jeudi 7 mars 2024
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-22MA02422 |
| Type | Décision |
| Recours | excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre - formation à 3 |
| Avocat requérant | SELAS IBERALP |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme B F née E a demandé au tribunal administratif de Toulon d'annuler l'arrêté du 9 avril 2019 par lequel le maire de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Coin du Sud, afin de diviser en trois lots, dont deux à construire, la parcelle cadastrée section A n° 948 de 1 813 m² de superficie située allée des Souquettes sur le territoire communal, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Par jugement n° 1903529 du 29 juillet 2022, le tribunal administratif de Toulon a rejeté cette requête pour irrecevabilité.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 06 septembre 2022 et des mémoires en répliques enregistrés les 25 janvier, 13 avril 2023, Mme B F née E, représentée par Me Gaulmin, demande à la Cour :
1°) d'annuler ce jugement ainsi que l'arrêté du 9 avril 2019 par lequel le maire de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Coin du Sud ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant de la recevabilité de sa demande de première instance :
- il ne pouvait lui être opposé l'irrecevabilité de sa requête qui n'était pas tardive, l'absence de notification de son recours gracieux au pétitionnaire étant sans effet sur le déclenchement du délai de recours à défaut d'affichage de la décision attaquée ;
S'agissant de la décision attaquée :
- elle est illégale par la voie de l'exception d'illégalité du classement de la parcelle en zone UE du règlement du plan local d'urbanisme, ledit plan étant également entaché d'illégalité en ce qu'il a classé en zone U, un secteur dépourvu d'assainissement collectif ;
- elle méconnait l'article UE 3-2 du règlement du plan local d'urbanisme, la voie de desserte du projet ayant une largueur bien inférieure aux 4 mètres minimum imposés.
Par trois mémoires en défense enregistrés les 8 novembre 2022, et 1er mars et 5 mai 2023, la SASU Coin du Sud, prise en la personne de son président M. D A et représentée par Me Garcia conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de Mme E de la somme de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir à titre principal que l'irrecevabilité opposée par les premiers juges était fondée et à titre subsidiaire que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 mars 2023, la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole, représentée par Me Marchesini, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme E.
Elle fait valoir à titre principal que l'irrecevabilité opposée par les premiers juges était fondée et, à titre subsidiaire, que la requérante ne disposait pas d'intérêt à agir et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Un mémoire enregistré le 23 mai 2023 pour la requérante n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Angéniol,
- les conclusions de M. Quenette,
- et les observations de Me Gaulmin représentant Mme E et de Me Faure-Bonaccorci représentant la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole.
Une note en délibéré présentée pour Mme B F née E a été enregistrée le 1er mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Coin du Sud dont le représentant est M. D A a déposé, le 12 mars 2019 une déclaration préalable visant à diviser en trois lots, dont deux à construire, la parcelle bâtie cadastrée section A n° 948 de 1 813 m² sise allée des Souquettes à Sainte-Anastasie-sur-Issole. Mme E, voisine immédiate des parcelles concernées, a demandé au tribunal administratif de Toulon d'annuler l'arrêté du 9 avril 2019 par lequel le maire de la commune ne s'est pas opposé à la déclaration préalable susmentionnée. Mme E relève appel du jugement ayant rejeté sa requête, comme irrecevable pour cause de tardiveté.
Sur la régularité du jugement
2. Aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas () de recours contentieux à l'encontre d'un () permis de construire (), () l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. (). L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt () du recours ". Aux termes de l'article R. 424-15 du même code : " Mention du permis explicite ou tacite () doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté () / Cet affichage mentionne également l'obligation, prévue à peine d'irrecevabilité par l'article R. 600-1, de notifier tout recours administratif ou contentieux à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis () ". Aux termes de l'article A. 424-17 de ce code : " Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : "Droit de recours : Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (art. R. 600-2 du code de l'urbanisme)." Tout recours administratif ou tout recours contentieux doit, à peine d'irrecevabilité, être notifié à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. Cette notification doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du recours (art. R. 600-1 du code de l'urbanisme) ".
3. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que l'exercice par un tiers d'un recours administratif ou contentieux contre un permis de construire montre qu'il a connaissance de cette décision et a, en conséquence, pour effet de faire courir à son égard le délai de recours contentieux, alors même que la publicité concernant ce permis n'aurait pas satisfait aux exigences prévues par l'article A. 424-17 du code de l'urbanisme, d'autre part, que si l'absence de mention dans l'affichage de l'obligation de notification du recours n'empêche pas le déclenchement du délai de recours contentieux mentionné à l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme, elle a pour effet de rendre inopposable l'irrecevabilité prévue à l'article R. 600-1 du même code.
