mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-22MA00508 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre-formation à 3 |
| Avocat requérant | JOURNAULT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A C a demandé au tribunal administratif de Marseille, en premier lieu, d'annuler la décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le maire de Marseille sur sa réclamation indemnitaire préalable, en deuxième lieu, de condamner la commune de Marseille à lui verser la somme de 55 000 euros, en réparation des préjudices moral et financier qu'il estime avoir subis du fait de l'absence de revalorisation du montant de son indemnité spécifique de service (ISS) et de sa prime de service et de rendement (PSR), entre le 1er juin 2011 et le 30 avril 2021, en troisième lieu, d'enjoindre à cette commune de fixer le montant de cette ISS par référence au taux fixé pour les techniciens principaux de 2ème classe, à l'échelon 4, soit un coefficient 16, équivalent à une somme de 482,53 euros par mois, et celui de cette PSR à 1 330 euros par an et de le rétablir dans ses droits sociaux, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard et, en quatrième et dernier lieu, de mettre à la charge de ladite commune une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 1907579 du 16 décembre 2021, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 février et 20 juin 2022, M. C, représenté par Me Journault, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Marseille du 16 décembre 2021 ;
2°) d'annuler cette décision implicite de rejet ;
3°) de condamner la commune de Marseille à lui verser cette somme de 55 000 euros correspondant à la réparation de son préjudice moral et à la différence entre les montants d'ISS et de PSR qu'il a perçus et ceux qu'il aurait dû percevoir au titre de la période du 1er juin 2011 au 30 avril 2021, ce manque à gagner constituant son préjudice matériel ;
4°) d'enjoindre la commune de Marseille, d'une part, de le rétablir dans ses droits indemnitaires en fixant l'ISS qui lui est servie par application du coefficient de modulation de service 1 et du coefficient propre au grade de technicien principal de 2ème classe, au 2ème échelon (coefficient 16), soit une somme de 482,53 euros par mois à compter du 1er mai 2021, ainsi que la PSR à 1 330 euros par an, ou 110,83 euros par mois, à compter de la même date, et, d'autre part, de reconstituer ses droits sociaux, sous une astreinte de 200 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en rejetant sa demande de première instance, le tribunal administratif de Marseille a fait une interprétation erronée des délibérations du conseil municipal de Marseille et il a entaché son jugement attaqué d'une erreur de droit, d'une dénaturation des pièces du dossier et d'erreurs d'appréciation des faits ;
- contrairement à ce qu'a retenu le tribunal administratif de Marseille, en l'absence de décision individuelle explicative, il n'a pas disposé des informations utiles lui permettant d'apprécier la légitimité des sommes versées au titre de l'ISS et de la PSR, et donc l'existence d'une créance à l'égard de la commune de Marseille ; dès lors, cette commune ne peut lui opposer une exception de prescription quadriennale ;
- sur la responsabilité de la commune de Marseille :
. en ce qui concerne l'erreur de droit :
. s'agissant de la PSR : le tribunal administratif de Marseille a fait sienne l'argumentation de la commune et a considéré que, dès lors que les textes réglementaires ne prévoient qu'un maximum, l'autorité territoriale pourrait, sans illégalité et sans être tenue de prendre une décision circonstanciée, fixer le montant de la PSR en deçà du taux de base, la seule contrainte imposée aux communes étant de ne pas dépasser la limite supérieure prévue par ces mêmes texte ; ce faisant, le tribunal administratif de Marseille a commis une erreur de droit ; en effet, la délibération du conseil municipal, concernant la PSR, ne prévoit pas la possibilité d'appliquer un montant inférieur au montant de base et se contente de renvoyer aux articles 5 et 6 du décret du 15 décembre 2009, ces articles ne prévoient pas la possibilité de minorer le montant de base de la PSR ; l'organe délibérant de la commune de Marseille n'ayant pas non plus prévu la possibilité de cette minoration, le maire n'a pas pu légalement lui servir une PSR d'un montant inférieur à 1 330 euros par an, montant de base fixé par le conseil municipal ;
