jeudi 21 décembre 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-22MA01121 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SELARL G. PALOUX - E. MUNDET |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B G a demandé au tribunal administratif de Nice, d'une part, d'annuler la décision implicite du directeur départemental des finances publiques des Alpes-Maritimes de lui communiquer la déclaration d'option à l'impôt sur les sociétés que l'EURL 5 Art aurait souscrite en 2012, et, d'autre part, de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre de l'année 2013, ainsi que des majorations correspondantes.
Par un jugement nos 1903126, 1903543 du 25 février 2022, le tribunal administratif de Nice a rejeté les demandes de M. G après les avoir jointes.
Procédure devant la cour :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 avril 2022 et le 12 septembre 2023, M. G, représenté par Me Mundet, demande à la cour :
1°) d'annuler le jugement du 25 février 2022 du tribunal administratif de Nice ;
2°) de prononcer la décharge de l'imposition et des majorations en litige ;
3°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de l'État en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-l'administration a refusé à tort de lui communiquer la déclaration d'option à l'impôt sur les sociétés souscrite par l'EURL 5 Art en 2012, dont l'existence est établie ;
-les éléments matériels permettent de lui reconnaître le bénéfice de l'option à l'impôt sur les sociétés, à laquelle cette société aurait dû être assujettie ;
-la procédure de rectification a été incohérente ;
-la proposition de rectification est insuffisamment motivée ;
-le rejet de la déduction des rémunérations et des charges sociales n'est pas fondé.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'arrêt à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que le litige relatif à la communication d'un document administratif n'est pas susceptible d'appel.
Plusieurs mémoires ont été enregistrés en réponse à cette mesure d'information, le 19 septembre 2023 pour le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique et le 29 septembre 2023 pour M. G.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
-le code de justice administrative.
Après avoir entendu en audience publique :
- le rapport de M. Mérenne,
- les conclusions de M. Ury, rapporteur public,
- et les observations de Me Mundet, représentant M. G.
Considérant ce qui suit :
1. M. G est l'unique associé de l'EURL 5 Art, qui exploitait un fonds de commerce de restauration traditionnelle et de débit de boissons. Par une première rectification du 27 octobre 2016, consécutive à un contrôle sur pièces, l'administration fiscale a entendu assujettir l'EURL 5 Art à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés. Par deux nouvelles propositions de rectification du 30 novembre 2016, l'administration fiscale, d'une part, a retiré la première proposition de rectification adressée à l'EURL 5 Art et rectifié le résultat de cette dernière, et, d'autre part, assujetti M. G à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour l'année 2013. Au cours des échanges avec l'administration fiscale, M. G lui a demandé la copie de la déclaration d'option à l'impôt sur les sociétés que la société aurait souscrite en 2012. La Commission d'accès aux documents administratifs a rendu un avis favorable à cette demande le 21 mars 2019. Par une demande enregistrée par le greffe du tribunal administratif de Nice sous le numéro 1903126, M. G a demandé l'annulation de la décision implicite refusant de lui communiquer ce document. Par une demande enregistrée par le greffe du même tribunal sous le numéro 1903543, M. G a demandé à être déchargé des impositions supplémentaires mises à sa charge. M. G relève appel du jugement du 25 février 2022 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté les deux demandes après les avoir jointes.
Sur le refus de communication d'un document administratif :
2. Selon le 2° de l'article R. 811-1 du code de justice administrative, le tribunal administratif statue en premier et dernier ressort " sur les litiges en matière de consultation et de communication de documents administratifs ou d'archives publiques ". Aux termes de l'article R. 351-2 du même code : " Lorsqu'une cour administrative d'appel ou un tribunal administratif est saisi de conclusions qu'il estime relever de la compétence du Conseil d'Etat, son président transmet sans délai le dossier au Conseil d'Etat qui poursuit l'instruction de l'affaire. "
3. Les conclusions de M. G contestant le jugement du 25 février 2022 du tribunal administratif de Nice en tant qu'il a rejeté la demande enregistrée sous le numéro 1903126 par le greffe du même tribunal sont relatives à un refus de communication d'un document administratif. Le jugement a été, dans cette mesure, rendu en premier et dernier ressort et n'est susceptible d'être contesté que par la voie d'un pourvoi en cassation. Il y a lieu, dès lors, de transmettre ces conclusions au Conseil d'État.
