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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA02628

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA02628

jeudi 27 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA02628
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
Avocat requérantIBRAHIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. B A a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 13 octobre 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Par un jugement n° 2200417 du 7 avril 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la cour :

I. Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2022 sous le n° 2202628, M. A, représenté par Me Ibrahim, demande à la cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Marseille en date du 7 avril 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 13 octobre 2021 ;

3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que le préfet n'a pas fait usage de son pouvoir général de régularisation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle.

II. Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2022 sous le n° 2202629, M. A, représenté par Me Ibrahim, demande à la cour :

1°) d'ordonner le sursis à exécution du jugement du 7 avril 2022 du tribunal administratif de Marseille sur le fondement de l'article R. 811-17 du code de justice administrative ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il encourt le risque de voir la décision l'obligeant à quitter le territoire français prononcée à son encontre dans l'arrêté en litige être exécutée d'office, ce qui est susceptible d'entraîner des conséquences difficilement réparables sur sa situation ;

- les moyens d'annulation sur lesquels est fondée sa requête au fond, visés ci-dessus, présentent un caractère sérieux.

M. A a été admis, pour ces deux instances, au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 septembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Marseille.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par les deux requêtes susvisées, M. A, de nationalité turque, sollicite l'annulation et le sursis à exécution du jugement du 7 avril 2021 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande dirigée contre l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône pris le 13 octobre 2021 refusant de lui délivrer un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.

2. Les requête n° 22MA02628 et n° 22MA02629 étant dirigées contre le même jugement, il y a lieu de les joindre pour y statuer par une même décision.

3. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement () des cours () peuvent, par ordonnance :3° Constater qu'il n'y a pas lieu de statuer sur une requête ; / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l'article L. 761-1 ou la charge des dépens ; () les présidents de formation de jugement des cours peuvent en outre, par ordonnance, rejeter (), après l'expiration du délai de recours () les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur les conclusions de la requête n°22MA02628 à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du 13 octobre 2021 :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

5. A supposer même que M. A résiderait habituellement sur le territoire depuis qu'il y est entré pour la dernière fois le 19 janvier 2012, l'ensemble des pièces versées au dossier, composées principalement de courriers d'organismes administratifs tels que pôle emploi et l'assurance maladie, de relevés de compte, d'un avis d'impôt 2018 sur les revenus des années 2015, 2016 et 2017 d'un montant nul, de deux avis d'impôt sur les revenus 2018 et 2019 également d'un montant nul, et de quelques pièces de nature médicale, ne permet pas d'établir que l'intéressé dispose de liens personnels et familiaux intenses, anciens et stables sur le territoire. En outre, les témoignages produits pour la première fois en appel qui attestent que l'intéressé pratique régulièrement la boxe à un haut niveau et qu'il a effectué occasionnellement des travaux de rénovation ne permettent pas non plus de caractériser la réalité de liens intenses, stables et anciens sur le territoire. Par ailleurs, ainsi que l'ont relevé les premiers juges, la production d'une promesse d'embauche en qualité de serveur à temps plein dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée établie le 2 mars 2021 n'est pas de nature à démontrer une insertion socioprofessionnelle significative. Enfin, s'il ressort des pièces du dossier que deux des frères de l'intéressé résident régulièrement sur le territoire, il n'est pas contesté qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident ses parents et cinq de ses frères et sœurs. Ainsi, compte tenu des conditions de son séjour en France, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale en France une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis par l'arrêté attaqué. Il n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour ces mêmes motifs, le préfet n'a commis aucune erreur manifeste d'appréciation des conséquences de l'arrêté en litige sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

7. La situation personnelle de M. A telle qu'elle a été exposée au point 5 ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions et de l'erreur manifeste d'appréciation qu'aurait commise le préfet dans l'exercice de son pouvoir de régularisation doivent être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. A, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions de la requête n° 22MA02629 à fin de sursis à exécution du jugement :

9. Par la présente ordonnance, la cour se prononce sur la demande d'annulation du jugement du tribunal administratif de Marseille du 7 avril 2022. La demande de sursis à exécution de ce même jugement est donc devenue sans objet. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

10. Par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

ORDONNE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de sursis à exécution de la requête n° 22MA02629.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 22MA02629 est rejeté.

Article 3 : La requête n° 22MA02628 de M. A est rejetée.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Ibrahim.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 27 avril 2023.

2, 22MA02629

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