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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-21MA02284

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-21MA02284

jeudi 23 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-21MA02284
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation3ème chambre - formation à 3
Avocat requérantAARPI OLOUMI & HMAD AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 26 juin 2020 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par l'article 1er du jugement n° 2003421 du 30 décembre 2020, le tribunal administratif de Nice a annulé la décision du 26 juin 2020 par laquelle le préfet des Alpes-Maritimes a interdit à M. A de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans, et par l'article 2 a rejeté le surplus des conclusions de la demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 juin 2021 et le 1er mai 2022, M. A, représenté par Me Hmad, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du tribunal administratif de Nice du 30 décembre 2020 en tant qu'il a rejeté les conclusions de sa demande tendant à l'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

2°) à titre principal, de renvoyer l'affaire devant le tribunal administratif de Nice ;

3°) à titre subsidiaire, d'annuler les décisions du préfet des Alpes-Maritimes du 26 juin 2020 refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ;

4°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valable dans l'attente ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au profit de Me Hmad en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme allouée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou à son profit en cas d'absence ou de retrait du bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les premiers juges ont omis de statuer sur le moyen tiré de ce que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- le préfet aurait dû saisir la commission du titre de séjour ;

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

La requête et le mémoire ont été communiqués au préfet des Alpes-Maritimes qui n'a pas produit d'observations en défense.

Par décision du 23 avril 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la Cour a désigné Mme Bernabeu, présidente assesseure, pour présider la formation de jugement, en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Bachtli, substituant Me Hmad, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 26 juin 2020, le préfet des Alpes-Maritimes a rejeté la demande d'admission au séjour présentée par M. A, ressortissant tunisien né en 1976, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de deux ans. Par un jugement du 30 décembre 2020, le tribunal administratif de Nice a annulé cet arrêté en tant qu'il interdit à M. A de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. A relève appel de ce jugement en tant qu'il rejette le surplus des conclusions à fin d'annulation de sa demande.

Sur la régularité du jugement :

2. Le tribunal administratif de Nice a omis de répondre aux moyens, qui n'étaient pas inopérants, tirés de ce que les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de M. A. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que le jugement attaqué, en tant qu'il a statué sur les conclusions tendant à l'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, est intervenu sur une procédure irrégulière et doit, pour ce motif et dans cette mesure, être annulé.

3. Dès lors, il y a lieu pour la Cour de se prononcer immédiatement sur ces conclusions par la voie de l'évocation et sur les conclusions de M. A exposées devant la Cour.

Sur la légalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques () ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation () doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5. L'arrêté du 26 juin 2020, qui vise notamment les articles L. 313-11-7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, fait état de ce que M. A, entré en France irrégulièrement en 2009 selon ses déclarations, célibataire et sans charge de famille, ne justifie ni de l'intensité, de l'ancienneté et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, ni de conditions d'existence pérennes, ni même d'une insertion particulièrement forte dans la société française, et indique qu'il ne justifie pas de sa présence réelle et continue sur le territoire français depuis plus de dix ans, la quasi-totalité des documents présentés étant des ordonnances médicales permettant d'établir au mieux une présence ponctuelle sur le territoire. Ainsi, cet arrêté, contrairement à ce qui est soutenu, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant refus d'admission au séjour.

6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas procédé à un examen sérieux et approfondi de la situation de M. A, sans qu'ait d'incidence à cet égard la circonstance que le préfet ne l'aurait pas invité à actualiser sa demande déposée en 2017, alors qu'il n'est pas établi que le requérant aurait été empêché de se présenter en préfecture ou de communiquer des pièces complémentaires par courrier. De même, est sans incidence la circonstance, au demeurant non établie, que M. A aurait déposé une précédente demande de titre de séjour en 2015.

7. En troisième lieu, si M. A soutient avoir résidé de façon continue sur le territoire français depuis 2006, les documents qu'il verse au dossier sont insuffisamment probants et diversifiés pour établir la réalité de cette allégation. Plus particulièrement, il ne produit aucun document antérieur à l'année 2009, et pour les années 2009 à 2013, l'intéressé produit pour l'essentiel quelques ordonnances médicales et relevés bancaires adressés chez un tiers. De même, pour l'année 2019, il se borne à produire quelques factures commerciales ainsi qu'une attestation d'hébergement et un avis d'imposition qui ne permettent pas de justifier d'une résidence continue en France. En outre, M. A, qui est célibataire et sans charges de famille en France, n'allègue ni ne démontre être dépourvu d'attaches familiales en Tunisie, où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de trente-deux ans. Enfin, il ne justifie pas d'une insertion socio-professionnelle à la date de l'arrêté en litige. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressé.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Dans chaque département, est instituée une commission du titre de séjour () ". Aux termes de l'article L. 312-2 de ce code, alors en vigueur : " La commission est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer ou de renouveler une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 () ". Si le deuxième alinéa de l'article L. 313-14 du même code, alors en vigueur, disposait que " L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans ", il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le requérant ne remplit pas cette condition. Par suite, M. A ne peut valablement soutenir que le préfet des Alpes-Maritimes aurait dû consulter la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du préfet des Alpes-Maritimes du 26 juin 2020 refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent arrêt n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu par suite de rejeter les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'article 2 du jugement n° 2003421 du 30 décembre 2020 du tribunal administratif de Nice est annulé.

Article 2 : Les conclusions de la demande de M. A tendant à l'annulation des décisions du préfet des Alpes-Maritimes du 26 juin 2020 refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et le surplus de ses conclusions d'appel sont rejetés.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A, à Me Hmad et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2022, où siégeaient :

- Mme Bernabeu, présidente assesseure, présidente de la formation de jugement en application de l'article R. 222-26 du code de justice administrative,

- Mme C et Mme D, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 juin 2022.

nc

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