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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-21MA00632

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-21MA00632

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-21MA00632
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation7ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSELARL SYNAPSE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... A... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler la décision du 25 juin 2018 par laquelle l’inspecteur du travail a autorisé son licenciement pour motif disciplinaire et la décision implicite née le 7 novembre 2018 par laquelle la ministre du travail a rejeté son recours hiérarchique.

Par un jugement n° 1810871 du 16 décembre 2020, le tribunal administratif de Marseille a rejeté cette demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 15 février 2021, le 13 avril 2021 et le 19 juin 2021, M. A..., représenté par Me Abdou, demande à la Cour :

1°) d’annuler ce jugement du 16 décembre 2020 ;




2°) d’annuler les décisions de l’inspecteur du travail et du ministre du travail ;

3°) de mettre à la charge de la société Rubans Bleus Pastouret la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le principe du contradictoire n’a pas été respecté ;
- les mandats détenus ne sont pas mentionnés dans les visas de la décision ;
- les faits reprochés ne sont pas matériellement établis ;
- il existe un lien entre la décision attaquée et les mandats détenus ;
- la décision implicite n’est pas motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2021, la ministre du travail, de l’emploi et de l’insertion conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens nouveaux soulevés en appel fondés sur une cause juridique distincte de celle invoquée en première instance sont irrecevables et qu’aucun des autres moyens de la requête n’est fondé.

Par des mémoires enregistrés le 20 mai 2021 et le 7 juillet 2021, la SASU Rubans Bleus Pastouret, représentée par Me Vinot, demande à la Cour :

1°) de confirmer le jugement du tribunal administratif du 16 décembre 2020 ;

2°) de confirmer la décision de l’inspecteur du travail et la décision implicite de la ministre du travail ;

3°) de rejeter l’ensemble des conclusions de M. A... ;

4°) de mettre à la charge de M. A... la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens nouveaux soulevés en appel fondés sur une cause juridique distincte de celle invoquée en première instance sont irrecevables et qu’aucun des autres moyens de la requête n’est fondé.

Par une décision en date du 25 octobre 2021 M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.




Vu :
-
le code du travail ;
-
le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
-
le rapport de M. Prieto, premier conseiller,
-
et les conclusions de M. Guillaumont, rapporteur public.




Considérant ce qui suit :



1. M. A..., recruté en août 2014 par la SASU Rubans Bleus Pastouret, en qualité de conducteur receveur de cars scolaires, était affecté à l’établissement de Saint-Cannat. Il détenait les mandats de délégué syndical, de membre de la délégation unique du personnel et de membre du CHSCT. A la suite de la demande d’autorisation de licenciement pour motif disciplinaire formée par l’employeur le 23 avril 2018, l’inspecteur du travail a, par décision du 25 juin 2018, autorisé le licenciement de l’intéressé. M. A... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler cette décision ainsi que la décision née le 7 novembre 2018 par laquelle la ministre du travail a implicitement rejeté son recours hiérarchique. M. A... relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.



Sur le bien-fondé du jugement :



2. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l’intérêt de l’ensemble des salariés qu’ils représentent, d’une protection exceptionnelle. Lorsque le licenciement de l’un de ces salariés est envisagé, ce licenciement ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou l’appartenance syndicale de l’intéressé. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l’inspecteur du travail et, le cas échéant, au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d’une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l’ensemble des règles applicables au contrat de travail de l’intéressé et des exigences propres à l’exécution normale du mandat dont il est investi.





3. En premier lieu, il résulte de l’examen de la demande présentée par M. A... devant le tribunal administratif à l’encontre de la décision du 25 juin 2018 et de la décision implicite de rejet, qu’il n'a soulevé que des moyens tirés de la légalité interne de ces décisions. Par suite, s'il invoque en appel les moyens tirés de ce que la décision de l’inspecteur du travail et la décision implicite de la ministre sont insuffisamment motivées, de ce que le principe du contradictoire n’a pas été respecté, enfin, que les mandats détenus ne sont pas mentionnés dans les visas de la décision, ces moyens de légalité externe, qui procèdent d’une cause juridique différente de celle des moyens de légalité interne soulevés dans le délai de recours pour excès de pouvoir et ne sont pas d'ordre public, sont, par suite, irrecevables.