. s'agissant de l'ISS : le tribunal administratif de Marseille, sans expliquer son interprétation, faisant simplement droit à celle de la commune de Marseille, prétend que la délibération du conseil municipal de Marseille de 2003 permettrait à l'autorité administrative de fixer le montant minimum de l'ISS à 10 % du montant moyen, c'est-à-dire d'appliquer un coefficient de 0,1, au lieu de 0,9 prévu par les textes applicables ; le raisonnement suivi par le tribunal est contraire au texte de cette délibération du conseil municipal de 2003 et aux modalités de modulation telles que fixées par l'article 3 de l'arrêté du 25 août 2003 ; la manière dont cette délibération est rédigée laisse légitimement penser que le conseil municipal a eu la volonté de fixer l'indemnité individuelle minimale par l'application d'un abattement de 10 % au montant moyen déterminé pour chaque grade ou par l'application d'un coefficient de 0,90, et non à 10 % du montant de base ; dès lors, c'est à tort que le tribunal administratif de Marseille prétend, comme la commune de Marseille, que le montant minimum annuel de l'ISS pour un technicien territorial principal de 2ème classe serait de 579 euros ; ce montant est d'ailleurs en contradiction avec la note de service du directeur général des services de la commune de Marseille qui, en 2012, indiquait que le montant indemnitaire minimum annuel dû à un technicien territorial principal de 2ème classe est de 2 750 euros ; la violation des textes applicables et des délibérations de l'organe délibérant constitue une faute qui lui cause un manque à gagner préjudiciable ;
. la commune de Marseille a méconnu son obligation de motiver ses décisions de minoration de l'ISS par rapport au montant de base, laquelle figure dans l'annexe de la délibération du conseil municipal ; ce faisant, cette commune a commis une faute supplémentaire ;
. la commune de Marseille a commis une erreur manifeste d'appréciation, au vu de sa manière se servir, en fixant son ISS et sa PSR à un montant inférieur au montant moyen déterminé pour son grade ;
. son préjudice matériel s'élève à la somme totale de 40 341,65 euros correspondant à la différence entre le montant des droits qu'il aurait pu percevoir au titre de son régime indemnitaire pour la période du 1er juin 2011 au 1er avril 2020 si la commune de Marseille avait respecté les dispositions légales et règlementaires applicables et ce qu'il a effectivement perçu pour cette période ; par ailleurs, l'atteinte portée à ses droits lui a causé un préjudice moral et d'agrément ; la commune de Marseille devra donc être condamnée à lui verser la somme totale de 55 000 euros en indemnisation de ses préjudices.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, la commune de Marseille, représentée par Me Mendes Constante, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête encourt le rejet par adoption des motifs du jugement attaqué dès lors que M. C se borne à reprendre les moyens de légalité interne développés en première instance ;
- à titre subsidiaire, les demandes relatives à l'ISS et à la PSR de l'appelant pour la période antérieure au mois d'août 2018 sont irrecevables car tardives ;
- à titre infiniment subsidiaire, les moyens de la requête de M. C sont inopérants ou infondés, et ses demandes indemnitaires ne sont pas davantage fondées.
Par une ordonnance en date du 25 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 juillet 2022, à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;
- le décret n° 2003-799 du 25 août 2003 et l'arrêté du même jour fixant ses modalités d'application ;
- le décret n° 2009-1558 du 15 décembre 2009 ;
- le décret n° 2010-1357 du 9 novembre 2010 ;
- le décret n° 2012-1293 du 22 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Angéniol, rapporteur public,
- et les observations de Me Journault, représentant M. C, et de Me Daïmallah, substituant Me Mendes Constante, représentant la commune de Marseille.
