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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA02223

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA02223

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA02223
TypeDécision
Recoursexcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre - formation à 3
Avocat requérantZERROUKI

Texte intégral

Procédure contentieuse antérieure :

Mme A... C... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler l’arrêté du 8 juillet 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement.


Par un jugement n° 2108229 du 7 janvier 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.



Procédure devant la cour :

Par une requête, enregistrée le 6 août 2022, Mme C..., représentée par Me Zerrouki, demande à la cour :

1°) d’annuler le jugement du 7 janvier 2022 du tribunal administratif de Marseille ;

2°) d’annuler l’arrêté du 8 juillet 2021 pris par le préfet des Bouches-du-Rhône ;



3°) d’enjoindre à ce dernier, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention « vie privée et familiale », dans un délai de deux mois à compter de la date de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l’attente, dans un délai de dix jours à compter de la décision à intervenir et sous les mêmes conditions d’astreinte, une autorisation provisoire de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil qui s’engage à renoncer à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle, sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- l’arrêté préfectoral contesté méconnait l’article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l’enfant ainsi que le point 79 de l’observation générale n° 14 (2013) du Comité des droits de l’enfant des Nations Unies ;
- cet acte méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et celles du 5) de l’article 6 de l’accord franco-algérien ;
- il est entaché d’une erreur manifeste dans l’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.


La procédure a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n’a pas produit d’observations.


Mme C... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 24 juin 2022.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l’enfant du 26 janvier 1990 ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de M. B....


Considérant ce qui suit :

Mme C..., ressortissante algérienne, relève appel du jugement du 7 janvier 2022 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l’annulation de l’arrêté du 8 juillet 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement.


Aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : « (…) Le certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : (…) 5) au ressortissant algérien, qui n’entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d’autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus (….). Il ressort des pièces du dossier que Mme C... se maintient en situation irrégulière en France depuis qu’elle y est entrée le 3 janvier 2016 sous couvert d’un visa de type C d’une validité de quinze jours délivré par les autorités espagnoles. Par ailleurs, Mme C..., qui vit séparée de son époux, ne démontre pas l’existence d’un obstacle à ce que sa vie familiale se reconstitue en Algérie avec ses trois enfants, pays où ils sont tous nés et où elle a pour sa part vécu jusqu’à l’âge de 28 ans. Par suite, et bien qu’elle ait noué un certain nombre de liens amicaux en France, l’arrêté préfectoral contesté n’a pas porté au droit de Mme C... au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n’a donc pas méconnu les stipulations de l’article 6- 1 5) de l’accord franco-algérien.


Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Si la requérante fait valoir que ses trois enfants sont scolarisés en France depuis l’année 2016, elle ne démontre pas plus en appel qu’en première instance que ceux-ci ne pourraient pas poursuivre une scolarité normale dans le pays d’origine de leur mère, où ils sont nés et dont ils sont eux aussi ressortissants. Dans ces conditions, l’arrêté contesté, qui n’a par ailleurs pas pour objet ni pour effet de séparer les enfants de leur mère, n’a pas porté atteinte à l’intérêt supérieur de ses enfants. La requérante n’est donc pas fondée à soutenir que le préfet a pris l’arrêté contesté en méconnaissance des stipulations précitées.


Enfin, et compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, l’arrêté contesté n’est pas entaché d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences sur la situation personnelle de Mme C....


Il résulte de tout ce qui précède que Mme C... n’est pas fondée à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions présentées en appel à fin d’injonction et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.


D É C I D E :




Article 1er : La requête de Mme C... est rejetée.




Article 2 : Le présent arrêt sera notifié à Mme A... C..., à Me Zerrouki et au ministre de l’intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.


Délibéré après l’audience du 15 décembre 2022 où siégeaient :


- Mme Fedi, présidente de chambre,
- M. Taormina, président assesseur,
- M. Mahmouti, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe, le 6 janvier 2023.


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