Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... C... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler l’arrêté du 17 avril 2018 par lequel le président de la métropole Aix-Marseille-Provence lui a infligé la sanction disciplinaire d’exclusion temporaire de fonctions pour la durée d’une journée et de mettre à la charge de ladite métropole la somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 1805410 du 26 mai 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Marseille a « rejeté » cette demande et mis à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence une somme de 1 000 euros à verser à M. C... en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Procédure devant la Cour :
I. Par une requête, enregistrée sous le n° 21MA02971, le 26 juillet 2021, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Vergnon, demande à la Cour :
1°) d’annuler ce jugement du tribunal administratif de Marseille du 26 mai 2021 ;
2°) de mettre à la charge de M. C... la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le jugement attaqué est entaché d’une contradiction entre ses motifs et son dispositif ;
- c’est à tort que le premier juge a retenu le vice d’incompétence alors que, dans une note en délibéré, elle avait porté à sa connaissance l’arrêté n° 17/358/CM du 7 décembre 2017 par lequel son président avait donné délégation de signature à M. B... E..., chargé de l’administration métropolitaine pour le conseil de territoire Marseille-Provence, et que cet arrêté était en vigueur à la date de l’arrêté contesté du 17 avril 2018 ;
- si la Cour devait annuler le jugement attaqué, elle devra en outre, rejeter le second moyen invoqué par M. C... devant le tribunal administratif de Marseille, celui tiré de l’illégalité interne de cet arrêté du 17 avril 2018 qui n’est pas plus motivé en droit et en fait ; les faits sont établis et la sanction litigieuse n’est pas disproportionnée.
La requête présentée pour la métropole Aix-en-Provence a été communiquée à M. C... qui n’a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 3 mars 2022, la clôture de l’instruction a été fixée au 3 mai 2022, à 12 heures.
II. Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le n° 21MA03011, les 26 juillet 2021 et 28 janvier 2022, M. C..., représenté par Me Guin, demande à la Cour :
1°) d’annuler le jugement du tribunal administratif de Marseille du 26 mai 2021 ;
2°) d’annuler l’arrêté du président de la métropole Aix-Marseille-Provence du 17 avril 2018 ;
3°) de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sur la régularité du jugement attaqué :
. ce jugement est entaché d’une contradiction entre ses motifs et son dispositif ;
. il est également entaché d’une omission à statuer : le premier juge n’a pas répondu au moyen tiré de ce que la sanction litigieuse est disproportionnée ;
- sur le fond :
. l’arrêté contesté du 17 avril 2018 est entaché du vice d’incompétence ; si l’administration communique, pour la première fois en appel, l’acte qui, selon elle, donnerait compétence au signataire de cet arrêté, cet acte ne dote pas explicitement le directeur général des services du pouvoir de signer les décisions infligeant des sanctions disciplinaires aux agents ; en outre, la délégation ne porte que sur les décisions en lien avec l’application des décisions de sanctions, ledit directeur général des services était donc compétent pour fixer la sanction prévue à l’article 1er ; cette illégalité rejaillit par voie de conséquence sur la totalité des autres dispositions de l’arrêté contesté du 17 avril 2018 ;
. la sanction litigieuse est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2021, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Vergnon, conclut :
- à la jonction de cette requête avec celle qu’elle a présentée et qui a été enregistrée au greffe de la Cour sous le n° 21MA02971 ;
- à l’annulation du jugement du tribunal administratif de Marseille du 26 mai 2021 en son entier ;
- au rejet de la demande de première instance ;
- à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. C... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le jugement attaqué est entaché d’une contradiction entre ses motifs et son dispositif, ainsi que d’une omission à statuer, le premier juge n’ayant pas répondu au moyen tiré de ce que la sanction litigieuse est disproportionnée ;
- les moyens invoqués à l’encontre de l’arrêté de son président du 17 avril 2018 ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 2 février 2022, la clôture de l’instruction a été fixée au 18 février 2022, à 12 heures.
Vu les autres pièces des deux dossiers.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. D...,
- les conclusions de M. Angéniol, rapporteur public,
- et les observations de Me Vergnon, représentant la métropole Aix-Marseille-Provence, et de Me Guin, représentant M. C....
