jeudi 9 février 2023
| Juridiction | Cour administrative d'appel de Marseille |
| Section | Cour administrative d'appel de Marseille |
| N° Dossier | CAA13-22MA02507 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | EXPERT |
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
Mme A B a demandé au tribunal administratif de Nice d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Par un jugement n° 2203122 du 9 août 2022, la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande.
Procédure devant la Cour :
Par une requête enregistrée le 22 septembre 2022, Mme B, représentée par Me Expert, demande à la Cour :
1°) d'annuler le jugement du 9 août 2022 de la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 juin 2022 du préfet des Alpes-Maritimes ;
3°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa situation, et, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
4°) d'enjoindre à l'administration de lui restituer son passeport.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence, dans la mesure où il n'est pas établi que sa signataire disposait d'une délégation de signature régulière ;
- elle est entachée d'une erreur de fait au regard de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée le 20 juin 2022 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'incompétence, dans la mesure où il n'est pas établi que sa signataire disposait d'une délégation de signature régulière ;
- elle est illégale, par la voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le pays de sa destination est entachée d'incompétence, dans la mesure où il n'est pas établi que sa signataire disposait d'une délégation de signature régulière ;
- elle est illégale, par la voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'incompétence, dans la mesure où il n'est pas établi que sa signataire disposait d'une délégation de signature régulière ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est manifestement disproportionnée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires du 23 septembre 2006 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, de nationalité sénégalaise, demande l'annulation du jugement par lequel la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du 23 juin 2022 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de la destination de la mesure d'éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
2. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".
Sur le moyen commun à toutes les décisions contestées :
3. Par un arrêté n° 2022-240 du 14 mars 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour et accessible tant au juge qu'aux parties, le préfet des Alpes-Maritimes a donné délégation à M. Loos, secrétaire général de la préfecture des Alpes-Maritimes, à l'effet de signer tous arrêtés, actes, circulaires et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département des Alpes-Maritimes. Puis, par un arrêté n° 2022-328 du 19 avril 2022, signé par M. C pour le préfet et régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du 20 avril 2022, le préfet des Alpes-Maritimes a donné délégation à Mme D, cheffe du pôle éloignement, signataire de l'arrêté contesté, à l'effet de signer notamment les mesures d'éloignement, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français et les décisions fixant le pays de renvoi. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de l'autrice de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur de fait au regard de la demande d'admission exceptionnelle au séjour présentée par Mme B le 20 juin 2022, qui a été précédemment invoqué dans les mêmes termes devant le juge de première instance, par adoption des motifs retenus à bon droit par la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice aux points 6 à 8 de son jugement, la requérante ne faisant état devant la Cour d'aucun élément distinct de ceux soumis à son appréciation.
5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Il ressort des pièces du dossier que Mme B soutient être entrée irrégulièrement en France en 2013, sans pour autant l'établir, et se maintenir continuellement sur le territoire français depuis cette date. Malgré cette longue durée de présence alléguée, l'intéressée ne peut se prévaloir d'aucune insertion sociale particulière, alors même qu'elle a fait l'objet en 2018 d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle elle ne s'est pas soumise. Si elle se prévaut de plusieurs contrats de travail, il ressort toutefois des pièces du dossier que les bulletins de paie y afférents ne concernent que les mois d'octobre et décembre 2014, puis de février à juillet 2017, puis de mars à mai 2019, puis d'août 2019 à août 2021 et enfin de décembre 2021 à mars 2022. En tout état de cause, la seule circonstance qu'elle soit employée au sein de l'entreprise Bel Âge Nice, à supposer même qu'elle l'était à la date de la décision contestée, ne saurait suffire à caractériser une atteinte à sa vie privée et familiale. Si Mme B se prévaut également de la naissance de sa fille sur le territoire français en 2015 et de la scolarisation de celle-ci à Nice, elle ne fait toutefois état d'aucun obstacle à la reconstitution de sa cellule familiale dans son pays d'origine. En outre, Mme B n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où résident notamment ses deux premiers enfants et où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 24 ans. Dans ces conditions, le préfet des Alpes-Maritimes, en l'obligeant à quitter le territoire français, n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette obligation a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français opposée à Mme B n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être écarté.
8. En second lieu, il y a lieu d'écarter les moyen tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation, qui ont été précédemment invoqués dans les mêmes termes devant le juge de première instance, par adoption des motifs retenus à bon droit par la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice au point 11 de son jugement, la requérante ne faisant état devant la Cour d'aucun élément distinct de ceux soumis à son appréciation.
