mercredi 6 juillet 2022
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-22MA01356 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | WILLOCQ |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A B a demandé au tribunal administratif de Toulon d'annuler l'arrêté du préfet du Var du 17 décembre 2021, lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.
Par un jugement n° 2200242 du 11 avril 2022, le tribunal administratif de Toulon a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 10 mai 2022, M. B, représenté par Me Willocq, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du 11 avril 2022 ;
2°) d'annuler l'arrêté du préfet du Var du 17 décembre 2021 ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de résidant dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire au séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle méconnaît le principe général du droit de l'Union européenne d'être entendu ;
- le préfet n'a pas examiné sa demande sur le fondement qu'il avait invoqué, l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée méconnaît le droit à un procès équitable en raison de l'absence de communication de son dossier ;
- elle méconnaît les dispositions de l'alinéa 3 du III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît son droit à être assisté par un avocat ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision refusant l'octroi d'un titre de séjour ;
- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 211-2 et
L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration et du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de sa destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de relation entre le public et l'administration :
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité sénégalaise, né le 7 février 1999, relève appel du jugement par lequel le tribunal administratif de Toulon a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet du Var du 17 décembre 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.
2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas par elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union relatif au respect des droits de la défense imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été mis à même de formuler ses observations et de porter à la connaissance de l'administration, avant que ne soit prise la décision contestée, l'ensemble des informations pertinentes relative à sa situation personnelle. En tout état de cause, le requérant ne se prévaut d'aucune information pertinente qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision et qui, si elle avait pu être communiquée à temps, aurait été de nature à faire obstacle à cette décision. Dans ces conditions, le droit d'être entendu de M. B n'a pas été méconnu.
5. En deuxième lieu, les dispositions du III de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile recodifié à l'article L. 614-9 depuis le 1er mai 2021, aux termes desquelles : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ", ne sont applicables qu'à la contestation, devant le tribunal administratif, par un étranger placé en rétention, de la décision par laquelle l'autorité administrative lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. M. B ne peut donc utilement demander, sur le fondement de ces dispositions, la communication du dossier contenant des pièces sur la base desquelles le préfet du Var a rejeté sa demande de titre de séjour. Le moyen tiré de l'erreur de droit et de la méconnaissance de son droit à un procès équitable soulevés au regard de ces dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent qu'être écartés.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " S'il est âgé de dix-huit à vingt et un ans, ou qu'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, ou qu'il est à la charge de ses parents, l'enfant étranger d'un ressortissant français se voit délivrer une carte résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. Pour l'application du premier alinéa, la filiation s'entend de la filiation légalement établie, y compris en vertu d'une décision d'adoption, sous réserve de la vérification par le ministère public de la régularité de cette décision lorsqu'elle a été prononcée à l'étranger ".
7. Si le requérant persiste à soutenir en appel que le préfet n'a pas étudié sa demande sur le fondement qu'il avait invoqué, il ressort des pièces du dossier qu'il est constant que la demande de titre de séjour formulée le 20 octobre 2020 portait sur un changement de statut pour obtenir celui de " salarié ". En outre, si le requérant produit un courrier du 26 février 2021, il ne ressort pas des termes de cette lettre qu'une demande de titre sur le fondement de l'article
L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aurait été formulée. Par suite, c'est à bon droit que les premiers juges ont estimé que le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'illégalité en raison du défaut d'examen de la demande au regard des dispositions de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. La demande de titre de séjour n'ayant pas été formulée sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-12, M. B ne peut utilement s'en prévaloir. En tout état de cause, il ne démontre pas, par les pièces produites, être à la charge de son père français au sens des dispositions précitées.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. M. B déclare être entré en France le 12 septembre 2017 sous couvert d'un visa D mention " étudiant ", valable du 12 septembre 2017 au 12 septembre 2018 pour y poursuivre ses études et rejoindre son père de nationalité française. Le requérant soutient en appel qu'il a obtenu un diplôme universitaire de technologie spécialité génie électrique et informatique industrielle, qu'il cherche assidument un emploi depuis et produit pour ce faire la liste des entreprises dans lesquelles il a postulé, son curriculum vitae, ainsi qu'une attestation du directeur de l'association " Mission locale " certifiant qu'il est accompagné dans sa recherche d'emploi. Toutefois, ces circonstances ne sont pas de nature à établir l'existence d'une insertion socio-professionnelle notable. En outre, le requérant soutient entretenir des liens avec les membres de sa famille présents sur le territoire français et notamment avec son père de nationalité française, l'épouse de son cousin, et avec sa compagne. Si M. B produit pour la première fois en appel de nombreuses attestations de proches venant confirmer son implication dans la vie de famille, ces seules productions ne sont pas de nature à établir, eu égard au caractère récent de sa venue en France, qu'il y a transféré l'ensemble de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans au Sénégal, ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, ni avoir transféré l'ensemble de ses intérêts privés et familiaux. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision faisant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui (..) constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Les dispositions du I de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, recodifiées depuis le 1er mai 2021 à l'article L. 613-2 : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
13. Après avoir visé les dispositions textuelles dont il a fait application, notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'arrêté fait état des éléments relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant. Il détaille avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé d'en comprendre les motifs, et dépourvue de caractéristiques stéréotypée, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
14. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Var se serait estimé en situation de compétence liée, pour prendre à l'encontre de M. B, une décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
15. En quatrième lieu, comme il a été dit au point 10, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, ne démontre pas avoir transféré l'ensemble de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. En outre, s'il démontre avoir obtenu un diplôme universitaire de technologie en 2020 et soutient être en recherche active d'emploi, ces seules circonstances ne sont pas de nature à établir l'existence d'une insertion professionnelle notable. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur les conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de sa destination :
16. En premier lieu, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions à l'appui des conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de sa destination ne peut qu'être écarté.
17. En deuxième lieu, il ressort de la décision fixant le pays de sa destination comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et est ainsi suffisamment motivée.
18. En troisième lieu, si le requérant soutient que la décision fixant le pays de sa destination serait entachée d'illégalité en ce qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ces moyens, pour les mêmes motifs que ceux exposés pour les décisions portant refus de délivrance de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés.
19. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article
R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M A B.
Copie en sera adressée au préfet du Var.
Fait à Marseille, le 6 juillet 2022.
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026