Considérant ce qui suit :
1. Recruté au sein des services de la commune de Marseille à compter du 1er juin 2011, M. C est titulaire du grade de technicien territorial principal de 2ème classe et était affecté sur l'emploi de chargé d'opérations du patrimoine au sein du service technique du 3ème arrondissement de Marseille lorsque, par un courrier du 4 juin 2019, il a sollicité du maire de Marseille la réparation des préjudices moral et matériel qu'il estime avoir subis du fait de l'absence de revalorisation de son indemnité spécifique de service (ISS) et de sa prime de service et de rendement (PSR), entre le 1er juin 2011 et le 1er juillet 2019. Cette réclamation indemnitaire préalable a toutefois été implicitement rejetée. M. C relève appel du jugement du 16 décembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant principalement à l'annulation de cette décision implicite et à la condamnation de la commune de Marseille à l'indemniser de ces préjudices.
Sur le bien-fondé du jugement attaqué du tribunal administratif de Marseille du 16 décembre 2021 :
En ce qui concerne les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite portant rejet de la réclamation indemnitaire préalable présentée par M. C :
2. La décision implicite résultant du silence gardé par le maire de Marseille sur la réclamation indemnitaire préalable présentée par M. C a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de première instance présentée par ce dernier qui, en formulant les conclusions sus-analysées, a donné à cette demande le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir les sommes qu'il réclame, les vices propres dont serait entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les moyens dirigés contre cette décision ne peuvent qu'être écartés comme inopérants et les conclusions à fin d'annulation afférentes doivent donc être rejetées.
En ce qui concerne les conclusions indemnitaires :
S'agissant de l'exception de prescription quadriennale retenue par le tribunal administratif de Marseille pour les créances antérieures au 1er janvier 2015 :
3. Aux termes de l'article 1er de la loi susvisée du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. () ". Selon l'article 2 de la même loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance () ". Enfin, l'article 3 de cette loi dispose que : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement. ".
4. Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit et que le fait générateur de la créance se trouve ainsi dans les services accomplis de l'intéressé, la prescription est acquise au début de la quatrième année suivant chacune de celles au titre desquelles ses services auraient dû être rémunérés. Il en va différemment lorsque la créance de l'agent porte sur la réparation d'une mesure illégalement prise à son encontre et qui a eu pour effet de le priver de fonctions. En pareille hypothèse, comme dans tous les autres cas où est demandée l'indemnisation du préjudice résultant de l'illégalité d'une décision administrative, le fait générateur de la créance doit être rattaché, non à l'exercice au cours duquel la décision a été prise, mais à celui au cours duquel elle a été régulièrement notifiée (Conseil d'Etat, Section, 6 novembre 2002, nos 227147, 244410, A).
5. M. C persiste à invoquer le moyen tiré de ce que la commune de Marseille ne pouvait opposer la prescription quadriennale pour les créances antérieures au 1er janvier 2015 alors qu'il devrait être regardé comme ignorant l'existence de ces créances à l'encontre de cette commune. Il y a toutefois lieu d'écarter ce moyen par adoption des motifs retenus à bon droit par le tribunal administratif de Marseille aux points 5 à 9 de son jugement attaqué du 16 décembre 2021, l'appelant ne faisant état devant la Cour d'aucun élément distinct de ceux soumis à son appréciation.
S'agissant des conclusions indemnitaires afférentes aux montants de l'indemnité spécifique de service (ISS) et de la prime de service et de rendement (PSR) perçues par M. C à compter du 1er janvier 2015 :
Quant à l'indemnité spécifique de service (ISS) :
6. D'une part, aux termes de l'article 87 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les fonctionnaires régis par la présente loi ont droit, après service fait, à une rémunération fixée conformément aux dispositions de l'article 20 du titre Ier du statut général. () ". Aux termes de l'article 88 de cette même loi, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics fixent les régimes indemnitaires, dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat. Ces régimes indemnitaires peuvent tenir compte des conditions d'exercice des fonctions et de l'engagement professionnel des agents. () ". L'article 1er du décret susvisé du 6 septembre 1991 pris pour l'application du premier alinéa de cet article 88 précise, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le régime indemnitaire fixé par les assemblées délibérantes des collectivités territoriales () pour les différentes catégories de fonctionnaires territoriaux ne doit pas être plus favorable que celui dont bénéficient les fonctionnaires de l'Etat exerçant des fonctions équivalentes. () ". L'article 2 de ce même décret dispose, en outre, que : " L'assemblée délibérante de la collectivité () fixe () la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités () / L'autorité investie du pouvoir de nomination détermine, dans cette limite, le taux individuel applicable à chaque fonctionnaire. ".
