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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA02025

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA02025

jeudi 15 juin 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA02025
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantM'BAREK TAHANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

Mme D B épouse C a demandé au tribunal administratif de Toulon d'annuler l'arrêté du 29 avril 2022 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de sa notification et a fixé le pays de sa destination.

Par un jugement n° 2201384, 2201386 du 29 juin 2022, le magistrat désigné du tribunal administratif de Toulon a rejeté la requête de Mme C.

Procédure devant la Cour :

Par une requête, enregistrée le 15 juillet 2022, Mme C, représentée par Me M'Barek, demande à la Cour :

1°) d'annuler le jugement du 29 juin 2022 du tribunal administratif de Toulon ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2022 du préfet du Var ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- l'arrêté n'a pas été signé par une autorité disposant de la délégation de signature nécessaire ;

- il est entaché d'un défaut de motivation, notamment en l'absence d'éléments mentionnant sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 434-2 et R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- le préfet n'a pas examiné si elle entrait dans le champ d'application de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas donné de base légale à sa décision ;

- elle est illégale, par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, elle-même illégale du fait de l'illégalité du refus de séjour.

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 octobre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité kosovare, née le 19 avril 1980, demande l'annulation du jugement par lequel le tribunal administratif de Toulon a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet du Var du 29 avril 2022 l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de sa destination.

2. Aux termes du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours peuvent (), par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

3. Mme C reprend en appel les moyens tirés notamment de ce que le préfet du Var a entaché son arrêté d'incompétence et de défaut de motivation. Il y a lieu d'écarter ces moyens en l'absence d'arguments réellement nouveaux, les pièces produites en appel n'apportant aucun élément de nature à remettre en cause le jugement attaqué, par adoption des motifs retenus à bon droit par le magistrat désigné aux points 5 et 6 du jugement attaqué.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, à l'appui de son moyen tiré de la violation des articles L. 434-2 et R. 431-2 du code de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, Mme C fait valoir que le préfet du Var n'a pas tenu compte de la présence en France de ses enfants, et notamment de sa fille atteinte de trisomie, et ce, alors qu'elle a formulé une demande de titre sur le fondement de l'article L. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette demande de titre a été rejetée le 19 juin 2020 par le préfet du Var, assortie d'une obligation de quitter le territoire français. En outre, Mme C ne peut se prévaloir de la violation des dispositions susmentionnées dès lors que l'arrêté attaqué ne porte ni refus de regroupement familial, ni refus de séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des articles L. 434-2 et R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En deuxième lieu, Mme C ne peut se prévaloir de l'illégalité d'une décision portant refus de séjour pour contester la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français alors que l'arrêté en litige ne porte pas refus de séjour mais se borne à constater que l'inréressée a vu sa demande d'asile rejetée. Le moyen est donc inopérant.

6. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

7. Mme C soutient qu'elle réside en France depuis le 20 mai 2019 et qu'elle y a établi sa vie privée et le centre de ses intérêts compte tenu de la présence de ses deux filles et de son époux en France et de l'ancienneté de sa présence sur le territoire. En outre, elle craint que son mari soit soumis à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Kosovo, ce qui ferait obstacle au bon droit de l'intéressée à mener une vie familiale normale. Toutefois, comme l'ont jugé à bon droit les premiers juges, les pièces produites au dossier, constituées d'attestations et de documents administratifs et médicaux, ne sont pas de nature à démontrer la présence continue de la requérante sur le territoire français, alors même qu'elle a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 19 juin 2020 qu'elle n'a pas exécutée. Si Mme C se prévaut de la présence de ses deux filles et de son mari en France, il ressort des pièces du dossier que ces derniers sont en situation irrégulière, son mari ayant également fait l'objet d'une mesure d'éloignement tandis que la demande d'asile de leurs filles a été rejetée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 21 juillet 2021. Par ailleurs, elle ne produit pas d'élément permettant d'apprécier la réalité des menaces pesant sur son mari. Se bornant à faire valoir que sa fille A souffre de trisomie et bénéficie, à ce titre, d'une scolarisation en institut médico-éducatif, d'une carte mobilité inclusion et d'une allocation d'éducation de l'enfant handicapé, ces éléments ne sauraient suffire à démontrer qu'elle a transféré en France le centre de ses intérêts, notamment en n'établissant pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-neuf ans. En outre, elle ne produit aucun élément de nature à caractériser une insertion socio-professionnelle notable depuis sa récente rentrée sur le territoire, en 2019. Dans ces conditions, le préfet du Var, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels ce refus a été pris. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. Il y a lieu d'écarter les moyens soulevés par Mme C à l'encontre de la décision fixant le pays de destination tirés de ce que le préfet n'a pas examiné si elle entrait dans les cas de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas donné de base légale à sa décision et de ce que la décision serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire, qui ont été précédemment invoqués dans les mêmes termes devant les juges de première instance, par adoption des motifs retenus à bon droit par le magistrat désigné du tribunal administratif, aux points 11 et 12 du jugement attaqué.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme C, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D B épouse C et à Me M'Barek.

Copie en sera adressée au préfet du Var.

Fait à Marseille, le 15 juin 2023.

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