitée devant le tribunal, assortie des intérêts légaux ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle est fondée à bénéficier du régime de taxation sur la marge, prévu à l'article 268 du code général des impôts, en présence de cessions de terrains à bâtir qui n'ont pas supporté de taxe sur la valeur ajoutée à l'occasion de leur acquisition ;

- l'administration ajoute à la loi en exigeant une identité juridique des biens immobiliers cédés et une division parcellaire antérieure à l'acquisition.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 mai 2021 et 26 juillet 2021, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la société Immopro ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 février 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 mars 2013.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2006/112/CE du 28 novembre 2006 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les conclusions de M. Ury, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Immopro, qui exerce l'activité de marchand de biens, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, à l'issue de laquelle une proposition de rectification du 26 juin 2017 lui a été notifiée. Au terme de la procédure, elle a été assujettie à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, assortis des intérêts de retard, au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016. La société Immopro relève appel du jugement du 17 novembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à la décharge, en droits et majorations, de ces impositions.

Sur le bien-fondé des impositions :

2. Le I de l'article 257 du code général des impôts dans sa rédaction applicable au litige, prévoit que les opérations concourant à la production ou à la livraison d'immeubles, lesquelles comprennent les livraisons à titre onéreux de terrains à bâtir, sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée. En vertu du 2 du b. de l'article 266 du même code, l'assiette de la taxe est en principe constituée par le prix de cession. L'article 392 de la directive du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée dispose toutefois que : " Les Etats membres peuvent prévoir que, pour les livraisons de bâtiments et de terrains à bâtir achetés en vue de la revente par un assujetti qui n'a pas eu droit à déduction à l'occasion de l'acquisition, la base d'imposition est constituée par la différence entre le prix de vente et le prix d'achat ". L'article 268 du code général des impôts, pris pour la transposition de ces dispositions, prévoit, dans sa rédaction applicable que : " S'agissant de la livraison d'un terrain à bâtir (), si l'acquisition par le cédant n'a pas ouvert droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée, la base d'imposition est constituée par la différence entre : / 1° D'une part, le prix exprimé et les charges qui s'y ajoutent ; / 2° D'autre part, selon le cas : / - soit les sommes que le cédant a versées, à quelque titre que ce soit, pour l'acquisition du terrain(); / - soit la valeur nominale des actions ou parts reçues en contrepartie des apports en nature qu'il a effectués ".

3. Dans son arrêt du 30 septembre 2021 Icade Promotion SAS (aff. C-299/20), la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit que l'article 392 de la directive 2006/112 doit être interprété en ce sens qu'il exclut l'application du régime de taxation sur la marge à des opérations de livraison de terrains à bâtir lorsque ces terrains acquis non bâtis sont devenus, entre le moment de leur acquisition et celui de leur revente par l'assujetti, des terrains à bâtir, mais qu'il n'exclut pas l'application de ce régime à des opérations de livraison de terrains à bâtir lorsque ces terrains ont fait l'objet, entre le moment de leur acquisition et celui de leur revente par l'assujetti, de modifications de leurs caractéristiques telles qu'une division en lots ou la réalisation de travaux d'aménagement permettant l'installation de réseaux desservant lesdits terrains, à l'instar, notamment, des réseaux de gaz ou d'électricité. Dans son ordonnance du 10 février 2022 Ministre de l'économie, des finances et de la relance c. Les Anges d'Eux SARL, Echo 5 SARL et Cletimmo SAS (aff. C-191/21), la Cour de justice de l'Union européenne a précisé que le régime dérogatoire prévu à l'article 392 de la directive TVA s'applique aux seuls terrains à bâtir qui, définis comme tels par les Etats membres, sont achetés en vue de la revente et qu'ainsi, l'application du régime de la taxation sur la marge suppose, en vertu de cet article 392, une identité juridique entre le bien acquis et le bien revendu. Elle a ajouté qu'il s'agit dès lors de vérifier, en tenant compte des définitions prévues par la législation nationale et de toutes les circonstances dans lesquelles se sont déroulées les opérations en cause, si les biens acquis par le contribuable relèvent de la notion de " terrain à bâtir " au sens de l'article 12 §3 de la directive TVA et, ainsi, du champ d'application de son article 392.

