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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-21MA04723

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-21MA04723

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-21MA04723
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - formation à 3
Avocat requérantDIENG

Texte intégral

Procédure contentieuse antérieure :

M. A... B... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler l’arrêté du 16 avril 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour de deux ans, d’enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » l’autorisant à travailler sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d’un mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, enfin, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 800 euros au titre des frais du litige.

Par un jugement n° 2105521 du 8 novembre 2021, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.


Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 12 décembre 2021, M. A... B..., représenté par Me Dieng, demande à la Cour :

1°) d’annuler ce jugement du 8 novembre 2021 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d’annuler l’arrêté contesté du préfet des Bouches-du-Rhône ;

3°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d’un mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé au sens des dispositions de l’article L. 9 du code de justice administrative ;
- le refus de titre de séjour est insuffisamment motivé ;
- contrairement à ce qu’a retenu le tribunal, les justificatifs qu’il produit démontrent qu’il résidait habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l’arrêté contesté, de sorte qu’il était en droit d’obtenir un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l’article 6-1 de l’accord franco-algérien ;
- en se référant à son passé administratif en ce qu’il a tenté plusieurs fois de régulariser sa situation au lieu d’examiner objectivement sa nouvelle demande, le préfet a inexactement appliqué les stipulations de l’article 6-1 de l’accord franco-algérien ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale en conséquence de l’illégalité du refus de titre de séjour ;
- il en va de même de la décision portant interdiction de retour ;
- le délai de départ volontaire qui lui a été imparti n’est pas adapté à la durée de son séjour en France.


La requête a été communiquée le 15 décembre 2021 au préfet des Bouches-du-Rhône, qui n’a pas produit de mémoire.


La clôture de l’instruction a été fixée au 18 février 2022 par ordonnance du 18 janvier 2022.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Danveau, rapporteur,
- les observations de Me Dieng, représentant M. B....


Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant algérien, relève appel du jugement du 8 novembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation de l’arrêté du 16 avril 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et lui a fait interdiction de retour pour une durée de deux ans.

2. Aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : « Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ».

3. Il ressort des pièces du dossier et, notamment, des justificatifs de présence complétés en appel en ce qui concerne, en particulier, le second semestre de l’année 2012 et de l’année 2013, qui, eu égard à leur nature, leur nombre et leur caractère diversifié, doivent être regardés comme suffisamment probants, que M. B..., entré en France au mois de janvier 2008, avait établi une résidence continue sur le territoire pendant au moins dix années à la date de l’arrêté contesté du préfet des Bouches-du-Rhône. Par suite, et contrairement à ce qu’ont retenu le préfet, puis le tribunal administratif de Marseille, il devait bénéficier, de plein droit, du certificat de résidence prévu par les stipulations rappelées ci-dessus de l’accord franco-algérien.

4. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de sa requête, M. B... est fondé à soutenir que c’est à tort que, par son jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a refusé d’annuler, en toutes ses dispositions, l’arrêté contesté du préfet des Bouches-du-Rhône.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

5. Eu égard au motif d’annulation retenu ci-dessus, il y a lieu d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. B... le certificat de résidence prévu par les stipulations de l’article 6-1 de l’accord franco-algérien, dans un délai de deux mois suivant la notification de la présente décision, sans qu’il soit nécessaire d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais du litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat le versement à M. B..., de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. M. B..., qui n’a pas demandé l’aide juridictionnelle dans la présente instance, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.



D É C I D E :


Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Marseille du 8 novembre 2021 et l’arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 16 avril 2021 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. B... le certificat de résidence prévu par les stipulations de l’article 6-1 de l’accord franco-algérien dans un délai de deux mois suivant la notification de la présente décision.

Article 3 : L’Etat versera une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... B... et au ministre de l’intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.


Délibéré après l’audience du 8 septembre 2022 où siégeaient :
- M. Alfonsi, président de chambre,
- M. Taormina, président-assesseur,
- M. Danveau, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 septembre 2022.



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