vendredi 24 mars 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-21MA00435 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | HACHEM |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. et Mme Y, M. et Mme AG, M. et Mme AJ, M. et Mme AM, M. et Mme H, M. et Mme AB, M. et Mme P, M. et Mme T, M. et Mme AI, M. et Mme AK, M. et Mme AL, M. et Mme I, M. et Mme W, M. et Mme AF, M. et Mme AE, M. et Mme C, M. et Mme AC, M. Z et Mme V, M. et Mme AH, M. et Mme M, M. et Mme E, M. et Mme AC, M. et Mme N, M. et Mme AA, M. et Mme K, M. et Mme AQ, M. S et Mme R, M. B et Mme L, M. et Mme J, M. D et Mme AD, M. et Mme O, M. et Mme F, M. Q, M. U et Mme G, ont demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 6 août 2018, par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a approuvé le plan de prévention des risques d'incendie de forêt (PPRIF) sur la commune des Pennes Mirabeau.
Par un jugement n° 1901987 du 3 décembre 2020, le tribunal administratif de Marseille a rejeté leur demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 1er février 2021, 1er février 2022 et 12 décembre 2022, M. et Mme Y, M. et Mme AG, M. et Mme AJ, M. et Mme AM, M. et Mme H, M. et Mme AB, M. et Mme P, M. et Mme T, M. et Mme AI, M. et Mme AK, M. et Mme AL, M. et Mme I, M. et Mme W, M. et Mme AF, M. et Mme C, M. et Mme AC, M. Z et Mme V, M. et Mme AH, M. et Mme E, M. et Mme AC, M. et Mme AA, M. et Mme K, M. et Mme AQ, M. S et Mme R, M. B et Mme L, M. et Mme J, M. D et Mme AD, M. et Mme O, M. et Mme F et M. Q, représentées par Me Hachem, demandent à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement du 3 décembre 2020 du tribunal administratif de Marseille ;
2°) à titre principal, d'annuler l'arrêté du 6 août 2018 ;
3°) à titre subsidiaire, d'annuler l'arrêté du 6 août 2018 en tant qu'il classe en zone B1 les parcelles cadastrées n° CZ 377, 140, 142, 379 et 139 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le mémoire en défense a été signé par une personne incompétente ;
- ils ont intérêt à agir contre l'arrêté contesté en leur qualité d'habitants de la commune ;
- l'analyse du BET et de l'ONF sur laquelle se fondent le tribunal et le préfet n'a pas été communiquée dans le cadre de la procédure de première instance ;
- l'approbation du PPRIF est intervenue plus de trois ans après l'arrêté prescrivant son élaboration, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 562-2 du code de l'environnement ;
- les modalités de concertation et notamment le caractère extrêmement tardif de l'organisation des réunions publiques par rapport à la prescription, mais aussi précipité par rapport au sinistre, n'ont pas permis d'associer correctement le public à l'élaboration du PPRIF ;
- les incendies de 2004 et de 2016 n'ont pas été pris en compte dans le cadre de l'élaboration du plan contesté ;
- il n'a pas été tenu compte des avis du maire et du commissaire enquêteur qui préconisaient un classement en zone rouge des parcelles cadastrées n° CZ 377, 140, 142, 379 et 139 ;
- le classement en zone B1 des parcelles cadastrées n° CZ 377, 140, 142, 379 et 139 est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait ;
- il y a une erreur de fait dans l'appréciation de la configuration des lieux, et au regard des croisements des critères, ce secteur ne pouvant être classé en zone B1 ;
- le préfet a commis un détournement de pouvoir en vue de favoriser un projet de construction.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 10 octobre 2022 et 27 décembre 2022, le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires conclut au rejet de la requête de M. Y et autres.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne justifient pas de leur intérêt à agir contre l'arrêté contesté ;
- les moyens soulevés par M. Y et autres ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le décret n° 2011-765 du 28 juin 2011 ;
-le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme AN,
-les conclusions de M. Guillaumont, rapporteur public,
-et les observations de Me Hachem, représentant M. Y et autres.