Considérant ce qui suit :
Par un arrêté du 17 avril 2018, le président de la métropole Aix-Marseille-Provence a infligé à M. C..., adjoint technique de 2ème classe, en poste à la direction de la propreté urbaine en qualité d’agent de nettoiement et conducteur d’engins, la sanction disciplinaire d’exclusion temporaire de fonctions pour la durée d’une journée. Par un jugement du 26 mai 2021, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Marseille a « rejeté » la demande présentée par M. C... tendant principalement à l’annulation de cet arrêté. Par les deux requêtes susvisées, tant la métropole Aix-Marseille-Provence que M. C... relèvent appel de ce jugement dont il ne ressort ni de l’examen des pièces de la procédure devant le tribunal administratif de Marseille, ni des échanges entre les parties qu’il aurait été rectifié.
Sur la jonction :
Les deux requêtes susvisées sont dirigées contre le même jugement et présentent à juger les mêmes questions. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul arrêt.
Sur la requête enregistrée sous le n° 21MA03011 et présentée pour M. C... :
En ce qui concerne la régularité du jugement de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Marseille du 26 mai 2021 :
Après avoir affirmé dans ses motifs que la métropole Aix-Marseille-Provence ne justifiait pas de la compétence de M. B... E... pour signer l’arrêté contesté du 17 avril 2018, à sa date d’édiction, et que cet acte devait donc être annulé, la magistrate désignée par la présidente de tribunal administratif de Marseille a, dans le dispositif de son jugement, rejeté la demande de première instance présentée par M. C... tendant principalement à l’annulation de cet arrêté. Ce jugement, qui comporte ainsi une contrariété entre ses motifs et son dispositif, doit être annulé, sans qu’il soit besoin d’examiner l’autre moyen tiré de son irrégularité.
Dans ces conditions, il y a lieu pour la Cour de se prononcer immédiatement, par la voie de l’évocation, sur la demande de M. C... présentée devant le tribunal administratif de Marseille.
En ce qui concerne les conclusions tendant à l’annulation de l’arrêté du président de la métropole Aix-Marseille-Provence du 17 avril 2018 :
S’agissant du moyen de légalité externe :
M. B... E..., chargé de l’administration métropolitaine pour le conseil de Territoire Marseille-Provence et signataire de l’arrêté contesté du 17 avril 2018, a reçu délégation, par un arrêté n° 17/358/CM du président de la métropole Aix-Marseille-Provence du 7 décembre 2017, à l’effet de signer, au nom dudit président, « les arrêtés relatifs (…) à l’application des sanctions disciplinaires du premier groupe prévues à l’article 89 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée, ainsi que les documents établis dans le cadre d’une procédure disciplinaire et les modifications d’arrêtés correspondantes ». Il ressort des pièces du dossier que cet arrêté du 7 décembre 2017 a été transmis au contrôle de légalité le jour même et qu’il a été publié au recueil des actes administratifs de la métropole le 15 décembre suivant. Alors que cette délégation de signature est suffisamment précise et qu’elle permet à M. E... non seulement d’infliger une sanction disciplinaire mais aussi, le cas échéant, d’en définir les modalités d’exécution, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté contesté du 17 avril 2018 manque en fait et doit, dès lors, être écarté.
S’agissant des moyens de légalité interne :
Il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l’objet d’une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes (Conseil d’Etat, Assemblée, 13 novembre 2013, n° 347704, A).
Quant à la matérialité des faits reprochés à M. C... et à leur qualification de fautes disciplinaires :
Aux termes de l’article 29 de la loi susvisée du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable au présent litige : « Toute faute commise par un fonctionnaire dans l’exercice ou à l’occasion de l’exercice de ses fonctions l’expose à une sanction disciplinaire sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par la loi pénale. ».
En l’espèce, il ressort de l’arrêté contesté du 17 avril 2018 que, pour prononcer l’exclusion temporaire de M. C... pour la durée d’une journée, le président de la métropole Aix-Marseille-Provence lui a reproché, en premier lieu, d’avoir, le vendredi 12 mai 2017, refusé d’obéir à son chef d’équipe qui lui avait demandé de finir la tournée de sa section de cantonnement et d’avoir adopté une attitude agressive envers ce dernier et, en second lieu, d’avoir réitéré ce comportement agressif, le lundi 15 mai 2017, au point que le chef de secteur et son adjoint aient dû intervenir pour éviter que M. C... ne porte un coup à son chef d’équipe. M. C... a reconnu « un vif échange verbal » et s’en est même excusé. S’il soutient que la note du directeur de la propreté urbaine du 14 décembre 2017 ne démontre pas son intention de frapper son chef de service, cette intention ressort des deux témoignages concordants du chef de secteur et du chef d’équipe datés du 15 mai 2017. Dans ces conditions, la matérialité des faits reprochés à M. C... est établie. Alors que, d’une part, comme le rappelait l’ancien article 28 de la loi susvisée du 13 juillet 1983, dont les dispositions ont été reprises à l’article L. 121-10 du code général de la fonction publique, tout agent public doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique, sauf dans le cas où l’ordre donné est manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public, et que, d’autre part, tout agent public est tenu à un devoir de respect vis-à-vis notamment de sa hiérarchie, ces faits constituent des manquements de l’intéressé à ses obligations d’agent public et présentent le caractère de fautes de nature à justifier l’infliction d’une sanction disciplinaire.
