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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA01433

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA01433

lundi 27 février 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA01433
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
Formation6ème chambre - formation à 3
Avocat requérantBERTHE ANTOINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Procédure contentieuse antérieure :

M. A... D... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler l’arrêté du 27 juillet 2021, par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2108251 du 24 janvier 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée sous le n° 22MA01433, le 18 mai 2022, M. D..., représenté par Me Berthe, demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement du 24 janvier 2022 ;

2°) d’annuler l’arrêté du 27 juillet 2021 du préfet des Bouches-du-Rhône ;

3°) à titre principal, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour mention « vie privée et familiale » dans les deux mois de la notification de l’arrêt à intervenir sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de l’admettre provisoirement au séjour et de réexaminer sa situation sous la même astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui délivrant pas un titre de séjour et s’est mépris sur l’état de santé de son épouse qui nécessitait qu’ils soient admis au séjour ;
- le préfet a également commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle et sur le droit au respect de sa vie privée et familiale ;
Sur la décision l’obligeant à quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire doit être annulée en conséquence de l’illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation.

M. D... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2022.

II°) Procédure contentieuse antérieure :

Mme C... B... épouse D... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler l’arrêté du 27 juillet 2021, par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Par un jugement n° 2108301 du 24 janvier 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée sous le n° 22MA01435, le 18 mai 2022, Mme B... épouse D..., représentée par Me Berthe, demande à la Cour :

1°) d’annuler le jugement du 24 janvier 2022 ;

2°) d’annuler l’arrêté du 27 juillet 2021 du préfet des Bouches-du-Rhône ;

3°) à titre principal, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une carte de séjour mention « vie privée et familiale » dans les deux mois de la notification de l’arrêt à intervenir sous astreinte de 155 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de l’admettre provisoirement au séjour et de réexaminer sa situation sous la même astreinte ;

5°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
Sur la décision de refus de titre de séjour :
- le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne lui délivrant pas un titre de séjour et s’est mépris sur son état de santé alors que l’offre de santé dans son pays d’origine n’est pas adaptée ;
- le préfet a également commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle et sur le droit au respect de sa vie privée et familiale ;
Sur la décision l’obligeant à quitter le territoire français :
- la décision portant obligation de quitter le territoire doit être annulée en conséquence de l’illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation.

Le directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration a transmis, le 27 janvier 2023, le dossier médical de Mme D... qui a été communiqué aux parties le même jour.

Mme D... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2022.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Isabelle Ruiz, rapporteure,
- et les observations de Mme D....

Considérant ce qui suit :

1. M. D..., ressortissant géorgien né le 11 janvier 1966, déclare être entré en France le 1er mai 2016. Il s’est vu refuser le statut de réfugié par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 décembre 2016, décision confirmée par la Cour nationale du droit d’asile le 3 mai 2017. Par un arrêt n° 19MA02318 du 30 septembre 2019, la cour administrative d'appel de Marseille a annulé l’arrêté du 3 avril 2018, par lequel le préfet des Bouches‑du‑Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour et l’a obligé à quitter le territoire français. M. D... a été mis en possession à compter du 21 octobre 2019 et jusqu’au 24 novembre 2020 d’autorisations provisoires de séjour. Il a sollicité le 25 novembre 2020 son admission au séjour sur le fondement de la « vie privée et familiale ». Par arrêté du 27 juillet 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. D... a alors saisi le tribunal administratif de Marseille d’une demande tendant à l’annulation de cet arrêté. Par le jugement du 24 janvier 2022, le tribunal administratif a rejeté cette demande. M. D... fait appel de ce jugement.

2. Mme D..., ressortissante géorgienne née le 3 juillet 1973, déclare être entrée en France le 1er mai 2016. Elle s’est vue refuser le statut de réfugiée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 décembre 2016, décision confirmée par la Cour nationale du droit d’asile le 3 mai 2017. Mme D... a, par la suite, été mise en possession de titres de séjour en qualité d’étranger malade plusieurs fois renouvelés et dont le dernier était valable jusqu’au 24 novembre 2020. Le 21 septembre 2020, elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour en qualité d’étranger malade. Par arrêté du 27 juillet 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé, l’a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme D... a alors saisi le tribunal administratif de Marseille d’une demande tendant à l’annulation de ces décisions. Par le jugement du 24 janvier 2022, le tribunal administratif a rejeté cette demande. Mme D... fait appel de ce jugement.

Sur la jonction :

3. Les deux requêtes visées ci-dessus présentent les mêmes moyens et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul arrêt.

