vendredi 12 janvier 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-22MA01421 |
| Type | Décision |
| Recours | plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | MDMH - MAUMONT MOUMNI AVOCATS ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B A a demandé au tribunal administratif de Toulon, par une requête enregistrée sous le n° 1900584, d'annuler la décision implicite par laquelle la ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire enregistré le 14 septembre 2018 au secrétariat de la commission des recours des militaires, dirigé contre la décision du 25 juin 2018 le plaçant en congé de maladie de longue durée pour maladie non imputable au service et la décision du 10 juillet 2018 annulant la précédente, d'annuler la décision implicite par laquelle la ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire enregistré le 14 septembre 2018 au secrétariat de la commission des recours des militaires, dirigé contre la décision du 26 juillet 2018 portant radiation des contrôles à compter du 27 avril 2018, d'enjoindre à l'administration de le réintégrer au titre du renouvellement de son contrat d'engagement de sept ans et six mois du 25 juillet 2017 et de le placer en congé de longue durée pour maladie en lien avec le service ou, à tout le moins, de procéder à sa réforme pour inaptitude définitive à la date du 27 avril 2018, dans le délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de le rétablir en conséquence dans l'ensemble de ses droits et intérêts dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour et de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 4 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il a également demandé au tribunal administratif de Toulon, par une requête enregistrée sous le n° 2000707, d'annuler la décision du 30 juin 2020 par laquelle la ministre des armées a rejeté sa contestation du titre de perception émis le 5 mars 2019 pour le recouvrement de la somme de 5 913 euros correspondant à un indu de solde et accessoires pour la période du 1er janvier 2018 au 31 juillet 2018, ensemble ce titre de perception, de le décharger du paiement de la somme de 5 913 euros ou, à titre subsidiaire, de lui accorder une réduction de la créance et de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un jugement n° 1900584, 2000707 du 15 mars 2022, le tribunal administratif de Toulon a rejeté les requêtes de M. A.
Procédure devant la Cour :
Par une requête et des mémoires complémentaires enregistrés les 18 mai 2022, 29 avril 2023 et 5 décembre 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, M. B A, représenté par Me Moumni, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Toulon ;
2°) d'annuler les décisions implicites par lesquelles le ministre des armées a rejeté ses recours administratifs préalables obligatoires dirigés, d'une part, contre les décisions du 25 juin 2018 le plaçant en congé de longue durée à compter du 27 avril 2018 en tant qu'elle ne reconnaît pas l'imputabilité au service de sa maladie et du 10 juillet 2018 annulant la décision du 25 juin 2018 et, d'autre part, contre la décision du 26 juillet 2018 portant radiation des contrôles ;
3°) d'annuler la décision du 30 juin 2020 par laquelle la ministre des armées a refusé d'annuler le titre de perception du 5 mars 2019, ensemble ledit titre de perception ;
4°) d'enjoindre à la ministre des armées de le réintégrer au titre du renouvellement de son contrat d'engagement de 7 ans et six mois en date du 25 juillet 2017 et de le placer en congé de longue durée imputable au service ou, à titre subsidiaire, de procéder à sa réforme pour inaptitude définitive à compter du 27 avril 2018, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de le rétablir dans ses droits dans le délai d'un mois à compter de l'arrêt à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
6°) de le décharger du paiement de la somme mise à sa charge par le titre exécutoire du 5 mars 2019 ou, à titre subsidiaire, d'en réduire le montant ;
7°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 4 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la disparition rétroactive de son contrat d'engagement de 7 ans et six mois signé le 25 juillet 2017 est illégale, les décisions administratives ne pouvant avoir d'effet que pour l'avenir ;
- son contrat ne pouvait être caduc dès lors qu'il n'était pas en situation d'échec mais en congé de maladie ; dès lors, il aurait dû bénéficier d'un report de scolarité ou d'un redoublement, l'administration disposant d'un large pouvoir discrétionnaire en présence de circonstances exceptionnelles survenues en cours de formation ;
- la proposition de renouvellement de son contrat pour une durée d'un an est illégale dès lors, d'une part, que la décision du 17 janvier 2018 constatant son échec à la formation à laquelle il était inscrit et la caducité de son contrat ne lui avait pas été notifiée au préalable et, d'autre part, que son discernement était altéré du fait de la pathologie dont il souffrait ;
- la décision portant radiation des contrôles est entachée d'un détournement de pouvoir ;
- il devait être placé en congé de longue durée à compter du 27 avril 2018 ;
- son affection est imputable au service ;
- la décision du 10 juillet 2018 n'est pas motivée ;
- le titre exécutoire du 5 mars 2019 et la décision du 30 juin 2020 sont insuffisamment motivés ;
- le titre exécutoire du 5 mars 2019 ne comporte pas d'éléments quant aux bases de la liquidation ;
- la créance dont le recouvrement est poursuivi par le titre exécutoire du 5 mars 2019 n'est pas certaine ni fondée ;
- la réalité des versements dont il aurait bénéficié n'est pas établie ;
- il sollicite, à titre subsidiaire, une réduction du montant mis à sa charge eu égard à la précarité de sa situation financière.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 avril 2023, le ministre des armées demande à la Cour de rejeter la requête de M. A.