7. Il résulte de ces dispositions qu'il revient d'abord à l'assemblée délibérante de chaque collectivité territoriale de fixer elle-même la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités bénéficiant aux fonctionnaires de la collectivité, sans que le régime ainsi institué puisse, en vertu du principe de parité qui est énoncé, être plus favorable que celui dont bénéficient les fonctionnaires de l'Etat d'un grade et d'un corps équivalents au grade et au cadre d'emplois de ces fonctionnaires territoriaux et sans que la collectivité soit tenue de faire bénéficier ses fonctionnaires de régimes indemnitaires identiques à ceux des fonctionnaires de l'Etat (Conseil d'Etat, 7 juin 2010, n° 312506, B). Il lui est notamment loisible de subordonner le bénéfice d'un régime indemnitaire à des conditions plus restrictives que celles qui sont applicables aux fonctionnaires de l'Etat. Il appartient ensuite à l'autorité investie du pouvoir de nomination de déterminer dans les limites prévues par l'assemblée délibérante de la collectivité le taux individuel d'indemnités applicable aux fonctionnaires de cette collectivité.
8. D'autre part, l'article 1er du décret susvisé du 9 novembre 2010 portant statut particulier du cadre d'emplois des techniciens territoriaux dispose que : " Les techniciens territoriaux constituent un cadre d'emplois technique de catégorie B au sens de l'article 5 de la loi du 26 janvier 1984 (). / Ce cadre d'emplois comprend les grades de technicien, de technicien principal de 2e classe et de technicien principal de 1re classe () ".
9. En l'espèce, et en premier lieu, au point 7 de l'annexe à la délibération qu'il a adoptée le 15 décembre 2003, le conseil municipal de Marseille a fixé le régime indemnitaire de l'ISS en déterminant les modalités d'attribution de celle-ci pour les techniciens territoriaux. A ce titre, ledit conseil municipal a prévu qu'elle serait attribuée individuellement en fonction des missions exercées et de la manière de servir, et il a, en outre, précisé que : " Les attributions individuelles dont l'objet d'une modulation entre le montant individuel minimal et maximal. / Le montant individuel minimal se calcule () par l'application de 10 % du montant moyen déterminé pour chaque grade ou classe et par application du montant minimum individuel prévu par les textes pour la prime de service et de rendement. Des minorations sont toutefois possibles en fonction des situations individuelles et à l'appui de décisions circonstanciés ". Il résulte ainsi clairement de l'objectif fixé dans cette délibération du 15 décembre 2003 que les attributions individuelles font l'objet d'une modulation en fonction de multiples critères, dont la manière de servir. Les délibérations successives ultérieurement adoptées par le conseil municipal afin de fixer le régime indemnitaire annuel des agents de la commune de Marseille reprennent, s'agissant de l'ISS, le cadre ainsi défini. Dans ces conditions, et alors même que leurs énoncés sont légèrement différents, l'ensemble de ces délibérations successives doit être interprété comme prévoyant que la limite basse du montant individuel de la prime qui peut être allouée correspond à 10 % d'un montant, dit " montant moyen annuel " déterminé pour chaque grade ou classe et calculé par référence aux dispositions applicables aux fonctionnaires de l'Etat à partir d'un taux de base annuel multiplié par un coefficient par grade du cadre d'emploi et un coefficient géographique, permettant une modulation entre 10 % du " montant moyen annuel " et le montant individuel maximal, ce dernier calculé par référence aux textes applicables aux fonctionnaires de l'Etat. Dès lors, pour un technicien territorial principal de 2ème classe, dont le coefficient de grade est fixé à 16, avec un coefficient géographique de 1 et alors que le taux de base annuel a été fixé à 361,90 euros, le montant moyen est égal à 5 790,40 euros et le montant individuel minimal s'établit donc à 579 euros. Par suite, et sans que M. C puisse utilement se prévaloir de la note de service signée par le directeur général des services le 30 janvier 2012 relative au régime indemnitaire de l'année 2012, le maire de Marseille n'a pas commis d'erreur de droit ou de calcul en fixant le montant minimal de l'ISS à 579 euros pour les techniciens principaux de 2ème classe. Ainsi que l'a jugé à bon droit le tribunal administratif de Marseille, aucune illégalité fautive ne saurait dès lors lui être reprochée à ce titre.