4. Il résulte ainsi des dispositions de l'article 268 du code général des impôts, lues à la lumière de celles de la directive dont elles ont pour objet d'assurer la transposition, que les règles de calcul dérogatoires de la taxe sur la valeur ajoutée qu'elles prévoient s'appliquent aux opérations de cession de terrains à bâtir qui ont été acquis en vue de leur revente et ne s'appliquent ainsi pas à une cession de terrains à bâtir qui, lors de leur acquisition, avaient le caractère d'un terrain bâti.

5. Compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, la société Immopro n'est pas fondée à contester la remise en cause du régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge, prévu à l'article 268 du code général des impôts, qu'elle avait appliqué à des cessions de biens vendus en tant que terrains à bâtir, au motif que les acquisitions à l'origine de la création de ces terrains n'avaient pas été soumises à la taxe sur la valeur ajoutée et que la condition d'identité juridique ne s'appliquerait pas. Elle n'est pas plus fondée à soutenir que les rectifications en litige seraient fondées sur une position de l'administration exposée dans son instruction n° 3 A-9-10 du 29 décembre 2010 ultérieurement mise à jour, qui ajouterait à la loi.

6. Par ailleurs, en premier lieu, la société Immopro a acquis, par un acte authentique du 28 mai 2014, deux maisons d'habitation et leur terrain d'assiette, figurant au cadastre section AC 321, situés 18, chemin de la Gandole à La Bouilladisse. Cette parcelle a fait l'objet postérieurement, le 30 mai 2014 d'une division en trois lots cadastrés AC 481, AC 482 et AC 483, cette dernière parcelle composé d'un terrain sans construction issu de la parcelle initiale ayant ensuite été divisée en deux lots de terrains à bâtir le 8 octobre 2015, dont la cession le même jour a été soumise par la société Immopro au régime de taxe sur la valeur ajoutée sur la marge. Ainsi, la société Immopro a acquis une unité foncière comprenant deux ensembles immobiliers comprenant chacun une maison et son terrain, et l'acte d'acquisition ne fait état de l'acquisition d'aucun terrain à bâtir. A cet égard, la société ne peut utilement se prévaloir du dépôt d'une déclaration préalable de division le 7 janvier 2014 à laquelle le maire de la commune ne s'est pas opposé par un arrêté du 18 février 2014 et d'un rectificatif à l'acte authentique du 24 janvier 2018 faisant état d'un document d'arpentage du 28 mai 2014, dès lors qu'elle n'a acquis aucun terrain à bâtir.

7. En deuxième lieu, la société Immopro a acquis, par un acte authentique du 20 février 2015, une maison d'habitation et son terrain d'assiette figurant au cadastre section BE 123, situés 660, chemin du Font de Garache à Gardanne. Cette parcelle a fait l'objet postérieurement, le 12 mai 2015, d'une division cadastrale en trois lots cadastrés BE 507, elle-même divisée en trois lots, BE 508 et BE 509, ces deux dernières parcelles étant composées de terrains sans constructions dont la cession le 9 septembre 2015 a été soumise par la société Immopro au régime de taxe sur la valeur ajoutée sur la marge. Ainsi, la société Immopro a acquis une unité foncière comprenant une maison et son terrain et l'acte d'acquisition ne fait état de l'acquisition d'aucun terrain à bâtir. A cet égard, la société ne peut utilement se prévaloir du dépôt d'une déclaration préalable de division le 17 juillet 2014 à laquelle le maire de la commune ne s'est pas opposé par un arrêté du 31 juillet 2014 et d'un rectificatif à l'acte authentique du 1er février 2018 qui fait état du constat de la division effectuée le 12 mai 2015 et mentionne un document d'arpentage et l'arrêté municipal précité, ce qui confirme d'ailleurs qu'elle n'a acquis le 20 février 2015 aucun terrain à bâtir.

