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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA01358

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA01358

lundi 30 octobre 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA01358
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation6ème chambre - formation à 3
Avocat requérantLEROUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler la décision du 17 janvier 2019, par laquelle l'université d'Aix-Marseille a refusé d'imputer au service les événements survenus le 26 septembre 2017 sur son lieu de travail ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Par un jugement n° 1910059 du 10 mars 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 mai 2022 et 10 mai 2023, Mme B, représentée par Me Leroux, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 10 mars 2022 ;

2°) d'annuler la décision du 17 janvier 2019 ainsi que la décision rejetant son recours gracieux ;

3°) d'enjoindre à l'université d'Aix-Marseille de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'université d'Aix-Marseille la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que l'université a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation en refusant de reconnaître comme imputable au service, l'attaque de panique dont elle a été victime le 26 septembre 2017.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 27 mars 2023 et le 12 mai 2023, l'université d'Aix-Marseille, représentée par Me Beauvillard, conclut au rejet de la requête et demande à la Cour de mettre à la charge de Mme B la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive et donc irrecevable ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Un courrier du 22 juin 2023 adressé aux parties en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, les a informées de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et a indiqué la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.

Par ordonnance du 26 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée à sa date d'émission en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Isabelle Ruiz, rapporteure,

- les conclusions de M. François Point, rapporteur public,

- et les observations de Me Champeau, pour l'université d'Aix-Marseille.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée en 2011 par l'université d'Aix-Marseille en contrat à durée déterminée sur un poste d'ingénieur d'étude de catégorie A en tant que responsable administrative du master mode puis en contrat à durée indéterminée à compter du 1er septembre 2017. Elle a été placée en congé de maladie ordinaire après avoir été victime d'une " crise de panique " à la réception d'un courriel d'une collègue, le 26 septembre 2017, incident pour lequel elle a déposé une déclaration d'accident de travail en mai 2018. Par décision du 17 janvier 2019, son employeur a refusé de donner une suite favorable à sa demande d'imputabilité au service de son accident. L'intéressée a formé un recours gracieux qui a fait l'objet d'un rejet. Mme B a alors saisi le tribunal administratif de Marseille d'une demande tendant à l'annulation de la décision du 17 janvier 2019 ainsi que de la décision rejetant son recours gracieux. Par le jugement du 10 mars 2022, le tribunal administratif a rejeté cette demande. Mme B fait appel de ce jugement.

Sur le bien-fondé du jugement :

2. D'une part, aux termes du 2° de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat dans sa rédaction en vigueur à la date de survenue de l'accident allégué : " Le fonctionnaire en activité a droit : [] /2°) A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévus en application de l'article 35. / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident ;/ [] ". Un accident survenu sur le lieu et dans le temps du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par un fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal présente, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant cet évènement du service, le caractère d'un accident de service.

3. D'autre part, aux termes de l'article 21 bis de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 : " I. - Le fonctionnaire en activité a droit à un congé pour invalidité temporaire imputable au service lorsque son incapacité temporaire de travail est consécutive à un accident reconnu imputable au service, à un accident de trajet ou à une maladie contractée en service définis aux II, III et IV du présent article. Ces définitions ne sont pas applicables au régime de réparation de l'incapacité permanente du fonctionnaire. / Le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. La durée du congé est assimilée à une période de service effectif. L'autorité administrative peut, à tout moment, vérifier si l'état de santé du fonctionnaire nécessite son maintien en congé pour invalidité temporaire imputable au service. / II. - Est présumé imputable au service tout accident survenu à un fonctionnaire, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions ou d'une activité qui en constitue le prolongement normal, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service. / [] ". Il appartient à l'agent d'établir les circonstances de l'accident dont il aurait été victime.

4. Mme B soutient avoir subi, le 26 septembre 2017, à la suite de la réception d'un courriel émanant d'une collègue avec laquelle elle entretenait des relations conflictuelles, selon ses dires, une " attaque de panique ", et donc un accident de service survenu sur son lieu de travail qu'elle n'a déclaré que le 31 mai 2018, soit près de huit mois plus tard. L'administration a rejeté sa demande de reconnaissance d'accident de service en se fondant sur l'absence de matérialité de l'évènement.

5. Alors qu'il appartenait à Mme B d'établir, au besoin par des témoignages, les circonstances précises à la suite desquelles elle allègue avoir été victime d'un accident en raison de la réception d'un courriel qu'elle n'a produit qu'en appel, la réalité de cet accident ne saurait résulter de ses seules déclarations ni de la teneur de ce courriel qui, au demeurant, ne comporte aucun élément susceptible de caractériser une quelconque tension. Les conclusions de la docteure Lacassin, en date du 21 juin 2018, si elles relèvent l'existence d'un trouble majeur de l'estime de soi et un syndrome anxieux invalidant, ne permettent pas davantage d'établir la réalité de la survenue d'un accident dans le temps et le lieu du service le 26 septembre 2017. Les conclusions du médecin expert, le docteur C, qui a rendu un rapport à destination de la commission de réforme, selon lesquelles il n'existe pas de lien de cause à effet entre la pathologie invoquée et l'évènement du 26 septembre 2017, ne le permettent pas davantage. Dans ces conditions, en l'absence de preuve de la survenue d'un accident sur le lieu et le temps de travail, aucune imputabilité au service ne saurait être retenue. Dès lors, le directeur des ressources humaines de l'université d'Aix-Marseille a pu rejeter la demande d'imputabilité au service sans entacher les décisions attaquées d'erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense que Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Le présent arrêt, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de Mme B dirigées contre l'université d'Aix-Marseille qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B une somme de 1 000 euros à verser à l'université d'Aix-Marseille en application de ces dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Mme B versera à l'université d'Aix-Marseille une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A B et à l'université d'Aix-Marseille.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2023, où siégeaient :

- M. Alexandre Badie, président de chambre,

- M. Renaud Thielé, président assesseur,

- Mme Isabelle Ruiz, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 octobre 2023.

No 22MA01358

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