Une note en délibéré présentée par Me Hachem pour M. Y et autres a été enregistrée le 15 mars 2023.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 30 mars 2011, le préfet des Bouches-du-Rhône a prescrit l'élaboration d'un plan de prévention des risques naturels prévisibles d'incendie de forêt (PPRIF) sur le territoire de la commune des Pennes Mirabeau, qui a donné lieu à une phase de consultation du 23 janvier 2017 au 31 mars 2017, puis à une procédure d'enquête publique, réalisée du 20 novembre 2017 au 30 janvier 2018. Le commissaire enquêteur a rendu, le 15 février 2018, un avis favorable assorti " d'avis réservés particuliers ". Le préfet des Bouches-du-Rhône a, par un arrêté du 6 août 2018, approuvé ce PPRIF. Il classe en zone B1 les parcelles cadastrées n° CZ 377, 140, 142, 379 et 139. M. AG a formé un recours gracieux par courrier du 21 novembre 2018, reçu le 26, rejeté par courrier du préfet le 19 février 2019. M. Y et autres ont formé un recours hiérarchique auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire par courrier du 21 novembre 2018 reçu le 26 et demeuré sans réponse. M. Y et autres relèvent appel du jugement du 3 décembre 2020 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté leur demande tendant à l'annulation de cet arrêté du 6 août 2018.
Sur la recevabilité des mémoires en défense du ministre de la transition écologique et de la cohésion du territoire :
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme AO AP, adjointe à la cheffe du bureau des affaires juridiques des risques pour l'environnement qui a signé les mémoires en défense bénéficiait, en application d'une décision du 27 juillet 2022 du directeur des affaires juridiques du ministère de la transition écologique et de la cohésion des territoires, publiée au Journal officiel de la République française du 29 juillet 2022, d'une délégation de signature à l'effet de signer, au nom des ministres ou secrétaires d'Etat ayant autorité sur le secrétariat général défini par le décret du 9 juillet 2008 ou en disposant, tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets, pour les affaires relatives aux risques pour l'environnement y compris en matière contentieuse.
Sur la régularité du jugement attaqué :
3. Aux termes de l'article R. 611-1 du code de justice administrative : " La requête, le mémoire complémentaire annoncé dans la requête et le premier mémoire de chaque défendeur sont communiqués aux parties avec les pièces jointes dans les conditions prévues aux articles R. 611-2 à R. 611-6. () ".
4. Si M. Y et autres soutiennent que l'analyse du BET et de l'office national des forêts (ONF) sur lequel s'est fondé le tribunal n'a pas été communiquée, il ressort du point 14 du jugement attaqué que les premiers juges se sont bornés à reprendre l'allégation non contestée du préfet des Bouches-du-Rhône selon laquelle " cette appréciation fine a fait l'objet d'une analyse approfondie tant par l'ONF (bureau d'étude assistant la DDTM) que les services de secours (SDIS) qui a permis de conclure à la définition d'un zonage B2 dans le PPRIf " figurant dans son mémoire en défense enregistré le 25 septembre 2020 qui a bien été communiqué aux requérants lesquels y ont répondu par un mémoire complémentaire enregistré le 10 novembre 2020. En outre, cette étude n'étant pas produite par le préfet, il revenait aux requérants d'en demander la communication s'ils souhaitaient en contester son contenu. Par suite, le jugement attaqué n'est pas irrégulier.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué :
En ce qui concerne la durée d'approbation du PPRIF en litige :
5. L'article R. 562-2 du code de l'environnement dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté du 30 mars 2011 portant prescription du PPRIF contesté prévoit que : " L'arrêté prescrivant l'établissement d'un plan de prévention des risques naturels prévisibles détermine le périmètre mis à l'étude et la nature des risques pris en compte. Il désigne le service déconcentré de l'Etat qui sera chargé d'instruire le projet. / Cet arrêté définit également les modalités de la concertation relative à l'élaboration du projet. / Il est notifié aux maires des communes ainsi qu'aux présidents des collectivités territoriales et des établissements publics de coopération intercommunale compétents pour l'élaboration des documents d'urbanisme dont le territoire est inclus, en tout ou partie, dans le périmètre du projet de plan. / Il est, en outre, affiché pendant un mois dans les mairies de ces communes et aux sièges de ces établissements publics et publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département. Mention de cet affichage est insérée dans un journal diffusé dans le département. ". Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 562-2 du code précité dans sa rédaction issue du 2° de l'article 1er du I du décret n° 2011-765 du 28 juin 2011 relatif à la procédure d'élaboration, de révision et de modification des plans de prévention des risques naturels prévisibles, publié au Journal officiel de la République française du 30 juin 2011 : " Le plan de prévention des risques naturels prévisibles est approuvé dans les trois ans qui suivent l'intervention de l'arrêté prescrivant son élaboration. Ce délai est prorogeable une fois, dans la limite de dix-huit mois, par arrêté motivé du préfet si les circonstances l'exigent, notamment pour prendre en compte la complexité du plan ou l'ampleur et la durée des consultations. ". L'article 2 de ce décret prévoit cependant que : " Les dispositions du I de l'article 1er sont applicables aux plans de prévention des risques naturels prévisibles dont l'établissement est prescrit par un arrêté pris postérieurement au dernier jour du premier mois suivant la publication du présent décret. ".
