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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA00074

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA00074

lundi 12 septembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA00074
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantAJIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 30 octobre 2021 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de sa destination, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Par un jugement n° 2105743 du 6 décembre 2021, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire ampliatif enregistrés les 8 janvier et 8 février 2022, M. A, représenté par Me Ajil, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 6 décembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 30 octobre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le jugement attaqué est insuffisamment motivé en ce qu'il a écarté le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué au regard de l'intérêt supérieur de ses enfants, en application des articles 3-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le premier juge ne pouvait considérer que les erreurs commises par le préfet sur ses relations avec ses enfants sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée dès lors que le préfet n'a pas motivé sa décision au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur de droit pour n'avoir pas pris en compte l'intérêt supérieur de ses enfants, au sens de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation pour avoir retenu qu'il ne contribue pas effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen au regard des critères énoncés par l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet n'a pas réellement mesuré ses conséquences sur la situation de ses enfants au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est disproportionnée ;

Sur la décision portant assignation à résidence :

- elle doit être annulée par voie de conséquence.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A de nationalité tunisienne, relève appel du jugement par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 30 octobre 2021 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de sa destination, lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours

Sur la régularité du jugement attaqué :

2. En premier lieu, pour contester la légalité externe de l'arrêté attaqué, le requérant avait notamment fait valoir, en première instance, que le préfet n'avait pas motivé sa décision par des éléments de fait propres à la situation de ses enfants ni dit en quoi la décision querellée ne portait pas une atteinte excessive à leur intérêt supérieur. Pour écarter cet argument, le premier juge a indiqué, au point 3 du jugement attaqué, que : " l'arrêté explicite ainsi toutes les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé pour obliger M. A à quitter le territoire français. La circonstance que le préfet aurait omis de faire état d'éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale ne saurait, par elle-même, caractériser une motivation insuffisante de la décision attaquée dès lors qu'il n'est pas tenu d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'étranger dont il pourrait avoir connaissance " et, au surplus, précisé, au point 4, que : " si le préfet n'a pas motivé sa décision à l'aune des stipulations de 3 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Alpes-Maritimes se soit abstenu, avant de prendre la décision attaquée, et comme il lui appartenant de le faire en application de ces stipulations, d'examiner si la décision portant obligation de quitter le territoire français porte atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant ". Le premier juge a ainsi écarté, par un jugement suffisamment motivé, le moyen de légalité externe invoqué par le requérant.

3. En second lieu, il appartient au juge d'appel non d'apprécier le bien-fondé des motifs par lesquels le juge de première instance s'est prononcé sur les moyens qui lui étaient soumis mais de se prononcer directement sur les moyens dirigés contre la décision administrative dont il est saisi dans le cadre de l'effet dévolutif d'appel. M. A ne peut donc utilement se prévaloir de ce que le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice ne pouvait considérer que les erreurs commises par le préfet sur ses relations avec ses enfants étaient sans incidence sur la légalité de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français, pour demander l'annulation du jugement attaqué.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne les conclusions relatives à l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

4. En premier lieu, ainsi que l'a jugé à bon droit le premier juge, l'arrêté attaqué comporte " l'énoncé des considérations de droit et de fait qui (en) constituent le fondement ", au sens de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le requérant ne peut utilement se prévaloir, pour en contester la légalité externe, de la circonstance que le préfet n'aurait pas explicitement précisé dans quelle mesure il a pris en compte l'intérêt supérieur de ses enfants, au sens de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

5. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention susvisée relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Aux termes de l'article 16 de la même convention : " 1. Nul enfant ne fera l'objet d'immixtions arbitraire ou illégales dans sa vie privée, sa famille, son domicile ou sa correspondance, ni d'atteintes illégales à son honneur et à sa réputation. / 2. L'enfant a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ".

6. Il résulte des déclarations de M. A qu'il est entré en France en février 2019, en compagnie de son épouse, également de nationalité tunisienne. Si, contrairement à ce qu'a retenu le préfet, aux termes de l'arrêté attaqué, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A qui vit en France avec son épouse n'exercerait pas l'autorité parentale sur les deux enfants nés de ce mariage, le premier en Tunisie le 23 septembre 2007 et la seconde en France le 18 juin 2020, et ne contribuerait pas à leur entretien et à leur éducation, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme méconnaissant l'intérêt supérieur de ses enfants, au sens de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ou comme portant une immixtion illégale ou arbitraire dans leur vie privée, au sens de l'article 16 de la même convention, dès lors que M. A et son épouse, de même nationalité, sont en situation irrégulière sur le territoire français et qu'eu égard à la durée de leur séjour en France et à la durée de la scolarité de leur fils aîné, en classes de 6ème puis de 5ème, quand bien même celui-ci fait l'objet d'une mesure judiciaire d'investigation éducative et exprime son désir de continuer à être scolarisé en France, leurs enfants ne peuvent être regardés comme ayant eux-mêmes noué des liens sur le territoire français qui s'opposeraient à ce qu'ils regagnent avec leurs parents le pays dont ils ont la nationalité. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur de droit et une erreur d'appréciation, au regard des stipulations des articles 3-1 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne les conclusions relatives à l'interdiction de retour :

7. S'agissant des moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, il y a lieu de les écarter par adoption des motifs retenus par le magistrat désigné aux points 9 à 14 de son jugement, dès lors que le requérant, qui reproduit purement et simplement l'argumentation soumise au premier juge à l'appui de ces moyens, d'une part, ne critique pas les motifs par lesquels ce dernier les a écartés, et, d'autre part, ne fait état devant la Cour d'aucun élément distinct de ceux soumis à l'appréciation du magistrat désigné.

En ce qui concerne les conclusions relatives à la décision portant assignation à résidence :

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision l'assignant à résidence devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire sans délai.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mohamed A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Marseille, le 12 septembre 202

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