Quant à la proportionnalité de la sanction infligée à M. C... :
Aux termes de l’article 89 de la loi susvisée du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable au présent litige : « Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : / l’avertissement ; / le blâme ; / l’exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / Deuxième groupe : / l’abaissement d’échelon ; / l’exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre à quinze jours ; / Troisième groupe : / la rétrogradation ; / l’exclusion temporaire de fonctions pour une durée de seize jours à deux ans ; / Quatrième groupe : / la mise à la retraite d’office ; / la révocation. (…) ».
Au regard des faits dont s’est rendu responsable M. C... et de leur réitération, et même leur aggravation à trois jours d’intervalle, et bien qu’il n’ait pas fait l’objet d’une précédente sanction disciplinaire, qu’il se soit excusé et qu’il prétexte un contexte familial particulier, dont au demeurant, il ne justifie pas, le président de la métropole Aix-Marseille-Provence n’a pas commis d’erreur d’appréciation en prononçant à l’encontre de ce dernier une sanction d’exclusion de fonctions temporaire d’un jour. Il suit de là que ce moyen doit être écarté.
Il résulte de tout ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 17 avril 2018 par lequel le président de la métropole Aix-Marseille-Provence lui a infligé la sanction disciplinaire d’exclusion temporaire pour la durée d’une journée.
Sur la requête enregistrée sous le n° 21MA02971 et présentée pour la métropole Aix-Marseille-Provence :
En ce qui concerne ses conclusions à fin d’annulation :
Le juge de l’excès de pouvoir ne peut, en principe, déduire d’une décision juridictionnelle rendue par lui-même ou par une autre juridiction qu’il n’y a plus lieu de statuer sur des conclusions à fin d’annulation dont il est saisi, tant que cette décision n’est pas devenue irrévocable. Il en va toutefois différemment lorsque, faisant usage de la faculté dont il dispose dans l’intérêt d’une bonne administration de la justice, il joint les requêtes pour statuer par une même décision, en tirant les conséquences nécessaires de ses propres énonciations (Conseil d’Etat, Section, 5 mai 2017, n° 391925, A).
Le présent arrêt annulant le jugement du tribunal administratif de Marseille du 26 mai 2021 et rejetant les conclusions de M. C... tendant à l’annulation de l’arrêté du 17 avril 2018 du président de la métropole Aix-Marseille-Provence, les conclusions à fin d’annulation que cette dernière présente, dans sa requête enregistrée sous le n° 21MA02971, sont devenues sans objet. Il n’y a, dès lors, plus lieu d’y statuer.
En ce qui concerne les frais exposés en première instance :
Si la métropole Aix-Marseille-Provence demande spécifiquement l’annulation de l’article 2 du jugement attaqué du 26 mai 2021 par lequel la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Marseille a mis à sa charge la somme de 1 000 euros à verser à M. C... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, il résulte de ce qui précède que, par le présent arrêt, ce jugement doit être annulé dans son intégralité, y compris dans cette mesure.
Sur les frais liés au litige d’appel :
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de laisser à la charge des parties les frais non compris dans les dépens qu’elles ont exposés dans le cadre de la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement n° 1805410 de la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Marseille du 26 mai 2021 est annulé.
Article 2 : La demande présentée par M. C... devant le tribunal administratif de Marseille est rejetée.
Article 3 : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d’annulation de la requête de la métropole Aix-Marseille-Provence enregistrée sous le n° 21MA02971.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à la métropole Aix-Marseille-Provence et à M. A... C....
Délibéré après l’audience du 6 décembre 2022, où siégeaient :
- M. Marcovici, président,
- M. Revert, président assesseur,
- M. Lombart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.