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AccueilJurisprudence administrativeN° CAA13-22MA02664

Cour administrative d'appel de Marseille — Décision N° CAA13-22MA02664

jeudi 13 avril 2023

JuridictionCour administrative d'appel de Marseille
SectionCour administrative d'appel de Marseille
N° DossierCAA13-22MA02664
TypeOrdonnance
Recoursexcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantAHMED

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Procédure contentieuse antérieure :

M. A B a demandé au tribunal administratif de Marseille d'annuler l'arrêté du 18 mars 2022 par lequel la préfète des Alpes-de-Haute-Provence a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de sa destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par un jugement n° 2203376 du 27 septembre 2022, le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande.

Procédure devant la Cour :

I. Par une requête n° 22MA02664, enregistrée le 26 octobre 2022, M. B, représenté par Me Ahmed, demande à la Cour :

1°) d'annuler ce jugement du tribunal administratif de Marseille 27 septembre 2022 ;

2°) d'annuler l'arrêté de la préfète des Alpes-de-Haute-Provence du 18 mars 2022 ;

3°) d'enjoindre à la préfète des Alpes-de-Haute-Provence de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, ou, à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer dans l'attente un récépissé valant autorisation provisoire de séjour et de travail ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les premiers juges ont omis de répondre à tous les moyens soulevés en première instance qui n'étaient pas inopérants ;

- ils ont insuffisamment motivé le jugement attaqué ;

- ils ont statué ultra petita sur un moyen qui n'a pas été soulevé par la préfète (page 16 pdf) en ayant considéré que lui et son épouse ne justifiaient d'aucune insertion socioprofessionnelle particulière ;

- l'arrêté contesté pris dans toutes ses décisions est insuffisamment motivé ;

- la préfète n'a pas instruit sa demande au titre de sa qualité de salarié ;

- la préfète, si elle avait estimé que les documents relatifs à sa situation de salarié étaient insuffisants ou incomplets, aurait dû lui demander de compléter sa demande en application des dispositions de l'article L. 114-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la circulaire du 28 novembre 2012 sur laquelle est fondée sa demande est opposable à la préfète ;

- l'arrêté contesté méconnaît les critères de régularisation fixés par la circulaire du 28 novembre 2012 ;

- la préfète a commis une erreur de droit et une erreur de fait en ayant estimé que son entrée sur le territoire était irrégulière ;

- elle a également commis une erreur de droit en ayant fondé son arrêté sur le fait qu'il était en situation irrégulière sur le territoire ;

- il justifie d'une résidence habituelle sur le territoire depuis huit ans avec sa femme et leurs deux enfants ;

- la préfète a entaché l'arrêté contesté d'une erreur de fait en ayant relevé qu'il ne justifiait pas de liens personnels et familiaux sur le territoire ;

- l'arrêté contesté méconnaît les stipulations des articles 3, 9, 10 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour pour une durée de deux ans est excessive et disproportionnée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en indiquant que son entrée sur le territoire est récente.

II. Par une requête n° 22MA02817, enregistrée le 17 novembre 2022, M. B, représenté par Me Ahmed, demande à la Cour :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article R. 811-17 du code de justice administrative, le sursis à exécution de ce jugement du tribunal administratif de Marseille du 27 septembre 2022 ;

2°) d'enjoindre à la préfète des Alpes-de-Haute-Provence de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour et de travail jusqu'à l'intervention de la décision au fond, dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient les mêmes moyens que ceux soulevés dans sa requête au fond n° 22MA02664 et, en outre, que l'exécution du jugement attaqué risque d'entraîner des conséquences difficilement réparables.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité marocaine, d'une part, relève appel du jugement du 27 septembre 2022 par lequel le tribunal administratif de Marseille a rejeté sa demande d'annulation de l'arrêté du 18 mars 2022 de la préfète des Alpes-de-Haute-Provence lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de sa destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, et d'autre part, demande que soit ordonné le sursis à exécution de ce jugement.

2. Les requêtes n° 22MA02664 et n° 22MA02817 sont dirigées contre le même jugement. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par une même décision.

