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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA02000

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA02000

lundi 23 janvier 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA02000
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantGUIGUI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2202976 du 20 juin 2022, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice a annulé l'arrêté du 15 juin 2022 du préfet des Alpes-Maritimes en tant qu'il prononce une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

Procédure devant la Cour :

Par une requête enregistrée le 12 juillet 2022, M. A, représenté par Me Guigui, doit être regardé comme demandant à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 20 juin 2022 de la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice en tant qu'il rejette le surplus des conclusions de la requête ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 juin 2022 du préfet des Alpes-Maritimes en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français sans délai et fixe le pays de sa destination ;

3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa situation, sans délai à compter de la notification de la décision à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et, dans cette attente, de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour d'une durée de validité de six mois ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions des articles L. 312-2, L. 631-1, L. 632-1 et R. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ou de la commission d'expulsion ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait au regard de son intention de ne pas exécuter la mesure d'éloignement prononcée à son encontre ;

- elle est entachée d'une erreur de fait au regard de sa résidence effective ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît les stipulations de l'article 3 du protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement français et le gouvernement tunisien.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;

- le protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne du 28 avril 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité tunisienne, demande l'annulation du jugement par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 15 juin 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de sa destination.

2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des cours peuvent en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen réel et complet de sa situation personnelle, qui a été précédemment invoqué dans les mêmes termes devant le juge de première instance, par adoption des motifs retenus à bon droit par la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice au point 3 de son jugement, le requérant ne faisant état devant la Cour d'aucun élément distinct de ceux soumis à son appréciation.

4. En deuxième lieu et d'une part, M. A, qui fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, ne saurait sérieusement soutenir que cette décision serait entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission d'expulsion, cette commission, prévue aux articles L. 632-1 et L. 632-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, étant relative aux seules mesures d'expulsion, qui constituent des mesures distinctes des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précédemment codifié à l'article L. 312-2 de ce même code : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-149 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative doit saisir la commission du titre de séjour pour certains cas dans lesquels elle envisage soit le retrait, soit le refus de délivrance d'un titre de séjour. Il ressort cependant des pièces du dossier que M. A, qui n'est pas et n'était pas, à la date de la décision contestée, titulaire d'un titre de séjour, n'a pas fait l'objet, par l'arrêté contesté, d'une décision portant refus de séjour. Dans ces conditions, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions précitées de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié ". () ".

7. Les stipulations précitées de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié régissent, quant à la détermination de la profession pouvant être exercée, la situation des ressortissants tunisiens demandant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Toutefois, ces stipulations prévoient que le titre de séjour " salarié " n'est délivré que sur la présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité compétente. Les dispositions du code du travail relatives aux conditions de délivrance des autorisations de travail demeurent ainsi applicables aux demandes de titre de séjour portant la mention " salarié " et valable un an formulées par les ressortissants tunisiens.

8. Ainsi qu'il a été dit au point 5, M. A ne fait pas l'objet d'une décision portant refus de séjour, et n'est donc pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 3 de l'accord franco-tunisien. En tout état de cause, la seule promesse d'embauche établie par la SASU Yara le 23 mai 2022 ne saurait, à elle seule, remplir les conditions prévues par ces stipulations.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que M. A soutient être entré en France de manière irrégulière en novembre 2005, sans pour autant l'établir, et se maintenir habituellement sur le territoire français depuis cette date. Toutefois, malgré cette présence alléguée de longue durée, l'intéressé ne peut se prévaloir d'aucune insertion professionnelle, la seule promesse d'embauche susmentionnée, n'ayant pas donné lieu à un contrat de travail, restant sans incidence sur ce point. M. A, également connu sous différents autres noms, est connu des services de police pour des faits de prise du nom d'un tiers, travail dissimulé et vols avec violences, et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en 2019 à laquelle il ne s'est pas soumis. En outre, l'intéressé, célibataire et sans enfant, n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où résident ses parents et sa fratrie et où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 28 ans. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes, en obligeant M. A à quitter le territoire français, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette obligation a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. En premier lieu et d'une part, si M. A soutient résider habituellement chez son cousin à Cannes, la seule attestation de celui-ci accompagnée d'une lettre fixant un rendez-vous pour la signature du bail, mais non accompagnée dudit bail ou de quittances de loyer ne peut permettre de considérer cette allégation comme établie. Ainsi, c'est sans commettre d'erreur de fait que le préfet des Alpes-Maritimes a pu considérer que le requérant ne justifiait pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition par les services de la police aux frontières du 15 juin 2022, que M. A, à la question : " En cas de décision d'éloignement prise à votre encontre (), avez-vous des observations à formuler ' ", a répondu : " je veux rester en FRANCE pour travailler ". Contrairement à ce que soutient le requérant, cette réponse traduit son intention de ne pas se conformer à une obligation de quitter le territoire français, la seule circonstance qu'il veuille travailler restant sans incidence sur ce point. Dans ces conditions, les moyens tirés d'erreurs de faits entachant la décision contestée doivent être écartés.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 du protocole relatif à la gestion concertée des migrations entre le gouvernement français et le gouvernement tunisien du 28 avril 2008 : " () La France s'engage à proposer son dispositif d'aide au retour volontaire aux ressortissants tunisiens en situation irrégulière qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. () ".

13. La seule circonstance que l'arrêté contesté ne mentionne pas la possibilité d'une aide au retour ne saurait suffire, à elle seule, à caractériser une violation, par le préfet des Alpes-Maritimes, des stipulations précitées de l'article 3 du protocole susmentionné. En tout état de cause, cette violation resterait sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté, portant obligation de quitter le territoire français sans délai.

14. En dernier lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par adoption des motifs retenus à bon droit par la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice au point 9 de son jugement, M. A n'établissant pas plus devant la Cour que devant le tribunal, ainsi qu'il a été dit au point 11, justifier d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale.

15. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A, qui est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.

Fait à Marseille, le 23 janvier 2023

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