10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 du décret susvisé du 25 août 2003 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Les montants de l'indemnité spécifique de service susceptibles d'être servis peuvent faire l'objet de modulation pour tenir compte des fonctions exercées et de la qualité des services rendus dans des conditions fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de l'équipement, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique. " L'article 3 de l'arrêté du 25 août 2003 pris pour l'application de ce décret prévoit, dans sa rédaction applicable au présent litige, pour les ingénieurs des travaux publics de l'Etat, l'application de coefficients de modulation compris entre 85 % et 115 % du taux moyen. L'article 3 de l'arrêté du 25 août 2003 pris pour l'application de ce décret prévoit, pour les techniciens supérieurs, techniciens supérieurs principaux et techniciens supérieurs en chef du développement durable, l'application de coefficients de modulation compris entre 90 % et 110 % du taux moyen.
11. Comme l'ont relevé là encore à bon droit les premiers juges, ni les dispositions de ce décret du 25 août 2003 et celles de l'arrêté du même jour fixant ses modalités d'application, qui, alors même que la commune de Marseille s'en serait inspirée pour le calcul du " montant annuel moyen " en cause, ce qu'elle avait, au demeurant, entière liberté de faire dans le respect du principe de parité, ne sont applicables qu'aux fonctionnaires de l'Etat, ni les dispositions de la délibération du conseil municipal de Marseille du 15 décembre 2003 et celles des délibérations successives ultérieurement adoptées afin de fixer le régime indemnitaire annuel n'interdisent à l'autorité territoriale de fixer la limite basse du coefficient multiplicateur individuel du montant de référence en deçà du seuil de 0,90 prévu pour un technicien supérieur de l'Etat par l'article 3 de l'arrêté du 25 août 2003. Par suite, et alors qu'une telle possibilité est ouverte à la commune indépendamment de l'application, à titre exceptionnel, de minorations de l'indemnité en fonction de la manière de servir de l'agent, prévue par ailleurs par l'article 3 de l'arrêté du 25 août 2003 précité et reprise par la délibération du 15 décembre 2003, le maire de Marseille n'a pas davantage commis d'illégalité fautive à ce titre et pouvait fixer le coefficient individuel minimal à un niveau inférieur à ceux applicables aux fonctionnaires de l'Etat.
12. En troisième lieu, en vertu des dispositions relatives aux modalités d'application du régime indemnitaire contenues dans les annexes aux délibérations applicables, la modulation à la baisse du régime indemnitaire d'un agent doit être motivée et notifiée à l'intéressé dans le cadre d'un entretien, et précédée d'une proposition de diminution accompagnée d'un rapport circonstancié, reposant sur des faits objectifs et avérés. Mais, cette procédure ne s'applique ainsi qu'au cas de l'agent dont les primes baissent d'une année sur l'autre, au même grade. Or, en l'espèce, il n'est pas contesté par l'appelant que, sur la période en cause, non couverte par la prescription quadriennale, le coefficient individuel de l'appelant a été fixé à 0,395, du 1er janvier au 31 août 2015, puis à 0,42, à compter du 1er septembre 2015.