Sur la requête n° 22MA02664 :

3. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents des formations de jugement des cours () peuvent, en outre, par ordonnance, rejeter () après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire les requêtes d'appel manifestement dépourvues de fondement. () ".

Sur la régularité du jugement attaqué :

4. En premier lieu, il résulte des motifs mêmes du jugement attaqué que le tribunal administratif de Marseille , qui n'était pas tenu de répondre à l'ensemble des arguments soulevés par l'intéressé, a expressément répondu aux moyens contenus dans les mémoires produits par le requérant . En outre, le jugement attaqué expose avec suffisamment de précision les motifs par lesquels il a rejeté sa demande. Par suite, les moyens tirés de l'omission de réponse à des moyens qui n'étaient pas inopérants et de l'insuffisance de motivation doivent être écartés.

5. En second lieu, dès lors que la demande de l'intéressé portait sur l'annulation de l'arrêté en litige, les premiers juges, en rejetant cette demande, au motif notamment que l'intéressé ne justifiait d'aucune insertion professionnelle particulière ne peuvent être regardés comme ayant statué ultra petita. En outre, la critique de l'appréciation qu'ont portée les premiers juges sur l'insertion-professionnelle du requérant relève du bien-fondé et non de la régularité du jugement.

Sur le bien-fondé du jugement attaqué :

En ce qui concerne la décision de refus d'admission au séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

6. En premier lieu La préfète des Alpes-de-Haute-Provence a mentionné les conditions d'entrée et de séjour de l'intéressé sur le territoire, ainsi que les éléments déterminants relatifs à sa situation familiale et administrative qui ont conduit à lui refuser la délivrance d'un titre de séjour. La préfète des Alpes-de-Haute-Provence n'était pas tenue de faire mention de tous les éléments de la situation invoqués par M. B dans sa demande. En outre, il ressort de la lecture même de la décision attaquée que la préfète a instruit sa demande d'admission exceptionnelle au séjour par le travail. Dans ces conditions, les décisions attaquées comportent les éléments de droit et de fait qui les fondent et, par suite, sont suffisamment motivées en droit et en fait, et ne sont pas entachées d'un défaut d'examen.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français le 25 juin 2014 sous couvert d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa Schengen délivré par les autorités espagnoles. Les pièces versées au dossiers attestent, par leur nombre et leur nature, de ce que l'intéressé réside de façon habituelle sur le territoire depuis qu'il y est entré avec son épouse, elle-même ressortissante marocaine et en situation irrégulière, puis avec leurs deux enfants nés à Manosque respectivement le 24 octobre 2016 et le 1er août 2018. Toutefois, les attestations de voisins et de connaissances, au demeurant toutes postérieures à la date de l'arrêté contesté, ne permettent pas à elles seules d'établir l'existence de liens personnels et familiaux stables en France, quand bien même deux des sœurs du requérant résident régulièrement sur le territoire avec leur famille, qu'une autre de ses sœurs a obtenu un master II " sciences technologies santé mention sciences de l'ingénieur " à l'université de la Sorbonne au titre de l'année universitaire 2020-2021, et qu'une autre de ses sœurs réside en Espagne avec sa famille, dès lors que la réalité de ces liens n'est pas établie par les pièces du dossier. En outre, l'attestation de déplacement dérogatoire délivrée par les restaurants du cœur des Alpes-de-Haute-Provence pour le 30 octobre 2020 et une attestation du secrétaire général du secours populaire français des Alpes-de-Haute-Provence établie le 22 mars 2016 indiquant que le requérant avait été bénévole du mois de mai au 23 décembre 2015 datée du 13 août 2020 ainsi que la promesse d'embauche établie le 13 août 2020 pour un emploi de manœuvre pour une durée de travail mensuelle de 151 heures dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée ne permettent pas de caractériser une insertion socioéconomique significative. Enfin, si le requérant se prévaut de la scolarité de ses enfants sur le territoire, il ne fait état d'aucun obstacle empêchant la poursuite de leur scolarité dans son pays d'origine. Enfin, en dépit du décès de la mère du requérant survenu le 27 novembre 1991 et de celui de son père survenu le 13 août 2017, il n'est pas établi quen le requérant serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans. Dans ces conditions, le requérant ayant par ailleurs fait l'objet de quatre précédentes décisions de refus d'admission au séjour assorties d'obligation de quitter le territoire français les 12 mars 2015, 13 juillet 2016, 19 octobre 2017 et 4 juin 2020, et alors que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne garantit pas à l'étranger le droit de choisir le pays qu'il estime le plus approprié pour y développer une vie privée et familiale, la préfète des Alpes-de-Haute-Provence, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ce refus a été pris et n'a pas méconnu ces dispositions.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". L'article 3 du même accord stipule : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

