Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Procédure contentieuse antérieure :
M. A... C... a demandé au tribunal administratif de Marseille d’annuler la décision du 21 décembre 2020 par laquelle le maire de la commune des Pennes-Mirabeau a prononcé sa radiation des cadres à compter du 1er janvier 2021.
Par un jugement n° 2100677 du 13 avril 2022, le tribunal administratif de Marseille a annulé la décision du 21 décembre 2020.
Procédure devant la Cour :
Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2022, la commune des Pennes-Mirabeau, représentée par Me Claveau, demande à la Cour :
1°) d’ordonner le sursis à exécution du jugement du tribunal administratif de Marseille du 13 avril 2022 ;
2°) de mettre à la charge de M. C... la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle soulève des moyens qui, en l'état de l'instruction, paraissent sérieux et de nature à donner satisfaction à la demande d’annulation ou de réformation du jugement attaqué et au rejet des conclusions initiales en annulation auxquelles ce jugement avait satisfait ;
- ainsi, c’est au prix d’une erreur d’appréciation et d’une erreur de droit que les juges de première instance ont estimé, au regard de considérations factuelles inopérantes et impropres à justifier l’absence de proportionnalité de la mesure, que la sanction de révocation prononcée par l’autorité administrative était entachée d’une erreur d’appréciation ;
- en outre, compte-tenu du retrait des agréments de M. C..., il ne peut plus exercer des fonctions de policier municipal, de sorte que le maire était tenu de mettre à fin à ses fonctions.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2022, M. C..., représenté par Me Journault, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la commune des Pennes-Mirabeau le paiement de la somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête d’appel est irrecevable dès lors que la délibération du conseil municipal autorisant le maire à ester en justice est dépourvue de caractère exécutoire ;
- les moyens soulevés par la commune des Pennes-Mirabeau ne sont pas sérieux et de nature à justifier le sursis à exécution du jugement du 13 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. B...,
- les conclusions de M. Angéniol, rapporteur public,
- les observations de Me Claveau, représentant la commune des Pennes-Mirabeau, de Me Journault, représentant M. C... et de M. C....
Une note en délibéré présentée pour la commune des Pennes-Mirabeau, représentée par Me Claveau, a été enregistrée le 6 décembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. M. C..., brigadier-chef principal de police municipale employé par la commune des Pennes-Mirabeau, a été révoqué et radié des cadres par décision du 21 décembre 2010 du maire de cette commune, intervenue après, d’une part, que l’intéressé a été condamné par le tribunal correctionnel d’Aix-en-Provence à une peine d’emprisonnement de six mois, assortie d’un sursis avec mise à l’épreuve de deux ans, pour des faits de violence sans incapacité commis sur sa conjointe au cours du mois de janvier 2018, et, d’autre part, que les agréments qui lui avaient été délivrés par le procureur de la République près le tribunal judiciaire d’Aix-en-Provence et le préfet de police des Bouches-du-Rhône ont été retirés par ces mêmes autorités. Par un jugement du 13 avril 2022, le tribunal administratif de Marseille a annulé cette décision à la demande de M. C.... Par la présente requête, la commune des Pennes-Mirabeau demande à la Cour d’ordonner le sursis à exécution de ce jugement en application des dispositions de l’article R. 811-15 du code de justice administrative.
Sur la demande de sursis à exécution :
2. Aux termes de l’article R. 811-15 du code de justice administrative : « Lorsqu’il est fait appel d’un jugement de tribunal administratif prononçant l’annulation d’une décision administrative, la juridiction d’appel peut, à la demande de l’appelant, ordonner qu’il soit sursis à l’exécution de ce jugement si les moyens invoqués par l’appelant paraissent, en l’état de l’instruction, sérieux et de nature à justifier, outre l’annulation ou la réformation du jugement attaqué, le rejet des conclusions à fin d’annulation accueillies par ce jugement. ». En application de ces dispositions, lorsque le juge d’appel est saisi d’une demande de sursis à exécution d’un jugement prononçant l’annulation d’une décision administrative, il lui incombe de statuer au vu de l’argumentation développée devant lui par l’appelant et par le défendeur et en tenant compte, le cas échéant, des moyens qu’il est tenu de soulever d’office. Après avoir analysé dans les visas ou les motifs de sa décision les moyens des parties, il peut se borner à relever qu’aucun des moyens n’est de nature, en l’état de l’instruction, à justifier l’annulation ou la réformation du jugement attaqué et rejeter, pour ce motif, la demande de sursis. Si un moyen lui paraît, en l’état de l’instruction, de nature à justifier l’annulation ou la réformation du jugement attaqué, il lui appartient de vérifier si un des moyens soulevés devant lui ou un moyen relevé d’office est de nature, en l’état de l’instruction, à infirmer ou à confirmer l’annulation de la décision administrative en litige, avant, selon le cas, de faire droit à la demande de sursis ou de la rejeter.
3. En l’état de l’instruction, les moyens soulevés par la commune des Pennes-Mirabeau, tirés, d’une part, de l’erreur d’appréciation et de l’erreur de droit commises par les juges de première instance en ce qu’ils ont retenu, à tort, des considérations factuelles inopérantes et impropres à justifier l’absence de proportionnalité de la mesure, et, d’autre part, de ce que le maire était tenu de mettre fin aux fonctions de C... en raison du retrait des agréments précédemment délivrés par le procureur de la République près le tribunal judiciaire d’Aix-en-Provence et le préfet de police des Bouches-du-Rhône, ne paraissent pas sérieux et de nature à justifier l’annulation du jugement attaqué. Ainsi, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par M. C..., les conclusions tendant à ce qu’il soit sursis à l’exécution du jugement du 13 avril 2022 du tribunal administratif de Marseille doivent être rejetées.
Sur les frais d’instance :
4. M. C... n’étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions de la commune des Pennes-Mirabeau tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par M. C... sur ce même fondement.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de la commune des Pennes-Mirabeau est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par M. C... sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent arrêt sera notifié à la commune des Pennes-Mirabeau et à M. A... C....
Délibéré après l’audience du 6 décembre 2022, où siégeaient :
- M. Marcovici, président,
- M. Revert, président assesseur,
- M. Martin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition du greffe, le 20 décembre 2022.