Sur l'imposition de M. G au titre de l'année 2013 :
4. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. "
5. Ainsi qu'il a été dit au point 1, la proposition de rectification initialement adressée à l'EURL 5 Art le 27 octobre 2016 en vue de la soumettre à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, a été remplacée par une nouvelle proposition de rectification du 30 novembre 2016, laquelle explique le motif du changement de catégorie d'imposition, tiré de l'absence d'option pour l'impôt sur les sociétés, le montant du chiffre d'affaires, évalué suivant la déclaration de résultat à l'impôt sur les sociétés transmis par la contribuable du 25 novembre 2016, et le refus des charges salariales considérées comme injustifiées par l'administration fiscale. M. G, pour sa part a reçu une proposition de rectification également datée du 30 novembre 2016, tirant les conséquences de celle adressée à l'EURL 5 Art, jointe en copie. Ces propositions de rectifications sont suffisamment motivées. La contestation de leur bien-fondé est sans incidence sur le respect de l'obligation de motivation. S'agissant de l'EURL 5 Art, l'administration fiscale a entendu corriger une erreur par l'émission d'une nouvelle proposition de rectification, ainsi qu'elle pouvait le faire. Elle n'a pas de la sorte commis d'incohérence susceptible de constituer une irrégularité.
6. En deuxième lieu, l'article 8 du code général des impôts prévoit que, à moins d'une option en faveur de l'assujettissement à l'impôt sur les sociétés, est assujetti à l'impôt sur le revenu, pour les bénéfices qu'il en retire, l'associé unique d'une société à responsabilité limitée lorsque cet associé est une personne physique. Aux termes du 3 de l'article 206 du même code : " Sont soumis à l'impôt sur les sociétés s'ils optent pour leur assujettissement à cet impôt dans les conditions prévues à l'article 239 : / () / e. Les sociétés à responsabilité limitée dont l'associé unique est une personne physique ". Aux termes de l'article 239 du même code : " 1. Les sociétés et groupements mentionnés au 3 de l'article 206 peuvent opter, dans des conditions qui sont fixées par arrêté ministériel, pour le régime applicable aux sociétés de capitaux. () / L'option doit être notifiée avant la fin du troisième mois de l'exercice au titre duquel l'entreprise souhaite être soumise pour la première fois à l'impôt sur les sociétés. () " Aux termes de l'article 22 de l'annexe IV au code général des impôts, applicable aux exercices en litige : " La notification de l'option prévue à l'article 239 du code général des impôts est adressée au service des impôts du lieu du principal établissement de la société ou du groupement qui souhaite exercer cette option ". Il résulte de ces dispositions que l'EURL 5 Art aurait dû notifier à l'administration son option pour l'impôt sur les sociétés avant le 31 mars 2013 pour être soumise au régime applicable aux sociétés de capitaux.
7. M. G fait valoir que l'EURL 5 Art a adressé l'option prévue à l'article 239 du code général des impôts par une déclaration du 20 août 2012 établie sur le formulaire d'une demande de renseignements transmise par la direction départementale des finances publiques des Alpes-Maritimes. Il reconnaît toutefois ne pas disposer de la preuve de l'envoi de cette option, qui est contesté par l'administration fiscale. Les conditions dans lesquelles celle-ci a prononcé en 2014 la mainlevée de l'opposition qu'elle avait formée au paiement du prix de vente du fonds de commerce, ne révèlent pas qu'une option pour l'impôt sur les sociétés aurait été formulée par la société. La circonstance que l'EURL s'est vue adresser des déclarations fiscales selon le régime de l'impôt sur les sociétés ne permet pas davantage, par elle-même, de regarder cette société comme ayant régulièrement opté pour cet impôt. Si M. G fait valoir que l'administration fiscale a entendu assujettir l'EURL 5 Art à l'impôt sur les sociétés, l'administration est précisément revenue sur cette position par les propositions de rectification du 30 novembre 2016 au motif que l'EURL 5 Art n'avait pas notifié l'option prévue à l'article 239 du code général des impôts avant la date limite pour ce faire. Enfin, les déclarations effectuées après le 31 mars 2013 sont tardives. Par suite, M. G n'apporte pas la preuve de l'option que la société aurait exercée dans les délais requis, en vue de bénéficier du régime applicable aux sociétés de capitaux. Dans ces conditions, c'est à bon droit qu'il a été assujetti à l'impôt sur le revenu en application de l'article 8 du code général des impôts.