6. En premier lieu, il résulte de ces dernières dispositions qu'à la date du 30 mars 2011 à laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a prescrit l'élaboration du plan en litige, le dernier alinéa de l'article R. 562-2 du code de l'environnement, qui prévoit un délai de trois ans à compter de sa prescription pour approuver un plan de prévention des risques naturels prévisibles, n'était pas applicable. Seules étaient alors en vigueur les dispositions précitées de l'article R. 562-2 du code de l'environnement qui ne prévoyaient aucun délai pour l'approbation d'un tel plan. Ainsi, la seule circonstance qu'un délai de plus de trois ans se soit écoulé entre l'arrêté prescrivant le plan et son approbation est sans incidence sur la régularité de la procédure d'élaboration du PPRIF de la commune des Pennes Mirabeau et, par suite, sur la légalité de l'arrêté en litige.
7. En deuxième lieu, la circonstance que le rapport de présentation du plan contesté vise et cite à son annexe 2 l'article R. 562-2 du code de l'environnement dans sa rédaction actuelle est sans incidence dès lors que l'application de ces dispositions doit s'effectuer à la date de l'arrêté portant prescription du PPRIF et fixant les modalités de la concertation.
8. En troisième lieu, M. Y et autres ne démontrent pas en quoi les modalités de concertation et notamment le caractère extrêmement tardif de l'organisation des réunions publiques par rapport à la prescription n'ont pas permis d'associer correctement le public à l'élaboration du PPRIF. Sur ce point et en tout état de cause, il ressort du rapport d'enquête publique que la concertation avec le public qui s'est tenue de janvier à mars 2017 a mobilisé plus de 300 personnes et a donné lieu à 26 requêtes ainsi qu'à 3 remarques qui ont été portées sur le registre tenu en mairie. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette concertation aurait été insuffisante du seul fait du délai précité.
En ce qui concerne l'avis du commissaire enquêteur :
9. En premier lieu, le préfet des Bouches-du-Rhône n'était tenu ni de suivre les recommandations du commissaire enquêteur, ni de faire suite aux réserves qu'il avait émises. Par suite, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de l'avis favorable du commissaire enquêteur à leur demande.
10. En second lieu, aux termes de l'article R. 562-7 du code de l'environnement : " Le projet de plan de prévention des risques naturels prévisibles est soumis à l'avis des conseils municipaux des communes et des organes délibérants des établissements publics de coopération intercommunale compétents pour l'élaboration des documents d'urbanisme dont le territoire est couvert, en tout ou partie, par le plan. () / Tout avis demandé en application des trois alinéas ci-dessus qui n'est pas rendu dans un délai de deux mois à compter de la réception de la demande est réputé favorable ". Aux termes de l'article R. 562-8 du code de l'environnement : " Le projet de plan est soumis par le préfet à une enquête publique dans les formes prévues par les articles R. 123-7 à R. 123-23, sous réserve des dispositions des deux alinéas qui suivent. / Les avis recueillis en application des trois premiers alinéas de l'article R. 562-7 sont consignés ou annexés aux registres d'enquête dans les conditions prévues par l'article R. 123-13. / Les maires des communes sur le territoire desquelles le plan doit s'appliquer sont entendus par le commissaire enquêteur ou par la commission d'enquête une fois consigné ou annexé aux registres d'enquête l'avis des conseils municipaux ".
11. Il ne ressort pas de ces dispositions ni d'aucun autre texte législatif ou réglementaire que le préfet des Bouches-du-Rhône était tenu de prendre en compte l'avis favorable du maire de la commune des Pennes Mirabeau au reclassement des parcelles cadastrées n° CZ 377, 140, 142, 379 et 139 en zone rouge.
En ce qui concerne le classement en zone B1 :
12. Aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement : " I. L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones. / II. - Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ; / 2° De délimiter les zones qui ne sont pas directement exposées aux risques mais où des constructions, des ouvrages, des aménagements ou des exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient aggraver des risques ou en provoquer de nouveaux et y prévoir des mesures d'interdiction ou des prescriptions telles que prévues au 1° ; / 3° De définir les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde qui doivent être prises, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, par les collectivités publiques dans le cadre de leurs compétences, ainsi que celles qui peuvent incomber aux particuliers ; / 4° De définir, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, les mesures relatives à l'aménagement, l'utilisation ou l'exploitation des constructions, des ouvrages, des espaces mis en culture ou plantés existants à la date de l'approbation du plan qui doivent être prises par les propriétaires, exploitants ou utilisateurs () / VII. - Des décrets en Conseil d'Etat définissent en tant que de besoin les modalités de qualification des aléas et des risques, les règles générales d'interdiction, de limitation et d'encadrement des constructions, de prescription de travaux de réduction de la vulnérabilité, ainsi que d'information des populations, dans les zones exposées aux risques définies par les plans de prévention des risques naturels prévisibles. () ".
13. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient aux autorités compétentes, lorsqu'elles élaborent des plans de prévention des risques d'incendie de forêt, d'apprécier les aléas et dangers auxquels sont exposées les zones qu'ils délimitent, en tenant compte de la nature et de l'intensité des risques courus par les personnes et les biens. Cette appréciation dépend nécessairement des capacités et délais d'intervention des services d'incendie et de secours, qui sont eux-mêmes tributaires des caractéristiques de ces zones, telles que le relief, la végétation et les moyens d'accès.
14. Il ressort du rapport de présentation et du règlement du PPRIF contesté que la zone rouge correspond aux secteurs soumis à un aléa feu de forêt moyen à exceptionnel, dans lesquels l'ampleur des phénomènes ne permet pas de défendre les unités foncières intéressées. La zone rouge R est une zone inconstructible. Toutefois, des extensions limitées des constructions existantes y sont autorisées. Elle est ainsi la zone exposée aux phénomènes de la plus grande ampleur et est considérée comme ne pouvant par définition pas faire l'objet d'une défense efficace contre l'incendie. Sont ainsi classées en zone rouge notamment les parcelles situées au cœur de massif boisé où l'urbanisation est peu représentée voire absente avec des accès souvent peu aisément praticables et qui restent insuffisamment, voire pas du tout desservies en eau. Ainsi, non seulement ces secteurs sont susceptibles de subir des incendies de forte intensité, mais en outre, ils ne possèdent généralement pas la structure et les infrastructures leur permettant d'être défendus vis-à-vis de la plupart des incendies de forêts. Par ailleurs, selon ces documents, les zones bleues B1 et B2 sont susceptibles d'être parcourues par des feux intenses, l'aléa dans ces zones étant de niveau moyen à fort. Néanmoins, le niveau satisfaisant des équipements de défense permet aux services de secours d'intervenir en cas d'incendie. Sont ainsi classées en zone B1 les parcelles situées en bordure de massif boisé et en zone déjà urbanisée, dotées d'accès larges et praticables ainsi que de dessertes en eau suffisantes permettant leur défendabilité y compris en cas d'incendies d'intensité non négligeables.
S'agissant de la prise en compte des incendies survenus le 24 juillet 2004 et le 10 août 2016 :
15. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'incendie du 24 juillet 2004 n'aurait été que partiellement pris en compte dès lors que le rapport de présentation mentionne dans l'historique des feux des incendies de forêt sur le territoire de la commune des Pennes Mirabeau que 304 départs de feux ont été comptabilisés entre 1973 et 2015 parcourant une surface de 883 hectares et qu'en moyenne depuis 43 ans, on dénombre 7 feux par an et une surface détruite de 20 hectares. D'autre part, la page 32 du rapport de présentation du plan contesté fait état, dans l'historique précité, de l'incendie survenu en août 2016 lequel a concerné 669,93 ha de la commune précitée. Ce feu a également été pris en compte dans le cadre d'une réunion du 14 octobre 2016 relative à l'élaboration du PPRIF et réunissant des représentants de la commune des Pennes Mirabeau, de la DDTM des Bouches-du-Rhône, du SDIS, du pôle DFCI et de l'ONF. Le compte rendu de cette réunion relève que la commune des Pennes Mirabeau a été identifiée comme particulièrement sensible au feu de forêt, avec de nombreux enjeux humains potentiellement soumis au risque, comme a malheureusement pu l'illustrer l'incendie du 10 août 2016. Dans ces conditions, cette commune a été considérée comme faisant partie des priorités définies au niveau départemental pour la prescription et l'approbation d'un PPRIF. En outre, le ministre fait valoir qu'une visite de terrain a été effectuée après l'incendie de 2016. Par suite, M. Y et autres ne sont pas fondés à soutenir que les incendies survenus en 2004 et 2016 n'ont pas été pris en compte dans l'élaboration du PPRI en litige.
