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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA01502

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA01502

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA01502
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantANTOINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2021 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Par un jugement n° 2105926 du 29 avril 2022, le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 mai et le 17 juin 2022, M. B, représenté par Me Antoine, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Nice du 29 avril 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes du 9 novembre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il justifie d'une communauté de vie avec son épouse, ressortissante française, avec laquelle il est marié depuis l'année 2016 ;

- réduire la communauté de vie au territoire français porte atteinte aux dispositions de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne dès lors que son épouse, citoyenne de l'Union, peut suivre ses études dans tout Etat membre sans que cela puisse porter atteinte à sa communauté de vie ;

Sur le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- M. B ayant sollicité un titre de séjour en qualité de conjoint de français sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la commission du titre de séjour aurait dû être consultée en application des dispositions de l'article L. 432-13 de ce même code ;

- la décision contestée, fondée sur la menace à l'ordre public en application de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est arrivé sur le territoire français à l'âge de 13 ans, qu'il a suivi une scolarité en France, qu'il a fixé le centre de ses intérêts sur le territoire français depuis de nombreuses années et qu'il a épousé une ressortissante française en 2016 ;

- elle méconnaît les dispositions du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- de plus, il ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français puisqu'il réside habituellement en France depuis l'âge de 13 ans ;

- il ne représente pas de danger pour l'ordre public dès lors que la peine à laquelle il a été condamné correspond à des faits anciens, qu'il n'était pas en état de récidive, qu'il était inconnu de l'institution judiciaire et qu'il s'agissait d'un acte isolé alors qu'il est présent sur le territoire français depuis près de 18 années ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- le préfet a seulement constaté la condamnation prononcée sans rechercher si la présence de M. B était de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public ;

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- il ne représente pas une menace grave pour l'ordre public ;

- il ne pouvait pas faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français en application des dispositions du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en application de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'est pas non plus expulsable.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

2. M. B, de nationalité tunisienne, relève appel du jugement du 29 avril 2022 par lequel le tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 9 novembre 2021 du préfet des Alpes-Maritimes refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la décision portant refus d'admission au séjour :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné le 2 mars 2021 par la cour d'appel d'Aix-en-Provence à quinze mois d'emprisonnement pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance et escroquerie qui ont été commis entre le 13 novembre 2019 et le 26 mai 2020, et qu'il a été écroué à la maison d'arrêt de Nice à compter du 5 novembre 2020 avec une date de sortie prévisionnelle fixée au 13 novembre 2021. La circonstance que M. B n'avait jamais été condamné auparavant n'est pas de nature à établir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation sur la menace qu'il représente pour l'ordre public dès lors que les faits commis sont graves et récents. Il y a lieu, dès lors, d'écarter le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En deuxième lieu, M. B a épousé le 3 septembre 2016 à Nice une ressortissante française et a obtenu un visa de long séjour valable du 7 février 2017 au 7 février 2018. Toutefois, le couple ne dispose pas de son propre domicile, le requérant étant hébergé par des membres de sa famille, et son épouse étant domiciliée chez sa mère. Si M. B fait valoir que son épouse suit des études en Roumanie, aucune pièce versée au dossier ne permet d'établir une communauté de vie entre les époux, que ce soit le relevé des échanges par SMS qui sont non datés, ou datés uniquement des mois de février, juin et juillet 2018, et mars 2019, ou l'unique relevé d'un compte commun pour le mois de janvier 2019. Par ailleurs, les attestations établies postérieurement à la date de l'arrêté en litige de proches affirmant de manière générale et vague que le couple est uni sont insuffisantes pour établir que la communauté de vie des époux n'avait pas cessé à la date de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En troisième lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, M. B n'établit pas la réalité d'une communauté de vie avec son épouse. Dans ces conditions, le préfet n'était pas tenu de saisir pour avis la commission du titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision contestée méconnaîtrait le droit de son épouse de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres en application des stipulations de l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.

7. En cinquième lieu, M. B soutient résider habituellement en France depuis qu'il a treize ans, soit depuis l'année 2004. Ainsi qu'il a été dit au point 4, la communauté de vie de M. B avec son épouse de nationalité française n'est pas établie. En outre, les pièces versées au dossier constituées notamment de certificats de scolarité au titre des années 2006 à 2009, d'une attestation d'hébergement non datée de son oncle, d'une attestation établie le 4 mars 2021 par sa tante indiquant qu'elle l'a hébergé de 2014 jusqu'au 3 septembre 2016, de quelques relevés de compte au titre de la fin de l'année 2019 et du début de l'année 2020, d'une promesse d'embauche en date du 23 mars 2021 qui ne permettent d'établir qu'une présence ponctuelle de M. B sur le territoire, ne démontrent pas qu'il aurait noué sur le territoire des liens intenses, stables et durables au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait porté une atteinte excessive à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, la décision faisant à M. B obligation de quitter le territoire français mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et qui permettent de vérifier que le préfet a procédé à un examen de la situation particulière du requérant au regard des dispositions législatives et règlementaires applicables.

9. En deuxième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 3, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation pour avoir considéré qu'il représentait une menace pour l'ordre public.

10. En troisième lieu, comme il a été dit au point 4, M. B ne démontre pas que la communauté de vie avec son épouse de nationalité française se poursuivrait. Il n'est dès lors pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions du 6° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 7, M. B ne démontre pas résider de façon habituelle sur le territoire français depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans. Il n'est par suite pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En dernier lieu, M. B ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à une décision d'expulsion à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B est manifestement dépourvue de fondement et doit, en toutes ses conclusions, être rejetée par application des dispositions sus rappelées de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Marseille, le 15 septembre 2022.

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