Il soutient que les moyens de la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le décret n° 72-221 du 22 mars 1972 ;
- le décret n° 2008-961 du 12 septembre 2008 ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vincent,
- les conclusions de M. Guillaumont, rapporteur public,
- et les observations de Me Chalon pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a souscrit, le 3 septembre 2007, un contrat d'engagement avec la marine nationale au grade de maître, spécialité " détecteur anti-sous-marin ", d'une durée de dix ans. Par décision du 9 mai 2016, il a été admis à suivre le cours du brevet supérieur " opérations " (BS OPS) au titre des forces sous-marines pour la session du 9 mai au 16 novembre 2017 au Pôle Ecoles Méditerranée (PEM), école des systèmes de combat et des opérations aéromaritimes (ESCO) à Saint-Mandrier-sur-Mer. Le 25 juillet 2017, il a signé le renouvellement de son contrat d'engagement en qualité de maitre détecteur anti-sous-marins à compter du 3 septembre 2017 pour une durée de sept ans et six mois au titre de l'admission à un cours. Toutefois, le 18 octobre 2017, alors qu'il suivait les cours du brevet supérieur, il a été placé en congé de maladie jusqu'au 20 octobre 2017 puis sans interruption à compter du 1er novembre 2017. Après que le conseil d'instruction du Pôle Ecoles Méditerranée ait proposé, dans sa séance du 2 novembre 2017, de déclarer M. A en échec définitif au cours du brevet supérieur, le sous-directeur de la gestion du personnel à la direction du personnel militaire de la marine a pris acte, par une décision du 17 janvier 2018, de l'élimination de M. A de la formation du brevet supérieur, l'a muté à la compagnie Méditerranée de la base des disponibles de Toulon (Basedis) à compter du 31 décembre 2017, l'a reclassé dans le personnel sous-marinier à compter de la même date et l'a autorisé à souscrire un lien d'un an avec la marine nationale à compter du 3 septembre 2017 à titre normal, le lien d'une durée de sept ans et six mois souscrit à raison de la formation étant caduc. M. A n'a pas donné suite à la proposition de renouvellement de son contrat d'engagement initial pour une durée d'un an à compter du 3 septembre 2017, datée du 6 février 2018. Par un message officiel du 25 juin 2018, le sous-directeur de la gestion du personnel de la direction du personnel militaire de la marine a décidé le placement d'office de M. A en congé de longue durée pour maladie à titre provisoire pour une période de six mois à compter du 181ème jour de congé maladie, soit le 27 avril 2018, puis par un message du 10 juillet 2018, cette même autorité a retiré sa précédente décision avant de rayer, le 26 juillet 2018, M. A des contrôles à compter du 27 avril 2018, au terme de son congé de maladie de droit commun. Après avoir formé, contre les décisions des 25 juin 2018, 10 juillet 2018 et 26 juillet 2018, deux recours administratifs préalables obligatoires enregistrés le 14 septembre 2018 au secrétariat de la commission des recours des militaires sous les numéros 60476 et 60493, implicitement rejetés quatre mois plus tard par la ministre des armées, M. A a demandé principalement au tribunal administratif de Toulon, par une requête enregistrée sous le n° 1900584, d'annuler ces décisions implicites. Par ailleurs, par une lettre du 27 septembre 2018, M. A a été informé qu'à la suite de sa radiation des contrôles, il