13. En quatrième et dernier lieu, M. C reprend en cause d'appel le moyen, déjà invoqué en première instance, tiré de ce que la modulation du coefficient de son ISS ne tient pas compte de sa manière de servir et qu'il aurait dû se voir appliquer un coefficient de modulation individuel de 1 ou en tout cas, supérieur à celui qui lui a été attribué. Mais, l'appelant n'apportant pas d'éléments probants nouveaux à l'appui de ce moyen, il y a lieu de l'écarter, par adoption des motifs retenus à juste titre par les premiers juges au point 16 de leur jugement attaqué et de considérer que le maire de Marseille ne s'est rendu, à cet égard, responsable d'aucune illégalité fautive.
Quant à la prime de service et de rendement (PSR) :
14. Aux termes de l'article 6 du décret susvisé du 15 décembre 2009 relatif à la prime de service et de rendement allouée à certains fonctionnaires relevant du ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - Le montant individuel de la prime de service et de rendement, ainsi que de l'indemnité complémentaire à cette prime, est fixé en tenant compte, d'une part, des responsabilités, du niveau d'expertise et des sujétions spéciales liées à l'emploi occupé et, d'autre part, de la qualité des services rendus. / II. - Lorsque l'indemnité complémentaire à la prime de service et de rendement prévue à l'article 5 n'est pas perçue, le montant individuel de cette prime ne peut excéder le double du montant annuel de base associé au grade détenu ou, le cas échéant, à l'emploi occupé par l'arrêté mentionné à l'article 4. / Le montant individuel total de la prime de service et de rendement et, lorsqu'elle est perçue, de l'indemnité complémentaire à cette prime ne peut excéder le triple du montant annuel de base associé au grade détenu ou, le cas échéant, à l'emploi occupé par l'arrêté susmentionné. "
15. S'agissant des communes, le pouvoir de modulation conféré au maire par une délibération du conseil municipal instituant une PSR et précisant, conformément aux dispositions précitées de l'article 88 de la loi du 26 janvier 1984 et du décret du 6 septembre 1991 pris pour l'application du premier alinéa de cet article, le taux moyen et le taux maximal de cette prime, ne se limite pas à la possibilité de la faire varier entre ces deux taux, mais lui permet également de la fixer à un niveau inférieur au taux moyen.
16. En premier lieu, à l'instar des délibérations adoptées antérieurement, la délibération du 9 avril 2018 du conseil municipal de Marseille, prise en application de cet article 88 de la loi du 26 janvier 1984, qui définit le régime indemnitaire des agents municipaux de la filière technique de cette commune, prévoit la possibilité de leur verser une PSR, dont elle fixe les taux moyens par grade. Cette délibération fixe le taux de base de cette PSR à 1 330 euros, pour un technicien territorial principal de 2ème classe, et se réfère aux articles 5 et 6 du décret susvisé du 15 décembre 2009. Or, il résulte des dispositions précitées de cet article 6 de ce décret que le montant individuel de cette prime ne peut excéder le double du montant annuel de base associé au grade détenu. Dès lors que ces textes ne prévoient qu'un maximum, l'autorité territoriale pouvait, sans illégalité, et sans être par ailleurs tenue de prendre une décision circonstanciée, fixer le montant de la PSR de l'appelant en deçà du taux de base, pour tenir compte des fonctions exercées et de sa manière de servir. M. C n'est dès lors, pas fondé à soutenir que le maire de Marseille aurait commis illégalité en fixant le taux de sa PSR.
17. En second lieu, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la PSR accordée à M. C ait varié à la baisse sur la période en cause, le moyen tiré du vice de procédure doit dès lors être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus au point 12 du présent arrêt.
18. Il s'ensuit qu'en l'absence de toute illégalité fautive, les conclusions indemnitaires présentées par M. C doivent être rejetées.
19. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense par la commune de Marseille, M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué du 16 décembre 2021, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
20. L'exécution du présent arrêt, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation et d'indemnisation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. C ne peuvent en tout état de cause qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
21. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Marseille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement d'une quelconque somme à M. C, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
22. D'autre part, et dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Marseille présentées sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Marseille tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. A C et à la commune de Marseille.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2023, où siégeaient :
- M. Marcovici, président,
- M. Revert, président assesseur,
- M. Lombart, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
No 22MA00508
ot
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026