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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA00555

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA00555

mardi 10 mai 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA00555
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre - formation à 3

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. C... B... a demandé au tribunal administratif de Marseille, d’une part, d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 15 avril 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination, et, d’autre part, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale ».

Par un jugement n° 2104430 du 20 décembre 2021, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 14 février 2022, M. B..., représenté par Me Bissane, demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement du 20 décembre 2021 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d’annuler l’arrêté du 15 avril 2021 du préfet des Bouches-du-Rhône ;

3°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de quatre mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- le jugement attaqué est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- la décision contestée est entachée d’une erreur de droit au regard des stipulations des articles 7 et 7 bis de l’accord franco-algérien ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation et méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 313-10 et L. 313-14 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

La requête a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône, qui n’a pas produit de mémoire.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

La présidente de la Cour a désigné par décision du 24 août 2021 M. Portail, président assesseur, pour statuer dans les conditions prévues à l’article R. 222-26 du code de justice administrative.

Le rapport de M. A... a été entendu au cours de l’audience publique.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Considérant ce qui suit :


1. M. B..., de nationalité algérienne, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour et un changement de statut de conjoint d’un ressortissant de l’Union européenne à celui de salarié. Il relève appel du jugement du 20 décembre 2021 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l’arrêté du 15 avril 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.


Sur les conclusions à fins d’annulation :


2. Il ressort des pièces du dossier que M. B... est entré en France de manière régulière en 2014, en qualité de conjoint d’une ressortissante de l’Union européenne, et a ensuite bénéficié, entre le 11 juin 2015 et le 9 octobre 2020, de titres de séjour en cette qualité. En outre, il est employé en contrat à durée indéterminée depuis le 1er janvier 2015 au sein de la SARL Centre méditerranéen des viandes, suite à un contrat à durée déterminée de trois mois au sein de cette même entreprise, de septembre à décembre 2014. Ainsi, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France de l’intéressé, le préfet des Bouches-du-Rhône a, dans les circonstances de l’espèce, commis une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l’intéressé. Par suite, ce dernier est fondé à soutenir que cette décision est entachée d’illégalité et à en demander l’annulation.


3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande. Il y a lieu, dès lors, d’annuler ce jugement ainsi que l’arrêté du 15 avril 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.


Sur les conclusions à fins d’injonction :


4. Eu égard au motif pour lequel il prononce l’annulation de l’arrêté en litige et dès lors qu’il ne résulte pas de l’instruction qu’un changement dans les circonstances de droit ou de fait y ferait obstacle, l’annulation de l’arrêté contesté implique que le préfet des Bouches-du-Rhône délivre à M. B... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais d’instance :


5. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B... et non compris dans les dépens.


D É C I D E :


Article 1er : Le jugement n° 2104430 du 20 décembre 2021 du tribunal administratif de Marseille et l’arrêté du 15 avril 2021 du préfet des Bouches-du-Rhône sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. B... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.

Article 3 : L’Etat versera à M. B... une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent arrêt sera notifié à M. C... B... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée au procureur de la république près le tribunal judiciaire de Marseille et au préfet des Bouches-du-Rhône.


Délibéré après l’audience du 3 mai 2022 où siégeaient :

M. Portail, président par intérim, présidant la formation de jugement en application de l’article R. 222-26 du code de justice administrative,
- Mme Carassic, première conseillère,
- M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 mai 2022.


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