avait perçu un trop-versé sur sa rémunération au titre de la période courant du 27 avril au 31 juillet 2018 et qu'il avait indûment perçu la majoration pour service en sous-marin pour la période du 1er janvier 2018 au 28 février 2018, l'ensemble s'élevant à la somme totale de 5 912,83 euros, après déduction des retenues et cotisations sociales. Le 5 mars 2019, un titre de perception a été émis par la direction départementale des finances publiques de la Moselle en vue du recouvrement de cette somme. Après avoir formé, le 27 juin 2019, une réclamation devant le comptable public, implicitement rejetée six mois plus tard conformément au 2° de l'article 118 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique puis par une décision expresse de la ministre des armées du 30 juin 2020, M. A a demandé principalement au tribunal administratif de Toulon, dans sa requête enregistrée sous le n° 2000707, d'annuler la décision du 30 juin 2020 et le titre de perception du 5 mars 2019 et de le décharger du paiement de la somme de 5 913 euros. Par un jugement en date du 15 mars 2022 dont M. A interjette appel, le tribunal administratif de Toulon a rejeté ses requêtes.
Sur le bien-fondé du jugement :
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation des décisions implicites de rejet nées à la suite des recours administratifs préalables obligatoires réceptionnés par la commission des recours des militaires le 14 septembre 2018 :
S'agissant de la radiation des contrôles :
2. La décision du 26 juillet 2018 portant radiation des contrôles de M. A est motivée par le fait, d'une part, que son contrat du 25 juillet 2017 était devenu caduc du fait de son échec au brevet supérieur et, d'autre part, que l'intéressé avait renoncé à la proposition de renouvellement de son contrat pour une durée d'un an qui lui avait été faite.
Quant à la caducité du contrat du 25 juillet 2017 :
3. Aux termes de l'article L. 4132-1 du code de la défense : " Nul ne peut être militaire : () 3° S'il ne présente les aptitudes exigées pour l'exercice de la fonction () ".
4. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit précédemment, que, par une décision du 9 mai 2016, M. A a été admis à suivre le cours du brevet supérieur " opérations " (BS OPS) au titre des forces sous-marines pour la session du 9 mai au 16 novembre 2017. Cette décision, qui a été notifiée à M. A le 7 juillet 2017, précisait en son article 3.1 que : " en cas de renonciation ou d'échec, dont il sera rendu compte à la DPMM (PM2/ CARR/SOUM) le lien pour admission à un cours sera caduc. La DPMM pourra en fonction des besoins, réétudier un lien à titre normal ". Par ailleurs, le contrat d'engagement initial de M. A pour une durée de 10 ans venant à expiration le 2 septembre 2017, l'intéressé a signé, le 25 juillet 2017, un nouveau contrat pour une période de sept ans et six mois à compter du 3 septembre 2017. Ce contrat, qui faisait référence à la décision précitée du 9 mai 2016, précisait qu'il était conclu " au titre de l'admission à un cours ". Il résulte de ces circonstances que M. A avait connaissance, lorsqu'il a signé le contrat du 25 juillet 2017, de ce que la poursuite de son exécution était subordonnée à sa réussite au brevet supérieur " opérations " et de ce qu'en cas d'échec, ledit contrat, qui avait été souscrit en fonction des besoins spécifiques de la marine, deviendrait caduc.