4. Il ressort des pièces du dossier, qu'un constat d'huissier en date du 6 novembre 2019, dressé à la demande de la pétitionnaire pour établir la présence d'un affichage à cette date, indique que " pour satisfaire à la règlementation en vigueur en matière d'urbanisme, ces décisions viennent d'être affichées sur le terrain concerné ". Cette mention, rédigée par un officier ministériel, n'est pas utilement contredite par la production d'une simple photographie réalisée par un smartphone pour établir, du fait des données de temps et de lieu adjointes au fichier photographique concerné, qu'un affichage était présent le 24 mai 2019, Mme E produisant, en outre, une attestation établie par M. C le 28 mai 2019, qui indique que, précisément, le 24 mai, aucun affichage n'était présent sur le terrain .Dans ces conditions, et en l'absence de l'établissement de l'existence d'un affichage avant le 6 novembre 2019, le recours gracieux formé par Mme E le 30 mai 2019, et reçu par le maire le 5 juin 2019, a été de nature à proroger le délai de recours contentieux, faute pour l'exigence de notification dans les formes prévues par l'article R. 600 1 du code de l'urbanisme de lui être opposable en l'absence d'un quelconque affichage comportant notamment la mention de la formalité requise à la date de notification du dit recours gracieux. Par voie de conséquence, ce recours gracieux, qui emportait connaissance acquise par Mme E de la décision qu'elle contestait, a fait courir le délai de recours contentieux de deux mois, après que soit née une décision implicite de rejet de ce recours, le 5 aout 2019. Dès lors, la requête de Mme E, enregistrée au tribunal le 30 septembre 2019, dans le délai de recours contentieux, n'était pas tardive. Cette dernière est donc fondée à soutenir que le jugement attaqué est irrégulier en ce qu'il lui a opposé à tort l'irrecevabilité de sa requête pour tardiveté. Par suite, le jugement du tribunal administratif de Toulon doit être annulé.
5. Dans les circonstances de l'espèce, Il y a lieu d'évoquer et de statuer immédiatement sur la demande présentée par Mme E devant le tribunal.
Sur la légalité de l'arrêté du 9 avril 2019
En ce qui concerne l'exception d'illégalité du règlement du plan local d'urbanisme
6. Lorsqu'un motif d'illégalité non étranger aux règles d'urbanisme applicables au projet est susceptible de conduire à remettre en vigueur tout ou partie du document local d'urbanisme immédiatement antérieur, le moyen tiré de l'exception d'illégalité du document local d'urbanisme à l'appui d'un recours en annulation d'une autorisation d'urbanisme ne peut être utilement soulevé que si le requérant soutient également que cette autorisation méconnaît les dispositions pertinentes ainsi remises en vigueur . Par voie de conséquence, l'exception d'illégalité soulevée par Mme E ne peut qu'être écartée comme inopérante, dès lors que cette dernière ne soutient pas que la décision attaquée méconnaît les dispositions pertinentes remises en vigueur du fait de l'illégalité alléguée du classement en zone UE du terrain d'assiette du lotissement ou du classement en zone U du quartier concerné, du fait qu'il est dépourvu de réseau collectif d'assainissement.
En ce qui concerne la méconnaissance des dispositions de l'article UE 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme
7. Aux termes des dispositions de l'article UE 3.2 du règlement du plan local d'urbanisme " Les terrains doivent être desservis par des voies publiques ou privées répondant à l'importance et à la destination de la construction ou de l'ensemble des constructions qui y sont édifiées sans être toutefois inférieures à 4 m de plate-forme. Une largeur inférieure à 4m n'est tolérée que dans le cas de rétrécissements ponctuels de voies de dessertes. Une autorisation d'urbanisme (déclaration préalable, permis de construire ou d'aménager) peut être refusée sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à l'importance ou à la destination des aménagements ou constructions envisagés. Un refus peut également être opposé si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. "
8. Les dispositions citées ci-dessus de l'article 3 du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone UE, en tant qu'elles concernent la voirie, sont relatives à l'aménagement des voies nouvelles et n'ont pas pour objet de définir les conditions de constructibilité des terrains situés dans la zone concernée. Ces dispositions, notamment celles exigeant une largeur des voies d'au moins quatre mètres, ne font dès lors pas obstacle à la délivrance d'un permis de construire en vue de la réalisation d'un projet desservi par des voies construites avant leur adoption.
9. Il résulte de tout ce qui précède, que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacles à ce que la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamnée à verser une quelconque somme à Mme E. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de Mme E la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la commune et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par la SASU Coin du Sud sur le même fondement.
D É C I D E :
Article 1er : Le jugement du tribunal administratif de Toulon du 29 juillet 2022 est annulé
Article 2 : La demande présentée par Mme E devant le tribunal administratif de Toulon et le surplus des conclusions de sa requête d'appel sont rejetés.
Article 3 : Mme E versera à la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la SASU Coin du Sud tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent arrêt sera notifié à Mme B F née E, à la commune de Sainte-Anastasie-sur-Issole et à la SASU Coin du Sud.
Délibéré après l'audience du 15 février 2024, où siégeaient :
- M. Portail, président,
- M. d'Izarn de Villefort, président assesseur,
- M. Angéniol, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2024.
nb
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026