8. En troisième lieu, la société Immopro a acquis, par un acte authentique du 3 février 2016, une maison d'habitation et son terrain d'assiette, figurant au cadastre section BP 118 et BP 119, situés 16 rue du Nord à Fuveau. Postérieurement, le 20 septembre 2016, un lotissement a été créé sur la parcelle BP 119 qui a été divisée en deux lots cadastrés BP 120 et BP 121. Ces parcelles ont été cédées les 20 septembre et 19 novembre 2016 par la société Immopro sous le régime de taxe sur la valeur ajoutée sur la marge. A cet égard, la société Immopro ne peut utilement se prévaloir de l'arrêté du 27 octobre 2015 par lequel le maire de la commune lui a accordé un permis d'aménager pour la création d'un lotissement comportant deux lots sur une parcelle cadastrée BP 4 et un rectificatif à l'acte authentique du 19 janvier 2018, qui fait notamment état d'un document d'arpentage réalisé le 1er février 2016, créant les parcelles précitées issues d'une parcelle cadastrée BP 4, du permis d'aménager et d'un document d'arpentage du 6 septembre 2016 en vue de la division de la parcelle BP 119, ces documents confirmant d'ailleurs qu'elle n'a acquis le 3 février 2016 aucun terrain à bâtir.

9. En quatrième lieu, la société Immopro a acquis, par un acte authentique du 17 juin 2016, une maison d'habitation et son terrain d'assiette figurant au cadastre section BZ 160, situés 6 lotissement du San Baquis Sud à Bouc-Bel-Air. Cette parcelle a fait l'objet, postérieurement, le 18 août 2016 d'une division en deux lots cadastrés BZ 239 et BZ 240, cette dernière parcelle composée de terrains sans construction étant cédée le 18 novembre 2016 par la société Immopro sous le régime de taxe sur la valeur ajoutée sur la marge. Ainsi, la société Immopro a acquis une unité foncière comprenant une maison et son terrain et l'acte d'acquisition ne fait état de l'acquisition d'aucun terrain à bâtir. A cet égard, la société ne peut utilement se prévaloir du dépôt d'une déclaration préalable de division le 18 janvier 2016 à laquelle le maire de la commune ne s'est pas opposé par un arrêté du 16 février 2016 et d'un rectificatif à l'acte authentique du 1er février 2018 qui fait état du constat de la division effectuée le 18 novembre 2016 et mentionne un document d'arpentage du 18 août 2016 et l'arrêté municipal précité, ce qui confirme d'ailleurs qu'elle n'a acquis le 17 juin 2016 aucun terrain à bâtir.

10. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 à 9 que les cessions en litige concernent des terrains à bâtir issus de la division de biens initialement composés d'immeubles bâtis et de leurs terrains d'assiette, la société Immopro ayant procédé à une acquisition unique aux termes de chacun des actes de vente et non pas à l'acquisition de lots qui distinguaient des terrains comportant des constructions et des terrains à bâtir. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a estimé que le régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge n'était pas applicable à ces cessions, en l'absence d'identité juridique entre le bien acquis et le bien revendu.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de surseoir à statuer, que la société Immopro n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande. Ses conclusions tendant à l'annulation de ce jugement et à la décharge, en droits et majorations, des impositions en litige, assortie du versement des intérêts légaux, doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Immopro demande au titre des frais qu'elle a exposés.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Immopro est rejetée.

Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à la société Immopro et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Copie en sera adressée à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, où siégeaient :

- Mme Paix, présidente,

- M. Platillero, président assesseur,

- Mme Mastrantuono, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 mai 2023.

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