5. Il ressort également des pièces du dossier, contrairement à ce que soutient M. A, que bien que celui-ci n'ait pu, en raison de son congé de maladie au cours du mois de novembre 2017, passer le module 11 du brevet supérieur, celui-ci a, au cours d'une période au titre de laquelle il n'était pas en congé de maladie, obtenu les notes de 9,77 au module 7 et de 9,49 au module 8, ces deux notes inférieures à 10 étant, en application de l'instruction permanente du 21 juillet 2015, éliminatoires. Il suit de là que l'absence de réussite du requérant au brevet supérieur est liée, non pas à son congé de maladie mais à son échec à ces deux modules. Par ailleurs, son administration, disposant d'un pouvoir discrétionnaire, n'était nullement tenue de le faire bénéficier d'un redoublement, cette option n'étant d'ailleurs pas privilégiée par l'instruction permanente précitée.
6. Il résulte de ce qui précède, la cause de l'engagement de M. A ayant disparu en cours d'exécution du contrat du 25 juillet 2017, que c'est à bon droit que le ministre des armées a estimé que ledit contrat était devenu caduc. Toutefois, la caducité, ainsi que le fait valoir M. A, ne présentait aucun caractère rétroactif et ne pouvait prendre effet avant le 17 janvier 2018, date officielle de constatation de l'échec de l'intéressé au brevet supérieur.
Quant à la proposition de renouvellement d'un contrat d'engagement pour une durée d'un an :
7. Aux termes de l'article 19 du décret n° 2008-961 du 12 septembre 2008 relatif aux militaires engagés : " Pour les contrats d'une durée égale ou supérieure à un an, le ministre de la défense, ou le ministre de l'intérieur pour les militaires engagés de la gendarmerie nationale, notifie par écrit son intention de renouveler ou non le contrat d'engagement d'un militaire au moins six mois avant le terme. / Le militaire engagé à qui est proposé le renouvellement du contrat dispose d'un délai d'un mois pour faire connaître son acceptation par écrit. L'absence de réponse dans ce délai vaut renonciation () ".
8. Par une lettre en date du 6 février 2018 notifiée le 22 février suivant, une proposition de renouvellement de contrat d'une durée d'un an (lien à titre normal) a été adressée à M. A. S'il est constant que l'intéressé n'a pas répondu à cette proposition dans le délai d'un mois fixé par les dispositions précitées de l'article 19 du décret du 12 septembre 2008, il ne ressort toutefois pas des pièces produites par le ministre des armées que M. A aurait reçu, avant que lui soit adressée ladite proposition de renouvellement de contrat pour une durée d'un an, la décision du 17 janvier 2018 constatant son échec et la caducité de son contrat du 25 juillet 2017. Ainsi, M. A, qui pensait légitimement, au vu des informations dont il disposait alors et ainsi que cela ressort de divers échanges tant avec le gestionnaire de son dossier qu'avec le médecin du travail, être toujours bénéficiaire du contrat signé le 25 juillet 2017 pour une durée de sept ans et six mois, ne pouvait donner un consentement libre et éclairé quant à la proposition de renouvellement pour une durée d'une année qui lui était faite. Il ne pouvait, dès lors, être regardé comme ayant valablement renoncé à tout lien avec son administration.
9. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à l'appui de la décision de radiation des contrôles, M. A est fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Toulon a rejeté ses conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de rejet née à la suite de l'exercice de son recours administratif préalable obligatoire en tant qu'elle est afférente à la décision de radiation des contrôles du 26 juillet 2018.