S'agissant de la détermination de l'enjeu et de l'aléa :
16. Il ressort des vues aériennes produites tant par le préfet des Bouches-du-Rhône que par les requérants que les parcelles cadastrées n° CZ 377, 140, 142, 379 et 139 sont non bâties et situées en zone urbanisée dès lors qu'elles sont entourées de nombreuses constructions de type pavillonnaire, en particulier, une trentaine rien que sur la partie droite de ces parcelles selon le plan cadastral produit par le préfet des Bouches-du-Rhône, à l'exception du nord qui donne sur la falaise du plateau de Vitrolles laquelle est classée en zone rouge. Ces parcelles forment ainsi une dent creuse au sein d'une zone urbanisée de type habitat groupé dont l'ensemble ne saurait constituer un habitat isolé. Il ressort, en outre, du tableau de croisement aléas / enjeux du PPRIF en litige que ces parcelles classées en zone B1 correspondent à un aléa fort et non à un aléa moyen contrairement à ce que soutiennent les appelants. En outre, si les requérants font état d'un petit vallon en milieu de falaise qui créerait un effet Venturi, il s'agit en réalité d'une pente descendante ayant pour effet de ralentir la progression du feu et donc d'en diminuer l'intensité. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 14, la zone B1 peut, au sens du règlement du plan contesté, être parcourue par des feux intenses et correspondre à des parcelles situées en bordure de massif boisé. Dès lors, les seules circonstances que ces parcelles seraient à proximité d'un secteur d'aléa exceptionnel et qu'elles ont été touchées par les feux de 2004 et de 2016 ne sont pas de nature à les faire regarder comme devant être classées en zone rouge. Il s'ensuit que le classement de ces parcelles en zone d'aléa fort et urbanisée n'est pas erroné au regard du tableau de croisement précité.
S'agissant du caractère défendable de la zone :
17. Il ressort des pièces du dossier que la défendabilité aux engins de secours a été évaluée comme bonne avec des accès aux parcelles cadastrées n° CZ 377, 140, 142, 379 et 139 par des voies larges supérieures à 6 m. A M. X et autres soutiennent que la seule voie d'accès constituée par l'avenue Arthur Rimbaud est déjà saturée, il ressort du rapport de l'enquête publique et en particulier du compte rendu de l'audition du maire de la commune des Pennes Mirabeau que la difficulté de circulation dans cette avenue ne tient pas à son étroitesse mais aux pratiques de stationnement des véhicules sur la chaussée.
S'agissant du projet de lotissement sur les parcelles cadastrées n° CZ 377, 140, 142, 379 et 139 :
18. Il ressort des pièces du dossier que ce secteur constitué par ces parcelles sur lesquelles il est projeté de construire dix villas et 27 logements dont 13 logements sociaux correspond à une dent creuse laquelle a, lors de l'épisode d'incendie d'août 2016, conduit le feu jusqu'à l'intérieur des zones habitées. Ainsi, comme l'a fait valoir le préfet des Bouches-du-Rhône, son urbanisation permettrait de reconstituer une interface entre la zone urbaine et le massif le plus rectiligne possible limitant le linéaire de contact avec le feu. La circonstance à la supposer établie que l'urbanisation projetée de ces parcelles accroîtrait le risque d'inondation pour les habitations existantes des Magnanarelles qui sont déjà classées en zone inondable est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté. Par ailleurs, le PPRIF en litige n'a pas pour objet, ni même pour effet, par lui-même, d'autoriser, quand bien même il rend possible cette autorisation, l'édification d'immeubles sur ces parcelles, laquelle sera soumise aux procédures usuelles en matière d'urbanisme, et ne porte donc pas atteinte de manière directe, ni même certaine, au secteur des Magnarelles où résident les requérants. En outre, l'invocation d'un risque pour les futurs occupants de ces immeubles apparaît, à la date à laquelle le plan en cause a été adopté, purement hypothétique. Par suite, le préfet n'a pas commis un détournement de pouvoir en vue de favoriser un projet de construction.
19. Compte tenu de ce qui a été dit aux points 12 à 18, il ne ressort pas des pièces du dossier que le classement en zone B1 des parcelles cadastrées n° CZ 377, 140, 142, 379 et 139 serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de fait.
20. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, que M. Y et autres ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté leur demande tendant à l'annulation de l'arrêté préfectoral du 6 août 2018.
Sur les frais liés au litige :
21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. Y et autres des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. Y et autres est rejetée.
Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à M. et Mme Y, premier dénommé de la requête conformément aux dispositions de l'article R. 751-3 du code de justice administrative et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Chenal-Peter, présidente de chambre,
- Mme Ciréfice, présidente assesseure,
- Mme Marchessaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 24 mars 2023.
bb
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026