Sur la décision fixant le pays de sa destination :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français opposée à Mme B n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision fixant le pays de sa destination doit être écarté.
10. En second lieu, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, qui a été précédemment invoqué dans les mêmes termes devant le juge de première instance, par adoption des motifs retenus à bon droit par la magistrate désignée du tribunal administratif de Nice au point 13 de son jugement, la requérante ne faisant état devant la Cour d'aucun élément distinct de ceux soumis à son appréciation.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 de ce même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
12. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire français.
13. D'une part, Mme B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'était assortie d'aucun délai de départ volontaire. L'intéressée ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de prendre à son encontre une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. D'autre part, il résulte des termes de l'arrêté en litige que, pour fixer à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur les circonstances que Mme B n'établit pas être entrée sur le territoire français à la date alléguée ni s'y être maintenue de manière habituelle depuis cette date, qu'elle ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine et qu'elle n'a pas exécuté spontanément la précédente mesure d'éloignement prise à son encontre en 2018. Il ressort des pièces du dossier que si Mme B soutient être entrée en France en 2013, elle n'établit pas, notamment par le manque de caractère probant et la nature très ponctuelle des pièces produites, une présence habituelle sur le territoire français depuis cette date. Ainsi qu'il a été dit au point 6, elle n'établit pas plus l'intensité et l'ancienneté de ses liens avec la France, alors même qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine et qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement qu'elle n'a pas exécutée en 2018. La seule circonstance qu'elle ne représenterait pas une menace pour l'ordre public, alors même que le préfet des Alpes-Maritimes ne s'est pas fondé sur ce critère pour édicter à l'encontre de Mme B une décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, reste sans incidence sur la légalité de la décision contestée. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cette décision serait manifestement disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
14. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de Mme B, qui est manifestement dépourvue de fondement au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B.
Copie en sera adressée au préfet des Alpes-Maritimes.
Fait à Marseille, le 9 février 2023
Cour administrative d'appel de Paris — N° CAA75-26PA02997
Suspension de refus de titre de séjour et d'obligation de quitter le territoire. La Cour administrative d'appel de Paris, statuant en référé, rejette la demande de suspension de l'arrêté préfectoral du 5 mai 2025. Le juge des référés estime la demande manifestement infondée, car le tribunal administratif a déjà validé la légalité de la décision par un jugement argumenté, sans qu'aucun moyen nouveau et sérieux ne soit soulevé. La requête est rejetée sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-26TL00807
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, statuant en référé, rejette la requête de Mme B... comme manifestement irrecevable. Celle-ci contestait le refus de l’Office national des combattants de prendre en compte la totalité de ses jours de présence dans un camp de transit. La cour applique les articles R. 222-1, R. 811-7 et R. 612-1 du code de justice administrative, constatant que l’appel, non dispensé du ministère d’avocat, n’a pas été présenté par un avocat malgré la notification claire de cette obligation.
01/06/2026
Cour administrative d'appel de Toulouse — N° CAA31-25TL01714
Cette ordonnance de la Cour administrative d’appel de Toulouse, prise par le juge des référés, rejette la requête de M. A..., ressortissant algérien, qui contestait le refus de séjour et l’obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Haute-Garonne. La cour estime que l’arrêté préfectoral est suffisamment motivé et que le préfet a procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l’intéressé. Elle écarte également les moyens tirés de la violation de l’accord franco-algérien et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme, jugeant que la requête est manifestement dépourvue de fondement. La solution est fondée sur l’article R. 222-1 du code de justice administrative.
04/05/2026
Cour administrative d'appel de Marseille — N° CAA13-25MA00532
La Cour administrative d'appel de Marseille a examiné le recours du préfet de la Haute-Corse contre un jugement du tribunal administratif de Bastia. Ce jugement avait annulé les arrêtés du 2 janvier 2025 refusant un titre de séjour à M. A... B..., ressortissant brésilien, et prononçant son éloignement. Le préfet soutenait que le comportement de l'intéressé constituait une menace à l'ordre public, justifiant le refus sur le fondement de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La cour a rejeté la requête préfectorale et confirmé le jugement de première instance, validant ainsi l'annulation des arrêtés et l'injonction de délivrer une carte de séjour temporaire mention "salarié".
04/05/2026