10. D'une part, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

11. D'autre part, en présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'un titre portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

12. Contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète des Alpes-de-Haute-Provence, qui a indiqué dans l'arrêté en litige que M. B ne pouvait prétendre " à la délivrance, à titre exceptionnel, d'une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " ou " salarié " à ce titre " a examiné sa demande au titre du travail. Le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut donc qu'être écarté.

13. Pour les motifs exposés au point 9 ci-dessus, les éléments dont le requérant fait état ne permettent pas de caractériser en l'espèce des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels lui ouvrant droit à l'admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale. En outre, la promesse d'embauche qu'il produit, datée du 13 août 2020 pour un emploi de manœuvre pour une durée de travail mensuelle de 151 heures dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée ne peut être regardée, à elle seule, comme attestant des " motifs exceptionnels " susceptibles de régulariser la situation administrative d'un étranger. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, que la préfète des Alpes-de-Haute-Provence a estimé que M. B ne justifie ni de considérations humanitaires ni de motifs exceptionnels pour pouvoir prétendre à une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou au titre de son pouvoir de régularisation.

14. En quatrième lieu, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir.

15. En cinquième lieu, ainsi que l'ont relevé les premiers juges, en relevant dans l'arrêté en litige que le requérant était entré irrégulièrement sur le territoire, la préfète a décrit les conditions d'entrée en France de l'intéressé sans que cette circonstance ne constitue un motif de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que la préfète aurait commis une erreur de droit pour avoir opposé à M. B une entrée irrégulière sur le territoire doit être écarté. En outre, à supposer que la préfète ait commis une erreur d'exactitude matérielle sur la question de la régularité de l'entrée en France du requérant, il résulte de ce qui a été dit aux points 9 et 15 que cette inexactitude matérielle a été, en tout état de cause, sans influence sur le raisonnement de la préfète tel qu'il est retranscrit dans les motifs de la décision et n'a pas été, dès lors, de nature à entacher celle-ci d'illégalité. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit par suite être également écarté.

16. En sixième lieu, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de ce que la préfète aurait méconnu les stipulations des articles 3, 9, 10 et 16 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, qui sont repris dans les mêmes termes que ceux invoqués en première instance, par adoption des motifs suffisamment précis et circonstanciés retenus par les premiers juges aux points 7 et 8 du jugement attaqué.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

17. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

18. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.

19. Il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 9, que M. B a fait l'objet de quatre précédentes obligations de quitter le territoire français en date des 12 mars 2015, 13 juillet 2016, 19 octobre 2017 et 4 juin 2020 qu'il n'a pas exécutées spontanément. Par ailleurs, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue au Maroc, pays dont tous les membres de la famille ont la nationalité. Ainsi, la préfète des Alpes-de-Haute-Provence, en édictant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

20. Il résulte de ce qui précède que la requête d'appel de M. B, qui est manifestement dépourvue de fondement, au sens des dispositions du dernier alinéa de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, doit être rejetée, en application de ces dispositions, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur la requête n° 22MA02817 :

21. La présente ordonnance ayant rejeté les conclusions tendant à l'annulation du jugement du tribunal administratif de Marseille du 27 septembre 2022, il n'y a pas lieu de statuer sur la requête n° 22MA02817 tendant au sursis à exécution de ce même jugement.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n° 22MA02664 de M. B est rejetée.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête n° 22MA02817 de M. B.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B.

Copie en sera adressée à la préfète des Alpes-de-Haute-Provence.

Fait à Marseille, le 13 avril 2023.

2, 22MA02817

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