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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA01113

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA01113

lundi 19 décembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA01113
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre - formation à 3
Avocat requérantSANTONI CAMILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme B... D... veuve C... a demandé au tribunal administratif de Bastia d’annuler l’arrêté du préfet de la Corse-du-Sud du 30 novembre 2021 lui refusant la délivrance d’un titre de séjour, l’obligeant à quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et fixant le pays de destination.

Par un jugement n° 2101520 du 24 mars 2022 le tribunal administratif de Bastia a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 avril 2022 et le 14 octobre 2022, Mme B... D... veuve C..., représentée par Me Santoni, demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement du tribunal administratif de Bastia du 24 mars 2022 ;

2°) d’annuler l’arrêté du 30 novembre 2021 ;

3°) d’enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale », sans délai.

Elle soutient que :

la décision portant refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;
le préfet a commis une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle ;
l’arrêté attaqué méconnaît le b de l’article 7 bis de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié dès lors, d’une part, qu’elle est entrée régulièrement en France et a été contrainte d’y demeurer en raison de la crise sanitaire et, d’autre part, que ses ressources sont insuffisantes pour qu’elle assume seule les charges de la vie courante ;
l’arrêté méconnaît les stipulations du 5° de l’article 6 de l’accord franco-algérien ;
l’arrêté attaqué méconnait les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Corse-du-Sud, qui n’a pas produit d’observations.

Mme D... veuve C... a été admise à l’aide juridictionnelle totale par une décision du 8 juillet 2022 du bureau d’aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l’audience en application de l’article R. 732-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Vincent, présidente assesseure.


Considérant ce qui suit :
Mme D... veuve C..., de nationalité algérienne, née le 25 mai 1948 à Mascara, déclare être entrée en France pour la dernière fois le 14 décembre 2019 et s’y être maintenue depuis. Elle a demandé, le 25 juin 2021, son admission au séjour en qualité d’ascendant à charge de ressortissant français. Par un arrêté du 30 novembre 2021, le préfet de la Corse-du-Sud a rejeté sa demande de délivrance d’un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 90 jours et a fixé le pays de destination. Mme D... veuve C... demande à la Cour d’annuler le jugement n° 2101520 du 24 mars 2022 par lequel le tribunal administratif de Bastia a rejeté ses conclusions aux fins d’annulation de l’arrêté du 30 novembre 2021.
En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. (…) ». Selon l’article L. 211-5 de ce même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».
L’arrêté attaqué comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et vise notamment le b) l’article 7 bis de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, retrace le parcours de Mme D... veuve C... en France, rappelle ses conditions de séjour sur le territoire français et sa situation privée et familiale, relève que l’intéressée ne peut être regardée comme ascendante à charge d’un ressortissant français, qu’elle ne justifie pas être isolée en Algérie et précise que sa situation ne justifie pas sa régularisation. Par ailleurs, l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que l’obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Dès lors, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué serait insuffisamment motivé doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article 7 bis de l’accord franco-algérien : « Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années (…) Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées (…) au b) (…) :/ (…) b) (…) aux ascendants d'un ressortissant français et de son conjoint qui sont à sa charge (…) ».

Mme D... veuve C... est entrée en France pour la dernière fois le 14 décembre 2019, sous couvert d’un visa de type touristique d’une durée de 90 jours à entrées multiples et valable du 2 juin 2015 au 1er juin 2020. Par suite, la condition de résidence ininterrompue de trois ans n’étant pas remplie à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article 7 bis de l’accord franco-algérien doit être écarté.
En troisième lieu, aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié: « (…) Le certificat de résidence d’un an, portant la mention vie privée et familiale, est délivré de plein droit : (…) 5. Au ressortissant algérien, qui n’entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d’autorisation de séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs de refus ; (…) ».
Ainsi que l’ont à bon droit relevé les premiers juges, il ressort des pièces du dossier que deux des trois enfants de A... D... veuve C... résident en France, dont une fille, de nationalité française, alors que son troisième enfant justifie d’une carte de résident au Canada. Toutefois, si la requérante fait valoir qu’elle n’a plus d’attache familiale dans son pays d’origine et qu’elle est, depuis son arrivée en France, hébergée et prise en charge par sa fille, elle n’est entrée sur le territoire français qu’en décembre 2019, après avoir passé l’essentiel de sa vie en Algérie où elle a vécu au moins jusqu’à l’âge de soixante-et-onze ans, en étant longtemps éloignée des membres de sa famille installés en France alors même qu’elle est veuve depuis l’année 2003. Dans ces conditions, la décision de refus de titre de séjour en litige n’a pas porté au droit de Mme D... veuve C... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, cette décision ne méconnaît pas les stipulations du 5) de l’article 6 de l’accord franco-algérien susvisé. Pour les mêmes raisons, la requérante n’est pas davantage fondée à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d’appréciation en s’abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation au titre de l’admission exceptionnelle au séjour ni à soutenir que le représentant de l’Etat aurait commis une erreur manifeste dans l’appréciation des conséquences que comporte l’obligation de quitter le territoire français en litige sur sa situation personnelle et familiale.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation présentées par Mme D... ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction doivent être rejetées.


DECIDE :



Article 1er : La requête de Mme D... veuve C... est rejetée.

Article : Le présent arrêt sera notifié à Mme B... D... veuve C..., et au ministre de l’intérieur et des outre-mer.


Copie en sera adressée au préfet de la Corse-du-Sud

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Bocquet, président,
Mme Vincent, présidente assesseure,
M. Mérenne, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.

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