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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA01983

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA01983

lundi 16 janvier 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA01983
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantOHANESSIAN;MATTEI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 2 avril 2021 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2102080 du 29 juin 2021, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2022, M. A, représenté par Me Oloumi, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 29 juin 2021 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 avril 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois et dans l'attente d'un récépissé l'autorisant à travailler et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation administrative tout en lui délivrant le même récépissé ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil qui renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le premier juge a omis de statuer sur les conclusions portant sur l'intérêt supérieur de l'enfant ;

- l'arrêté est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- le droit à être entendu a été méconnu ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'interdiction de retour méconnaît l'article L.511-1-III du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle par une décision du 25 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité géorgienne, né en 1980, demande l'annulation du jugement par lequel le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice a rejeté sa requête dirigée contre l'arrêté du préfet des Alpes-Maritimes en date du 2 avril 2021 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les premiers vice-présidents () des cours, () peuvent, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

3. En premier lieu, le magistrat désigné du tribunal administratif de Nice a statué sur les conclusions d'annulation présentées à l'encontre de l'ensemble des dispositifs de l'arrêté en litige du préfet des Alpes-Maritimes. Si le requérant entend soutenir que le premier juge n'a pas statué sur le moyen portant sur l'intérêt supérieur de l'enfant tel que protégé par les stipulations de la convention de New-York, ce grief ne peut être qu'écarté dès lors que ce moyen n'était pas invoqué en première instance.

4. En deuxième lieu, contrairement à ce qui est affirmé, l'arrêté préfectoral attaqué, qui vise les dispositions applicables, expose les conditions d'entrée en France et sa situation familiale, comporte les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est donc suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Enfin, selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne C-383/13 PPU du 10 septembre2013, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

6. M. A soutient n'avoir pu présenter ses observations préalablement à la décision portant obligation de quitter le territoire français contestée. Cependant, il ressort des pièces du dossier que M. A a été entendu à plusieurs reprises par les services de police pour des faits de vol en réunion dans un magasin de Nice préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté. Il ressort du procès-verbal d'audition du 1er avril 2021 réalisé par un officier de police judiciaire que M. A a été interrogé sur son âge, sa nationalité, sa situation de famille, ses attaches avec son pays d'origine, sa date d'entrée en France et ses moyens d'existence et a été invité à se prononcer sur la notification d'une mesure d'éloignement. De plus, l'intéressé a déjà fait l'objet d'un précédente mesure d'éloignement ainsi que d'un refus de titre de séjour en date du 7 mai 2020 et son recours dirigé contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nice du 11 décembre 2020 qui a été confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille rendu le 3 mai 2022. Il ne peut donc prétendre ne pas avoir connaissance que le maintien en situation irrégulière sans demande de titre de séjour entrainerait son éloignement. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il ait été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, il a disposé de la faculté de présenter toutes les observations qu'il estimait utile, y compris sur la situation médicale de son enfant, pour dissuader le préfet de la prendre. En conséquence, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté comme manquant en fait.

7. En quatrième lieu, le requérant prétend que le préfet a méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne et de l'article 3-1 de la convention de New-York, en particulier au regard de l'état de santé de son enfant qui a été opéré le 24 février 2021. Toutefois, il ne ressort pas du dossier, notamment des procès-verbaux d'audition, que M. A ait donné les renseignements utiles sur l'état de santé de son enfant. En tout état de cause, le certificat médical du neurochirurgien en date du 22 mars 2021 invoqué dans la requête d'appel mentionne certes que l'état de santé de l'enfant nécessite une surveillance médicale clinico-radiologique rapprochée pendant les douze mois à venir ainsi qu'un logement adapté proche du centre hospitalier universitaire Lenval pour la poursuite de cette prise en charge neurochirurgicale spécifique mais il n'est pas soutenu que ce certificat médical indiquerait que l'enfant ne pourrait bénéficier de cette surveillance médicale qu'en France. Ainsi et alors que M. A ne produit pas de nouvelles pièces médicales, il ne démontre pas que la poursuite du suivi médical de leur fils ne pourrait pas être assurée en Géorgie. Dans ces conditions, alors qu'il n'est pas davantage soutenu que l'arrêté en litige a pour effet de séparer la famille et fait obstacle à la poursuite de la vie familiale dans le pays d'origine, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne et de l'article 3-1 de la convention de New-York doit être écarté. Il en va de même pour les mêmes motifs du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation. Enfin et en tout état de cause, le préfet n'a pas commis d'illégalité en refusant d'accorder un délai de départ volontaire.

8. En cinquième lieu, s'agissant de l'interdiction de retour et compte tenu des motifs figurant au point précédent, les circonstances humanitaires invoquées par le requérant et constituées par l'état de son enfant ne peuvent pas être retenues. Par ailleurs, eu égard notamment à la précédente mesure d'éloignement qui n'a pas été exécutée, l'interdiction de retour n'est pas disproportionnée.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Oloumi et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Marseille, le 16 janvier 2023.

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