S'agissant du congé de longue durée et de l'imputabilité au service de la maladie :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 4138-3 du code de la défense : " Les congés de maladie, d'une durée maximale de six mois pendant une période de douze mois consécutifs, sont attribués en cas d'affection dûment constatée mettant le militaire dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. " Par ailleurs, aux termes de l'article L. 4138-12 dans sa rédaction alors applicable : " Le congé de longue durée pour maladie est attribué, après épuisement des droits de congé de maladie ou des droits du congé du blessé prévus aux articles L. 4138-3 et L. 4138-3-1, pour les affections dont la liste est fixée par décret en Conseil d'Etat. / Lorsque l'affection survient du fait ou à l'occasion de l'exercice des fonctions ou à la suite de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, ce congé est d'une durée maximale de huit ans. Le militaire perçoit, dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, sa rémunération pendant cinq ans, puis une rémunération réduite de moitié les trois années qui suivent. / Dans les autres cas, ce congé est d'une durée maximale de cinq ans et le militaire de carrière perçoit, dans les conditions définies par décret en Conseil d'Etat, sa rémunération pendant trois ans, puis une rémunération réduite de moitié les deux années qui suivent. Le militaire servant en vertu d'un contrat réunissant au moins trois ans de services militaires bénéficie de ce congé, pour lequel il perçoit sa rémunération pendant un an, puis une rémunération réduite de moitié les deux années qui suivent. Celui réunissant moins de trois ans de services militaires bénéficie de ce congé, non rémunéré, pendant une durée maximale d'un an. / Le militaire placé en congé de longue durée pour maladie continue à figurer sur la liste d'ancienneté, concourt pour l'avancement à l'ancienneté et, dans les cas visés au deuxième alinéa du présent article, pour l'avancement au choix. Le temps passé en congé est pris en compte pour l'avancement et pour les droits à pension de retraite. " En vertu de l'article R. 4138-47 du même code : " Le congé de longue durée pour maladie est la situation du militaire, qui est placé, au terme de ses droits à congé de maladie ou de ses droits à congé du blessé, dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions pour l'une des affections suivantes : 1° Affections cancéreuses ; 2° Déficit immunitaire grave et acquis ; 3° Troubles mentaux et du comportement présentant une évolution prolongée et dont le retentissement professionnel ou le traitement sont incompatibles avec le service ". Enfin, l'article R. 4138-48 précise que : " Le congé de longue durée pour maladie est attribué, sur demande ou d'office, dans les conditions fixées à l'article L. 4138-12, par décision du ministre de la défense, ou du ministre de l'intérieur pour les militaires de la gendarmerie nationale, sur le fondement d'un certificat médical établi par un médecin des armées, par périodes de six mois renouvelables. ".
11. Il résulte des dispositions précitées que les militaires peuvent bénéficier d'un congé de maladie ordinaire d'une durée maximale de six mois pendant une période de douze mois consécutifs et qu'après épuisement de ces droits, ils peuvent prétendre à l'octroi d'un congé de longue durée notamment en cas de troubles mentaux et du comportement présentant une évolution prolongée et dont le retentissement professionnel ou le traitement sont incompatibles avec le service.
12. Il ressort des pièces du dossier que, par une première décision en date du 25 juin 2018, prise après examen de M. A par le médecin du travail le 24 avril 2018, celui-ci a été placé en congé de longue durée pour une durée de six mois après épuisement de ses droits à congé de maladie ordinaire, soit à compter du 27 avril 2018 et que cette décision a été annulée le 10 juillet 2018 au motif, ainsi que cela résulte des mémoires en défense du ministre des armées, en première instance et en appel, de la caducité de son contrat du 25 juillet 2017 et de sa prétendue renonciation au contrat d'engagement d'une durée d'un an. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent arrêt que l'intéressé ne peut être regardé comme ayant valablement renoncé à tout lien avec son administration. Par suite, c'est à tort que l'administration des armées a, par sa décision du 10 juillet 2018 et alors qu'il n'est pas contesté que M. A bénéficiait d'un certificat médical établi par le médecin des armées constatant l'existence de troubles mentaux et du comportement présentant une évolution prolongée et dont le retentissement professionnel ou le traitement étaient incompatibles avec le service, annulé la décision du 25 juin 2018 le plaçant en congé de longue durée à compter du 27 avril 2018.
13. En second lieu, une maladie contractée par un agent public, ou son aggravation, doit être regardée comme imputable au service si elle présente un lien direct avec l'exercice des fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause, sauf à ce qu'un fait personnel de l'agent ou toute autre circonstance particulière conduisent à détacher la survenance ou l'aggravation de la maladie du service.
14. Si M. A fait valoir que la pathologie dont il est atteint est imputable au service dès lors qu'il aurait fait l'objet de dénigrements, que des tâches subalternes lui auraient été confiées et qu'il n'aurait pas été mis en mesure de se préparer correctement au brevet supérieur, l'existence de conditions de travail de nature à susciter le développement de la maladie en cause ne ressort pas des pièces du dossier.
15. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à cet égard, que M. A est également fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Toulon a rejeté ses conclusions aux fins d'annulation de la décision implicite de rejet née à la suite du recours exercé devant la commission des recours des militaires en tant qu'elle est afférente à la décision du 10 juillet 2018 portant retrait de son placement en congé de longue durée.
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'injonction :
16. L'annulation, par le présent arrêt, aux motifs précités, de la décision afférente à la radiation des contrôles de M. A implique nécessairement que ce dernier soit réintégré juridiquement à la date de son éviction du service, soit à compter du 27 avril 2018 et qu'il soit procédé par l'administration à un réexamen de sa situation administrative à compter de cette date. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre des armées de réintégrer juridiquement M. A à compter du 27 avril 2018 et de procéder à un réexamen de sa situation administrative à compter de cette date, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation du titre de perception du 5 mars 2019 et de la décision du 30 juin 2020 :
S'agissant de la créance afférente à la solde versée du 27 avril 2018 au 31 juillet 2018 :
17. Il résulte de ce qui a été dit précédemment, la décision portant radiation des contrôles à compter du 27 avril 2018 étant illégale, que la créance dont se prévaut l'administration à hauteur d'un montant net de 5 175, 15 euros au titre des rappels de solde entre le 27 avril 2018 et le 31 juillet 2018 n'est pas fondée. Il y a lieu, par suite, d'annuler, dans cette mesure, le titre de perception du 5 mars 2019 ainsi que la décision du 30 juin 2020 portant rejet du recours exercé par M. A.
S'agissant de la créance afférente à la majoration pour service en sous-marin du 1er janvier 2018 au 28 février 2018 :
18. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Ainsi, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.
19. Il résulte du titre de perception du 5 mars 2019 que celui-ci fait référence à un précédent courrier adressé à M. A le 27 septembre 2018. Ledit courrier faisait état, avec précision, des motifs du recouvrement et des bases de liquidation de la dette dont le montant était détaillé. Par ailleurs, la décision du 30 juin 2020 précise également, de manière suffisamment précise, les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de ce que lesdites décisions seraient insuffisamment motivées et ne comporteraient pas d'indications quant aux bases de la liquidation doit être écarté.
20. En deuxième lieu, si M. A fait valoir qu'il ne serait pas établi que la somme dont le recouvrement est sollicité lui avait été versée, il résulte de ses bulletins de solde des mois de janvier et février 2018 qu'il a perçu, au titre de ces deux mois, la somme globale de 815,36 euros bruts, soit 737,68 euros nets au titre de la majoration pour service en sous-marin.
21. En troisième lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 72-221 du 22 mars 1972 relatif aux majorations de solde pour services en sous-marins dans sa rédaction alors applicable : " Une majoration de solde pour services en sous-marins est attribuée dans les conditions et aux taux suivants : 1° Aux militaires embarqués sur un sous-marin armé, en disponibilité armée ou en armement pour essais et aux militaires constituant l'équipage supplémentaire ou de remplacement d'une escadrille de sous-marins : majoration égale à 50 % de la solde budgétaire () ".
22. Il est constant qu'au titre des mois de janvier et février 2018, M. A, placé en congé de maladie, n'était pas embarqué sur un sous-marin armé et ne pouvait, dès lors, bénéficier de la majoration pour service en sous-marin.
23. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Toulon a rejeté ses conclusions aux fins d'annulation du titre de perception du 5 mars 2019 et de la décision du 30 juin 2020 en tant qu'elles sont relatives à la majoration pour service en sous-marin.
En ce qui concerne les conclusions aux fins de décharge et de réduction :
24. Il résulte de ce qui précède que M. A est seulement fondé à prétendre à une décharge à hauteur d'un montant de 5 175, 15 euros correspondant aux rappels de solde entre le 27 avril 2018 et le 31 juillet 2018. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, eu égard au solde restant à la charge de l'intéressé, et aux circonstances l'ayant justifié, de faire droit aux conclusions du requérant tendant à la réduction de la dette, lequel n'établit au demeurant pas la situation de précarité qu'il allègue.