Sur le bien-fondé du jugement :

4. En premier lieu, aux termes de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. (…) ». Pour déterminer si un étranger peut bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire d’un traitement médical approprié au sens des dispositions précitées, il n’y a pas lieu de rechercher si les soins y sont équivalents à ceux offerts en France ou en Europe.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme D... souffre d’une maladie auto-immune et qu’elle est atteinte d’une vascularité avec urticaire et hypocomplémentémie, appelée syndrome de McDuffie. Pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour présentée par Mme D..., le préfet des Bouches-du-Rhône a retenu, en s’appropriant les termes de l’avis du collège de médecins du service médical de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) du 31 mars 2021, que si l’état de santé de l’intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir des conséquences d’une exceptionnelle gravité, « l’offre de soins et les caractéristiques du système de santé géorgien lui permett[ai]ent de bénéficier effectivement d’un traitement approprié », et qu’elle pouvait voyager sans risque vers la Géorgie. Pour contester cette appréciation, Mme D... produit de très nombreux certificats médicaux faisant notamment état de la maladie auto-immune grave et rare dont elle souffre ainsi que des atteintes rénales et ophtalmologiques sévères qui en découlent. Dans la présente instance, elle produit de nouvelles ordonnances, dont l’attestation de son médecin psychiatre en date du 22 février 2022 qui fait état de ce qu’il s’agirait « d’une émigration de survivance sanitaire d’une patiente au pronostic vital engagé dont la survie dépend maintenant de traitements rares et couteux non disponibles dans son pays d’origine » ainsi que l’attestation détaillée, rédigée le 31 mai 2022 par une médecin interniste à la clinique Clairval à Marseille faisant état de ce que l’un des médicaments qui était prescrit à Mme D..., le cellcept, n’était pas substituable et qu’elle avait placé l’intéressée sous biothérapie. Ce certificat mentionne également que l’appelante avait pris contact auprès de l’hôpital géorgien dont elle dépendait et du ministère de la santé de son pays et en avait conclu que son traitement n’était pas disponible dans son pays d’origine. Il ressort en effet des pièces du dossier et notamment des extraits d’échanges de courriels ainsi que des courriers rédigés en géorgien et traduits que le traitement de l’affection rare dont souffre Mme D... ne faisait pas partie des programmes de l’Etat et n’était donc pas financé par l’Etat géorgien et que le médicament qui lui était prescrit dans le cadre de la biothérapie n’était pas enregistré sur le marché pharmaceutique géorgien. En défense, le préfet des Bouches-du-Rhône n’a versé au dossier en première instance que l’avis du collège des médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration tandis que le dossier médical produit par l’Office ne contient aucun document ni élément de nature à établir la possibilité pour l’appelante de bénéficier effectivement d’un traitement approprié dans son pays d’origine.

6. Il en résulte que les pièces produites par les requérants permettent de remettre en cause l’appréciation portée par le préfet des Bouches-du-Rhône. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu’en estimant que Mme D... ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d’un titre de séjour en qualité d’étranger malade, le préfet des Bouches-du-Rhône aurait fait une inexacte application des dispositions de l’article L. 425-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, doit être accueilli.

7. En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article L. 313-11 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » est délivrée de plein droit : […] 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; […] ». Pour l’application des stipulations et dispositions précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.


8. Il ressort des pièces du dossier, notamment des différents certificats médicaux versés aux débats que la pathologie dont est atteinte Mme D... est une affection lourde d’origine auto‑immunitaire avec des atteintes rénale et ophtalmique qualifiées de sévères. Cette pathologie, nécessitant la poursuite de « soins continus », présente un caractère fortement handicapant et qui nécessite que l’intéressée recoure à une « aide constante d’une tierce personne » pour les actes de la vie quotidienne. Or, il n’est pas contesté que seul l’appelant est à même de fournir cette assistance à son épouse, les autres membres de leur famille proche étant décédés ou résidants dans leur pays d’origine. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. D..., le préfet des Bouches‑du‑Rhône a porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale et a ainsi méconnu les stipulations précitées de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme D..., sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens des requêtes, sont fondés à soutenir que c’est à tort que, par les jugements en litige, les premiers juges ont rejeté leur demande tendant à l’annulation des arrêtés du préfet des Bouches‑du‑Rhône du 27 juillet 2021. Ils sont également fondés, par suite, à demander l’annulation de ces jugements et de ces arrêtés.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

10. L’article L. 911-1 du code de justice administrative dispose que : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu’une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public prenne une mesure d’exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d’un délai d’exécution ». L’article L. 911-2 du même code prévoit que : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ». Aux termes de son article L. 911-3 : « Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ».

11. Eu égard aux motifs du présent arrêt et alors qu’il ne résulte pas de l’instruction que la situation des requérants se serait modifiée, en droit ou en fait, depuis l’intervention des décisions attaquées, l’exécution de cet arrêt implique nécessairement la délivrance à M. et Mme D... d’un titre de séjour portant mention « vie privée et familiale ». Il y a lieu, en conséquence, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent arrêt. Il n’y a pas lieu, en revanche, d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

12. M. et Mme D... ont obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, leur avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Berthe, avocat de M. et Mme D..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’État le versement à Me Berthe de la somme de 2 000 euros.


D É C I D E :


Article 1er : Les arrêtés du préfet des Bouches-du-Rhône du 27 juillet 2021 et les jugements du tribunal administratif de Marseille du 24 janvier 2022 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à M. et Mme D... un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter du présent arrêt.

Article 3 : L’État versera à Me Berthe une somme de 2 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Berthe renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.

Article 4 : Le surplus des requêtes enregistrées sous les nos 22MA01433 et 22MA01435 est rejeté.

Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à M. A... D..., à Mme C... B... épouse D..., au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Berthe.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Marseille.


Délibéré après l’audience du 13 février 2023, où siégeaient :

- M. Alexandre Badie, président de chambre,
- M. Renaud Thielé, président assesseur,
- Mme Isabelle Ruiz, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 27 février 2023.

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