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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-21MA02175

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-21MA02175

lundi 19 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-21MA02175
TypeDécision
Recoursplein contentieux
PublicationC
Formation5ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSUZAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B... E... et la SARL Garage et Gare routière de Provence ont demandé au tribunal administratif de Marseille de condamner solidairement l’établissement public d’aménagement (EPA) Euroméditerranée, la société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire métropolitaine (SOLEAM) et la ville de Marseille à leur verser la somme de 687 044,49 euros en réparation des préjudices qu’il estiment avoir subis du fait de travaux de démolition en vue de la réalisation de la zone d’aménagement concerté Saint-Charles - Porte d’Aix.

Par un jugement n° 1803215 du 9 avril 2021, le tribunal administratif de Marseille a rejeté leur demande.

Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 8 juin 2021, M. C... A..., venant aux droits d’Henri E..., et la SARL Garage et Gare routière de Provence, représentés par Me Caviglioli, demandent à la cour :

1°) d’annuler le jugement du 9 avril 2021 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) de condamner solidairement l’EPA Euroméditerranée, la SOLEAM et la ville de Marseille à leur verser la somme de 687 044,49 euros, assortie des intérêts et de la capitalisation des intérêts à compter du 18 février 2018 ;

3°) de mettre solidairement à leur charge la somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
-
l’apparition de fissures sur le mur extérieur du parking est en lien direct avec les travaux de démolition ;
-
leur créance n’est pas prescrite ;
-
le dommage est imputable à une opération de travaux publics à l’égard de laquelle ils ont la qualité de tiers ;
-
ils n’ont pas commis de faute exonératoire de responsabilité.


Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2022, l’EPA Euroméditerranée, représenté par la SELARL Abeille et associés, demande à la cour :

1°) de rejeter la requête présentée par M. A... et la SARL Garage et Gare routière de Provence ;

2°) de mettre les dépens à leur charge, ainsi que la somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A... et la SARL Garage et Gare routière de Provence ne sont pas fondés.


Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2022, la ville de Marseille, représentée par Me Phelip, demande à la cour :

1°) de rejeter la requête présentée par M. A... et la SARL Garage et Gare routière de Provence ;

2°) de mettre solidairement à leur charge la somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
-
M. A... et la SARL Garage et Gare routière de Provence n’ont pas qualité pour agir ;
-
elle n’est pas en cause, dès lors qu’elle n’est devenue propriétaire des terrains qu’en 2006 ;
-
les moyens soulevés par M. A... et la SARL Garage et Gare routière de Provence ne sont pas fondés.


Par un mémoire en défense, enregistré le 3 février 2022, la SOLEAM, représentée par Me Suzan, demande à la cour :

1°) de rejeter la requête présentée par M. A... et la SARL Garage et Gare routière de Provence ;

2°) de mettre à leur charge la somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
-
M. A... et la SARL Garage et Gare routière de Provence n’ont pas qualité pour agir ;
-
sa responsabilité ne peut être recherchée en qualité de mandataire du maître d’ouvrage ;
-
les moyens soulevés par M. A... et la SARL Garage et Gare routière de Provence ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.


Après avoir entendu en audience publique :
-
le rapport de M. D...,
-
les conclusions de M. Pecchioli, rapporteur public,
-
et les observations de Me Caviglioli, représentant M. A... et la SARL Garage et Gare routière de Provence, et de Me Suzan, représentant la SOLEAM.


Considérant ce qui suit :

1. Henri E... était propriétaire d’un immeuble de cinq niveaux à usage de garage/parking, situé 36 boulevard Charles Nédelec, dans le 1er arrondissement de Marseille. Cet immeuble était donné à bail commercial depuis 1987 à la SAS Saint-Charles Services, qui avait simultanément acquis le fonds de commerce de la SARL Garage et Gare routière de Provence. En qualité d’aménageur de la zone d’aménagement concerté Saint-Charles - Porte d’Aix, l’EPA Euroméditerranée a fait réaliser, entre 2004 et 2006, des travaux de démolition sur des terrains voisins. Il a confié la maîtrise d’ouvrage déléguée de l’opération à la SOLEAM.

2. M. A..., venant aux droits d’Henri E..., et la SARL Garage et Gare routière de Provence sont tiers à cette opération de travaux publics. Ils font appel du jugement du 9 avril 2021 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté leurs conclusions indemnitaires dirigées contre l’EPA Euroméditerranée, la SOLEAM et la ville de Marseille en raison de l’absence de lien de causalité entre les fissures du bâtiment et les travaux de démolition réalisés entre 2004 et 2006.

