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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA01176

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA01176

mardi 21 juin 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA01176
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantCHEMMAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A D, épouse B, a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 21 avril 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2106174-2106175-2106176 du 19 novembre 2021, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 24 avril 2022, Mme D, épouse B, représentée par Me Chemmam, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 19 novembre 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet de Bouches-du-Rhône du 21 avril 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Chemmam au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article 3 de la loi du

11 juillet 1971 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'intensité, la stabilité et l'ancienneté des liens personnels et familiaux ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant son pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le principe de non-refoulement prévu par les dispositions de l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 18 et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 33 de la Convention du Genève du

28 juillet 1951.

Mme D épouse B a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal de grande instance de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 du Parlement européen et du Conseil relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, épouse B, de nationalité arménienne, née le

15 juillet 1971, relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 21 avril 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. S'agissant des moyens de légalité externe invoqués contre l'ensemble des décisions, à l'encontre de l'arrêté attaqué, la requérante reproduit purement et simplement l'argumentation invoquée en première instance, sans critiquer utilement les motifs par lesquels les premiers juges y ont répondu, il y a lieu, par suite, de les écarter par adoption des motifs retenus par le tribunal administratif de Marseille, respectivement aux points 3 à 5 de son jugement.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Aux termes des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article l. 313-2 soit exigée. () ".

5. Mme D épouse B persiste à soutenir en appel qu'elle est entrée en France le 1er juillet 2015 et qu'elle y réside continuellement depuis. Toutefois, comme l'ont jugé à bon droit les premiers juges, les pièces produites au dossier, constituées principalement de son passeport, de documents médicaux épars, d'avis d'impôt sur le revenu, de courriers de l'assurance maladie ainsi que de relevés de livret A, ne sont pas de nature à démontrer la présence continue de la requérante sur le territoire français. En outre, si la requérante se prévaut de la présence en France de son mari et de son fils, il ressort des pièces du dossier qu'ils sont en situation irrégulière et qu'ils ont également fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, si la requérante a conclu un contrat de travail à durée déterminée pour la période allant de décembre 2020 à juillet 2021, cette seule circonstance n'est pas de nature à démontrer l'existence d'une insertion socio-professionnelle notable. Enfin, la requérante ne démontre pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Il ressort des pièces du dossier que la requérante ainsi que son mari ont été déboutés de leur demande d'asile et se sont soustraits à l'exécution de précédentes mesures portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté attaqué n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'intensité, la stabilité et l'ancienneté des liens personnels et familiaux de la requérante en France.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article

L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 () ".

7. Les éléments d'ordre personnel et familial que Mme D, épouse B, invoque ne sont pas de nature à établir, compte-tenu de ce qui a été dit au point 5, que son admission au séjour répondrait à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation a regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision portant refus de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

9. En second lieu, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 de la présente ordonnance.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de sa destination :

10. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

11. Mme D, épouse B, fait valoir qu'elle serait exposée à des risques en cas de retour en Arménie. Toutefois, elle n'assortit pas ses allégations de précisions et de justifications suffisamment probantes, alors que l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides ainsi que la Cour nationale du droit d'asile ont rejeté sa demande d'asile. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destinations méconnaîtrait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être rejeté.

12. En second lieu, la requérante, qui ne s'est pas vue reconnaître la qualité de réfugié, ne peut utilement invoquer à l'encontre de la décision contestée la méconnaissance du principe de non-refoulement garanti par l'article 33 de la convention de Genève, par l'article 18 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et par l'article 5 de la directive n°2008/115/CE

13. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme D épouse B qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme D épouse B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A D épouse B et à Me Chemmam.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 21 juin 2022.

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