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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-21MA02635

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-21MA02635

lundi 11 juillet 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-21MA02635
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantJAIDANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 11 mars 2021 par lequel le préfet lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Par un jugement n° 2101551 du 31 mai 2021, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

I. Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2021, M. A, représenté par Me Jaidane, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 31 mai 2021 du tribunal administratif de Nice ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 11 mars 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de la situation de M. A et, dans l'attente de la décision au fond, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour valant autorisation de travail, dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'arrêt à intervenir et, ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- sa demande de première instance était recevable dès lors que le dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle a pour effet d'interrompre le délai de recours ;

- la notification de l'arrêté est irrégulière en ce qu'il n'a pas été assisté d'un interprète ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour méconnaît les stipulations de l'article 8, paragraphe 1, de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 16, paragraphe 1, du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne en ce qu'il n'a pas été informé de son inscription au système d'information Schengen ;

- elle méconnaît son droit au travail protégé par la déclaration universelle des droits de l'homme et par l'article 15 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne.

II. Par une requête, enregistrée le 7 juillet 2021, M. A, représenté par Me Jaidane, demande à la Cour :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article R. 811-17 du code de justice administrative, le sursis à exécution du jugement du 31 mai 2021 du magistrat désigné du tribunal administratif de Nice ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et, ce, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'exécution du jugement emporterait des conséquences difficilement réparables ;

- les moyens soulevés dans sa requête au fond sont sérieux, en l'état de l'instruction.

La demande d'aide juridictionnelle de M. A a été rejetée par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 novembre 2021, le recours formé par l'intéressé contre cette décision ayant été rejetée par une ordonnance n° 21MA05034 du vice-président de la Cour administrative d'appel de Marseille du 11 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Les deux requêtes susvisées, présentées par le même requérant, sont dirigées contre le même jugement. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par une seule ordonnance.

2. M. A, de nationalité tunisienne, relève appel du jugement par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice a rejeté comme irrecevable sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 11 mars 2021 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur la requête tendant à l'annulation du jugement :

3. Aux termes du II de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " L'étranger qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai peut, dans les quarante-huit heures suivant sa notification par voie administrative, demander au président du tribunal administratif l'annulation de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 512-2 du même code, dans sa rédaction alors applicable : " Dès notification de l'obligation de quitter le territoire français, l'étranger auquel aucun délai de départ volontaire n'a été accordé est mis en mesure, dans les meilleurs délais, d'avertir un conseil, son consulat ou une personne de son choix. L'étranger est informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments des décisions qui lui sont notifiées en application de l'article L. 511-1. Ces éléments lui sont alors communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L. 111-8 du même code : " Lorsqu'il est prévu aux livres II, V et VI et à l'article L. 742-3 du présent code qu'une décision ou qu'une information doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire ". Aux termes du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions du II de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément. ". Aux termes de l'article R. 776-5 du code de justice administrative : " () II. - Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et () ne sont susceptibles d'aucune prorogation. () ".

4. Le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice a rejeté la demande de M. A au motif qu'elle a été enregistrée au-delà du délai de quarante-huit heures, fixé par les dispositions précitées de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En premier lieu, M. A soutient que le dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle dans le délai du recours contentieux a eu pour effet d'interrompre ce délai. Toutefois, il résulte des dispositions précitées de l'article R. 776-5 du code de justice administrative qui dérogent aux dispositions de l'article 38 du décret du 19 décembre 1991, applicables, en principe, aux requêtes déposées devant les tribunaux administratifs, que le délai de quarante-huit heures n'est susceptible d'aucune prorogation, même en cas de dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle.

6. En second lieu, M. A soutient que l'arrêté attaqué ne lui a pas été régulièrement notifié, faute d'avoir été alors assisté par un interprète, et qu'ainsi la notification, telle qu'elle a été effectuée, n'a pu faire courir le délai de recours contentieux de quarante-huit heures. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. A a signé le procès-verbal de notification de l'arrêté attaqué, intervenue le 11 mars 2021 à 13h40, et, d'autre part, qu'il avait précédemment signé le procès-verbal de placement en garde à vue, le 10 mars 2021 à 14h15, en reconnaissant comprendre la langue française. Dans ces conditions, et alors, au surplus, qu'il soutient se maintenir sur le territoire français depuis 2018, y avoir transféré le " centre de ses intérêts ", y développer une " vie privée nourrie " et y avoir exercé divers emplois, les services de la préfecture ont pu raisonnablement supposer que l'arrêté attaqué lui était ainsi notifié dans une langue qu'il comprenait, quand bien même il avait été assisté par un interprète en langue arabe, pendant son audition lors de sa garde à vue.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande comme irrecevable. Dès lors, sa requête d'appel doit elle-même être rejetée, en application des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du même code et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur la requête tendant à ce qu'il soit sursis à exécution du jugement attaqué :

8. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents () de cour administrative d'appel () peuvent, par ordonnance : / () 3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête () / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ".

9. Par la présente ordonnance, il est statué sur la requête d'appel enregistrée sous le n° 21MA02635. En conséquence, les conclusions de la requête enregistrée sous le n° 21MA02640 tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution du jugement du 31 mai 2021 sont devenues sans objet. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer. Ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par voie de conséquence, être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de sursis à exécution de la requête n° 21MA02640 de M. A.

Article 2 : La requête n° 21MA02635 de M. A et le surplus des conclusions de la requête n° 21MA02640 sont rejetés.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Riadh Jedane.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Marseille, le 11 juillet 202

2, 21MA02640

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