4. En deuxième lieu, pour autoriser le licenciement de M. A..., l’inspecteur du travail a considéré que les griefs de manipulation incorrecte du chronotachygraphe en violation des consignes données, de dénonciation calomnieuse d’un autre salarié de l’entreprise et de prise de congés sans l’autorisation préalable de l’employeur étaient établis et qu’ils étaient constitutifs de fautes d’une gravité suffisante pour justifier son licenciement. Il a également exclu l’existence d’un lien direct entre le licenciement et l’exercice des mandats détenus par le salarié.



5. Il ressort des pièces du dossier, notamment des plannings de travail du salarié et des extractions du chronotachygraphe pour le mois de janvier 2018, que M. A... a, à plusieurs reprises, actionné le chronotachygraphe en position de travail sur des plages horaires durant lesquelles il n’était pas censé travailler, et n’a pas été en mesure de fournir des explications appropriées quant à ces manipulations. Il ressort également du dossier que l’appelant a dénoncé, début février 2018, auprès de sa hiérarchie et de ses collègues un autre conducteur qui aurait pris son service sous l’emprise de stupéfiants, et a menacé de diffuser ces accusations auprès des parents d’élèves et dans la presse locale, alors qu’un test biologique réalisé le 14 février 2018 par le salarié mis en cause s’est révélé négatif. Enfin, il ressort clairement des pièces du dossier que M. A... a pris des congés au cours du mois de février 2018 alors que son employeur s’y était opposé préalablement par écrit. Si l’appelant conteste la matérialité de ces différents griefs, il ne produit aucune pièce de nature à contredire les éléments circonstanciés et les pièces versées aux débats par la société Rubans Bleus Pastouret. Par suite, la matérialité des griefs retenus par l’inspecteur du travail doit être regardée comme établie.



6. Si le requérant fait ensuite valoir que l’inspecteur du travail n’aurait pas pris en compte les pièces attestant les manquements que l’employeur aurait commis à son égard, il n’assortit pas ce moyen de pièces à son appui permettant d’en apprécier le bien-fondé. En outre, et comme il a été indiqué au point précédent, les griefs reprochés devant être regardés comme établis, les faits commis sont, comme l’ont retenu à juste titre l’inspecteur du travail et la ministre, d’une gravité suffisante pour justifier le licenciement de l’intéressé. Par suite, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation qui entacherait les décisions attaquées doit être écarté.





7. En dernier lieu, M. A... soutient que son licenciement présenterait un lien avec l’exercice de ses mandats. Il ressort toutefois des pièces du dossier, d’une part, que d’autres salariés de l’entreprise ont été licenciés pour des faits similaires et, d’autre part, que l’appelant n’a pas été empêché d’exercer ses fonctions représentatives. Si une première décision de l’inspectrice du travail du 9 février 2018, prise sur une précédente demande d’autorisation formée par l’employeur le 8 décembre 2017, révélait l’existence d’un lien entre le licenciement envisagé et les mandats détenus par l’appelant, la demande d’autorisation de licenciement formée par l’employeur le 23 avril 2018, qui a donné lieu à la décision contestée de l’inspecteur du travail du 25 juin 2018, repose sur des griefs distincts de ceux invoqués à l’appui de la demande initiale. Enfin, s’il ressort des pièces du dossier qu’il existait au sein de l’entreprise un contexte conflictuel avec certains salariés, dont M. A..., cette situation ne suffit pas au vu de l’ensemble des circonstances de l’espèce à établir l’existence d’un lien entre son licenciement et l’exercice de ses mandats. Par suite, le moyen tiré de ce que l’inspecteur du travail et la ministre du travail se seraient abstenus à tort de relever le lien entre le licenciement de M. A... et ses mandats syndicaux doit être écarté.



8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande visant à l’annulation de la décision du 25 juin 2018 par laquelle l’inspecteur du travail a autorisé son licenciement pour motif disciplinaire ainsi que la décision implicite née le 7 novembre 2018 par laquelle la ministre du travail a rejeté son recours hiérarchique.



Sur les conclusions au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :



9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ».



10. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société Rubans Bleus Pastouret, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de M. A... une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la société Rubans Bleus Pastouret et non compris dans les dépens.



D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : M. A... versera à la société Rubans Bleus Pastouret une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B... A..., au ministre du travail, du plein emploi et de l’insertion et à la SASU Rubans Bleus Pastouret.

Copie en sera adressée à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi Provence-Alpes-Côte d’Azur.


Délibéré après l’audience du 9 septembre 2022, où siégeaient :

- M. Pocheron, président de chambre,
- Mme Ciréfice, présidente-assesseure,
- M. Prieto, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 septembre 2022.

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