jeudi 29 juin 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-22MA02258 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | CARMIER;GILBERT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler la décision du 20 février 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au profit de son épouse.
Par un jugement n° 2006214 du 22 février 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
I. Par une requête, enregistrée le 18 mars 2022, sous le n° 22MA02258, M. A, représenté par Me Carmier, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement du 22 février 2022 du tribunal administratif de Marseille ;
2°) d'annuler la décision du 20 février 2020 du préfet des Bouches-du-Rhône ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui accorder le bénéfice du regroupement familial sollicité et, à titre subsidiaire, de procéder à un réexamen de sa demande et de délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour à son épouse ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le jugement attaqué est irrégulier dès lors que les premiers juges n'ont pas répondu au moyen tiré de l'erreur de droit ;
- la décision lui refusant le regroupement familial est entachée d'une erreur de fait quant au niveau de ses ressources ;
- elle est entachée d'une erreur de droit : les stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien ont été méconnues ;
- le préfet a méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation et s'est estimé lié par l'insuffisance de ses ressources ;
- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu du montant de ses ressources, légèrement inférieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance ;
- les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnues.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II. Par une requête, enregistrée le 9 août 2022, sous le n° 22MA02259, M. A, représenté par Me Carmier, demande à la Cour :
1°) d'ordonner le sursis à l'exécution du jugement du 22 février 2022 du tribunal administratif de Marseille ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer une autorisation provisoire de séjour à son épouse ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. A reprend les moyens de la requête enregistrée sous le n° 22MA02258 et soutient, en outre, que l'exécution du jugement attaqué l'expose à des conséquences difficilement réparables.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par décisions du 8 juillet 2022, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans chacune des instances.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Carotenuto a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 8 avril 1949, est entré en France en 1996 et y réside régulièrement depuis 1997. Il a présenté, le 3 juillet 2019, une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse, une compatriote qu'il a épousée en secondes noces le 15 janvier 2019. Par une décision du 20 février 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de faire droit à sa demande. M. A relève appel du jugement du 22 février 2022 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande tendant à l'annulation de cette décision. Il demande, en outre, le sursis à l'exécution du jugement.
2. Les requêtes de M. A sont dirigées contre le même jugement et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul arrêt.
Sur la requête n° 22MA02258 :
En ce qui concerne la régularité du jugement attaqué :
3. Aux termes de l'article L. 9 du code de justice administrative : " Les jugements sont motivés ".
4. Il résulte des motifs mêmes du jugement attaqué que le tribunal a expressément répondu aux moyens soulevés par le requérant. En particulier, les premiers juges ont répondu au moyen tiré de ce que la décision en litige était entachée d'une erreur de droit aux points 6 et 7 du jugement. Le moyen tiré de l'irrégularité du jugement attaqué doit donc être écarté.
En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : 1. Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont prises en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance ; () ".
6. Si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit de manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France, il n'a toutefois pas entendu écarter, sauf stipulations contraires expresses, l'application des dispositions de procédure qui s'appliquent à tous les étrangers en ce qui concerne la délivrance, le renouvellement ou le refus de titres de séjour. Il résulte de la combinaison des dispositions du 1°de l'article L. 411-5, de l'article R. 411-4 et de l'article R. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le niveau des ressources du demandeur doit être apprécié par référence à la moyenne du salaire minimum de croissance sur la période de douze mois précédant le dépôt de sa demande.
7. Le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé d'autoriser le regroupement familial sollicité par M. A au profit de son épouse au motif, qu'au cours de la période de référence, son revenu mensuel moyen était de 965 euros net, soit un revenu inférieur de 230,92 euros par rapport au salaire minimum interprofessionnel de croissance de référence. Il ressort toutefois des pièces du dossier que sur la période de référence précitée, le revenu mensuel moyen de M. A, retraité, s'élève à la somme de 1 145 euros, dès lors que l'intéressé perçoit également une pension minière de vieillesse, versée par la caisse de retraites des mines depuis le 1er mars 2009, d'un montant mensuel de 180 euros environ. A cet égard, si le requérant fait valoir que son épouse perçoit également une pension, il n'établit pas plus en appel qu'en première instance qu'elle bénéficierait de revenus disponibles en France, en se bornant à produire une fiche de pré-notification d'attribution d'une pension directe de l'agence locale de Constantine de la Caisse nationale des retraites datant de 2019. Par suite, l'autorité préfectorale a entaché sa décision du 20 février 2020 d'une erreur de fait. Cependant, dès lors que le salaire minimum interprofessionnel de croissance était, au 1er janvier 2019, de 1 204 euros net, le préfet des Bouches-du-Rhône aurait pris la même décision, tirée de l'insuffisance des ressources, s'il avait également pris en compte la pension minière de vieillesse effectivement perçue par M. A sur la période en cause. Par conséquent, le préfet n'a pas fait une inexacte application des stipulations précitées de l'article 4 de l'accord franco-algérien en refusant, pour ce motif, d'autoriser le regroupement familial sollicité.
8. Contrairement à ce que soutient M. A, il ressort des termes mêmes de la décision en litige que le préfet des Bouches-du-Rhône ne s'est pas uniquement fondé sur l'insuffisance des ressources du demandeur au regard de l'article 4 de l'accord franco-algérien, mais a procédé à un examen de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et notamment de la situation personnelle et familiale de l'intéressé au regard du droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur de droit et aurait méconnu l'étendue de son pouvoir d'appréciation.
9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Lorsqu'il se prononce sur une demande de regroupement familial, le préfet dispose d'un pouvoir d'appréciation et n'est pas tenu de rejeter la demande même dans le cas où l'étranger demandeur du regroupement ne justifierait pas remplir l'une ou l'autre des conditions requises tenant aux ressources ou au logement, notamment dans le cas où il est porté une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale.
10. Le requérant fait valoir qu'il souffre de problèmes de santé, caractérisés par un état dépressif. Toutefois, le certificat médical versé au dossier, daté du 12 mars 2020, ne permet pas, eu égard notamment à son caractère peu précis et circonstancié, d'établir la nécessité pour son épouse d'être auprès de lui pour les actes de la vie quotidienne. En outre, M. A est marié depuis un an à la date de la décision attaquée et n'apporte, pas plus en appel qu'en première instance, d'éléments permettant d'apprécier l'intensité de ses relations avec son épouse. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'épouse du requérant serait dans l'impossibilité de rendre visite à son époux sous couvert d'un visa de court séjour. Dans ces conditions, eu égard notamment au caractère récent du mariage à la date de la décision en litige, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas porté une atteinte excessive au droit du requérant de mener une vie familiale normale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit donc être écarté.
11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, pour les motifs précédemment énoncés, que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle et familiale de M. A.
12. Il résulte de ce qui précède, que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que, par le jugement attaqué, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
Sur la requête n° 22MA02259 :
13. Par le présent arrêt, la Cour statue au fond sur la requête de M. A dirigée contre le jugement du 22 février 2022 du tribunal administratif de Marseille et l'arrêté du 20 février 2020 du préfet des Bouches-du-Rhône. Par suite, les conclusions tendant à ce qu'il soit sursis à l'exécution de ce jugement sont sans objet.
14. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions présentées, également dans cette requête, à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 22MA02259 tendant au sursis à l'exécution du jugement du tribunal administratif de Marseille.
Article 2 : La requête n° 22MA02258 de M. A et le surplus des conclusions de la requête n° 22MA02259 sont rejetés.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à M. C A, à Me Carmier et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, où siégeaient :
- Mme Paix, présidente,
- M. Platillero, président assesseur,
- Mme Carotenuto, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 juin 2023.
2, 22MA02259
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026