8. En troisième lieu, il résulte du 1. de l'article 39 du code général des impôts que : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () les dépenses de personnel et de main-d'œuvre ". Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamées qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
9. L'administration a réintégré au résultat imposable de l'EURL 5 Art pour l'année 2013 la somme de 98 854 euros au titre de la rémunération du personnel et celle de 34 115 euros au titre des charges sociales au motif que ces charges n'étaient pas étayées par des pièces justificatives. Contrairement à ce que soutient le ministre, la circonstance que la société n'ait pas effectué la déclaration annuelle des salaires prévue à l'article 87 du code général des impôts ne fait pas obstacle à ce que le contribuable puisse justifier de la déductibilité des charges en cause par la production de tous éléments suffisamment précis. Pour sa part, M. G ne peut utilement invoquer un " principe de réalisme " qui l'exonèrerait des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve pour s'abstenir de justifier de tels éléments.
10. M. G produit pour la première fois en appel un ensemble épars de copies de chèques, de relevés bancaires, de bulletins de salaires et de reçus pour solde de tout compte. Il justifie, par les pièces qu'il produit, de la rémunération brute mensuelle versée à M. A à hauteur de 1 160 euros pour les mois d'août, octobre et novembre ; de la rémunération brute mensuelle versée à M. C à hauteur de 2 000 euros pour les mois de mars et mai, et de 2 575 euros pour les mois de septembre et octobre ; de la rémunération brute mensuelle versée à Mme H à hauteur de 857,22 euros pour les mois de mars, avril, mai, juin et juillet, et à hauteur de 600,04 euros pour le mois de septembre, et des sommes de 1 009,44 euros, 1 980 euros, 1 150,04 euros, 1 290,52 euros, 402,23 euros et 2 197,59 euros correspondant aux rémunérations brutes de Mme F, M. Prud'homme, M. I, M. D, M. E et M. J, soit la somme totale de 25 545, 96 euros. S'agissant des autres sommes en litige, soit M. G ne justifie pas soit de leur paiement, soit de leur versement à titre de salaires au personnel de la société. L'encaissement du seul chèque non daté n'est pas établi. Enfin, s'agissant de la rémunération du gérant, il résulte de ce qui a été vu au point 8 que celle-ci ne peut être déduite du résultat imposable.
11. Il résulte de ce qui précède que M. G est seulement fondé à contester le rejet des charges de personnel à hauteur de 25 545,96 euros ce qui entraîne une réduction de la base d'imposition de 31 932,45 euros après la prise en compte du coefficient multiplicateur prévu au 7 de l'article 158 du code général des impôts, et à demander la réformation du jugement attaqué dans cette mesure.
Sur les frais liés au litige :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. G sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Les conclusions de M. G contestant le jugement du 25 février 2022 du tribunal administratif de Nice en tant qu'il a rejeté la demande enregistrée sous le numéro 1903126 sont transmises au Conseil d'État.
Article 2 : La base de l'impôt sur le revenu de M. G au titre de l'année 2013 est réduite d'une somme de 31 932,45 euros.
Article 3 : M. G est déchargé de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti au titre de l'année 2013 correspondant à la réduction de la base d'imposition définie à l'article 2 et des majorations correspondantes.
Article 4 : Le jugement du 25 février 2022 du tribunal administratif de Nice est réformé en ce qu'il a de contraire au présent arrêt.
Article 5 : Le surplus des conclusions présentées par M. G est rejeté.
Article 6 : Le présent arrêt sera notifié à M. B G et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.
Copie en sera adressée pour information à la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, où siégeaient :
- Mme Paix, présidente,
- M. Platillero, président-assesseur,
- M. Mérenne, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.
No 22MA01121
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
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04/05/2026