Sur l’absence de lien de causalité :

3. En premier lieu, un expert judiciaire a réalisé un état des lieux avant le début des travaux le 30 mars 2004. Cet expert a relevé, du côté chantier de démolition, « une crevasse importante entre le mur qui prolonge le pignon de l’immeuble et celui en retour qui va vers le mur de l’académie » ; dans le parking, au sous-sol, « une fissure verticale dans le local du fond à gauche » ; au premier niveau, une « désolidarisation franche entre les deux voiles béton armé du fond », une microfissure « dans la cueillie entre les deux voiles », une fissuration dans le local rangement, et une fissuration verticale qui peut correspondre à la liaison avec le mur refermant le local à huile » ; au second niveau, une microfissure sur la paroi du fond, deux microfissures rejoignant une fissure verticale plus marquée, des « fissures verticales et horizontales », et une nouvelle « fissure de 2 à 5 mm horizontale, au milieu » dans la zone correspondant au local à huile du niveau inférieur ; au troisième niveau, « quelques fissures horizontales » sur le mur acrotère, un « pontage de fissure verticale » sur cet acrotère, « une fissure verticale dans toute sa hauteur » et un « éclatement de la maçonnerie » sur le mur en rehausse sur l’avancée. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, le tribunal administratif a retenu à juste titre que ce rapport révélait une présence généralisée de fissures. Ces fissures, qui préexistaient au début des travaux, résultent nécessairement de causes propres à l’état et à la situation de l’immeuble.

4. En deuxième lieu, la SAS Saint-Charles Services, locataire de l’immeuble, s’est plainte en juillet 2006 de l’aggravation des fissures. Des jauges ont été posées en août 2006, soit quelques mois avant l’achèvement des opérations de démolition, le 13 novembre 2006. Selon les requérants, « présente dans ce lieu depuis 1987, son appréciation d’une évolution des désordres ne saurait être valablement remise en question ». Toutefois, il résulte de l’instruction que la société locataire s’était désintéressée du sujet au cours des opérations de démolition, au point d’oublier avoir participé aux opérations de constat mentionnées au point 3. Il résulte également de l’instruction que lors d’une réunion de celle-ci avec la maîtrise d’ouvrage en 2006, aucune aggravation des fissures n’a été constatée. Ces éléments ne permettent pas d’établir l’apparition ou l’aggravation de fissures au cours des opérations de démolition.

5. En troisième lieu, l’architecte mandaté par le propriétaire a procédé à un relevé des jauges le 18 juin 2012, puis le 27 mars 2013, mettant en évidence une aggravation des fissures depuis août 2006. Si les requérants soutiennent que cette aggravation résulterait des travaux de démolition réalisés entre 2004 et 2006, et non de causes propres à l’immeuble, cette hypothèse n’est étayée par aucune pièce, et n’a été retenue par aucun des techniciens et hommes de l’art ayant examiné la construction.

6. Il suit de là que le lien de causalité entre le dommage allégué et l’opération de travaux publics en litige n’est pas établi. M. A... et la SARL Garage et Gare routière de Provence ne sont donc pas fondés à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de M. A... et la SARL Garage et Gare routière de Provence le versement de la somme de 2 500 euros chacun à l’EPA Euroméditerranée, la SOLEAM et la ville de Marseille au titre des frais qu’ils ont exposés et non compris dans les dépens.

8. En revanche, les dispositions de cet article font obstacle à ce qu’il soit fait droit aux conclusions présentées par les requérants sur le même fondement.



D É C I D E :



Article 1er : La requête de M. A... et de la SARL Garage et Gare routière de Provence est rejetée.

Article 2 : M. A... et la SARL Garage et Gare routière de Provence verseront à l’EPA Euroméditerranée, la SOLEAM et la ville de Marseille la somme de 2 500 euros chacun en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. C... A..., à la SARL Garage et Gare routière de Provence, à l’établissement public d’aménagement (EPA) Euroméditerranée, à la société locale d’équipement et d’aménagement de l’aire métropolitaine (SOLEAM) et à la ville de Marseille.


Délibéré après l’audience du 5 décembre 2022, où siégeaient :

- M. Bocquet, président,
- Mme Vincent, présidente assesseure,
- M. Mérenne, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.


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