Sur les frais d'instance :
25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement n° 1900584, 2000707 du tribunal administratif de Toulon du 15 mars 2022 est annulé.
Article 2 : Les décisions implicites du ministre des armées nées à la suite des recours administratifs préalables obligatoires réceptionnés le 14 septembre 2018 par la commission des recours des militaires sont annulées en tant qu'elles sont relatives à la décision du 10 juillet 2018 portant retrait d'un congé de longue durée et à la décision du 26 juillet 2018 portant radiation des contrôles.
Article 3 : Il est enjoint au ministre des armées de réintégrer juridiquement M. A à compter du 27 avril 2018 et de procéder à un réexamen de sa situation administrative à compter de cette date, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 4 : Le titre de perception du 5 mars 2019, ensemble la décision du 30 juin 2020 sont annulés en tant qu'ils sont afférents au rappel de soldes du 27 avril 2018 au 31 juillet 2018.
Article 5 : M. A est déchargé du paiement de la somme de 5 175, 15 euros.
Article 6 : L'Etat versera à M. A la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 7 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 8 : Le présent arrêt sera notifié à M. B A et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023, où siégeaient :
- Mme Chenal-Peter, présidente de chambre,
- Mme Vincent, présidente assesseure,
- Mme Marchessaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 janvier 2024. bb
Cour administrative d'appel de Versailles — N° CAA78-25VE03336
La Cour administrative d’appel de Versailles, statuant en référé, a rejeté la requête de Mme C... contestant l’ordonnance du tribunal administratif de Versailles qui avait rejeté sa demande indemnitaire pour rupture abusive de son contrat de travail avec la commune de Carrières-sous-Poissy. La cour a confirmé que la demande de première instance était irrecevable, faute pour la requérante d’avoir produit la preuve du dépôt d’une demande indemnitaire préalable, condition nécessaire pour lier le contentieux. En l’absence de contestation de cette irrecevabilité, les moyens soulevés en appel ont été jugés inopérants. L’ordonnance a été rendue sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-24MA03276
La Cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 25 mars 2026, a examiné le litige opposant la société EEA à l'office public de l'habitat Pays d'Aix Habitat Métropole (aux droits duquel vient la société Famille et Provence) concernant la résiliation de trois accords-cadres de travaux. Saisie en appel du jugement du tribunal administratif de Marseille ayant rejeté la demande de la société EEA, la cour a soulevé d'office un moyen tiré de la nullité des contrats en raison d'un conflit d'intérêts. Elle a constaté que le directeur technique de l'office, ayant participé à la procédure de passation des trois contrats, se trouvait dans une situation de conflit d'intérêts constitutive d'un vice d'une particulière gravité, justifiant ainsi l'annulation du jugement et la constatation de la nullité des accords-cadres.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02403
La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, est saisie par la société Neko Ramen d'une demande de suspension de l'exécution provisoire d'un jugement du tribunal administratif de Paris du 19 février 2026. Ce jugement avait partiellement annulé une décision de l'OFII du 14 septembre 2023, mais avait maintenu à la charge de la société une contribution spéciale de 661 650 euros pour emploi d'étrangers sans titre. La société invoque l'urgence et l'existence de moyens sérieux (irrégularité de procédure, erreur de droit dans la modulation, disproportion de la sanction). Le juge des référés rappelle que la suspension prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative nécessite une urgence justifiée et un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA01426
Cette décision de la Cour administrative d'appel de Marseille concerne le non-renouvellement du contrat d'une assistante d'éducation par le collège des Hautes Vallées. La cour rejette la requête de Mme A... qui contestait ce non-renouvellement. Elle juge que l'absence d'entretien préalable, prévu par l'article 45 du décret n° 86-83 du 17 janvier 1986, ne constitue pas une garantie dont la privation entraîne automatiquement l'annulation de la décision, sauf en cas de caractère disciplinaire, ce qui n'était pas le cas. La cour confirme ainsi le jugement du tribunal administratif de Marseille.
04/05/2026